La Grande Guerre dans la bande dessinée…

Le 28 juin 1914, un fait divers à Sarajevo va provoquer en quelques semaines ce que nous appelons, aujourd’hui, la Première guerre mondiale. Ne jouons pas les naïfs, ce n’est pas l’attentat d’un prince héritier, l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, qui à lui-seul va plonger l’Europe dans une boucherie étonnante et imprévisible. En fait, le crime politique des Balkans n’est qu’un déclencheur, un détonateur, le petite goutte qui fait déborder le vase empli de haine et ressentiment depuis des années comme celui des Français qui voulaient reprendre l’Alsace et la Moselle aux Allemands…

Tout cela, c’était il y a presqu’un siècle, et l’approche du centenaire assez horrible provoque, du moins c’est l’impression que j’ai, une avalanche d’ouvrages sur la question en particulier en bande dessinée. Je vais donc profiter de cet article pour en présenter quelques-uns parmi ceux que j’ai lus ces dernières semaines. Pour moi, il ne s’agira pas de s’enfermer dans les évènements militaires ou politiques, mais plutôt de voir comment certains aspects de cette guerre ont permis et permettent encore de raconter des histoires…

En bande dessinée, aborder la question de la première guerre mondiale c’est obligatoirement ouvrir l’œuvre d’un certain Jacques Tardi. Il a définitivement mis sa marque, son talent, dans un certain regard sur 14/18, sur la guerre en général. Tout a commencé, pour lui, avec de longues discussions avec son grand père qui avait fait les tranchées. De tout cela il nous a fait une série, Adèle Blanc Sec, qui se déroule avant et après la guerre, une façon de montrer quelques personnages hantés par l’horreur de la boucherie ; puis un album extraordinaire, C’était la guerre des tranchées, sorte de recueil de nouvelles qui illustrent la vie quotidienne des soldats dans cet enfer ; enfin, quelques adaptations de romans comme Le voyage au bout de la nuit de Céline et Le der des ders de Daeninckx… Dans tous ces livres, un regard centré sur l’homme, celui qui subit, pas celui qui provoque mais l’être humain avec ses grandeurs et ses ombres…

Mais si la guerre de 14/18 est bien décrite et abordée entre autres avec les ouvrages de Jacques Tardi, force est de constater qu’elle n’est pas souvent regardée du bout de cet Empire colonial français qui pourtant a envoyé de très nombreux poilus qui ne sont pas tous revenus, loin s’en faut ! Pour cela, je vous propose deux histoires très bien écrites et dessinées. Tout d’abord, antériorité de parution, celle de Lax (scénario) et Blier (dessin), Amère Patrie. Il s’agit de deux très beaux albums qui retracent la participation aux combats d’Ousmane Dioum, le chasseur sénégalais, et de Jean Gadoix, le braconnier de Haute-Loire. Mais en ces temps barbares on pouvait être rejeté par racisme et fusillé injustement sur fausse dénonciation ou pour l’exemple… Cette histoire qui n’a pas vocation à décrire tous les destins humains de cette période fait un focus d’une profondeur humaine terrible à partir d’une vérité que l’on souhaiterait trop souvent oublier…

Autre regard sur l’Empire dans cette période troublée, Didier Quella-Guyot (scénario) et Sébastien Morice (dessin) font revivre Tahiti en 1914, en particulier au moment de l’attaque de l’île par deux bâtiments de la marine allemande. Oui, on ne le sait pas assez mais les terres lointaines du Pacifique ont été terriblement bombardées en 1914 ! Les auteurs, eux, en profitent pour nous raconter une double histoire policière parfaitement bien huilée par un scénariste qui vient de s’entrainer avec l’experte du crime en adaptant deux enquêtes d’Hercule Poirot (La maison du péril, Les vacances d’Hercule Poirot)… Papeete 1914 est donc une très bonne histoire sur un fond historique peu connu avec un dessin de Sébastien Morice qui flirte en permanence avec l’animation contemporaine. Un livre réellement plaisant à lire avec un peu d’humour ce qui ne gâche rien quand on aborde cette guerre mondiale…

Dans un genre très différent, mais avec aussi une bonne dose d’humour, Régis Hautière et Vincent Hardoc ouvrent une belle série où la guerre sera vécue par des enfants, des orphelins qui se retrouvent en quelque sorte abandonnés à leur propre sort. Ces enfants français, par une heureuse manipulation du scénariste vont même se retrouver dans le camp allemand… Mais n’en révélons pas trop, vous allez avoir le plaisir de découvrir tout cela. Les Lulus vont donc connaître une guerre qui n’aura probablement rien à voir avec celle des poilus. En effet, ces jeunes ont été frappés par le malheur avant la Grande Guerre car ce sont quatre orphelins, Lucien, Lucas, Luigi et Ludwig, il ne peut donc plus leur arriver pire ! Ils sont unis comme les cinq doigts de la main (d’ailleurs, tout laisse à penser qu’il faudra bien trouver un cinquième doigt, non ?) et devront se soutenir pour traverser cette période cruelle… il n’y a pour le moment qu’un tome de paru pour cette Guerre des Lulus et il porte une double sous-titre : La maison des enfants trouvés, 1914

Enfin, pour clore ma liste non exhaustive, je voudrais faire escale en compagnie d’une bande pas toujours très fréquentable dont l’histoire se déroule près de Mérandac durant l’été 1929… Une bande ? Pas des gangsters, seulement des jeunes qui suivent une formation agricole pas très orthodoxe à la discipline de fer, à proximité d’une belle propriété où la belle Jeanne nous fait comme une petite crise d’adolescence tardive… 1929 ? Mais quel rapport avec la guerre ? Nous sommes à la veille, ou presque, de l’inauguration du monument aux morts du village et le surveillant général de l’établissement est une gueule cassée… Enfin, Le droit chemin, titre de cette histoire en deux albums, est aussi au carrefour d’histoires secrètes d’amour, de filiation et d’honneur, tout ce qu’il faut pour plonger le lecteur dans un drame inextricable au lendemain de la première guerre mondiale. Le scénario de Wilfrid Lupano est parfait mais on sent qu’il a dû mettre trop d’informations dans les dernières pages. Peut-être aurait-il fallu un troisième album, qui sait ? J’ai beaucoup apprécié le dessin de Morgann Tanco et j’espère le retrouver rapidement aux commandes graphiques d’une nouvelle série…

C’était la guerre des tranchées, Jacques Tardi, Casterman

Amère Patrie, Lax et Blier, Dupuis

Papeete 1914, Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice, Emmanuel Proust

La guerre des Lulus, Hautière et Hardoc, Casterman

Le droit chemin, Lupiano et tanco, Delcourt

N’ayez pas peur !
Lupiano et Tanco

Le lancement de l’année Pierre Benoît

Un jeune académicien français

Un jeune académicien français

Pierre Benoît est un romancier français qui est né en 1886 et qui est mort en 1962, il y a exactement cinquante ans. Cet écrivain qui fut l’un des plus lus de son vivant au vingtième siècle méritait un hommage particulier. Au cœur des célébrations multiples que seule la France sait créer, les éditions Albin Michel ont décidé de donner un lustre particulier à un cinquantenaire qui aurait pu passer inaperçu. Quoi de plus normal qu’une si grande maison d’éditions joue ce rôle moteur, elle qui a su éditer tous les romans de Pierre Benoît à l’exception d’un seul, le premier, Koenigsmark ? Il était d’autant plus normal de la retrouver à l’investigation de la fête que Francis Esménard, petit fils d’Albin Michel, président des éditions du même nom, a lui-même connu Pierre Benoît lors de ses vingt-cinq dernières années…

L’hommage d’un éditeur

L’année 2012 sera donc bien l’année Pierre Benoît ! Comment un éditeur peut rendre plus présent un auteur alors que ses œuvres sont entrées doucement dans l’oubli ou la désuétude apparente ? Probablement, en rééditant quelques-uns de ces romans pour inviter des jeunes lecteurs à les découvrir. Mais quand un romancier a signé quarante-deux romans, par où fallait-il commencer ce travail de dépoussiérage, de réhabilitation, de mise en lumière ? Certes, on peut comprendre que l’éditeur ne pouvait pas matériellement tous les choisir ! Il fallait faire un choix et c’est ainsi que trois textes sont restés sur la table d’Albin Michel : Mademoiselle de la Ferté, Axelle et la Châtelaine du Liban. J’entends déjà les experts hurler en meute… Comment ? Mais pourquoi n’avoir pas choisi L’Atlantide, Le roi lépreux, L’île verte, Le puits de Jacob ? Tout simplement parce que trois titres seront, eux, réédités par Le livre de poche, avec leurs couvertures initiales : Kœnigsmark – mais qui ne pouvaient être choisis par Albin Michel – qu’accompagneront L’Atlantide et Le Roi lépreux.

Quelques souvenirs...

Quelques souvenirs...

Pour les trois ouvrages choisis par Albin Michel, on a demandé à Floc’h, dessinateur de bandes dessinées, de réaliser trois couvertures avec une illustration comme lui-seul sait les scénariser. Pour un peu, on en oublierait presque les couvertures jaunes qui ont accompagné tant de lecteurs de ma génération, ces couvertures que l’on repérait chez les bouquinistes et qui nous ont permis de découvrir un romancier qui était déjà décédé quand nous avons eu ses romans en main…

Trois personnalités du monde des lettres pour préfacer ce grand romancier

9782226240033FSRestait à trouver des noms pour écrire les préfaces ? Trois écrivains s’y sont collés avec, à mon avis, des résultats de qualité différente. Je commencerai par citer Eric-Emmanuel Schmitt qui a placé, tout de suite la barre très haut avec Mademoiselle de la Ferté. J’adore sa préface, en particulier le début, à tel point que je ne peux pas résister de vous en citer quelques lignes :

«J’aime beaucoup la femme qu’il était. Ou plutôt les nombreuses femmes qu’il fut. Car Pierre Benoît, ce colosse sans cou aux épaules carrées, contenait dans sa carcasse d’aventurier, derrière ses traits épais, sous ses costumes taillés pour un grand bourgeois cossu, de multiples créatures, des vamps fatales, des vierges exaltées, des meurtrières bourgeoises, des intrigantes, des naïves, de pitoyables ou farouches abandonnées. Il n’avait pas un harem. Il était un harem. »

9782226240019FSLe second à poser ses mots non loin de ceux de pierre benoît fut Frédéric Vitoux. Ce que j’ai aimé chez lui c’est qu’il se pose la question qui m’habite depuis que quelque lectrice amie d’un site de critique est venue susurrer  à mon oreille cette question surprenante : et si tu reprenais le temps de te plonger dans un roman de Pierre Benoît ? Comme le dis très bien Vitoux, pourquoi rouvrir ces romans qui ne sont pas les mieux écrits du vingtième siècle et qui, pourtant, nous ont enchantés dans notre adolescence ? N’y a-t-il pas le risque d’être déçu ? La conclusion est à la hauteur de ce que je pense :

« On est heureux. On a la nuit devant soi. Ils ne sont pas si communs les livres qui ont le privilège de nous rendre heureux ! »

9782226240026FSReste la troisième préface, celle qui m’a le moins touché, celle d’Amélie Nothomb. Pourtant, aucun a priori contre elle de ma part, non, juste de la déception. Mais je n’insisterai pas car c’est tout simplement parce qu’elle n’a pas eu la chance de bercer son adolescence avec ces romans de Pierre benoît. C’est un peu comme si elle avait lu La Châtelaine du Liban comme un archéologue découvre une pièce rare tandis que nous la lisons comme un homme qui retrouve sa boite à secrets dans un grenier… La première trouve une belle œuvre qui a survécu au temps – « Je souhaite aux autres vivants d’avoir un jour d’aussi belles rides » – tandis que nous nous revoyions dans notre force de l’âge en train de fantasmer sur une certaine Athelstane…

Une soirée de lancement à Paris

Les couvertures que nous connaissons bien

Les couvertures que nous connaissons bien

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvé assis dans une petite salle pleine de monde au cœur du Centre National du Livre. En effet, c’est là, dans une des Mecque du livre, que nous étions invités à une grande et belle évocation de Pierre Benoît.

C’est ainsi qu’en l’espace de deux heures nous avons pu entendre Francis Esménard, actuel président des éditions Albin Michel, puis Michel fils de Marcelle, la femme bien aimée de Pierre, qui a pris la parole à 82 ans pour évoquer quelques instants tendres de celui qui avait été auprès de sa mère durant les vingt dernières années de sa vie. Ce furent les deux témoins de la vie de Pierre Benoît et j’avoue avoir apprécié d’être ainsi confronté à des vraies images de l’auteur…

9782226240156FSEnsuite, il y eut un peu de regard biographique avec Gérard de Cortanze, auteur d’une importante biographie de Pierre Benoît, Le romancier paradoxal. On a pu ainsi comprendre le rôle de la maman, l’envie de Pierre de toujours écrire et mettre en scène sa vie, les erreurs qui ont été faite sur ses idées parce que l’on ne prenait pas le temps de remettre le personnage dans son époque, enfin, une bonne explication de ce que fut pour lui les semaines passées en prison lors de l’épuration, moment que Pierre Benoît supporta comme la plus grosse injustice qui pouvait lui être faite.

Enfin, ce fut une discussion plus ouverte avec François Taillandier et Bruno de Cessole. Peut-être un peu moins dense, elle permet néanmoins quelques beaux échanges entre tous les participants de la soirée quand il fut question des femmes héroïnes des romans de Pierre Benoît. Ces femmes poussaient-elles à l’abstinence ou à l’appétence ? On a alors bien senti que certains lecteurs avaient lu ces romans comme les préfaciers dont nous parlions plus haut. Oui, tous ceux qui adolescents ont rêvé en compagnie d’Axelle, Alberte, Antinéa… rejettent définitivement les mots d’abstinence tout en ayant bien compris que suivre certaines femmes chez Pierre Benoît n’assurent pas le bonheur paisible au coin du feu…

En conclusion, j’ai passé une très belle soirée en compagnie d’une foule assez importante compte tenu de la nature du thème de la rencontre. La moyenne d’âge, sans faire offense aux personnes présentes, était assez élevée et du coup on peut s’interroger sur la possibilité de ces rééditions de trouver de nouveaux lecteurs. Mais, cela, c’est l’avenir qui nous le dira…

Rencontre avec Craig Thompson

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé cet auteur de bandes dessinées à Paris la semaine dernière.

Je l’avais rencontré deux fois, à Lyon et Angoulême, au moment de la parution de ce chef d’œuvre littéraire, Blankets, manteau de neige.

Craig Thompson-1

Le voilà de retour en France, après 7 ans de travail sur une nouvelle merveille, HABIBI.

Beau moment, belle dédicace et grand bonheur de lecteur !

9782203003279habibiLa critique est sur notre site préféré : http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/28571

Craig Thompson-9

Zoom sur Cyril Pedrosa !

Les auteurs de Bandes Dessinées sont aussi à l’honneur à Critiques Libres ! En effet, ce « Zoom sur … » est consacré à un jeune scénariste et dessinateur français Cyril Pedrosa, né en 1972.

autobio
Autobio de Cyril Perdrosa et Ruby* fait partie de la sélection Critiques libres pour le Prix des lecteurs 2011. Ce tome 1 recoit le prix Tournesol en 2009 du festival de la Bande Dessinée d’Angoulême. Autobio paraît d’abord dans le périodique Fluide Glacial.

Après des études scientifiques, Cyril Pedrosa change catégoriquement de filière pour se consacrer à sa passion du dessin et étudie à l’école des Gobelins. Il rentre alors aux studios d’animation français de Disney en tant que intervalliste puis assistant animateur et collabore notamment au Bossu de Notre Dame puis à Hercule.

C’est en 1998 qu’il lance la série Ring Circus avec la collaboration de David Chauvel (Scénario) et Christophe Araldi (Dessin) et ce jusqu’en 2008. Les Cœurs solitaires avec Walter sortent en 2006 et enfin Trois ombres album unique dont il est le seul auteur sort en 2007. Les deux tomes de Brigade Fantôme sont édités  en 2007 et 2009 et sont le résultat de la collaboration avec David Chavel et Ruby.

Ce jeune auteur de Bandes dessinées ne demande qu’a être découvert : rendez vous sur Critiques libres pour un peu mieux le connaître !

* Note additionelle : Autobio est le résultat d’une collaboration avec un certain Ruby. Personnage discret de la Bande dessinée, son travail de coloriste est important et nombreux sont les albums qui gardent une trace de son travail. Citons en autre Bienvenue à Boboland, Tome 1 – Bienvenue à Boboland, Le Chant de Stryges Tome 7 – Rencontres et Le Roi des Mouches Tome 2 – L’origine du Monde.

Le plaisir du théâtre, le spectacle vivant…

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On va à un spectacle parfois avec un peu d’inconnu… On choisit une troupe, une salle, un auteur, une école, une date, une occasion, un festival… Cette fois-ci, la zone de mystère était l’auteur et la pièce… Angoisse cosmique ou le jour où Brad Pitt fut atteint de paranoïa d’un certain Christian Lollike… Brad Pitt fait maintenant du théâtre en France ? Et d’où sort-il ce Lollike ? Je ne savais absolument pas dans quelle galère je venais m’installer…

Un tube pour sauver l'univers...

Un tube pour sauver l'univers...

Christian Lollike est un auteur danois que peu de gens connaissent. Il faut dire que pour le rencontrer, il faut faire un effort considérable. Je n’ai vu qu’un malheureux petit texte traduit et les troupes de théâtres françaises ne le jouent qu’exceptionnellement… Heureusement, pour moi, c’est en allant passer la soirée à l’ENSATT, l’école nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, que j’ai pu découvrir Christian Lollike et assister à une représentation de la pièce Angoisse Cosmique, texte qui n’avait encore jamais été joué en France. Une première en quelque sorte pour une équipe d’étudiants qui a pu, ainsi, montrer ses qualités professionnelles et nous réjouissant le cœur…

Angoissant après les évènements du Japon

Angoissant après les évènements du Japon

Je dis bien équipe, car nous n’avons pas vu que des acteurs ! Oui, le son et la lumière de ce spectacle étaient à la hauteur, comme le décor, les accessoires et les costumes. On dit souvent que l’ENSATT est une petite merveille parce qu’on y fait travailler ensemble tous les corps de métiers du théâtre, certes, mais cette fois le public pouvait s’en rendre compte, le palper, le vivre…

Côté pièce, en discutant après le spectacle avec quelques personnes, j’ai pu mesurer, nous avons pu constater, que chacun se construisait un univers, son univers. De quoi est-il question ? De l’avenir du monde ! Mais, au lieu de travailler la question avec des arguments scientifiques, on plonge dans une société riche avec un personnage clef qui va tenter de sauver le monde car la fin ultime menace… Sommes-nous en présence de Brad Pitt ? D’un personnage qui s’incarne en lui ? D’un fou en pleine paranoïa ? Qu’importe ! On a alors une multitude de petites saynètes, de rencontres, d’épisodes, qui poussent le spectateur à s’interroger lui aussi…

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Le metteur en scène, un ancien de l’ENSATT, Simon Delétang, ne s’est pas contenté du texte d’origine. Il joue avec ses personnages, son équipe étant plus nombreuse que les rôles imaginés par Christian Lollike, il utilise deux discours politiques des dernières présidentielles françaises et le nom de Nicolas Hulot est ainsi entendu… Oh ! Rien de politique dans cette pièce ! Ou, plus exactement, tout est politique ici, au sens propre du mot, car que ce soit avec sincérité ou pas, avec des mots politiquement corrects ou pas, dès que l’on se préoccupe de l’avenir de la planète bleue, on fait de la Politique…

Une équipe d’acteurs dynamique, qui a une énergie forte et qui nous la transmet, un texte accessible, un humour réel, une mise en scène plaisante qui nous plonge dans un univers ou la raison n’est pas le moteur, un son tonique qui veille à nous maintenir attentif, un spectacle où l’on ne sent pas le temps passer… Tout était au rendez-vous pour passer une soirée très agréable… en dehors d’une chaleur éreintante dans la salle, une chaleur qui était peut-être là pour concrétiser le réchauffement planétaire autrement qu’avec des mots… Allez savoir ? Ils sont tellement forts à l’ENSATT !

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Il faudrait encore évoquer mille autres petites choses essentielles dans ce spectacle, comme la qualité graphique du programme donné à l’entrée de la salle, mais comme vous pouvez encore aller le voir je vous donne les dates encore au programme :

Lundi 11 avril à 20h00, mardi 12 avril à 20h00, mercredi 13 avril à 15h00 (séance spéciale pour les scolaires) dans la salle de l’ENSATT, à Lyon, 4 sœur Bouvier, www.ensatt.fr

Vendredi 15 avril à 20h00, à la salle polyvalente de Luzinay, http://www.linternaute.com/agenda/evenement/254720/angoisse-cosmique-ou-le-jour-ou-brad-pitt-fut-atteint-de-paranoia/

Mercredi 20 avril à 20h30, jeudi 21 avril à 14h30 et 20h30, vendredi 22 avril à 14h30 et 20h30, à la salle polyvalente de Fleurieux-sur-Arbresle, http://www.fleurieux.arbresle.mairies69.net/Theatre-a-Fleurieux

Bonne soirée à tous et j’espère que vous ne laisserez pas passer une telle occasion de passer une excellente soirée au théâtre !!!

Zoom sur Pascal Garnier !

Pascal Garnier, autre auteur de la Sélection des Prix des lecteurs critiqueslibres.com 2011 avec la théorie du Panda , est ce qu’on pourrait appeler un écrivain atypique ce qui le rend d’autant plus intéressant.

panda width 85 « Toutefois, en écrivant mes pauvres chansonnettes, j’ai pris goût aux mots. Au fond de moi je nourris le fol espoir d’écrire plus long, un livre par exemple. Mais la pauvreté de mon vocabulaire et ma méconnaissance de l’orthographe et de la conjugaison se dressent devant moi comme d’infranchissables barrières » Pascal Garnier par lui même, Zulma.fr

Né en 1949 à Paris, il quitte l’école très tôt à l’âge de quinze ans n’y trouvant pas sa place. Il voyage beaucoup et notamment en Afrique du Nord et au Moyen Orient. En revenant sur sa terre natale, il tente sa chance en tant que parolier, mais si là n’est pas sa vocation, le goût de l’écriture va faire son chemin et prendre une place de plus en plus importante dans sa vie. Entre temps, il s’essaye au dessin et à la peinture.

Il commence timidement vers 35 ans à écrire ses premières nouvelles qui donneront L’année sabbatique.  Et c’est le début d’une bibliographie assez importante : près d’une soixantaine de livres en tout. Parmi les polars, citons Comment va la douleur ?La Solution EsquimauLes nuisibles, Les Hauts du bas, Flux (Grand Prix de l’humour noir 2006) etNul n’est à l’abri du succès (Prix du festival « Polar dans la ville » 2001). Mais en dehors de ces thrillers, vous trouverez peut-être votre bonheur avec L’A26 ou encore Le grand Loin. Et pas moins de quarante livres  sont dédiés à la jeunesse comme Traqués, M’sieur Victor et Derrière l’écran !

J’écris parce que, comme disait Pessoa: « La littérature est bien la preuve que la vie ne suffit pas » Pascal Garnier.  Il nous quitte en 2010 à  61 ans.

Zoom sur Laurent Gaudé !

Zoom sur Laurent Gaudé !

Cet auteur né en 1972 a été choisi cette année pour faire partie de la sélection des Prix des lecteurs Critiques Libres 2011 avec La porte des enfers. C’est une bonne raison pour vous évoquer ce jeune auteur touche-à-tout et à qui tout réussit.

porte des enfers Ces deux passions : une Ecriture riche et variée (romans, théatre, nouvelles, sans oublier la littérature jeunesse) et la photographie.

« Là où la photo cristallise des instants fugaces, éphémères, la littérature, elle, ressuscite des moments révolus »  extrait de « Je suis le chien Pitié »  - Actes sud.

Laurent Gaudé qui a fait des études de lettres modernes et d’études théatrales écrit d’abord pour le théatre (citons entre autre Les Sacrifiées en 2004 et Pluie de cendres en 2001) et la première pièce mise en scène est Onysos le Furieux en 2000. Ces pièces sont jouées aujourd’hui dans de nombreux pays. Parallèlement, il écrit son premier roman Cris en 2001, et en 2002 Laurent Gaudé reçoit Le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix des libraires en 2003 pour La Mort du roi Tsongor et enfin le Prix Goncourt 2004 pour Le soleil des Scorta.  Mais là ne s’arrête pas sa quête d’écriture : il se lance également dans l’écriture de recueils de nouvelles dont Dans la nuit Mozambique. Ces livres sont traduits dans de nombreux pays et notamment aux Etats unis, au Brésil, en Chine, au Vietnam, en Roumanie, en Suède et bien d’autres encore. Notons encore la parution de La tribu de Malgoumi coécrit avec Frédéric Stehr pour les plus jeunes.

Sa deuxième passion se concrétise avec l’écriture des textes d’un livre dédié à la photographie Je suis le Chien Pitié avec le photographe Oan Kim.

Ces inspirations sont :

  • Les voyages qu’il décrit comme une nécessité,
  • Les Autres, écrire pour faire entendre ceux qui ne peuvent plus parler
  • Son Imagination ou « son antiquité » : un monde imaginaire qui n’appartient qu’à lui, et
  • Sa porte de Morante inconnue des cartes.

Découvrez son univers sur son site officiel. Sur Critiqueslibres.com, vous trouverez pas moins de 7 livres de Laurent Gaudé ! Bonne lecture !