Les sorties BD de la rentrée 2018 !!!

J’avoue ma perplexité face aux sorties des nouveautés en bandes dessinées depuis quelques mois… Les nouveautés sont très nombreuses, parfois de grande qualité et je me demande comment les auteurs vont bien pouvoir tirer leur épingle du jeu… Et je ne parle pas des jeunes auteurs qui doivent batailler avec autant de concurrence !Tous les jours ou presque, je découvre des albums, des séries, des auteurs que j’aurais bien envie de défendre immédiatement… et dans le même temps, des séries prennent fin mais nous ont tenu en haleine durant de longues années comme Les pirates de Barataria, Le chant des Stryges, Sasmira pour n’en citer que quelques unes…Le centenaire de la fin de la Grande guerre a poussé des éditeurs dans des albums, des séries ou des coups éditoriaux – que je peux comprendre – mais qui parfois ont donné naissance à de véritables œuvres de qualité comme la série 14-18 de Corbeyran et Le Roux que j’apprécie beaucoup…Alors, comment garder la tête froide, comment privilégier la qualité, l’émotion et le bonheur de lire dans cette affluence d’albums ? C’est difficile, angoissant presque, et c’est avec beaucoup de prudence que j’avance et continue de vous inviter à la lecture de la bande dessinée… Je tente de prendre du recul, de relire avant d’écrire ou enregistrer mes chroniques et je vous présente mes excuses par anticipation si un travail de qualité m’a échappé. Je ne réclame pas l’indulgence mais la compréhension… Trop, c’est trop !J’espère, malgré tout, que vous trouverez chez moi quelques belles idées de lectures, que vous aurez envie d’aller à la rencontre d’auteurs que j’aime bien comme Zelba le 10 novembre à Chalon-sur-Saône… Et si vous trouviez un petit trésor inconnu, une histoire dont je n’aurais jamais parlé et qui m’aurait échappé, dites-le moi car j’adore découvrir et je n’ai aucune honte à le faire même quelques mois ou années après la sortie en librairie… La qualité n’est pas liée au marché, au commerce et à la présence en librairie !

Enfin, que les auteurs et éditeurs ne m’en veuillent pas trop, j’ai beau faire des efforts, je ne peux pas tout présenter, je n’ai qu’une émission par semaine – 25 minutes sur RCF en Bourgogne – et je n’ai qu’une chronique par semaine – Déclic Toul et RCF Jérico Metz – donc, je sélectionne avec mes goûts, mes expériences de lectures et mes rencontres…

Heureusement, sur le site www.vivre-a-chalon.com je suis un peu moins limité mais malgré tout je ne pourrai jamais tout présenter. Qu’on se le dise, qu’on en soit bien conscient !

Ceci étant, très bonne lecture à tous et belle journée !

Angoulême 2018

Voilà, c’est le moment de vous reparler d’Angoulême puisque nous sommes à une petite dizaine de jours du nouveau festival international de la Bande dessinée d’Angoulême… Je vais y aller avec 7 étudiants et nous viendrons ici vous présenter nos reportages, nos rencontres, nos surprises, nos lectures, nos visites d’expositions…

N’hésitez pas à nous donner vos avis, à faire vos remarques, à nous poser vos questions… Ce doit être une période de partage autour de la bande dessinée !

A très bientôt !

Chambéry BD 2017 : Franck Bonnet

Franck Bonnet – aucun lien de famille même si nous portons le même nom et que nous nous sommes déjà rencontrés il y a plus de 20 ans – est le dessinateur de la série Les pirates de Barataria, une magnifique série qui compte déjà une dizaine d’albums… Dans ce travail il est associé à son ami Marc Bourgne qui joue le scénariste…

J’avais bien prévenu mes étudiants que ce dessinateur était devenu un expert de très haute volée dans le domaine de la marine à voile et qu’il n’était pas question d’improviser les questions sur les voiles, les cordages et autres accessoires de ces grands voiliers qui traversaient l’Atlantique même quand la tempête soufflait… Trop pointu l’artiste, il fallait se méfier…Alors, quand on est passé près de lui le samedi et qu’il devisait gaiement avec un lecteur sur les avantages et inconvénients des cordages anglais… personne n‘a été surpris et nous avons passé notre chemin, l’air de rien…

Mais, attention, cela ne signifie aucunement que la série serait à éviter car Les pirates de Barataria est une série à lire et nous allons quand même en dire quelques mots…

Les pirates !!! Tout un programme et c’est vrai que depuis le plus petit âge j’ai toujours aimé les Pirates, les Corsaires, les Cap-horniers, les Marins en général… Pour ce qui est de la bande dessinée, j’ai baigné dans Barbe-Rouge, une bande dessinée de Pilote que j’aimais beaucoup et dont les albums sont restés en belle place dans ma bibliothèque… Mais je ne suis pas le seul à penser ainsi car je crois que les pirates en font rêver plus d’un…Donc, cette série de Bourgne et Bonnet parle de pirates. J’ai lu le premier au moment de sa sortie et j’avais apprécié le scénario de Marc Bourgne ainsi que la mise en dessin très dynamique de Franck Bonnet mais je n’ai pas suivi régulièrement. Les sorties sont nombreuses et si on se laisse surprendre, on prend trop de retard…

C’est l’année dernière, quand j’ai vu que Franck Bonnet serait à Angoulême, que le déclic a eu lieu, j’ai relu toute la série complète jusqu’au dixième, le dernier paru. Grand bien m’en a pris car la série est d’une grande qualité. Un scénario bien construit et dosé qui donne au lecteur l’envie d’aller jusqu’au bout, pas pour d’obscurs artifices d’auteur mais parce que les destins d’Artémis Delambre, des frères Laffite, de la Prussienne de service et de Catherine finissent par nous obséder, on les aime ou on les déteste, mais on veut les accompagner jusqu’à la fin…Même si la mer n’est pas omniprésente, même si beaucoup de l’histoire se déroule au sol, dans les bayous ou dans les déserts, dans les palais ou des abris de fortune, il n’en demeure pas moins que je suis fasciné par grand nombre de scènes de mer, combats maritimes, tempêtes tropicales… Les bateaux de Franck Bonnet semblent naviguer réellement, pour un peu on les verrait presque disparaitre à l’horizon…

Derrière toute cette saga, il y a un cadre bien réel et historique. Nous sommes au début du dix-neuvième siècle, Artémis est française et elle a un secret dont je ne dirai rien mais que vous allez découvrir au fur et à mesure. Les frères Laffite ont bien existé et ce sont bien eux qui ont créé la république de Barataria dans les bayous de Louisiane. Les différents conflits entre Américains, Anglais et Français sont eux aussi bien réels… et toute cette histoire est une grande série d’aventures, d’espionnage, de fidélité et de trahison, d’amour et de passion, de manipulation et de secrets…

Alors, cette fois-ci, à Chambéry, on n’a pas pris le temps d’une interview car nous n’y étions qu’une seule journée que je n’avais pas de spécialiste des cordages dans l’équipe… Mais ce n’est que partie remise et s’il est à Saint-Malo, on prendra qui sait, la mer avec lui pour qu’il nous explique tout cela… et on n’en reviendra peut-être pas qu’il soit dessinateur et pas marin !

Chambéry BD 2017 : une journée de découvertes et rencontres par Viviane

A l’occasion du festival de la BD à Chambéry, deux de mes camarades et moi-même sommes allés à la rencontre de plusieurs dessinateurs, scénaristes ou encore producteurs en compagnie de notre professeur Michel Bonnet.Nous avons eu la chance de rencontrer Valp, dessinatrice de BD chez Delcourt, afin de discuter de sa BD « Les fantômes de Neptune », mais également Thibaud de Rochebrune pour ses dessins dans le diptyque « Michel Ange, le banquet des damnés » scénarisé par Eric Adam, ou encore Philippe Xavier pour parler de sa BD « Hyver 1709 » qu’il a créé avec sa compagne. Dans leurs cas, nous avions déjà prévu de les interviewer pour la radio RCF (et surtout pour le plaisir, on ne va pas se mentir). Mais tout ne s’est pas passé comme nous l’aurions voulu ; Vehlmann par exemple, très occupé lors de ses dédicaces, n’a pas eu le temps de se retirer afin que nous fassions un enregistrement. En revanche, il a gentiment accepté de répondre aux questions de mes deux camarades en direct de sa table de dédicace afin d’en apprendre plus sur sa série « Seuls » et les incontournables aventures de « Spirou et Fantasio ». Nous aurions évidemment voulu avoir un entretien avec le célèbre Boucq, invité d’honneur du festival, mais il fallait participer à un tirage au sort pour avoir une dédicace, alors imaginez pour une interview… Nous espérons que ce ne soit que partie remise !Et pour ce qui est des imprévus agréables et surprenants, nous avons rencontré Laurent Segal, producteur dans Kanari Films, une société de production indépendante spécialisée en documentaires, qui nous a fait partager son expérience quant au documentaire dit de création paru en 2008 sur Largo Winch. Ce long-métrage retrace le périple de deux auteurs à la recherche de leur personnage et propose de répondre à la question : comment s’élabore un album de bande dessinée ? Un sujet d’autant plus intéressant de par le récit qu’en a fait Laurent Segal, mettant un point d’honneur sur la relation de confiance, la rencontre et les liens humains.Une autre rencontre inattendue que nous avons eu la chance de faire concerne Thierry Mornet, appelé Terry Stillborn, responsable éditorial Comics chez Delcourt, qui nous a parlé de sa seconde vie, celle de scénariste. Depuis quatre ans en effet, il publie une série de comics « Le garde Républicain », qui a remporté le premier « Éléphant d’Or Comics » attribué lors de la précédente édition du « Festival BD Chambéry Savoie ». Personnage patriote et non pas nationaliste, le garde républicain provient en réalité d’un concours qu’il avait perdu lors de ses 15-16 ans dont le but était de créer un super héros français. C’est finalement 35 ans plus tard que Thierry Mornet décide de le ressortir, de l’améliorer, dont la démarche principale est de défendre le citoyen et les valeurs de la République, allant même jusqu’à lui créer une partenaire pourtant évidente appelée « Marianne ». C’est un projet qu’il qualifie de collectif, car il fait constamment appel à de nouveaux dessinateurs, en fonction des époques à laquelle se trouve son personnage, tels que Danny Rhodes, Stéphane Roux ou encore Elsa Charretier.Enfin, sous le chapiteau situé à l’extérieur du centre socio-culturel, nous avons discuté avec deux femmes surprenantes, Sophie dite « Sof », illustratrice, et Anne-Françoise dite « Raf », scénariste, de la collection « Dis-moi Manou ». Issue de l’association « Un autre sens », cette collection pour la jeunesse relate des thématiques apparemment complexes car non-visibles, telles que la conscience d’âme ou encore la notion de la part créative de l’être. C’est donc à travers la bande dessinée et avec pertinence qu’elles permettent aux enfants de comprendre des notions que les parents peuvent parfois, si ce n’est souvent, avoir du mal à expliquer.Cette journée fût finalement une vague d’informations, de rencontres et pour ma part de totale découverte du monde de la BD, et c’est avec un grand plaisir que je vous ai partagé mon expérience.

Chambéry BD 2017 : L’attente

Dans la vie du festivalier BD, il y a un moment incontournable, l’attente ! Oui, il faut rapidement choisir un auteur et se mettre paisiblement dans une file… Les minutes s’égrènent, parfois les heures… Alors que faire ? Lire, discuter, faire ses mots croisés, somnoler, jouer sur son portable, méditer, faire bonne figure même quand on est épuisé ou déçu – ça c’est quand il y a une dédicace sur tirage au sort – et, enfin, manger et boire car il faut quand même bien vivre…On a le sentiment que les choses se sont bien améliorées depuis quelques années. Le public a évolué, s’est éduqué… Moins de heurts et de mots entre collectionneurs, des visages plus sereins, des discussions chaleureuses… Un peu comme si chacun avait retrouvé le plaisir de recevoir un cadeau… Oui, la dédicace est bien un cadeau des dessinateurs… Ils vous offrent un peu de leur art sur ce papier de l’album et vous allez rentrer à la maison avec une œuvre, symbole d’une rencontre… Chaque fois que vous la regarderez, vous vous souviendrez de François Boucq, Tebo, Jacques Terpant ou Julien Maffre…J’ai ainsi pu ainsi entendre une très belle discussion entre plusieurs lecteurs de la série Seuls, adultes et enfants… Il y avait les lecteurs inconditionnels, les déçus – ou pas – du film, et même des parents qui venaient d’acheter à leur fils un tome – qu’ils avaient déjà à la maison – pour avoir les « belles » dédicaces de Fabien Vehlmann, scénariste de la série… Chose amusante, ces parents n’avaient pas encore lu la série mais j’ai senti que le papa était prêt à se lancer dans cette lecture des dix albums déjà parus !

Chambéry BD 2017 : La reprise de nos reportages…

La 41ème édition du festival Chambéry BD s’est déroulée à partir du vendredi 6 octobre aux pieds des montagnes… et j’y suis allé avec une équipe de trois étudiants, Viviane, Pauline et Vincent…Il y avait du monde, des auteurs, des livres, de la passion et en une journée nous n’avons pas eu la prétention ni la possibilité de rencontrer tout le monde… Oui, il faut faire des choix… Parfois, il y a tellement de monde qui attend un auteur que l’on a quelques scrupules à prendre le temps d’un entretien qui va « léser » ces lecteurs et collectionneurs qui viennent parfois de loin… Alors on se contente de quelques mots, d’une photo… Cela fait des souvenirs fugitifs et fragiles mais souvenirs quand même…Parfois, il y a des rencontres que l’on n’a pas vu venir, des coups de cœurs fruits du hasard ou des circonstances, des moments qui resteront forts comme l’interview avec Laurent Segal, producteur de documentaires (sur Largo Winch ou Boucq par exemple).Enfin, il se dégage de cette manifestation de la chaleur, du plaisir partagé, de la curiosité et du dialogue… On voit très souvent des lecteurs parler entre eux, échanger, donner leurs sentiments sur un album, une série, une dédicace, un auteur, une rencontre… Il n’est pas faux d’affirmer qu’il existe bien une communauté des lecteurs de bandes dessinées, voire même une communauté bédé, tout simplement…Et le soir, il faut repartir, reprendre la route… Toutes les rencontres resteront dans nos esprits comme des petites richesses à conserver… Valp, Philippe Xavier, Fabien Vehlmann, Thibaud de Rochebrune, Thierry Mornet, Laurent Segal, Jacques Chupin…Et maintenant, il faut mettre tout cela en place, écrire, monter des émissions et revenir vous parler avec détails de tout cela… Le plaisir – oui, c’en est bien un – du retour de reportage ! Et nous espérons bien que cela vous donnera envie de lire quelques bandes dessinées qui vous auraient échappé !

Angoulême 2017 et la conférence de presse Glénat

Chaque maison d’éditions de bandes dessinées profite du festival international de la bande dessinée d’Angoulême et de la présence des auteurs, professionnels du milieu et journalistes pour présenter son bilan éditorial et ses prochaines sorties… C’est dans ce cadre que nous avons pu assister à la Conférence Glénat, avec la présentation du Programme éditorial de l’année 2017.Encore une grande maison d’édition qui nous ouvrait ses portes et encore une belle conférence de présentation avec de nombreux auteurs présents !Chez Glénat, les grands noms ne manquent pas et c’est avec grand plaisir que nous avons pu assister à l’analyse 2016-2017 de la maison et la présentation de leurs ambitions futures. Tout un programme nous direz-vous, le tout rythmé avec de belles prises de risques. Nous avons eu le sentiment que Glénat poussait encore plus en avant la diversité. Mais comment cela pourrait-il être autrement quand il faut percer au milieu de milliers de nouvelles parutions chaque année ?Les thèmes abordés dans le programme de cette nouvelle année sont étoffés. Dans un contexte où, on le sait, le papier n’est plus aussi vendeur, nous ne pouvons que saluer la volonté des Éditions Glénat de promouvoir cette culture avec ambition, diversité et renouveau.La conférence s’est achevée par la remise des Albums d’Or. Nous avons eu l’honneur de pouvoir apercevoir sur scène des auteurs emblématiques de la bande dessinée : Hermann s’est donc vu décerné un prix pour sa bédé Les Cours de Bois-Maury avec plus d’un millions d’exemplaires vendus. Ce fut ensuite au tour de Julien Neel et sa BD Lou! avec plus de 250 milles albums vendus. Et enfin un album d’or pour Tchô! La collec… avec 30 millions d’albums vendus.Cynthia /Damien

L’expo Hergé du Grand Palais de l’intérieur…

C’est fait !Oui, j’ai bien été visité la grande exposition Hergé au Grand Palais à Paris. Il est donc maintenant temps d’en parler sur le fond et la forme, et il y a beaucoup à dire, du moins à mon avis…

Précisons, pour commencer, que je ne pense pas être tintinophobe ou tintinophile. En effet, si j’ai lu les Aventures de Tintin depuis longtemps, si je les ai relues plus d’une fois, si j’ai accompagné le jeune reporter à la houppette au bout du monde en réussissant à revenir à Moulinsart, euh qu’est-ce que je raconte, à la maison sans encombre… j’avoue ne pas avoir trouvé trop de jubilation de lecture. Certes, certains albums sont pour moi des chefs d’œuvre dans le genre comme Les bijoux de la Castafiore tandis que d’autres m’ont laissé indifférent comme L’oreille cassée… Une affaire de goûts, probablement !Par contre, je confesse bien simplement être de la race des tintinologues, ceux qui tentent de comprendre les finesses, les richesses, qui traquent chaque petit détail qui donne l’éclairage sur la narration graphique d’Hergé et de ses collaborateurs… Hergé a pour moi posé les jalons de la bande dessinée moderne même si depuis tout a encore évolué, grandi, muri… On doit à cet auteur la renommée de la bédé franco-belge, c’est pour moi un fait !

Mais ce n’est pas parce que l’on étudie, scrute minutieusement les albums planche par planche que l’on perd la notion de plaisir. Si Hergé a pu déclarer en 1975 « Tintin m’a rendu heureux », je peux aussi dire que les aventures de Tintin ont participé à mon bonheur de bédéphile entre autres avec des albums comme Le crabe aux pinces d’or, Le sceptre d’Ottokar, L’affaire Tournesol ou Les bijoux de la Castafiore, autant d’albums que je prends plaisir à relire chaque fois que l’horizon s’obscurcit… Des brise-cafards en quelques sortes !

 

Mais revenons, maintenant, à cette exposition Hergé. J’ai bien dit Hergé et non Tintin et très rapidement on comprend bien que l’exposition souhaite mettre l’auteur en évidence, l’homme à l’honneur même si son personnage de tintin reste au cœur de tout, y compris des visiteurs de l’exposition.Hergé était à la fois un artiste, un peintre, un amateur d’art, un collectionneur, un auteur de bandes dessinées, un publiciste… mais il le dit lui-même, peindre ou raconter les histoires de tintin, il fallait choisir car il n’y avait pas la place pour les deux activités. Il pensait d’ailleurs qu’il peignait et dessinait mal, qu’il ne savait que raconter des « petites » histoires. Je le laisse responsable de ses propos mais du coup la peinture ne va rester chez lui qu’un passe-temps, qu’un hobby… C’est la bande dessinée qui va l’occuper le plus gros de sa vie ! En tous cas, l’exposition va aborder tous les aspects de son œuvre et c’est très bien comme cela.D’une façon générale, cette exposition est très intellectuelle, très universitaire, très élitiste. Je ne suis pas contre du tout mais j’avoue avoir pensé quelques fois aux enfants présents en me demandant s’ils ne s’ennuyaient pas trop : peu d’éléments directement accessibles pour les plus jeunes, pas d’interactivité, très peu d’animation, bref beaucoup pour papa et maman, peu pour l’enfant ! En même temps, je ne suis pas certain qu’Hergé appréciait trop les enfants… Le tout donne un aspect un trop classique, trop vieux, trop poussiéreux, trop musée, pas assez exposition !Du coup, j’ai adoré cette façon structurée de parler d’Hergé, de l’art, du récit en bédé, de la publicité, du lien entre récit et image, de l’influence de l’Orient, de la période de la guerre… Bref j’ai aimé faire ce travail intellectuel mais j’ai croisé des personnes qui se lassaient et s’usaient alors qu’elles auraient aimé quelque chose de plus tonique… Il en faut pour tous les goûts, reste à savoir quel public on visait…

Par contre, tous les visiteurs s’accordaient à reconnaitre la richesse des documents et pièces exposées. Aucun doute, il y avait une richesse inhabituelle qui permettait chacun de se lancer dans un grand voyage à la découverte d’Hergé. Tout cela était si fort, si puissant, qu’il me faut revenir sur quelques points particuliers…

Par exemple, la présence d’objet bien réels que l’on va retrouver dans les albums des aventures de Tintin. Il y a deux choses de nature différente. Il y a les objets d’art, de collection, historiques comme par exemple la statuette de l’Oreille cassée, mais cette fois celle qui date des années 1100-1450, reflet bien réel de la culture Chimú… Ou, dans un autre domaine, de nombreuses maquettes ont illustré le fait que l’auteur avait besoin de s’imaginer les choses de façon concrète avant de les dessiner : ainsi, quel plaisir de voir la maquette de la fusée lunaire…

Si Hergé avait besoin de voir les choses, il ne faut pas croire pour autant qu’il consacrait de trop longues périodes aux recherches historiques, géographiques, architecturales… Par exemple, quand il envoie Tintin en Ecosse (L’île noire), il ne connait pas le pays du tout. Quelques années plus tard, il décidera de moderniser un peu l’album, et en 1965 – un peu à la demande de l’Ecosse elle-même – il enverra son collaborateur Bob De Moor pour voir à quoi ressemblait le pays…

Un des moments jubilatoire de l’exposition, surtout pour les tintinologues comme moi et autres curieux de la BD, fut certainement l’exposition d’une planche à travers toutes ses étapes de création : on a le premier jet, sorte de brouillon plus ou moins découpé, un crayonné assez fait avec quelques détails déjà très élaborés, un encrage (encre de chine et gouache sur papier dessin), les bleus de coloriage, enfin, la planche telle que le lecteur la découvrira à la page 27 de L’affaire Tournesol… cette vitrine spéciale – comment nait une planche de bande dessinée ou genèse du récit en image selon Hergé – me permet d’affirmer qu’à elle seule elle justifierait presque la visite de l’exposition !

Mais comment oublier la leçon de cadrage d’Yves Robert – archives télévisuelles d’un grand intérêt – ou la salle consacrée à Hergé le publiciste, visage le plus caché et le moins connu du grand maitre de la bédé franco-belge ?

Enfin, j’ai apprécié les éléments donnés sur Hergé de l’occupation. En effet, souvent on résume Hergé à ses hésitations, ses silences, ses réserves… On a probablement raison mais j’ai quand même découvert un de ses personnages qui me laisse perplexe. Mr Bellum (publication à partir de 1939) est une sorte de résistant, certes très prudent et modéré, mais résistant quand même. Oui, il faut envisager une forme de résistance dans la discrétion, un combat sur papier, sans que cela règle toutes les interrogations sur Hergé…

Pour revenir au cœur de la bande dessinée, rappelons que les années de la guerre furent aussi celles de la couleur dans ses récits, ce qui n’est pas rien car ma génération a entièrement lu Les aventures de Tintin en couleurs…

Enfin, il y aura au moins un moment où j’ai vu les enfants sourire et profiter pleinement de l’exposition… C’est quand, au détour d’un couloir, on se retrouve face à face avec la 2 chevaux de Dupond et Dupont… Ils devaient aller trop vite car quand ils nous voient le coup de frein est très brutal…

Voilà, une grande exposition, très riche dans le fond, un peu faible dans sa scénographie et sa pédagogie, du moins pour le jeune public… Et ce n’est là que mon humble avis !

Deux petits détails encore… La quasi généralisation de la réservation de créneaux via Internet, même pour les jeunes avec gratuité, rend la visite fluide et évite les trop longues files d’attente, on ne peut que s’en réjouir. D’autre part, le catalogue de l’exposition est très agréable à lire, très bien documenté mais on peut regretter que la librairie de propose pas certaines études sur Hergé et Tintin publiées chez d’autres que Moulinsart… Un peu d’ouverture quand même, Tintin appartient à tous ses lecteurs… Non ?

Exposition Hergé à Paris… Juste une petite annonce !

Il y a peu, hier 28 septembre pour être précis, a été inaugurée une grande exposition consacrée à Hergé, le créateur de Tintin, entre autres. Ce personnage mythique, connu de tous ou presque, a construit la gloire de Hergé, parfois même une gloire ambiguë puisque certains critiques et lecteurs ont reproché à l’auteur belge quelques-unes de ses idées politiques : racisme, sexisme, colonialisme…

Au-delà de ces regards parfois cinglants, je vous propose plutôt de revenir en arrière et de nous pencher sur cette grande série des aventures de Tintin, albums que vous connaissez certainement. Il y a quinze ans, lors d’une animation bande dessinée à Chalon, je faisais un petit sondage en collège : 9 enfants sur 10  connaissaient le personnage de Tintin, avaient lu au moins une bande dessinée de cette série et avaient regardé les dessins animés à la télévision… Sur cette tranche d’âge – collégiens – c’était le personnage ayant la plus grande notoriété, loin devant Lucky Luke, Astérix, Gaston et autre Pif !

Comme beaucoup, j’ai découvert Tintin très jeune et il n’était pas question de cerner les idées politiques de l’auteur. Je me souviens de Tintin au Congo parce qu’il y avait plein d’animaux, y compris un boa qui osait manger le brave Milou… L’île noire à cause de gros singe fascinant… D’ailleurs, pour ce dernier album, il me faudra attendre très tard pour réaliser que le thème était une affaire de fausse monnaie… Je préférais regarder la bêtise des Dupondt !

Alors vous pensez bien que lorsque j’ai entendu dire qu’Hergé était raciste, je suis tombé de haut. On m’a parlé de sexisme et il a fallu aussi attendre longtemps pour que je réalise que les femmes avaient peu de place dans les aventures de Tintin. Encore plus de temps pour comprendre ce que les lois de protection de la jeunesse avaient provoqué comme aseptisation des histoires… Enfin, plus tard encore, j’ai compris que ce Tintin sans âge et sans sexe était la clef de la réussite de Hergé : tous les lecteurs peuvent sans difficulté aucune s’incarner dans le personnage… Hergé était peut-être beaucoup plus fort que ce que certains de ses contemporains pouvaient bien penser !

On doit donc relire cette magnifique série comme un ensemble, certes témoin de son temps, mais aussi comme fruit de la créativité de son auteur, Hergé. Oui, il est teinté de racisme, un racisme ambiant – ce qui n’excuse rien – mais dont Hergé n’est pas le promoteur inconditionnel. Oui, il y a du sexisme, oui les femmes sont pas les premiers rôles de la série, oui la Castafiore n’est pas l’incarnation d’une féminité incroyable… et en plus Hergé détestait l’opéra…

Durant la Seconde guerre mondiale, Hergé n’a pas réussi à se positionner de façon claire et nette et pour certains il flirta avec l’occupant tandis que pour d’autres il alla jusqu’à s’intégrer dans une certaine collaboration… Ce qui est certain, c’est qu’il ne fut pas un résistant – pas de doute dans ce côté-là – ce qui n’en fait pas pour autant un traitre à la Nation… Il put garder sa liberté sans être inquiété à la Libération grâce à l’appui de certains de ses amis… Donc, il en avait, ce qui est déjà bon signe car de l’argent, par contre, il n’en avait pas du tout…Il y a des albums de natures différentes, certains très personnels comme Le Lotus bleu ou Tintin au Tibet, certains nous font courir le monde de l’URSS naissante à l’Amérique du Sud révolutionnaire tandis que certains nous immobilisent à Moulinsart…

D’ailleurs, puisque j’évoque Les bijoux de la Castafiore j’aimerais préciser que dans cet album le racisme d’Hergé est remplacé par une certaine empathie envers les Gens du voyage… Surprenant, non ?

C’est bien la preuve que cette œuvre est inclassable, hors du temps, lisible par tous… et c’est probablement pour cela qu’un très grand nombre de visiteurs vont aller, que dis-je, vont se précipiter au Grand Palais pour une exposition qui restera dans les mémoires… L’exposition va durer jusqu’au 15 janvier et elle ne se limitera pas au Hergé auteur de bande dessinée, on aura aussi le peintre, le grand amateur d’art contemporain, le publiciste, le collectionneur… Mais je reviendrai vous en parler très vite, laissez-moi juste le temps d’y aller… Non, mais !

En attendant, très bonne lecture et à très bientôt !!!

Des artistes ont besoin de votre aide… Le crowfunding, nouveau financement culturel !

Je sais bien que l’on vous sollicite beaucoup, toute la journée et pour tout et son contraire… Le financement via des plateformes de crowfunding, le financement participatif, est devenu un classique pour éditer, enregistre, exposer, entreprendre… On peut douter d’un tel système mais parfois, cela fait des miracles !

Pour rester modestement dans le domaine culturel, citons le groupe musical de Bourgogne, Nazca. Ils avaient envie d’enregistrer quelques chansons mais cela coûte cher pour un petit groupe. Ils se sont dit, osons le crowfunding… un disque 5 titres, ambition modeste mais il fallait les aider… Et les financeurs, amis et fans, se sont retrouvés au rendez-vous. Le disque sera bien enregistré ! On peut encore les aider pour aller plus loin…

Retrouvez les sur https://fr.ulule.com/nazca-ep/ .

Utopique n’est pas un groupe de musique. C’est une petite maison d’éditions. Petite ? Oui, mais les livres sont de grande qualité. Ce sont des albums pour enfants – j’ai déjà eu l’occasion de vous en parler – et les thèmes sont générateurs de réflexion, de lien, d’humanité… Les éditeurs, Zad et Didier Jean, sont avant tout des artistes, des auteurs, des passionnés…

Eux-aussi, ils ont besoin d’aide, de votre aide ! Là, il s’agit de les aider à être présents, avec leur maison d’éditions et leurs auteurs, lors du plus grand salon de la littérature jeunesse, Montreuil. Ils y participent depuis plusieurs année – la maison est née en 2009 – mais pour mettre tous les plus de 30 albums de la maison, il faut plus de place… Il faut donc les aider à se doter d’un plus grand stand… Et, là, pas de miracle, il faut de l’argent ! Ils n’ont pas encore réussi à boucler leur budget, mais ils comptent sur vous !

Retrouvez-les sur http://fr.ulule.com/utopique-montreuil/ .

Rappelons que Utopique était présent au salon du livre de la jeunesse de Chalon-sur-Saône fin mai avec Anne Ferrier, auteur de Mon Extra Grand Frère !

 

Oui, le crowfunding change un peu la donne culturelle, on n’attend plus que les subventions improbables tombent seules du ciel, on vous demande de devenir coéditeurs, cofinanceurs… Alors, à vous de jouer !