Mes meilleures rencontres, mes plus beaux souvenirs d’Angoulême 2013… (3ème partie)

Le temps passe, le 40ème festival international de la bande dessinée d’Angoulême n’est plus dans l’actualité ou sur le devant de la scène mais il est encore bien présent dans ma mémoire. Il est donc encore temps de vous faire partager quelques-uns de ces souvenirs, quelques-unes de ces rencontres lors de ces jours passés au cœur des bulles angoumoisines… Je vous ai déjà raconté certaines discussions et il est temps maintenant de parler de Desberg, Jul, Ers et Matz…
Si je veux citer Stephen Desberg c’est que sa rencontre a bien failli ne pas avoir lieu et que cet auteur a accepté l’interview uniquement parce que Céline, une de mes étudiantes, était une fan inconditionnelle, qu’elle voulait absolument que l’on puisse l’interroger, elle désirait ardemment l’entendre et discuter avec lui…
Nonobstant son attachée de presse qui voulait lui assurer un agenda sinon confortable au moins acceptable, Stephen Desberg apprenant la situation acceptait de faire un effort et nous offrait un rendez-vous… La rencontre pourrait avoir lieu avec une rumeur amicale lancée par Thomas Legrain qui susurrait que Desberg acceptait surtout de rencontrer une jeune étudiante… Mais ce n’était qu’une rumeur sans fondement, la vérité était toute autre, Stephen est un auteur sympathique, tout simplement…
Devant son idole, si on peut parler ainsi, face à celui qu’elle considère comme un géant parmi les scénaristes bédé contemporains, Céline fut paralysée par la peur, l’émotion, la timidité… Impossible de lui parler, de l’interroger et, du coup, je dus jouer le journaliste seul. Soyons honnête, avec un client comme Desberg, ce ne fut pas le calvaire ! Cet homme agréable et ouvert, intelligent, fin, et passionné, prend toujours un grand plaisir à parler de ses séries, de ses albums, de ses collaborations avec les dessinateurs dont les noms sont maintenant tous connus Griffo, Vrancken, Vallès, Marini, Reculé, Chetville… Céline connaissait bien la série IRS dont elle avait dévoré tous les albums et c’est par celle-ci que nous avons commencé notre discussion… Il faut dire que le personnage de la série, Larry B Max est tout à fait fascinant comme l’énigmatique Gloria d’ailleurs…
Même si je posais les questions, je voyais bien que Stephen s’adressait directement à Céline qui, elle, de son côté, buvait toutes ses paroles avec la tête d’un disciple fasciné par le grand maître… Devais-je regarder Céline plonger dans son rêve de rencontre ou rester attentif à Desberg pour relancer la discussion ? Finalement j’oscillais entre les deux et je profitais sur les deux tableaux en regrettant de n’avoir pas eu une main et un œil supplémentaires pour filmer ou photographier la situation…
Je crois que cette rencontre a illustré que la renommée d’un auteur – celle de Stephen Desberg qui est réellement connu avec ses séries phares, IRS, Sherman ou Le Scorpion – n’empêche pas la simplicité, la délicatesse, la volonté de proximité avec les lecteurs… A défaut d’avoir été capable d’interroger son auteur fétiche, je crois que Céline est repartie avec un lot d’émotion qu’elle va maintenant savourer au jour le jour jusqu’à une prochaine rencontre à Angoulême ou ailleurs, et là, c’est promis-juré-craché, c’est elle qui posera les questions !
Après Desberg et Céline, je voudrais prendre le temps de vous faire rencontrer Jul. Cette fois, j’étais accompagné de Clémentine, mais ni l’un ni l’autre ne connaissions vraiment cet auteur. Pas de curiosité ou de fascination particulières, juste le plaisir de croiser cet homme qui avait été choisi pour être le parrain de la manifestation 48 H BD qui vient d’avoir lieu en France les 5 et 6 avril 2013. Il était donc important de le découvrir à travers son ouvrage consacré à La grande Librairie publié chez Delcourt. Il ne s’agit pas d’une bande dessinée à proprement parler mais d’un recueil de dessins de presse réalisés en direct lors de l’émission de télévision.

Ce qui nous a séduit instantanément avec Jul, c’est sa facilité d’accès, sa simplicité, sa gentillesse. Il est à l’écoute, ne cherche pas à parler de lui à tout prix ne met pas son album en avant. Simplicité, curiosité, joie d’être accepté dans ce milieu de la bande dessinée et c’est probablement grâce à cette personnalité qu’il a été choisi pour l’événement 48 H BD ! Une demi-heure ensemble et on n’a même pas vu passer le temps… reconnaissons, par contre, que la lecture de l’ouvrage, La Grande Librairie, ne conviendra pas à tout le monde. A notre avis, il faut soit avoir suivi l’émission assez souvent pour retrouver des scènes connues, soit être un passionné de littérature et livres actuels, soit, enfin, être fou du dessin de presse et admirer là le talent de celui qui, en quelques secondes, vous raconte une histoire, même petite… Pour les autres, trop de dessins resteront des mystères.

Dimanche matin, arriva le tour de Ers ; comment s’est-il retrouvé dans nos meilleures rencontres ? Tout simplement parce qu’il a dessiné le premier album d’une nouvelle série, Hell School, ouvrage que toute l’équipe avait lu et apprécié. L’épreuve la plus difficile, ce fut pour lui. Même pour un auteur confirmé ce n’est pas toujours facile de répondre à des questions avec sept personnes devant vous, deux micros, deux caméras, un appareil photo… Juste de quoi paralyser un homme sensé, mais heureusement, il s’est comporté comme si tout cela était normal et évident…

Hell school est une série qui peut être lue sous trois angles et nous les avons observés un par un de façon très complète et plaisante avec un dessinateur qui parlait aussi de l’aspect scénario avec aisance. Il faut dire que Dugomier et Ers n’en sont pas à leur première collaboration et travaillent ensemble depuis presque vingt ans.

On a donc parlé des adolescents dans le milieu  scolaire puis du bizutage et des rites d’initiation, enfin de psychologie en huis clos et ce ne fut pas l’aspect le moins intéressant de cette rencontre…

Avant de se quitter, Ers a accepté de dessiner devant caméras et appareils photo pendant de longues minutes un dessin en couleur, avec les crayons gras de ses enfants, pour illustrer son travail.

En conclusion de ce troisième volet de mes rencontres d’Angoulême 2013, je voudrais vous parler d’Alexis Matz, auteur et directeur de collection. C’est à cause, ou grâce, à sa série Le Tueur, que nous nous étions rencontrés la première fois il y a plus de dix ans. Cette fois-ci, en 2013, Le Tueur était à l’honneur et pas seulement parce que le onzième tome venait de sortir car tous les personnels de chez Casterman, l’éditeur du Tueur, étaient habillés d’un tee-shirt à l’effigie sans oublier les affiches du Tueur répandue aux quatre coins d’Angoulême…

Pour ceux qui ne connaissent pas encore la série, il faut savoir qu’au départ Le Tueur est un exécuteur à gages, assez insensibles, méthodique et parfaitement organisé, qui tue sur commande moyennant finances. Un véritable tueur, impitoyable et sans états d’âme… Mais au fur et à mesure du temps, ce tueur a évolué, a réfléchi, a médité, est devenu une sorte de philosophe… A partir du second cycle, ce personnage froid et criminel, est devenu plus attirant ou fascinant, et il a quitté son statut, évident du départ, d’antihéros pour celui plus délicat de personne sympathique, père de famille, amant, agréable à vivre… Enfin, n’exagérons quand même pas trop, il reste un tueur !

Alexis Matz reconnaît d’ailleurs l’envie qu’il avait à la naissance de la série de créer un antihéros auquel le lecteur finirait par s’attacher à contre cœur… Quoi, moi, aimer un tueur ! Vous êtes fous ou quoi ? Et, pourtant, maintenant, on finit par trembler pour lui quand il est en danger. Il est le méchant, le tueur, l’assassin et on croit déceler comme un peu d’amitié entre lui et nous…

Alexis Matz est un auteur touche à tout très facile à questionner. Une petite question et il parle déjà pendant vingt minutes… Au moins le silence – l’angoisse du journaliste radio – n’est pas d’actualité ce jour-là… Il a une vision assez exigeante de la bande dessinée ce qui n’empêche pas une facette populaire. Il est aussi éditeur de la collection Rivages Casterman Noir, collection/label qui donne la possibilité d’adapter des romans noirs en bédés noires en s’appuyant principalement sur la collection de romans noirs bien connus de Rivages.

A l’écouter, on mesure à quel point il est hyper actif, investi qu’il est dans son travail à 150 %. On peut d’ailleurs préciser pour ceux à qui cela aurait échappé qu’il est le scénariste d’une série, Du plomb dans la tête, une histoire dessinée par l’Australien Colin Wilson. Or, cette dernière vient d’être adaptée au cinéma par Walter Hill (sorti aux Etats-Unis en février 2013). Belle réussite pour une bande dessinée franco-australienne !

Voilà, quatre belles rencontres encore pour découvrir la bande dessinée sous des angles différents. C’est aussi quelques belles invitations à lire, à découvrir de très beaux albums de bédé… C’est aussi pour cela que j’aime ce festival et que chaque année je me débats pour y emmener quelques étudiants à qui je tente de transmettre mon goût, ma passion pour cet art narratif, le neuvième art comme certains ont osé l’affirmer…

Saria et son dessinateur italien: Federici.

Parmi cette foule aux notes et aux accents des pays du soleil méditerranéen, nous avons quand même eu l’opportunité de rencontrer quelques auteurs et dessinateurs italiens. Nous sommes ici avec Ricardo Federici qui illustre brillamment le tome 2 de la bande dessinée Saria, scénarisée par Jean Dufaux. Il reprend le flambeau après Paolo Serpieri qui après avoir finalisé le tome 1 s’est vu forcé de quitter l’aventure de cette Venise des enfers.

Cette entrevue s’est déroulée en italien, je vous en fait donc la transcrition ici :

Federici Bonjour ! Alors quand on se retrouve dans une série, avec Dufaux comme scénariste et un autre dessinateur qui a fait le tome 1, est ce que c’est difficile de rentrer dans la série, est ce que on fait attention à ce qu’ils ont fait avant ou bien est ce que l’on rentre avec son imaginaire tout de suite ?

Federici : Sicuramente, cominciare un nuovo lavoro di per sé è gia qualcosa di difficile, perché bisogna entrare in sinchronia con un nuovo mondo, una nuova storia allora sicurament è difficile e impegnativo per me di seguire il lavoro di Serpieri e lavorare con Jean Dufaux.

Bien sur ! Commencer une nouveau projet en soi représente toujours beaucoup de travail, puiqu’il faut se synchroniser avec un tout nouveau monde, une nouvelle histoire, alors ici, suivre et reprendre le travail de Serpieri et travailler avec Jean Dufaux à représenté beaucoup de travail et été très astreignant.

Alors justement quand on regarde cet album, on se dit, non pas que vous avez été, ou pas été, à la hauteur, on ne se permet pas de juger, mais on est tout de suite surpris par la grandeur du projet et par le style graphique déployé. Et donc j’aurai souhaité savoir par exemple vous mettez pour réaliser une planche ?

Federici : Per fare un lavoro pittorico ci vuole tempo. Ma, me, posso lavorare circa trenta, quaranta ore su una pagina.

Tout travail graphique nécessite du temps. Mais, pour ce qui est de mes propres planches, il m’arrive de travailler dessus environs 30 à 40 heures par planche.

Et quand on regarde la ville de Venise défigurée, remodelée et transformée, je voulais savoir si vous connaissiez Venise avant, si vous aviez travaillé avec des photos de Venise, si vous êtes allé faire des croquis avant de la déformer.

Federici : Quando ero molto piccolo ! No, non sono andato a Venezia per documentarmi, ho utilisato dei riferimenti per modificare alcune vedi della città.

Seulement une fois quand j’étais petit ! Non, je ne suis pas allé visiter Venise afin de me documenter. J’ai utilisé des documents se référents à la Cité des Doges afin de modifier certaines vues de la ville.

Et donc, si vous n’avez pas été à Venise, avez vous été en enfer, pour y voir les têtes des diables, de ces monstres divers ou est ce tout vient de vos fantasmes de petit enfant ?

Federici : Fortunatamente no !

Heureusement non !

Quand vous travaillez sur des planches, est ce que Dufaux vous donne tous les détails de ce que vous devez faire ou est ce que c’est vous qui à un moment donné choisissez la construction, qui dans cette narration est capitale ?

Federici : No, Dufaux mi ha lasciato molto libero di interpretare la sua storia, anzi per esempio, il personnagio del guido, aveva questi scritti sul viso che non dovevano essere luminosi, era la mia scelta, ne ho parlato con Dufaux e me ha detto : Parfait !

Non, Jean Dufaux me laisse très libre quand aux choix d’interprétation de son histoire, même si, par exemple, le personnage du prophète avait des écritures sur le visage prévues dans le scénario, cela a été mon choix de rajouter la lumière : j’en ai parlé avec Dufaut et il m’a répondu : « c’est parfait ! ».

Alors, vous envoyez les planches une par une à Dufaux ou par groupe ?

Federici : No, non le mando una per una. A volte, le mendo finite, altre volte invece, quando ho dei dubi sulla sceneggiatura, le mando la pagine e lui mi risponde ma personalmente, io sonon molto rispetoso degli scelti di Dufaux e penso che uno buon lavoro sia fatto di collaborazione.

Non, je ne les envoie pas une par une. Des fois, je les envoie finies, par contre, d’autre fois, lorsque j’ai un doute sur le scénario, j’envoie la page à Jean Dufaux et il me répond. Mais, je suis personnellement très respectueux des choix de Dufaux et je pense qu’un bon travail ne peut se faire qu’à travers une bonne collaboration.

Alors tout à l’heure vous parliez de la lumière des yeux d’un des personnages. Cette lumière, elle est aussi en opposition avec le voile qui va couvrir les personnages souvent au départ, le côté énigmatique. Est-ce que c’est vous qui utilisez les tissus, pour ce côté énigmatique ou bien est ce que c’est Dufaux qui avait décidé ça.

Federici : No è la mia scelta.

Non, c’était mon choix.

Est ce que, au fur et  mesure que vous travaillez sur l’histoire, vous avez eu une sympathie particulière pour certains des personnages, que se soit des tenants des clés, La Luna, est ce que vous êtes attaché à vos personnages ?

Federici : Se ho un personnagio preferito ? Sicuramente Scirocco ! è una mia invenzione, era descitto nella scenegiattura da Jean Dufaux non cosi come lo vedette. Io l’ho un po esagerato e sono particolarmente affezionato.

Si j’ai un personnage préféré ? Bien sur, c’est Scirocco. Il est une de mes inventions. En fait, il était prévu dans le scénario de Dufaux, mais pas de la manière dont vous le voyez aujourd’hui. Je l’ai un peu exagéré et j’y suis particulièrement attaché.

On voit qu’il y a un travail graphique qui est étonnant dans tout l’album mais est qu’il y a des scènes qui vous ont posé plus de difficultés que d’autres ? Par exemple quand il y a un être qui se transforme en diable en plein mouvement, est ce que dans certaines scènes d’architecture ou de vaisseau, est qu’il y a un moment où cela à été plus dur ?

Federici : Sicuramente, alcune pagine sono complesse. Ma generalmente, puo sembrare stranno ma le cose le piu complesse mi divertano di piu e le faccio piu volontieri. Trovo magari noioso pagine con dialoghi, non noioso graficamente, ma alcune pagine complesse, come quella con le navi mi divertono per cui anche se bisogna molto tempo le faccio con molto piacere.

Bien sûr certaines pages sont plus complexes que d’autres. Mais, généralement, et cela peut vous sembler étrange, ce sont les choses les plus complexes qui me divertissent le plus et je l’ai fais plus volontiers ! Je trouve plutôt ennuyeuses les pages avec beaucoup de dialogues, pas vraiment ennuyeuse graphiquement parlant mais… Certaines pages complexes, comme celle avec les navires, même si elles nécessite énormément de temps me divertissent bien plus et j’y prends beaucoup de plaisir.

Est ce que vous travaillez à cette échelle (BD finie), car lorsque l’on voit les détails très précis, etc. où bien est ce que vous travaillez à une très grande échelle et surtout quelles sont les techniques que vous utilisez, comment vous travaillez réellement ? est ce que vous faites de vrai crayonnés etc. ?

Federici : Piu grande. Il formato che uso è un formato di 50 per 40 circa. Si, lavoro su un formato piu grande perchè mi permette di andarre piu negli detagli. Io sono un autodidatta e come tale mi piace mischiare vari tecniche. I colori che uso generalmente sono acrilice, aquiline, olio, Pantoni per l’aerografo. A secundo dell’esigenza.

Sur un format plus grand. Le format que j’utilise est d’environ 50 sur 40 cm. Oui je travaille sur un format plus grand car cela me laisse la possibilité d’aller plus loin dans les détails. Au niveau des techniques, je suis un autodidacte, et en tant que tel, j’aime mélanger les techniques. Les peintures que j’utilise sont l’acrylique, l’aquarelle, la peinture à l’huile et le nuancier Pantone pour l’aérographe. Cela dépend des besoins.

Est ce que le fait d’avoir travaillé avec Dufaux, qui est réputé en France et en Belgique comme un des très grands scénaristes du fantastique, c’est quelque chose que vous avez envie de prolonger, de continuer, quelle que soit la série, l’histoire ?

Federici : Sarei onorato di continuare a lovorare con lui. Si l’ho farei molto volontieri.

Je serais honoré de continuer de travailler avec Jean Dufaux, je le ferais très volontiers !

Federici, Grazie mille !

Merci beaucoup Federici !

Clémentine

Rencontre avec David Chauvel : Cycles Arthur et Wollodrïn

Après le dessinateur des cycles d’Arthur et de Wollodrïn, Jérôme Lereculey, c’est au tour de leur scénariste David Chauvel de passer par mon micro.

Clémentine : David Chauvel, bonjour, je vous êtes le scénariste des albums Arthur et Wollodrïn. Alors Arthur tout d’abord, d’où est née cette envie de se lancer dans une histoire qui a été vue, revue et re-revue par presque tous les média ?

David Chauvel : Ben c’était justement parce qu’il nous semblait qu’elle n’avait pas été traitée de toutes les manières possibles. En tout cas pas comme la notre, qui était celle qui remontait aux sources celtiques du mythe, qui sont les Quatre branches du Mabinogi, qui est le seul texte transformé, réécrit et recopié par des moines et donc forcément très changé mais qui garde dans son esprit et dans certaines de ses parties probablement le seul vestige qui nous reste de ce qu’étaient les celtes d’avant la Christianisation.

Il y avait là dedans certainement une matière à reprendre l’ensemble de mythe Arthurien, sous un nouvel angle. C’est sans doute parce que Jérôme et moi sommes bretons, que cela fait parti de notre culture et que la manière dont le cycle Arthurien avait été traité, que ce soit au cinéma, ou en bande dessinée avec des choses qui partaient plus sur de la Fantasy, sur le côté merveilleux, les elfes, les lutins etc. Nous on voulait ramener ça à quelque chose qui était à la fois un mélange d’Histoire et de folklore, mais le folklore dans le bon sens du terme, c’est-à-dire le folklore originel, celtique et donc européen.

Clémentine : Et pourquoi ce choix d’utiliser les noms celtes, en ancien gallois, dans cette bande dessinée ? Car finalement, des personnages comme Merlin, ne portent plus du tout les noms auxquels nous sommes habitués.

David Chauvel : Et bien parce que ce sont les noms qui sont utilisés dans les Quatre branches du Mabinogi, et qui sont probablement les noms originels de la plupart des personnages, encore que celui d’Arthur soit sujet à discussion. Merlin encore plus puisque dans les Quatre branches du Mabinogi il n’apparait pas du tout. Il apparait dans un autre vestige littéraire mais qui a probablement été accolé à l’autre de manière totalement artificielle.

Après voilà, on n’a pas non plus fait œuvre d’historien, on n’a pas voulu prétendre écrire une vérité mais on a voulu essayer de se rapprocher de cette essence là et aussi parce qu’à l’époque j’avais beaucoup travaillé sur les civilisations celtiques, la manière dont ils structuraient leur société : de manière horizontale puisqu’ils fonctionnaient en clans, ce qui était extrêmement proche et j’ai travaillé après sur la manière dont fonctionnaient les indiens d’Amériques et notamment les indiens des Plaines. L’organisation de la société, l’organisation de la vie au quotidien, tout était pareil. Quasiment. On change le décor, etc. mais c’était pareil. Ils ont probablement la même source, la source Anglo-Européenne, et on sait que les indiens d’Amérique sont probablement passés par l’Alaska et par la Russie pour atteindre le continent américain. Tout ça c’est la même base. Et c’est la même base de l’organisation de la société et c’est ce que l’on a essayé de diffuser à travers la série.

Clémentine : Alors au niveau graphique vous travaillez avec Jérôme Lereculey, dont nous avions fait l’interview quelques temps auparavant ; alors pourquoi ce choix de partenaire ? Est-ce du à une rencontre au hasard ou était ce vraiment un choix de votre part ?

David Chauvel : C’est un parcours d’amis, puisque Jérôme et moi nous connaissons depuis le lycée. On s’est connus au lycée à Rennes et on s’est perdus de vue pendant un ou deux ans puis on s’est retrouvés dans un studio, qui s’appelle le studio Atchoum qui à l’époque accueillait à peu près tous les jeunes dessinateurs rennais. Moi j’étais aspirant scénariste et on s’est retrouvés là, on a commencé à travailler ensemble et voilà : vingt ans plus tard on y est encore !

Clémentine : Alors passons à Wollodrïn, dans lequel on voit l’apparition d’orcs et de créatures fantastiques. Etait-ce un choix dans le scénario dès le départ ou bien est-ce Jérôme qui s’est laissé entrainer par son imagination ?

David Chauvel : Alors Jérôme a toujours dessiné des choses comme ça, les bestioles, les nains, les orcs, les dragons… ça a toujours été sont truc puisqu’il est comme moi : il est fan du roman du Seigneur des Anneaux, que l’on a lu tous les deux quand on était adolescents, quand on avait douze ans et dont on ne s’est jamais vraiment remis. Moi j’ai lu beaucoup plus de Fantasy, lui il en a lu quasiment pas, seulement cette œuvre mais de toute façon ça a toujours été très présent dans notre imaginaire commun et quand on a commencé Arthur on s’est dit «  De toute façon après, on fait quelque chose de cette obédience ! ».

On ne savait pas encore quoi et je pense que c’est bien que l’on ai attendu d’avoir fait une douzaine d’albums et non pas une douzaine d’années parce qu’il fallait beaucoup de temps pour digérer ce qui était un héritage extrêmement lourd, avec une influence quand même très très forte et voilà ! Vingt ans plus tard, enfin, plus de vingt puisqu’on a tous les deux plus de quarante ans et comme je le disais, moi quand j’ai lu le Seigneur des Anneaux j’avais douze ans,  Jérôme aussi à peu près donc voilà, presque trente ans plus tard, nous sommes à la fois toujours très proches, très amoureux des romans, et je spécifie bien les romans. Je ne parlerais pas des ignominies qui ont été faites au cinéma.

Et en même temps on a quand même trente ans de distance, de parcours artistique personnel, ce qui nous a permis de prendre du recul et d’apporter, dans le respect de cette tradition « Tolkienienne », la possibilité de faire bouger les lignes et d’amener notre propre vision, notre personnalité tout en respectant les codes du genre.

Clémentine : Alors justement, lorsqu’on travaille autant longtemps avec un même dessinateur, est ce qu’on évolue dans sa façon de travailler, autant au niveau du graphisme qu’au niveau de la façon de raconter l’histoire ?

David Chauvel : Bien sûr. Le duo scénariste-dessinateur, sur la durée, sur dix ans, quinze ans, c’est un mouvement perpétuel d’allers et retours. Moi je lui fais des retours sur son travail de dessinateur, il me fait des retours sur mon travail de scénariste. On parle ensemble de ce que l’on va faire, de ce que l’on pourrait faire, de la manière dont on va le faire : chacun a des lectures, chacun voit des choses, enregistre des informations artistiques et chacun en retour, dit à l’autre « Et bien j’aimerais que l’on bouge dans cette direction là, j’ai eu des idées pour telle chose, j’ai des envies comme ça… ».

A l’époque de Wollodrïn, sur le tome 1, on s’est beaucoup remis en question sur le traitement graphique de Jérôme et notamment sur l’articulation et l’usage de la page, de la case, de la manière dont on allait faire exploser les scènes d’action sur des grandes pages, qui était quelque chose qu’il n’avait jamais utilisé et sur lequel il a fallu que je le pousse un petit peu. Et après il était content de l’avoir fait !

Et lui, d’un autre côté, même si ce n’est pas direct et que je n’ai pas d’exemple précis, me renvoie forcément des choses qui font que mon écriture évolue, comme des petits détails mais aussi des grands mouvements comme la fin de notre collaboration sur le projet Arthur et quand l’on en entame un second : forcément on a de longues discussions parce que l’on sait d’expérience que ça va nous engager pour des années.

Et des années de travail en commun, ce n’est pas rien et donc ce sont des choses qui se font par le biais de discussions riches et plus on se connait, mieux ça se passe. Evidemment il y a une vraie richesse qui nous est propre grâce à notre relation à nous deux. Au bout de vingt ans, ce n’est pas difficile à imaginer, donc forcément il se passe des choses qui n’appartiennent qu’à nous.

Clémentine : Donc vos projets pour le moment, sont de progresser sur de nouvelles histoires ou bien de continuer un cycle ?

David Chauvel : Oui, continuer un cycle. Wollodrïn en fait c’est une histoire au long cours, assez longue mais qui est coupée en petites histoires de deux tomes. Et au départ on part sur une histoire assez classique avec un groupe d’aventuriers qui partent en mission et bon, évidemment rien ne se passe comme prévu, mais ce qu’on ne sait pas c’est que petit à petit, Wollodrïn va dériver vers autre chose et va prendre de l’ampleur.

« Là on est en train de poser les pierres, unes par unes, qui sont petites, qui vont devenir moyennes puis de plus en plus grosses. »

Et les enjeux de nos histoires, qui au départ étaient vraiment microcosmiques, à l’échelle de nos huit personnages et de leurs petites missions, vont devenir macrocosmiques, c’est-à-dire vont, petit à petit, engager l’ensemble de l’univers dans lequel ils évoluent et ça va prendre une dizaine de tomes.

Et en même temps, comme on sait que les lecteurs n’ont pas forcément envie de lire des histoires qui se suivent sur dix tomes et on les comprend, j’essaie de construire cette grande histoire à l’intérieur de petites histoires de deux albums ce qui fait que c’est plus satisfaisant et que l’on peut se permettre de lire uniquement un arc de deux tomes, pour une certaine souplesse à l’intérieur de l’intrigue.

Clémentine : Et bien David Chauvel merci, nous attendons avec impatience de découvrir cette histoire cachée dans l’histoire et nous vous souhaitons une excellente continuation !

Angoulême 2013 – Rencontre avec Jean-François Cellier

Lors du 40ème Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, nous avons eu le plaisir de rencontrer Jean-François Cellier, dessinateur de Jeanne la Pucelle. Ce premier tome, intitulé Entre les bêtes et les anges rencontre un franc succès auprès du grand public et a remporté le prix de la BD Chrétienne.

Shelton: Vous êtes le dessinateur de cette bande-dessinée, Jeanne la Pucelle. Le tome 1 vient de sortir aux éditions Soleil. Comment rentre-t-on dans un tel projet ? Y-a-t-il eu des rencontres en amont avec le scénariste ?

Jean-François Cellier: Là, c’est plutôt le sujet qui est rentré en moi. Ça m’a un peu dépassé. C’est un film de Jacques Rivet, Jeanne la Pucelle, qui m’a traversé et qui m’a fait découvrir Jeanne d’Arc de façon plus fine. Tout le monde connaît Jeanne d’Arc, mais ce film m’a aidé à la découvrir plus en subtilité, plus en profondeur et notamment sa parole à travers le procès et le procès de réhabilitation.

Shelton: Il est vrai que nous avons cette chance d’avoir toutes ces paroles sur Jeanne d’Arc, retranscrites par des gens n’étant pas forcément de son côté.

Jean-François Cellier: C’est cela qui rend le témoignage crédible et touchant. On a le témoignage des loyalistes et surtout, des contemporains de Jeanne d’Arc. Et puis, on a le témoignage des opposants et des anglais. Des témoignages qui à la fois parfois s’opposent mais, en même temps, qui parlent du même personnage.

Shelton: Vous étiez habité par ça mais avant d’arriver à la bande dessinée, comment cela s’est-il construit ? Jeanne d’Arc étant un sujet sur lequel on a déjà beaucoup écrit…

Jean-François Cellier: Oui, c’est vrai. Il y a eu beaucoup de choses. Je suis aux éditions Soleil depuis une dizaine d’années déjà. J’avais fait Les Maîtres du Hasard, Alice. Alice, c’est un peu particulier parce que déjà il y a l’ombre de Jeanne d’Arc qui se faufile. On peut y voir la statue de Jeanne d’Arc sur la couverture. D’ailleurs, pour la petite histoire, il s’agit de la statue de Paul Dubois qui était à côté de chez moi à Strasbourg et je m’en suis inspiré pour la couverture. Et c’est de cette même statue que nous nous sommes inspirés avec le scénariste. Et puis, le désir était déjà de faire une bande dessinée sur Jeanne d’Arc. J’ai ensuite rencontré Fabrice Hadjadj, en le contactant, en lui écrivant et surtout en lui envoyant l’album Alice qui m’a pris 5 ans et qui l’a convaincu de travailler avec moi.

Shelton: Quand on lit cet album, on se dit que ce n’est pas tout à fait comme d’habitude. On voit très vite Jeanne d’Arc adolescente, post-adolescente et combattante. Vous avez ici décidé de la montrer toute petite, de montrer la genèse du personnage. Comment en arrive-t-on là ? Est-ce un choix délibéré et voulu d’évoquer tout cela ?

Jean-François Cellier: Oui. Evidemment, on ne connaît pas grand-chose de l’enfance de Jeanne d’Arc. Elle en parle un petit peu pendant le procès : elle parle de ces moments où elle dansait autour de l’arbre aux fées, des premières voix qu’elle a entendus à 13 ans. On a un peu extrapolé et imaginé son enfant, ce qui était important pour nous qui voulions l’incarner. Il fallait que Jeanne d’Arc fût aussi une petite fille. Elle n’est pas uniquement Jeanne d’Arc dans son épopée, dans son parcours guerrier. Elle a aussi été une petite fille. Je pense que déjà en gestation apparaît la Jeanne d’Arc que l’on connaît tous.

Shelton: Dans ce premier album, on voit en tous cas que vous avez pris le parti réel de matérialiser les voix comme elle le raconte elle, ce qui n’est pas toujours fait par les gens. Etait-ce un choix ?

Jean-François Cellier: Oui, vous touchez au fond de l’histoire. J’ai proposé plusieurs scénarios que j’avais déjà écrits à Fabrice dans lesquelles j’avais choisi de ne pas matérialiser les voix. Au fond, je tendais vers une Jeanne d’Arc un peu saint-sulpicienne, un peu transparente. Fabrice Hadjadj est juif de tradition, c’est quelqu’un d’assez incarné, de très attaché. Cela apparaît d’ailleurs dans ses livres dans lesquels il parle de la chair. Lorsque l’on a voulu représenter l’archange Saint-Michel, il m’a dit qu’il fallait utiliser les moyens qui sont propres à la bande dessinée, donc l’image, mais aussi toute la tradition catholique à travers ses vitraux, sa peinture. Et les anges y sont représentés comme des êtres de chair. Par contre, nous nous sommes arrangés pour ne pas montrer son visage. Le visage est peut être trop éloquent, il y a quelque chose de trop fort dans un visage. Or, on ne sait pas quel âge ont les anges.

Shelton: Il y a un autre point très intéressant. Il y a une incarnation des personnages : il y a des planches où il y a énormément de visages, de rencontres, de gros plans… une volonté de montrer des sentiments à travers ces personnages et pas forcément des mots intellectuels ou historiques.

Jean-François Cellier: Tout à fait. Je me permets de faire un petit aparté et revenir sur l’archange: c’est le pivot de l’histoire. Au milieu de l’album, on utilise même les deux pages de l’album comme les ailes de l’ange. On ouvre les ailes de l’ange comme on ouvre les deux pages. Je ferme la parenthèse. Concernant les visages, je ne voulais pas les faire. Je n’étais pas très à l’aise et je préfère les plans d’ensemble, les détails. Fabrice Hadjadj pensait quant à lui que c’était important. On traite de la rumeur, on traite de la parole qui circule. C’est une rumeur qui se fait et se défait. Il fallait donc des bouches, presque des postillons, il fallait des haleines… des choses qui soient encore plus incarnées et qui se réfère à la parole. C’est pour cela que nous avons fait des gros plans sur cette scène.

Shelton: Avec un tel personnage si souvent utilisé par la République, par l’Extrême Droite, par les Chrétiens et les anti-Chrétiens, nous avons l’impression dans cet album que vous avez décidé de donner la parole à Jeanne et non à ceux qui parlent d’elle…

Jean-François Cellier: Vous avez tout dit. Pour incarner le personnage, on s’est attaché à la montrer dans son enfance, dans sa parole, dans son discours en essayant d’évacuer toutes les fioritures qui se sont accumulées autour de son image et de son histoire.

Shelton: Pour qu’elle existe et qu’elle vive, il faut qu’elle soit incarnée dans sa terre et elle est Lorraine. On le sent puisque vous nous montrez son environnement familial, son village, la terre… c’est un personnage d’un terroir avec un retentissement plus tard, au-delà de cet album. Est-ce fascinant d’avoir un personnage qui semble échapper à tout, y compris à elle-même ?

Jean-François Cellier: Elle échappe à elle-même et c’est ce qui la rend touchante. Tout ce qu’elle fait, tout ce qui va la mouvoir, tout ce qui va la faire connaître, c’est toujours quelque chose qui la dépasse, qui la traverse. Elle ne concède jamais d’elle-même. C’est quelqu’un de très volontaire, avec un fort caractère et qui je pense ne doute pas. Elle se reçoit de Dieu, du roi, des autres mais pas trop d’elle-même. D’autres figures historiques se sont plutôt faite à la force du poignet. Jeanne d’Arc est rendue subversive par son obéissante. Elle obéit au roi, aux voix qu’elle entend et au Dieu en qui elle croit.

Shelton: Cela vous touche-t-il que des Chrétiens, des critiques d’une sphère humaniste judéo-chrétienne s’intéressent à ce type de BD et souhaitent la mettre en avant ?

Jean-François Cellier: Oui. C’est étonnant parce que l’on a reçu le prix de la BD chrétienne. Je dédicace à la fois dans le domaine catholique et dans le stand Soleil, qui n’a aucune attache religieuse. Je suis surpris de voir que les gens à qui je dédicace l’album, qu’ils soient croyants ou pas, sont assez simples et avides de découvrir ce personnage. Je n’ai eu aucune polémique avec qui que ce soit, ni de discussion houleuse. Pourtant, je pense qu’il y a toutes les sympathies, toutes les sensibilités. Mais, je suis bien évidemment obligé d’évoquer la foi catholique. Et cela ne gêne pas du tout, bien au contraire.

Shelton: C’est aussi très curieux de voir cette réception… La III° République est quasiment née avec Jeanne d’Arc comme porte-parole… Au XX° siècle, elle est encore un modèle et au XXI° nous avons encore envie de l’écouter…

Jean-François Cellier: Je dis souvent ça en dédicace. Elle est d’actualité car elle réconcilie beaucoup de choses. Sur le plan politique et social, elle réconcilie le monde paysans et le monde aristocratique. Ce n’est pas un personnage façon « lutte des classes » qui est révolté contre les injustices. Et cela fait du bien je trouve. Elle réconcilie même des concepts : la foi et la raison. C’est quelqu’un qui a une immense foi et qui est pourtant très rationnelle, très pragmatique, qui a beaucoup d’humour. Les auditeurs auront l’occasion de lire le procès dans lequel il y a beaucoup d’humour. Elle réconcilie l’humilité et la puissance. On pense souvent que quelqu’un de puissant ne peut être humble. Jeanne d’Arc fait figure d’autorité et c’est quelqu’un qui se reçoit toujours des autres et est, de fait, humble. Aujourd’hui, elle est très éloquente. C’est un témoignage qui fait du bien.

Shelton: Combien d’albums sont prévus au total?

Jean-François Cellier: On a prévu trois albums. Pour parler de Jeanne d’Arc, il en faudrait 20. Mais, pour essayer de toucher à la fulgurance de son histoire qui se fait en deux ans à peine, je pense que trois albums sont nécessaires. Cela nous contraint d’être le plus efficace possible. Vite et bien.

 

Sandrine.

Mes meilleures rencontres, mes plus beaux souvenirs d’Angoulême 2013… (2ème partie)

Dans les meilleurs souvenirs la tentation est toujours forte de glisser les rencontres avec les auteurs que l’on connaît déjà. C’est rassurant, c’est sans risque. On les a déjà rencontré, on parle de ce qu’ils font et que l’on aime depuis longtemps, on les flatte tout en se flattant puisque l’on apprécie leur travaux depuis longtemps… Mais un tel festival est d’autant plus marquant par ses moments passés avec des personnes que l’on ne connaissait pas, que l’on découvre, qui suscitent immédiatement une admiration ou, plus fort encore, avec qui on se sent naturellement en confiance au bout de quelques secondes…

C’est ce qui m’est arrivé quand je suis allé rencontrer, dans un bar d’Angoulême, après une longue journée d’interview, Dem et Looky… Ces deux noms ne vous diront pas grand-chose. Ils ne sont pas encore sur le devant de la scène du neuvième art et les lecteurs ayant apprécié le graphisme de qualité de Looky ne sont pas encore des millions, mais attention, cet état de fait peut changer vite…

L’envie de les croiser, au moins quelques instants est née de la lecture d’un album au nom connu, pour ne pas dire plus, Blanche Neige. Ce personnage de conte appartient indiscutablement à notre mémoire collective et le dessin animé de Walt Disney a consolidé ce mécanisme. Plus récemment, c’est le cinéma qui est venu nous montrer que ce conte n’était pas pour les enfants et il était intéressant de comprendre pourquoi ces jeunes auteurs se retrouvaient pris dans une telle aventure, comme s’il n’y avait pas assez de champs nouveaux à aller explorer… Pourquoi encore Blanche Neige ?

Looky en dédicace privée…

J’avais préparé mille et une questions pour dénicher chez eux un attrait financier – sortir une bédé en même temps que le film – ou une trace de fainéantise – nous faisons du Blanche Neige parce que nous n’avons pas d’autres idées – alors que je tombais sur deux jeunes auteurs sympathiques qui étaient heureux d’avoir eu l’occasion d’explorer un conte qui les avait enchanté jadis…

Looky, dessinateur un peu plus expérimenté, accompagné de Dem, qui est aussi sa moitié dans la vie, se sont appuyés sur un scénario de Maxe L’Hermenier pour nous livrer une Blanche Neige surprenante, cohérente et très agréable à rencontrer. Certes, tous les dessins ne sont pas pour les enfants, mais qui croit encore aujourd’hui que les contes des frères Grimm sont destinés aux enfants ?

Pourquoi se tourner vers des contes connus, pourraient dire certains grincheux parmi vous ? Je veux juste rappeler que les Frères Grimm, eux-mêmes, n’ont fait que mettre en forme une histoire qui venait de la tradition orale et de la mythologie germanique… Raconter ce type d’histoire c’est ce réapproprier le mythe et le transformer pour enchanter, au sens propre du mot, le lecteur ! C’est bien ce qu’on fait Dem et Looky, c’est une version avec des dessins forts, reflets d’un univers complexe aux tensions bien réelles, avec, en plus, des nains cannibales !

Quant à la sorcière, pour s’en débarrasser, je ne vois qu’une solution, celle qui est exposée dans cet album, le bûcher !

Et c’est au tour de Dem de dédicacer avec concentration…

Après avoir parlé de la simplicité et de la gentillesse des dessinateurs de cet album, après avoir dit combien cette appropriation était réussie, je voulais insister encore un peu en affirmant que ce Blanche Neige est aussi bien sympathique par la proposition finale, une série d’illustrations et textes qui donnent des témoignages sur « ma vision de Blanche Neige »… Marc Moreno, olivier Boiscommun, Alexis Sentenac, Xavier Roth Fichet, Julien Mariolle, Eric Hérenguel, Agnès Maupré, Régis Penet, Laurent Bonneau, Tony Valente, Paul Marcel, Djet et Brice Cossu se sont prêtés au jeu et c’est fort bien pour le lecteur qui aimerait, lui aussi, mettre son petit grain de sable à l’édifice…

Enfin, sur le même thème des contes, nous avons eu l’occasion de rencontrer plusieurs auteurs s’étant autorisés à se réapproprier des contes classiques, mythique ou mythologiques. C’est ainsi que nous avons lu le Cendrillon de Trif des éditions Tabou, un version érotique du conte – mais nous savions bien que Cendrillon était une bonne à tout faire – et cet auteur italien a accepté de converser avec nous quelques minutes. Enfin, comment ne pas évoquer toutes les bandes dessinées qui surfent sur l’Heroic fantasy en s’appuyant sur des légendes celtiques, nordiques ou asiatiques ? Et cela nous ramène à nos rencontres fascinantes avec David Chauvel, Hub, Emmanuel Michalak, Jérôme Lereculey…

Oui, finalement, le festival d’Angoulême est une grande occasion pour replonger dans notre enfance celle où certaines personnes prenaient le temps de nous aborder en nous disant :

« Il était une fois… »

Et c’est bien pour cela que certaines rencontres sont si belles et agréables ! Merci Dem, Looky, Hub, Chauvel, Michalak, Lereculey et tous les autres pour ces magnifiques retours en enfance qui rendent la vie si belle !

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Blanche Neige

Scénario de Maxe L’Hermenier, dessin de Looky et Dem

Editions Ankama

Wollodrïn et son dessinateur, Jérôme Lereculey.

Rencontre avec le dessinateur Jérôme Lereculey à l’occasion de la parution du dernier tome de Wollodrïn qu’il signe avec David Chauvel.

Interview de Jérôme Lereculey

Shelton : Bonjour Jérôme Lereculey, aujourd’hui nous partons vers le grand Nord, pour parler de votre série Wollodrïn, une série très forte après le cycle Arthur, avec des personnages eux aussi très forts en caractère puisque on commence finalement à récupérer le bas-fond de la société pour créer le groupe de héros.

Jérôme Lereculey : Oui, c’est vrai qu’au démarrage ce ne sont que des condamnés à mort à qui on propose un marché qu’ils ne peuvent pas vraiment refuser. À priori leur destinée est tracée, certains ne vont pas survivre longtemps, d’autres vont continuer un petit peu (rires).

Shelton : Pour le dessinateur, lorsqu’on a une bande comme ça, hétéroclite, c’est d’abord le plaisir d’avoir des personnages très différents à créer et faire vivre ?

Jérôme Lereculey : Oui au niveau du dessin bien sûr. Avec en plus des personnages variés, comme les orcs, le gobelin…

Shelton : Qui ne va pas vivre trop longtemps (rires)

Jérôme Lereculey : En effet ! Et d’autres personnages plus typés, plus exotiques puis par la suite de gros orcs ! Qui sont un peu le truc qui m’intéressait le plus (rires).

Shelton : Alors il y a des orcs, mais je me souviens que dans le premier album, il y a un nain qui pète les plombs et qui devient fou-furieux. une scène agréable à dessiner, jubilatoire, non ?

Jérôme Lereculey : Oui ! C’est vrai que c’est un personnage bien sympathique, que je trouve amusant, qui fait des blagues et qui, en plus, est dangereux !

Shelton : Justement, par rapport à une série comme Arthur, on est dans quelque chose de plus déjanté, il y a plus d’imaginaire, de choses fantastiques.

Jérôme Lereculey : Oui forcément. Arthur, c’était une retranscription d’un texte existant et en général toutes les scènes suivaient les textes, dont il me fallait être respectueux tandis que Wollodrïn s’inscrit plus dans un registre fantasy, où j’ai plus de libertés de dessin.

Shelton : Quand on doit dessiner des orcs, et puisque c’était une des choses que vous attendiez, est ce que vous essayez, inconsciemment de tenir compte de tout ce qui a été fait au cinéma, le dessin, la bande dessinée, ou est ce qu’à un moment donné on se dit aussi « ce sont les miens d’orcs ».

Jérôme Lereculey : Oui exactement, on essaye de faire ses orcs à soi mais forcément en tenant compte de ce qui a été fait avant. Ça fait des années et des années que je peaufine le style de mes personnages en essayant de les mettre au point, en insistant sur les détails pour qu’ils arrivent à ce qu’ils sont aujourd’hui. Je m’amuse bien avec eux et ils sont très agréables à mettre en scène. C’est vrai qu’ils s’inscrivent dans la ligne Warhammer, Seigneurs des Anneaux, moins le film mais plus les esquisses de Tolkien en ce qui me concerne et également tout ce qui a été fait en illustration.

Shelton : On avait senti pendant tout le cycle d’Arthur que vous étiez plongé dans tout ce qui était celtique, là on s’aperçoit avec les ouvrages qui suivent que finalement votre univers est un peu plus large que ça. Vous avez envie à un moment de revenir à du celtique pur ou finalement, vous vous orientez vers ce qu’on pourrait appeler du « Lereculois » ?

Jérôme Lereculey : Non non (rires). En fait, ce que David voulait en faisant Arthur, c’était de réaliser une transcription de texte mais avec un petit coté fantastique. Mais moi ce que j’aime par-dessus tout, c’est quand même le côté fantastique, donc après avoir fini Arthur, ce qui m’intéressait c’était l’héroïc fantasy, qui est un peu la base de mon inspiration et je voulais vraiment travailler dans un univers comme Wollodrïn où je peux mettre en scène toutes sortes de bestioles, des orcs, des gobelins, des dragons etc. Tout un bestiaire fantastique qui est très rigolo à dessiner.

Une planche des 7 voleurs

Shelton : Aujourd’hui, vous souhaitez travailler plutôt dans des séries longue durée ? Avec un album comme Les 7 voleurs par exemple, qui est un one-shot, cela donne plus de liberté pour le dessinateur ?

Jérôme Lereculey : Oui, le côté one-shot, ce qui est intéressant c’est que l’on peut aborder un univers qui est différent, on se fait plaisir, on se donne à fond puis c’est fait et on passe à autre chose ! Puis finalement, Les 7 voleurs c’était la base de Wollodrïn. D’ailleurs on retrouve dans Wollodrïn des personnages issus des 7 voleurs.

Shelton : Vous avez fait aussi un one-shot, Veillée Funèbre, ce sont des choses que vous aimeriez refaire de temps en temps ça, des petites pauses dans votre univers ?

Jérôme Lereculey : Oui, si l’occasion se présente, pourquoi pas ! Je n’ai pas de projet particulier pour le moment, mais j’ai beaucoup aimé travailler sur d’autres personnages. Mais bon pour l’instant c’est vrai que j’ai quand même beaucoup de travail !

Shelton : Wollodrïn c’est une série qui est prévue à très long terme ?

Jérôme Lereculey : Oui. Parce qu’en fait avec David au départ on avait prévu des diptyques, mais là David, à la fin du deuxième diptyque s’est calé sur un modèle série. On a 8 albums de prévus déjà, on sait ce qui va se passer et il a prévu quelque chose pour après…

Clémentine : Je voudrais revenir sur la série Arthur et plus particulièrement sur votre choix de garder les noms propres en gallois. Alors je me demandais si pour vous il fallait prononcer avec l’accent gallois ou si vous les lisiez « à la française » ?

Jérôme Lereculey : Ahaha ! ah non non non non non, moi je ne suis pas à l’aise avec le gallois ancien ! Ni le moderne d’ailleurs (rires). Non, nous quand on se parle entre nous on les prononce d’une manière qui n’a surement pas grand-chose à voir avec l’originale, mais ce n’est pas grave. Je suis allé me renseigner sur les prononciations qui sont tout simplement impossibles… Le seul truc que j’ai retenu c’est que le « w » ce dit « our ». Une fois qu’on a compris ça, ça devient déjà plus facile (rires).Clémentine : Alors quand on parcourt des yeux les paysages d’Arthur, on retrouve vraiment cette lande caractéristique galloise. Est-ce que vous vous y êtes rendu ou vous avez effectué des recherches ?

Jérôme Lereculey : Alors à la base quand j’ai commencé j’avais quand même beaucoup de documentation sur le Pays de Galles et sur les Celtes, les Vikings, donc j’avais bien regardé comment ça pouvait être mais après quand je fais les planches, je ne travaille jamais d’après la documentation, je fais tout de tête avec ce que j’ai emmagasiné.

Donc, les décors, si ça fait penser au Pays de Galles tant mieux, parce que je ne connais pas bien ce pays puisque je ne suis jamais allé là bas ! Ah si, je suis allé à Londres une fois, donc l’Angleterre, je ne connais pas très bien, je n’aime pas trop traverser la Manche (rires) ! Et j’ai été en Irlande aussi, avec de beaux décors, de sites naturels, donc Arthur c’est un peu ça : mes souvenirs d’Irlande mêlés aux souvenirs de mes recherches.

Et aussi, dès que je me ballade en France, je vois un bout de paysage, je me dis « Ah tiens ! Ça serait pas mal pour cette planche. ». Quand je sors de mon atelier, je ne quitte jamais vraiment la BD, on est un peu tout le temps dedans, donc dès que je vais quelque part je stocke les images dans ma tête. Quand j’ai fait Arthur, j’étais tout le temps à la recherche d’une idée de décor, donc dès que je me baladais un petit peu, comme j’ai pas mal tourné en dédicace, cela m’a permis aussi de regarder comme c’était autour de moi !

Jérôme Lereculey, merci de nous avoir consacré ces quelques minutes et on attend toujours, d’année en année, la suite de toutes ces histoires qui nous dépaysent.

« Mickey n’est plus la propriété de Walt, il appartient à tout le monde ».

Ce n’est pas moi qui le dis, mais bien le peintre français Robert Combas en 1979 : les œuvres de Walt Disney se sont inspirées de tous les univers culturels, d’Orient en Occident, et c’est maintenant à leur tour d’être « inspiratrices ».

Real Gold, Eduardo Paolozzi

Parce que les nombreux dessinateurs de Disney ont marqué les univers de l’art et de la BD, ils sont mis à l’honneur lors de ce 40ème festival d’Angoulême, avec notamment une conférence animée par Alexia Guggémos, critique d’art et experte en art digital, intitulée « Mickey, Donald et les personnages BD de Disney…héros de l’art contemporain ».

En effet, de nombreux artistes contemporains ont basés leurs œuvres sur l’univers Disney, avec de grands noms tels que Christian Boltanski, Bertrand Lavier, Peter Saul, Erró ou encore Gary Baseman.

Lors de cette conférence, nous apprenions que, très tôt, les artistes se sont emparé des personnages de Disney pour les détourner, les parodier ou même les encenser. Ainsi, avec l’apparition du Pop Art on peut constater que les personnages de Mickey et Donald gagnent très vite le statut d’icônes.

La piqure, Valérie Sonnier

Projetées au rétroprojecteur, on découvre ou redécouvre ainsi des œuvres depuis les années 50, avec par exemple le collage « Real Gold » d’Eduardo Paolozzi, ou encore les soins prodiguées à mickey, avec « La piqure » de Valérie Sonnier, qui nous fait réfléchir à la vie de ces « supers héros » en dehors des bulles.

Plus récemment, les travaux de Benjamin Béchet, avec la série de photographies intitulée « Je suis Winnie l’Ourson », qui traite de l’identité, des apparences et plus généralement de l’image que nous renvoyons aux autres. Ainsi, l’utilisation de ces personnages célèbres nous renvoi de façon métaphorique aux différents masques que nous portons chaque jour, qui nous cachent et nous faussent.

Spiderman, 36 ans, nettoie les pare-brise.

Qui sommes nous réellement ?

Une exposition qui dénonce ici les aprioris envers autrui, l’étranger et l’étrange, les facteurs d’exclusion qui en découlent et la dégradation des conditions de vie.

Blanche-Neige, 31 ans, prostituée.

Toutes ces questions, ces remises en question, permises par l’utilisation de « l’idéologie » Disney, de son imagerie, qui par son ampleur et sa présence dans les esprits sur plusieurs générations amènent le spectateur à étudier le phénomène de mondialisation, le capitalisme qui arrivent et qui changent nos sociétés.

Nous sommes, je le rappelle, au début des années 50 lorsque les premiers artistes commencent à détourner Mickey et ses compagnons.

Clémentine

 

Angoulême 2013 : Encore de bien belles mains au service du neuvième art

 Que la main est belle, à l’œuvre, quand elle fait naître sous nos yeux un dessin vivant qui raconte… Dessiner, raconter, enchanter… voilà ce que nous offrent ces grands artistes durant les quatre jours du festival international de la bande dessinée d’Angoulême… C’est aussi pour cela que chaque année on a envie d’y retourner !

Des photos de Shelton, Céline et Sandrine

Emmanuel Michalak
Série Aslak, Delcourt

Hub, série Okko
Éditions Delcourt

Quand le doigt devient instrument

La dédicace revêt ses habits de lumière

Zep dessine Nadia
Éditions Glénat

Philippe Buchet nous entraine dans son sillage
Editions Delcourt

Avec Roba comme Verron
Boule et Bill restent eux-mêmes

Vincent Wagner toujours au service de son scénariste Seiter
et du romancier Wilkie Collins, éditions Emmanuel Proust

Angoulême 2013 – Rencontre avec Isabelle Dethan, deuxième acte

Voici la deuxième partie de l’interview comme vous l’a promis Camille. Cette rencontre avec Isabelle Dethan a été très enrichissante pour nous.  Eva aux mains bleues est une bande dessinée née en 2004, il s’agit d’une bédé avec des traits très simples. C’est un style très différent de la série des Terres d’ Horus.

Céline : Comment est née la bande dessinée d’Eva aux mains bleues ?

Isabelle Dethan: Et bien en fait c’est parti de plusieurs anecdotes que m’avaient racontées des amis, des parents. Enfin il y avait un tas de choses très différentes que je ne savais pas du tout mettre ensemble. Et finalement est venue l’idée de raconter l’histoire d’une gamine au seuil de l’adolescence, enfin au seuil de sa vie de femme, elle attend d’être réglée quelque part. Et c’est sur elle que se sont concentrées ensuite toutes ces anecdotes,  il y en a certaines que j’ai vécues moi-même et d’autres ce sont mes amies.

Céline : Quand j’ai lu cette bande dessinée, j’ai vraiment senti que c’était du vécu tellement que c’est bien raconté et on a vraiment le sentiment d’être entré dans votre univers!

Isabelle Dethan: En fait, je voulais au départ vraiment partir sur un récit réaliste avec des vraies personnes que j’aurais mis en scène. Le souci était que quelque temps auparavant, j’avais réalisé une bande dessinée sur ma famille et un lointain cousin m’a fait un procès parce qu’il ne voulait pas que certaines choses soit montrées. Donc je voulais éviter ce genre de désagrément et j’ai choisi la voix de la fiction, tout en gardant cet aspect très réaliste pour les anecdotes qui ont donc encore une fois sont véridiques.

Céline : Est-ce que cette bande dessinée a été un succès ?

Isabelle Dethan: Contenu du format et de la collection, on peut dire plutôt c’est-à-dire ce ne sont pas des grands chiffres, ce n’est pas ce qu’on appelle une bédé commerciale mais ce n’était pas dans l’idée non plus, c’est-à-dire ça faisait parti d’une collection qui était plus une collection de prestige. Et donc ça s’est vendu entre 4000 et 5000 exemplaires, ce qui est très bien par rapport à ce qu’attendait l’éditeur.

Céline : Et bien justement j’ai essayé de la trouver et je n’ai pas pu l’acheter en librairie…

Isabelle Dethan: Alors ça c’est un peu normal ! Vue la surproduction actuelle en BD, les libraires qui ont gardé les mêmes locaux, n’ont absolument pas la place de conserver des albums en grand nombre, à fortiori celles qui ne sont pas assez commerciales ou qui ont quelques années. Déjà qu’on a du mal à leur faire admettre qu’il faut faire du réassort par rapport au tome 1 ou 2 d’une série qui est en cours… Alors une bédé comme celle-là qui est un one-shot paru il y a quelques années, il faut la commander !

Céline : Est-ce que vous pensez refaire d’autres bande dessinées dans le même style ?

Isabelle Dethan: Je pense que si je voulais, Delcourt serait intéressé. Maintenant je suis partie sur d’autres choses aussi intimistes mais pas forcément sur le même thème ou dans la même époque. Au départ je voulais faire Éva à 20 ans, Éva à 30 ans… Et le problème c’est que j’ai tellement de projets à faire et juste deux mains… Et ce n’est pas la peine, ça serait un beau projet mais je crois que je vais m’en tenir à ça parce que j’ai tellement de projet par ailleurs que je n’arriverai pas à suivre.

Nous sommes conscientes de la chance que nous avons eu de croiser Isabelle Dethan. Cette rencontre nous a permis de comprendre le monde dans lequel elle évolue, elle peut faire des bande dessinées avec des styles totalement différents mais tout aussi intéressantes. C’est une femme qui respire la joie de vivre, souriante, elle est passionnée par son travail. Je n’ai juste qu’une chose à dire : « Merci Isabelle Dethan pour ce merveilleux moment ! »

Céline

Angoulême 2013 – Conférence – Don Rosa

La grande épopée de Picsou aux éditions Glénat.

Nous nous installons dans la salle Marguerite de la marie d’Angoulême. Nous sommes ponctuelles et nous observons les organisateurs déplacer tables et chaises dans la précipitation. Une fois la partie logistique en place, nous nous installons. L’homme que nous attendons, je ne le connais pas encore, mais d’ici peu j’en saurais plus à son sujet. Notre homme arrive à 16H07 et nous voilà parties pour une petite conférence d’environ une heure.

Don Rosa est accompagné de deux personnes, son attachée de presse et le traducteur qui se charge des ouvrages sur lesquels Don Rosa a travaillé. Le traducteur annonce la couleur en nous disant qu’il est malade d’une part et que d’autre part il n’est pas interprète. Pendant qu’il explique la situation, Don Rosa se prête au jeu des photographes en grimaçant. L’assistance est bien plus intriguée par les frasques de notre homme aux cheveux blancs que par les propos du traducteur… Le jeu des questions-réponses commence.

Arrivée de Don Rosa dans la salle!

Comment Don Rosa a-t-il été amené à travailler sur les bandes dessinées Disney ?

Au départ, il ne savait pas qu’il y avait des bandes dessinées Disney. Une nouvelle maison d’édition (Gladstone) a été dépêchée par Disney  pour éditer de nouveau les bandes-dessinée Disney. Il a  été contacté pour réaliser une nouvelle histoire, il propose Picsou. Don Rosa avait décidé de ne pas reprendre l’affaire familiale, il a plutôt contacté la seule maison d’édition européenne qui faisait encore des bandes-dessinées Disney. De fil en aiguille il est amené à travailler avec Hachette qui édite Picsou Magazine.

Petit sourire angélique de Don Rosa une fois installé.

Pourquoi les personnages de Disney ?

Il faisait des fanzines pendant qu’il faisait des études. Il racontait les aventures de personnages qu’il avait créé lui-même. Il ajoute aussi qu’il avait grandi avec les personnages de Walt Disney. Comme il admire ces personnages, il les a dessinés à son tour.

Et le voilà qui se prête au jeu des photographes!

Pourquoi le personnage de Picsou ?

Carl Barx avait travaillé avant Don Rosa sur le personnage de Picsou (Uncle Scrooge). Pour Don Rosa, il avait réussi à faire des histoires avec un ton plus sérieux, moins enfantin. Don Rosa se dit heureux d’avoir pu travailler sur le personnage de Picsou, il n’était pas intimidé, il éprouvait de la joie à l’idée de faire les aventures de ce personnage. Les seules limitations qu’il a pu avoir : ce sont les pages qu’il avait pour dessiner.

La conférence a été un brin laborieuse entre les journalistes qui se déplaçaient sans cesse pour photographier notre homme, ceux qui ne s’étaient pas donné la peine d’éteindre leurs téléphones et ceux qui faisaient des va-et-vient entre la salle et l’extérieur… A cela s’ajoute qu’il s’agissait d’un traducteur et non d’un interprète. A priori on pense que ces deux professions sont identiques, mais voilà comment je les ai perçues. Le traducteur a un travail qui demande plus de temps, il faut respecter au mieux les propos tandis que l’interprète a une mission d’animation, il donne une dynamique entre le public et l’artiste interrogé. Ce travail se fait sur l’instant. Je ne blâme pas le traducteur, mais plutôt l’organisation de ne pas avoir demandé à un interprète de participer à cette conférence. On a perdu la fluidité des échanges et honnêtement j’avais du mal à m’intéresser, car on se perdait parfois sur d’autres sujets. J’ai eu du mal à suivre pour ces raisons et cela s’en ressent par ce bref compte-rendu, j’en suis désolée et cela ne doit pas nuire à l’auteur et à cette seconde jeunesse de Picsou.

Camille