La bédé polar à Angoulême en 2020…

Vous ne serez pas étonnés si je vous avoue avoir eu, comme chaque année, un regard attentionné pour la sélection BD polar d’Angoulême 2020.

Il y avait en compétition six bandes dessinées :

-       Dans la tête de Sherlock Holmes, de Cyril Lieron et Benoît Dahan, éditions Ankama ;

-       Cassandra Dark, de Posy Simmonds, éditions Denoël ;

-       Le detection club, de Jean Harambat, éditions Dargaud ;

-       Tumulte, de John Harris Dunning et Michael Kennedy, éditions Presque lune ;

-       No direction, d’Emmanuel Moynot, éditions Sarbacane ;

-       Grass King, de Paul Jenkins et Kindt, éditions Futuropolis.

J’en avais déjà lues trois dont celle qui allait triompher, No direction d’Emmanuel Moynot… Bien sûr, je reviendrai vous présenter les six bandes dessinées mais félicitation en tout premier lieu à Emmanuel Moynot !!!

Emmanuel Moynot est un auteur complet et de talent que je lis depuis longtemps, que j’ai interviewé assez souvent et que vous pouvez découvrir avec bonheur pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore. Citons quelques titres : Qu’elle crève la charogne, Bonne fête maman !, Vieux fou !, Suite française… C’est aussi lui qui a repris les aventures de Nestor Burma de Tardi (tomes 6, 7, 8, 11 et 12)…

Je suis très heureux de le voir ainsi récompensé !!!

Samedi après-midi à Angoulême avec Shelton…

L’après-midi de ce samedi au festival international de la bande dessinée d’Angoulême ne se déroule pas tout à fait comme prévu mais finalement l’essentiel sera fait sans trop de difficultés…

J’aurais, bien sûr, apprécié que pour l’entretien avec Zelba, il y ait un maximum d’étudiants mais avec le malaise et le passage à la case urgences, avec trois interviews décalées dans la journée, nous nous sommes surtout tous concentrés sur les interviews… Une seule ne sera finalement pas honorée, une performance compte tenu de la situation…

Je fus donc seul pour rencontrer Zelba et parler de son dernier album, Dans le même bateau. Oui, peu le savaient mais Zelba, de son véritable nom Wiebke Petersen, a été une championne de haut niveau, en aviron… Je vous passe tous les détails mais si vous lisez ce dernier album, justement, vous saurez tout sur l’aviron et son titre de championne du monde junior… et pas que ! En effet, elle parle aussi des garçons, de la réunification de l’Allemagne, des garçons, du dopage, des garçons… Que voulez-vous, il fallait bien que jeunesse se passe !

Pendant ce temps-là, Tom réalise seul l’interview de Sylvain Ferret, le dessinateur de l’histoire Les Métamorphoses 1858, un très beau triptyque. J’aurais aimé être avec lui d’autant plus qu’il a eu du mal à bien comprendre la fin du troisième album… C’est ainsi, il a fait de son mieux et je ne peux que le féliciter car ce n’était pas si simple !

Aussitôt ces deux mises en bouche terminées, Il nous faut travailler sur trois rencontres simultanées : Aurélie Neyret, Arthur de Pins et Sobral. Personnellement, c’est avec Sobral que je me retrouve. Il faut dire que depuis la création de la série Les légendaires, en 2003, nous nous sommes rencontrés de très nombreuses fois, je suis son travail et j’admire sa constance, sa persévérance, sa réussite aussi. A la sortie du premier tome, peu croyaient en lui et maintenant, il est devenu un auteur dont les tirages en font rêver plus d’un…

Par la suite, je rencontre Alessandro Pignocchi pour son troisième volume du Petit traité d’écologie sauvage mais je dois avouer que je n’ai pas senti un bon tempo entre nous… Pourtant, j’ai bien aimé son travail mais je ne suis peut-être pas assez radical dans ma vision du monde, dans mes idées politiques… Pas assez zadiste en quelque sorte… Pourtant…

C’est avec beaucoup de plaisir que je rencontre ensuite Nicolas Otéro, un auteur que j’aime beaucoup. Nous parlons ensemble de trois ouvrages, la série Le réseau Papillon, 24 heures de la vie d’une femme et On est chez nous… Donc, on parle bande dessinée pour la jeunesse, adaptation d’une grande œuvre classique et engagement politique… Pas mal en une seule rencontre !

Après, l’équipe se reforme un peu, les urgences sont quittées, et le rendez-vous avec Patrick Prugne est tout simplement abandonné… On se rattrapera une prochaine fois car son album Vanikoro est de très grande qualité… D’ailleurs, tout est tellement chamboulé que j’oublie mon ordinateur en salle de presse et que quelqu’un doit courir me le récupérer… Décidément, une sacrée journée !

On finit en rafale et dans la tension car successivement, on va rencontrer Zidrou et Gobi (Ducobu), Fabien Toulmé (L’odyssée d’Hakim), Philippe Buchet (Sillage)… Pour moi, aucun problème, je suis avec Philippe Buchet et je parle d’une série que j’aime beaucoup… La série est née en 1998 mais je pense l’avoir lue et suivie qu’à partir du tome 4… C’était en 2001… Aujourd’hui, nous en sommes au tome 20 !

Enfin, pour clore la journée, j’ai rendez-vous avec deux amis de longue date, Maryse et Jean-François Charles. Nous ne nous sommes pas vus depuis quatre ans si j’ai bien compté mais j’ai le sentiment de reprendre la discussion là où on l’avait laissée… Il parait que c’est cela l’amitié !

Le samedi matin, Shelton était encore à Angoulême…

Ce samedi de festival va certainement être la journée la plus chargée en rendez-vous mais aussi en émotions car ce sera le jour où nous aurons un second malaise d’une d’entre nous avec un passage à l’hôpital d’Angoulême ce qui ne sera pas sans perturber quelque peu l’organisation de la journée sans compter trois changements d’horaire, un oubli d’ordinateur dans la salle presse… Bref, une journée qui aurait pu basculer dans le très pénible et qui va, finalement, rester une belle journée avec de très nombreuses rencontres bien sympathiques… Restons donc sur cet aspect positif…

Tout va donc commencer par la seconde rencontre avec Marc Jailloux mais cette fois-ci pour parler d’Alix, le célèbre personnage créé par Jacques Martin en 1948 ! Marc Jailloux se souvient d’avoir eu un choc émotionnel en lisant l’album Le dernier Spartiate (1967) mais si mes souvenirs sont bons c’est album suivant, Le tombeau étrusque (1968) qui a été mon premier Alix. Dans les années qui ont suivi, je me suis mis à compléter ma collection, à lire toute la série, à attendre les nouveautés avec une certaine fidélité. Par contre, je n’ai jamais rencontré Jacques Martin alors que je vais interviewer plusieurs fois de nombreux auteurs qui ont travaillé avec lui comme Jean Pleyers, Gilles Chaillet, André Juillard, ainsi que ceux qui ont travaillé sur les prolongements de la série comme Rafael Morales, Christophe Simon, François Corteggiani… Voilà, avec cette rencontre avec Marc Jailloux je ne boucle pas le dossier mais je continue de suivre Alix dans ces aventures même si cette série reste une des séries que je n’aurai pas réussi à transmettre ni à mes enfants ni à mes étudiants…

La rencontre se déroule très bien et place sur orbite cette grande journée… Dès que j’ai terminé, je regagne la salle de presse où je dois recevoir Fanny Vella, jeune autrice dont j’ai déjà parlé… Dans sa bande dessinée, Le seuil, elle raconte la fin d’une relation toxique, c’est-à-dire le moment où une femme va pouvoir redevenir elle-même, libre… C’est tiré/inspiré de sa propre vie et elle parle de tout cela avec simplicité, humanisme et émotion… Une très belle rencontre qui restera gravée dans la tête et le cœur de tous ceux qui sont là autour de la table durant l’interview…

Je vais rester en salle de presse pour recevoir Stéphane Tamaillon et Priscilla Horviller pour leur album La baronne du jazz, un ouvrage qui retrace l’existence fantasque d’une femme surprenante, la baronne Pannonica… Cette femme qui aurait pu être simplement une baronne soucieuse de son rang, de sa société, qui a eu six enfants… va devenir une sorte de muse du jazz new-yorkais et c’est absolument fascinant… Je ne connaissais pas son existence mais cette bande dessinée doit être lue par tous les amateurs de jazz et tous les curieux de ces grands destins humains… Les auteurs sont adorables et c’est une très belle rencontre…

Pendant ce temps-là, Tom est parti vers le stand Casterman où il va avoir l’occasion de rencontrer et interviewer Luc Jacamon, dessinateur de la série Le tueur, une série qui après une pause redémarre… Un nouveau cycle où le Tueur devient une sorte d’agent très spécial des services français d’espionnage… Tout un programme pour Tom qui est devenu en quelques semaines de lecture un adepte de la série… C’était une grosse attente du festival pour lui et il repart avec une magnifique dédicace qui le comble de toute évidence…

Pour moi, la matinée se termine avec un petit pincement au cœur. Je rencontre Pica, le dessinateur de la série Profs. J’ai connu Pierre Tranchand il y a très longtemps car je l’ai fait venir à Chalon-sur-Saône en 2000 pour des interventions dans des classes avec lesquelles on avait travaillé sur la série Croco et Fastefoude… Depuis, bien sûr, il y a eu le succès énorme de profs et plus tristement, il y a eu son AVC qui le laisse très affaibli. Il a laissé le dessin de Profs à Simon Léturgie depuis le tome 18… mais cette rencontre à Angoulême permet d’évoquer les vingt ans d’une série atypique dont le succès en a surpris plus d’un… Aucun éditeur ne voulait de la série à sa création !

Et c’est bien durant cette matinée que l’une d’entre nous « visitera » les urgences de l’hôpital d’Angoulême… Heureusement, tout se finira bien, comme dans les BD !

Un vendredi à Angoulême en compagnie de Shelton…

Angoulême est un grand rassemblement d’auteurs, d’éditeurs, de journalistes, de collectionneurs… et il arrive que l’on prenne le temps d’une rencontre amicale hors des cadres professionnels du festival. Vendredi matin, tout commence donc par une petite rencontre chaleureuse et paisible avec Jean-David Morvan… Bien sûr, on parle d’Irena cette série de cinq albums qui vient de se terminer et que j’apprécie beaucoup mais c’est surtout une discussion paisible et très amicale…

Pendant ce temps-là, les étudiants se sont partagé le travail. Deux grosses rencontres vont occuper leur matinée : Bastien Vivès puis Boulet et Aseyn. Ce sera l’occasion pour Alice de se « rattraper » de sa frustration de la veille, elle est à fond et tout se passe bien. En deux jours de festival, ils auront rencontré trois de leurs vedettes : Mourier, Boulet et Vivès… On pourrait presque rentrer à Chalon…

De mon côté, je rencontre Amandine, la dessinatrice de la série Mistinguette. On est dans une série légère, pour collégien et je trouve qu’elle est très bien faite. Le dernier album paru traite de l’échange de correspondants étrangers et je trouve cela très pertinent. On y retrouve presque l’aventure d’un de nos enfants…

Après, je reçois Xavier Bétaucourt, un scénariste que j’ai beaucoup lu mais que je n’avais jamais rencontré. Ce sera donc fait et nous parlons de La pyramide Ponzi, Simone Veil, la force d’une femme et Ils ont tué Léo Franck. Trois bandes dessinées réalisées avec trois dessinateurs différents. Etienne Oburie est le jeune dessinateur que l’on a interviewé le mercredi après-midi, Nathalie Ferlut est présente et Olivier Perret, le dernier est absent mais je le connais bien. Du coup, on a un peu l’impression d’être à une réunion d’amis autour de trois projets tous bien sympathiques et de qualité !

L’après-midi commence par une rencontre forte et de qualité autour d’une bande dessinée que je considère d’exception. En effet, Frédéric Bihel est le dessinateur de l’album Malaurie, l’appel de Thulé, un épisode de la vie de Jean Malaurie, entre exploration, aventure et mission scientifique… A titre personnel j’ai été touché par l’histoire, bouleversé par l’aventure humaine et séduit par la narration graphique que je trouve parfaitement adaptée ! La rencontre, elle, est très agréable et j’espère qu’elle donnera envie de lire cet album atypique et de qualité…

La rencontre suivante a lieu dans les locaux du « magasin éphémère » des éditions Bamboo. Je suis face à Jean-Yves Le Naour que je rencontre pour cette collection historique, Les compagnons de la Libération. Il s’agit des 1038 personnes que le général De Gaulle a mises à l’honneur pour leurs actions durant la Seconde Guerre mondiale, certaines d’ailleurs à titre posthume. Bien sûr, la collection BD ne comportera pas 1038 albums, mais cela permettra de rendre hommage, de donner de la lisibilité, de perpétuer le souvenir de ceux qui ont contribué à la Libération de la France…

Pendant ce temps-là, deux étudiants sont en train d’interviewer Q-Ha, un dessinateur sud-coréen qui vient pour la première fois en France. Heureusement, il est accompagné d’une interprète ce qui rend beaucoup plus facile le dialogue… C’est aussi l’occasion de parler d’une culture que l’on connait peu et ils en profitent sans retenue !

La journée se poursuit de façon originale pour les étudiants qui suivent les auteurs qui vont manifester pour défendre leur statut, leurs conditions de vie… Ce sera une belle expérience d’autant plus qu’un auteur, Stéphane Gess, les accompagne et répond à leurs questions…

Pendant ce temps-là, Alice rencontre Emile Bravo et j’interviewe Alessandro Barbucci, une bien belle façon de terminer la journée… Enfin, on va quand même se faire une petite soirée pizzas maison, rien de tel pour garder le moral !

Shelton raconte son jeudi après-midi à Angoulême…

Cette première journée d’Angoulême 2020 sera finalement, malgré les difficultés du matin, une grosse journée de travail. Les étudiants vont se retrouver très vite, seuls avec leur micro, devant des auteurs qu’ils rencontrent pour la première fois… Une petite pensée émue et sympathique pour Sarah qui, en plus, a perdu sa voix dans la nuit, ce qui n’est pas très pratique pour faire de la radio…

Les auteurs se succèdent : David B, Emmanuel Michalak, Nicolas Kéramidas, Julien Maffre, Pierre-Denis Goux, Timothé Le Boucher, Claude Guth, Jean-Louis Mourier… Mais je ne suis pas en reste car dès que je les sens bien embarqués, je vais réaliser mes interviews aussi avec Marc Jailloux, Alain Dodier, Philippe Aymond, Van Liemt, Hub et Jérôme Lereculey… J’apprécie de me garder les auteurs que j’aime lire et rencontrer… Ce sont mes petits plaisirs du festival, on n’est pas obligé de tout partager avec ses étudiants… En plus, cela tombe bien, ils n’ont pas toujours les mêmes goûts que moi…

Marc Jailloux est rencontré une première fois pour ne parler que de son album sur Saint-Pierre dans la collection Un pape dans l’Histoire, une coproduction Glénat/Cerf, sur un scénario de Perna. Les dessins sont magnifiques, ils sont exposés à la cathédrale Saint-Pierre durant le festival et l’entretien est très sympathique. On rencontrera une seconde fois Marc Jailloux pour parler spécifiquement de ses dessins sur la série Alix…

Alain Dodier et Philippe Aymond sont au programme sur le stand Dupuis, mais c’est de façon un peu de façon fortuite que je vais pouvoir discuter avec les deux. On aborde l’actualité, chacun à son tour car ils ne travaillent pas ensemble : Jérôme K Jérôme Bloche pour Alain Dodier qui fidèle à lui-même est toujours économe de ses mots, Lady S et Bruno Brazil avec Philippe Aymond. Ce sont deux auteurs que je lis depuis longtemps, que j’apprécie beaucoup et que je suis content d’avoir rencontrés… Dès l’enregistrement terminé, je les laisse partir en dédicace où leurs lecteurs les attendent avec impatience…

C’est la première fois que je rencontre Simon Van Liemt, le dessinateur de la reprise de Ric Hochet. C’est déjà le quatrième tome de cette reprise et on peut dire que d’un point de vue strictement policier l’album est bien réussi et très bien dessiné. Le seul point c’est le titre et la couverture qui ne donne pas le ton réel de cette histoire… Passons, ce qui est par contre pertinent c’est de montrer qu’en France à la fin des années soixante, l’homophobie n’est pas si pointée du doigt, que les militaires se sentent assez intouchables, que le patriotisme est aux limites de l’esprit mafieux et, enfin, qu’il était possible de moderniser l’image de Ric Hochet sans le révolutionner… A suivre…

Je ne devais pas interviewer Hub ce jour-là mais comme il était là disponible, je l’ai fait et ce fut, comme à chaque fois avec cet auteur que j’apprécie, un beau moment à deviser autour du premier album de la série Le serpent et la lance… Il faut aussi signaler avec un véritable étonnement la taille de ce premier tome sorte d’équivalent de 5 albums BD et il semblerait que le nombre de tomes à venir donne froid dans le dos… et tous de cette taille !!! Hub se lance dans un projet pharaonique même si l’histoire se déroule en Amérique au pays des Aztèques !

Enfin, pour clore les interviews de la journée, la rencontre avec Jérôme Lereculey nous pousse les 5 terres, un univers animalier très proche de la grande tragédie grecque… A écouter Jérôme et en le prenant au premier degré, on pourrait presque croire que dessiner cette série c’est comme prendre des vacances au bord de l’Océan… Mais faut-il le croire ?

On termine la journée, toute l’équipe réunie, au temple protestant pour le vernissage de l’exposition consacrée à la BD Kiwu de Jean-Claude Van Hamme et Christophe Simon. Ce dernier est là pour parler de son travail mais nous ne resterons pas trop longtemps car une personne de notre groupe fait un petit malaise…

Enfin, de retour le soir au gîte, beaucoup de plaisir à partager ces rencontres, ces échanges, ces tensions aussi, et il nous faut déjà préparer le vendredi qui promet d’être encore très fort…

Jeudi matin à Angoulême, Shelton nous en parle…

Emotion du premier jour de festival, surtout pour les trois étudiants qui découvrent cet évènement et qui réalisent aussi leur premier reportage… Il faut avouer qu’ils commencent très fort avec une rencontre avec Davy Mourier dont certains donneront, n’en doutons pas, leur version des faits… Pour eux, tous sans exception, c’est l’un des temps forts du festival car Davy Mourier est une vedette, une personne qu’ils suivent régulièrement, qu’ils ont lue, écoutée, regardée… C’est le grand touche-à-tout de la vidéo au jeu de société… Ils voulaient tous l’interviewer…

Mais quand nous arrivons à Angoulême, tout est bloqué, il y a des CRS partout, on a l’impression d’une ville touchée par une catastrophe, un attentat, un accident… On réalise immédiatement que l’on va être très en retard…

En fait, c’est juste une visite impromptue du président de la République. Cet évènement dans l’évènement va quelque peu perturber notre journée avec les manifestations que cela va provoquer contre la loi sur les retraites ou avec une quantité non négligeable de Gilets jaunes, avec ceux qui vont tenter de bloquer l’Hôtel de ville… mais nous allons tenter de nous en sortir…

Immédiatement, comme je connais bien Angoulême, on s’écarte de centre névralgique, on pose le gros du groupe et qui va rejoindre à pied le lieu des interviews et on cherche à se garer ailleurs ce qui finira par se faire pas si mal car dans une zone gratuite…

Au bilan, presque tous les étudiants arrivent deux minutes avant Davy Mourier, lui aussi retardé. La rencontre se passe bien avec deux petits bémols. Alice est frustrée car elle ne sentait pas très à l’aise et n’a pas pu poser les questions qu’elle voulait poser à Davy. Elle s’en veut et il faudra qu’elle se rattrape dans une autre rencontre tandis que Tom, l’un des chauffeurs, arrive trop tard pour cette rencontre… Heureusement pour lui, il rencontrera plus tard Davy et pourra lui poser sa question et même faire un selfie, vous savez ce truc incroyable que tout le monde veut faire quand il rencontre un people… N’y voyez aucune moquerie particulière pour ces us et coutumes que je respecte…

Tom va avoir immédiatement l’occasion de se mettre en action car à peine il arrive en salle de presse de Delcourt qu’on lui dit de se mettre dans le salon du directeur pour interviewer en anglais dans le texte un certain Charlie Adlard… Pas d’échauffement et le voilà transformé en journaliste international !

Quant à Emmanuel Macron, nous ne le croiserons pas et je ne suis pas certain d’ailleurs qu’il ait voulu rencontrer des festivaliers, des journalistes et même des auteurs… Il est dans son monde, il est bien venu à Angoulême et les auteurs restent mécontents et ils vont avoir plusieurs occasions de s’exprimer…

Mercredi 29 janvier, le festival de Shelton…

Dès l’arrivée à Angoulême, il faut avouer que nous avons plongé dans une ambiance légèrement morose… Enfin, disons pour ne pas dramatiser tout, que l’on a glissé dans une teinte grise et que la pluie qui ne nous a guère quittés durant tout le festival n’était pas la seule responsable… Depuis de longues semaines, on parlait du statut des auteurs, de leurs difficultés, d’un véritable raz le bol, on attendait une manifestation médiatique… Bref, la tension était d’autant plus palpable que le festival allait être le lancement officiel de l’Année de la BD…

Si on cumule à cela les problèmes de circulation, les choix plus ou moins heureux de la municipalité d’Angoulême, la venue surprise du président de la République et de ses nombreux CRS qui ont envahi la ville, les manifestations contre les retraites et celle des Gilets jaunes… on comprendra bien que l’ambiance ne fut pas que festive durant ces quatre jours de festival…

Cela ne signifie pas non plus, loin de là, que ce fut un mauvais festival car ce serait oublier quelques magnifiques rencontres, des expositions de qualité et une bande dessinée qui continue d’enrichir notre culture et qui ne cesse de nous surprendre… et n’est-ce pas cela que le bonheur des bulles…

Je vais donc essayer à travers la narration de « mon » festival de vous partager quelques temps forts, coups de cœur et parfois même coups de gueule !

Pour moi, le mercredi a d’abord été celui du voyage et 6 heures de route sous la pluie c’est quand même toujours un peu pénible. On arrive fatigué et il faut un léger temps d’adaptation avant de plonger dans l’ambiance festival. Dès que l’équipe entière – cette année 3 étudiants, Sarah, Alice et Tom, 2 anciens étudiants, Yannis et Alexis – est accréditée, on se partage les expositions. Le mercredi après-midi, traditionnellement, les expositions sont ouvertes à la presse avec souvent une visite guidée par commissaires et auteurs… Pas toujours simple de choisir quand certains auteurs ne nous sont pas connus mais tant bien que mal on tente de satisfaire chacun…

Je retiendrai l’exposition consacrée à Nicole Claveloux qui est une véritable surprise et aussi une dernière car l’hôtel Saint-Simon qui l’abrite ne devrait plus être un lieu d’expositions l’année prochaine car trop vétuste dit-on… Après, ce sera la cathédrale Saint-Pierre et les planches originales de Marc Jailloux. Il faut dire que son album consacré chez Glénat au premier pape, Saint-Pierre, ne pouvait qu’être mis à l’honneur dans cet auguste lieu… Nous aurons la chance de pouvoir rencontrer Marc Jailloux pour en parler durant le festival…

Enfin, première interview du festival avec la rencontre avec Etienne Oburie, dessinateur d’un album sur Simone Veil qui va sortir chez Steinkis. Pourquoi déjà une rencontre avec auteur, tout simplement parce qu’Etienne est l’un de ces auteurs qui vit à Angoulême et donc autant en profiter quand tout est encore calme et paisible…

Comme le voyage commence à se faire ressentir avec une fatigue qui me gagne – les plus jeunes peuvent encore avoir de l’énergie mais les vieux se protègent – on décide de ne pas aller à l’inauguration officielle – on y est juste entassé pour écouter quelques discours souvent peu pertinents – et on prend la direction du gîte. Quand on est huit à loger ensemble, que les moyens financiers sont limités, on se retrouve toujours assez loin du centre-ville. Notre gîte est à 40 minutes du centre du festival et nous allons donc faire ce voyage deux fois par jour avec deux voitures et chercher de la place pour se garer parfois avec difficulté…

Le lieu de vie est finalement très sympathique et le soir, on a de beaux échanges sur les expositions visitées par les uns et les autres, on se partage les rencontres du lendemain et les jeunes connaissent leurs premières inquiétudes en imaginant que demain ils seront parfois seuls face à des auteurs qu’ils ne connaissent pas…

Shelton rencontre Fanny Vella à Angoulême…

Un festival, surtout quand il s’agit du festival international de la bande dessinée d’Angoulême, c’est avant tout un lieu de rencontres, de partages, de découvertes, de surprises… Ce n’est pas toujours facile à partager avec vous car pas de photo spectaculaire, de texte dithyrambique ni de grands effets… Et, pourtant, ces petits instants sont riches, porteurs d’humanités et ils peuvent, sinon changer la vie et le monde, au moins lui donner une petite teinte de couleur dans l’instant, une senteur paisible, une onde positive que l’on ressent quelques instants…

Je devais, samedi matin, recevoir Fanny Vella, une instagrameuse, mais cette dernière n’était pas accréditée « auteur » et donc son accès à la salle de presse était improbable pour ne pas dire impossible… Les contacts de départ avec les responsables presse ne laissaient pas beaucoup d’espoirs et on nous conseillait plutôt d’aller faire cela dans un bar dans le brouhaha pas très radiophonique que l’on imagine très bien…

En quinze minutes, avec des sourires, des explications, de la conviction et des interlocuteurs humains et curieux, on finit par trouver une solution et Fanny Vella sera bien reçue en salle de presse, comme il se doit…

On est presque tous là autour d’elle – en fait ce devait être impressionnant d’être interviewée devant témoins – et c’est une très belle rencontre avec une autrice illustratrice convaincue, convaincante et sympathique qui nous explique pourquoi elle s’attaque à la violences faites aux femmes, aux questions de couple, aux féminicides, à l’éducation des enfants…

Son livre, sa bédé, Le seuil, vient de sortir et c’est pour cela que l’on n’avait rien prévu avec elle, on n’a pas lu son travail mais, heureusement, Audrey, elle, la suivait sur Instagram…

Et voilà, un de ces premiers coups de cœur, de ces petites fleurs, de ces grandes étoiles qui enrichissent le festival d’Angoulême quand on reste disponible à l’imprévu…

Vendredi et samedi de Yannis à Angoulême…

Yannis aborde synthétiquement son vendredi et son samedi de festival…

« Les deux journées passées ont certainement été les plus intenses du festival. Malgré la fatigue et la foule qui s’accumulent, de nombreuses rencontres ont été rendues possibles, par exemple avec Boulet et Aseyn le vendredi autour de leur dernière création, Bolchoï Arena. L’occasion de se plonger dans cette œuvre de science-fiction à l’atmosphère si particulière.

En fin d’après-midi, nous avons tous suivi l’auteur Gess à la manifestation organisée par les auteurs autour de leur statut. En signe de protestation, la statue d’Hergé a été transformée et des axes de passages bloqués pour communiquer avec les festivaliers. L’expression d’un ras-le-bol qui s’accumule depuis des années sur un statut imprécis, peu voir sous-payé.

Samedi, la journée a également été riche en rencontre. Pour ma part, on peut citer l’interview d’Arthur de Pins, que j’ai pu réaliser avec Tom et Alice. Nous avons pu discuter autour de Zombillénium, dont le cinquième tome est en cours de production…

Le vendredi de Sarah à Angoulême…

Troisième jour de festival, c’était déjà vendredi… Sarah vous en dit quelques mots… »

« Nous avons visité l’exposition Pierre Feuille Ciseaux qui travaille sur de nouvelles formes de BD. C’est une résidence d’artistes qui travaillent sur l’expérimentation. Le travail s’effectue donc avec des artistes venant de différents horizons qui se réunissent durant quelques jours afin de confronter et d’explorer autour de la bande dessinée.

Les résultats sont donc présentés lors de l’exposition non sous le format de livre.

Après cette exposition, je suis allée faire l’interview du Sud-coréen qui se nomme Q-HA, dessinateur de la BD No Ryang dans la collection consacrée aux grandes batailles navales chez Glénat. Interview assez spéciale puisque nous sommes accompagnés d’une interprète.

Nous avons essayé d’avoir un échange avec lui sur la BD en France et en Corée du Sud pour avoir son avis. Cela nous a donc permis de découvrir que la BD en Corée du Sud a effectué un boom il y a seulement quelques années et que celle-ci est surtout exploitée numériquement en lecture sur tablette. D’où le fait que ce dessinateur ait un dessin très précis, ultra détaillé, à la limite du réel en effet Q-HA nous explique que régulièrement suite à ce format numérique il n’exploite pas autant de planches/pages que peuvent effectuer certains dessinateurs français sur des éditions de 200 pages. Il nous a dit être très content d’avoir encore pu être présent en France pour présenter son travail au festival surtout que cela lui permet de rencontrer un public plus diversifié qu’en Corée du Sud car les principaux lecteurs y sont des enfants.

Pour finir j’ai décidé de lui demander son avis sur le fait que l’art Sud coréen est en train de se répandre dans le monde entier. J’ai donc fait un rapprochement avec le cinéma et le réalisateur que j’adore depuis plusieurs années Bong Joon Ho qui a reçu la palme d’or cette année au festival de Cannes pour son film Parasite. Pour lui cela est très gratifiant que le monde ouvre les yeux sur l’art de son pays et il trouve cela justifié étant donné les ressorts créatif que peuvent offrir cette culture et les artistes.