Cadeau à offrir : Kiki de Montparnasse

C’est avec l’ouvrage Kiki de Montparnasse que Catel s’est entièrement révélée au Grand Public ! D’autrice de qualité elle est devenue autrice reconnue et de qualité !J’avais bien entendu Juliette chanter les qualités d’une certaine Kiki de Montparnasse, mais je ne voyais pas de qui elle parlait… Un soir, lors d’un cocktail officiel, vous savez ces petits moments où l’on ne sait jamais s’il faut manger, s’asseoir ou parler, et où l’on finit par tout faire de façon imparfaite, Catel Muller, la co-créatrice de Lucie, me confiait qu’elle était en train de travailler sur Kiki de Montparnasse avec José-Louis Bocquet… Je me disais alors qu’il était grand temps de savoir qui était cette femme… C’est dans un ouvrage de peinture, Artistes de Montparnasse, que je découvre quelques lignes qui m’ouvrent, que dis-je, m’entrouvrent la porte de la connaissance de Kiki. Mais c’est très succinct :

« Kiki est l’égérie de Montparnasse. Timide et gouailleuse à la fois, follement amoureuse de Man Ray, mais libre de ses nuits, Kiki était une figure de proue de toutes les fêtes de Montparnasse. Elle vivait entre les cafés et les ateliers où elle posait, modèle aux mille visages qui fit les belles heures de Foujita ou Kisling. Lee Miller disait d’elle : C’était une vraie gazelle, elle avait un teint extraordinaire sur lequel on pouvait mettre n’importe quel maquillage. »

Bien sûr, l’ouvrage proposait quelques illustrations dont quelques photos de Man Ray, cet homme dont elle était raide amoureuse. Je découvris ainsi Le violon d’Ingres, photo-collage de 1924 qui nous fait découvrir Kiki nue de dos…Je savais qui était Kiki mais je ne voyais pas encore ce que Catel et José-Louis pourraient bien faire de ce destin de femme légère, de modèle… Mais je n’allais pas tarder à le savoir, car, un jour, je reçus cet ouvrage, Kiki de Montparnasse, une biographie en bédé au format roman dans la collection Ecriture de chez Casterman… Une biographique !Dès la première planche, on est touché, saisi par le ton de la narration graphique. C’est sobre, efficace, ça sonne juste, ça nous parle au cœur, c’est pur, bouleversant… et nous faisons connaissance avec la mère de Kiki, au moment où elle s’apprête à accoucher… enfin, presque !

Kiki va grandir, enfin, on l’appelle encore Alice à cette époque… Catel a réussi à lui donner une âme, un corps, une vie, un mouvement, en simplifiant les traits mais en permettant de l’identifier tout au long de son cheminement terrestre, elle va prendre des ans, les traits la feront vieillir, mais on la connaît, on la reconnaît, enfin, on l’aime tout simplement…C’est d’ailleurs une performance bien délicate pour la dessinatrice tant on a l’habitude dans la bédé de ne pas faire vieillir ses personnages. Là, c’est le contraire, chaque chapitre elle vieillit, 1901, 1911, 1913, 1916, 1918, … jusqu’en 1953, année de sa mort…

Le gros de cette biographie va nous plonger dans les années vingt, les années resplendissantes de Montparnasse mais de Kiki aussi. C’est toujours intéressant de lire un tel ouvrage car chaque fois que Kiki rencontre un personnage célèbre, et ils ne vont pas manquer, Catel le dessine et nous donne un avant-goût de son travail, revu et corrigé par elle. Il s’agit donc d’un travail humain – un destin de femme exceptionnel – d’un livre historique – indiscutablement bien documenté – d’un ouvrage artistique – nous saurons tout des photographes et peintres de cette époque, du moins ceux qui sont passés par Montparnasse – et, enfin, d’un livre littéraire – Eluard, Aragon, Tzara, Breton, Desnos sont tous là pour nous ramener à ces textes que nous aimons tant…

Oui, j’ai été séduit par la vie de Montparnasse malgré ses excès, par ces artistes qui avaient souvent perdu le sens des réalités, par cette Kiki qui ne sut, tout au long de sa vie, que vivre à fond sans jamais prendre de précaution. Elle en mourra, alcoolique, droguée, sans voix, seule, abandonnée, sans le sou, mais en ayant toujours vécu libre sans se soucier du lendemain. J’ai aussi été fasciné par la qualité de ce récit, par la narration graphique, cet usage merveilleux du noir et blanc, par les informations distillées à bon escient, avec talent… Catel et José-Louis nous montrent qu’il est vraiment possible de faire du documentaire en bédé et je suis heureux de vous conseiller cet ouvrage magnifique, Kiki de Montparnasse !

L’ouvrage est complété par une chronologie complète et une série de petites monographies sur les acteurs les plus importants de la vie de Kiki… C’est parfait !

Voilà pourquoi, même plusieurs années après sa sortie en librairie, je vous propose de lire et offrir cet ouvrage, Kiki de Montparnasse, qui sera suivi par d’autres biographiques dessinées par Catel : Olympe de Gouges, Ainsi soit Benoîte Groult, Joséphine Baker

Cadeau à offrir : Pilules bleues

J’ai découvert la bande dessinée quasiment dans mon berceau – façon de parler – et tout au long de ma vie de lecteur et passionné mes albums, les rencontres, les romans graphiques sont venus m’enrichir. Parfois, il y avait une démarche volontaire avec des auteurs, des titres, des séries que je voulais lire… Mais, il arrivait aussi que certains livres viennent à moi de façon plus hasardeuse – mais le hasard existe-t-il vraiment – à travers un libraire, un ami, un évènement…

Il se peut, parfois, qu’un livre nous tombe dans les mains et nous surprenne complètement. Pour moi, Pilules bleues, ce fut dans un lieu de vente de livres d’occasion. Un peu de poussière mais tout de suite la curiosité de trouver un volume qui avait le format d’un roman mais dont le mode narratif était la bande dessinée… Ce fut aussi, la découverte d’un auteur, d’un éditeur… Je n’ai alors pas beaucoup hésité et je suis reparti avec… Je l’ai posé sur ma table de nuit… et il a encore pris un peu la poussière… jusqu’au jour où je l’ai ouvert !Une ou deux pages pour commencer, se mettre dans le bain, moment où on se demande où on est, ce qui nous arrive… Ce n’est pas de la bande dessinée comme les autres, pas d’aventures, ni heroic fantasy ni science-fiction, ni policier ni fantastique… Non ! Nous plongeons dans une sorte de petit journal intime… Frederik Peeters se raconte… Mais ce n’est pas au jour le jour, c’est plutôt comme une série de petites nouvelles, de petites rencontres, de petites photographies… Oui, c’est ça, c’est un carnet de photos…

Alors on fait connaissance avec Frederik lui-même, et sans vous gâcher la lecture en vous dévoilant tout, je peux quand même vous donner l’essentiel : il devient amoureux d’une femme ! Si, si ! Rien d’étonnant, mais cette femme a déjà un enfant… Encore rien d’extraordinaire, de nos jours, c’est même presque banal… Oui, mais la maman et l’enfant sont porteurs du virus HIV. Oui, ils sont séropositifs…Quand il apprend cette situation – son amour, l’enfant et le virus – Frederik comprend que sa vie vient de basculer, le changement est inéluctable… Ce sont ces bouleversements que l’on va vivre dans l’ouvrage avec les milliers de questions qui traversent soudainement la tête de l’auteur : c’est quoi être amoureux, pourquoi vivre ensemble, comment se comporter avec cet enfant qui n’est pas le sien, c’est quoi le HIV, est-ce que je vais mourir, pourquoi s’aimer quand il existe cette chose… Mais ce n’est pas du tout larmoyant ni tristounet… Bien au contraire, c’est plutôt plein d’humour, de tendresse, de vie…

Vous devriez même, parfois, éclater de rire… Je ne veux pas vous dire pourquoi mais quand vous rencontrerez un certain gros rhinocéros blanc… vous comprendrez !

Mais ce livre, qui a été salué à sa sortie par une critique positive et avertie, mériterait d’être encore lu et relu, je dirais même offert à ceux que vous aimez. Tout d’abord, parce que c’est une belle leçon de vie, une belle histoire d’amour… Mais aussi parce qu’il informe sur un virus qui continue toujours à répandre la mort malgré ce qui est colporté ici ou là. Enfin, parce qu’il est bien la preuve que la bande dessinée est un mode narratif à part entière qui peut, qui doit aborder tous les sujets sans aucune exception…

Mais pour moi, Pilules bleues va rester un des meilleurs livres lus dans ces vingt dernières années. J’ai bien dit livres et non bandes dessinées, mais c’est en le lisant que vous comprendrez pourquoi… Voici donc pourquoi il arrive dans ma liste des livres à offrir pour ces fêtes de fin d’année…

Alors bonne lecture – il faut toujours lire ce que l’on va offrir – et n’oubliez pas de prendre vos pilules bleues avant de vous coucher…

Idées d’ouvrages à offrir pour les fêtes…

A l’occasion des fêtes de fin d’année, il est de coutume d’offrir un cadeau à ceux que l’on aime, qui nous reçoivent ou des membres de nos familles. Parfois, cette chasse aux cadeaux est un véritable casse-tête, une chasse au trésor ou une série sans fin d’additions-soustractions pour tenter de tenir son budget…Depuis des années, j’ai accepté d’être le « papa-tonton-grand-frère-ami » bouquins ! Oui, j’offre à chacun – ou presque – un ou deux ouvrages qui me semblent adaptés à la personne, au caractère, à l’âge, aux goûts… Je peux offrir un roman comme une bande dessinée, un livre pratique comme un album jeunesse, un recueil de poésie comme un beau livre… Pour moi, le livre doit apporter de la joie, du bonheur, de la réflexion, de l’humanité, du lien, de la chaleur, de l’art, de la vie, du dépaysement… Le livre est une fête, doit être une fête, sera une fête si vous l’offrez à la bonne personne !Alors, il est bien temps que je vous propose quelques bonnes idées d’ouvrages à offrir, des bandes dessinées, romans graphiques et albums illustrés en priorité… Je vais essayer dans les jours qui viennent de vous proposer des ouvrages très différents pour vous aider à trouver la perle rare qui fera plaisir à ceux que vous aimez…L’ordre de mes présentations n’est pas d’un niveau qualitatif car ce serait impossible de vous affirmer que l’ouvrage « Collaboration horizontale » est meilleur que « Écumes », que « L’adoption » vaut plus que « Une sœur », que « La forêt millénaire » surclasse « Ces jours qui disparaissent »… Donc, ce sera dans l’ordre de mon humeur de l’instant…Pour chaque ouvrage je vais tenter de vous donner suffisamment d’informations pour que vous puissiez vous faire votre propre idée, pas trop pour protéger votre lecture car rien de plus désagréable que de voir le suspense détruit par une chronique…Je tiens aussi à préciser que je ne me limiterai pas à des nouveautés car certains livres anciens restent et probablement pour longtemps d’excellents ouvrages comme « Pilules bleues », « Blankets » ou « Astérix et Cléopâtre »… Donc, à très bientôt pour ces différentes propositions… et bonne lecture, bons achats et bonnes fêtes (avec un peu d’avance) !

Quai des bulles 2017 : La fin du festival pour Romane en compagnie d’Istin…

Quai des bulles : deuxième jour  –  18h30 ….dernière interview !

Un festival de bandes dessinées c’est avant tout des auteurs, des aléas et quelquefois des imprévus. C’est après une journée épuisante que je m’arme de courage pour finir avec la présence de Jean-Luc Istin, « un des cerveaux de la série Elfes, Nains, Orcs et Gobelins », d’après Jean-Paul Bordier,  dessinateur.

En réalité, derrière ce monde débordant de fantaisie, se cachent deux cerveaux, Jean-Luc Istin et Nicolas Jarry. Tout commence, comme dans un film américain des années 20, par une conversation téléphonique. Cette tournure, beaucoup trop romancée me direz-vous, constitue un point important de leur travail. Suite à leur rencontre à un festival du roman à Figeac, ils collaborent sur différents projets comme Les Brumes d’Asceltis jusqu’à la création de la série Elfes.  S’en suivent les albums de la série Nains et enfin Orcs et Gobelins à la demande générale des lecteurs qui souhaitaient que l’on s’occupe des « culs-verts ».

C’est une œuvre de grande envergure que viennent de créer les deux amis et qui est en constante amélioration de l’idée. Le premier des Albums se penche sur un personnage nommé Turuk assez « salopard » selon Istin qu’il imagine, sans nous divulguer plus d’information, en pensant à quelqu’un de son entourage. Véritable beau parleur et non altruiste, si ce personnage charmera certains lecteurs ou lectrices, ce n’est pas dans le prochain album que vous pourrez découvrir la suite de son histoire palpitante. Il faudra pour cela vous procurer le Tome 21 de la série Elfes.

Le rythme de sortie sera assez soutenu puisque tous les 3 mois sortira un nouvel album dédié à un personnage. Notons que l’univers est immense et recouvre près de 165 pages d’un catalogue réunissant personnages, lieux, clans, etc. Ce qui est énorme. Et cela promet pour la suite …

A ma clef de toutes ces lectures, bien sûr, une meilleure connaissance des terres d’Arran que tous ces auteurs, Istin en tête, parcourent sans cesse en nous présentant tous ces personnages de légende qui les habitent… Enfin, légende, ce n’est pas si sûr car j’ai bien eu l’impression qu’Istin les avait rencontrés réellement…

Quai des bulles 2017 : Rencontre avec Serge Carrère par Michel

Parfois, certains auteurs s’amusent avec leurs héros et cela provoque une bande dessinée atypique, bien sympathique et très agréable à lire… C’est ce qui arrive avec le dernier Leo Loden paru, que dis-je le dernier Leo Lodanum enquêteur privé à Massilia… Et c’est à la nuit tombante que la pauvre Ala Vacumjtepus vient frapper à son bureau pour une affaire très délicate…

Leo Lodanum… Certains auront bien vite compris qu’il s’agit là de la parodie antique d’un certain Leo Loden, privé marseillais… En effet, Serge Carrère, Christophe Arleston et Loïc Nicoloff ont décidé de plonger – seulement durant un épisode – leurs personnages – en effet Leo Loden n’est pas le seul concerné – dans la Massilia gallo-romaine. C’est à la fois un jeu pour ces amoureux de Marseille, un hommage rendu à Goscinny et Uderzo au moment de la sortie d’un nouvel album de cette série mythique et un grand moment de rigolade…Il faut dire que la ville de Massilia est secouée par des travaux énormes… Le nouveau port intrigue beaucoup et les terres au nord ne sont pas encore devenues ce qu’elles sont aujourd’hui… Le tribun Deferrus tente de régner sur la ville mais rien n’est simple car Massilia est une maitresse bien singulière… Enfin, certains aspects relèvent de la fiction la plus déjantée comme l’existence de sorte de caïds, chefs d’entreprises, on dirait aujourd’hui mafieux, qui tentent de mettre la main sur les travaux, les marchés en manipulant les acteurs administratifs et les syndicats… Mais là on s’éloigne considérablement de la réalité comme le faisait en son temps René Goscinny…A Saint-Malo, à l’occasion du festival Quai des bulles 2017, je rencontre Serge Carrère qui me raconte le plaisir de déguiser ses personnages en romains ou gaulois… Imaginez que la belle de Leo Loden devient tout simplement la centurionne Marlena… d’ailleurs, il me fera la plaisir de la dessiner dans mon livre d’or…

Serge m’explique bien qu’il ne s’agit que d’une petite récréation à l’occasion du vingt-cinquième album de la série et dès le prochain épisode Leo Loden reviendra à notre époque contemporaine… Mais, il reconnait que rien n’empêche qu’un jour ou l’autre ils ne se permettront pas une nouvelle expédition dans l’histoire…

Un bel album et une très bonne rencontre !

Quai des bulles 2017 : La rencontre avec Paul Salomone par Michel

Alors que je suivais la série L’homme qui n’aimait pas les armes à feu depuis la sortie du premier album en 2011, alors que je suis fan depuis toujours du western et du western spaghetti, alors que j’ai toujours été séduit par les scénarii de Wilfrid Lupano depuis Alim le tanneur, je n’avais jamais rencontré le dessinateur de cette très belle série de western scénarisé par Lupano, Paul Salomone !

Paul Salomone en interview

Il aura donc fallu attendre la sortie du quatrième et dernier album de la série, attendre ce Quai des bulles 2017, pour que je puisse rencontrer et interviewer Paul Salomone… et ce fut une très belle rencontre… J’espère juste que d’autres rencontres suivront et que l’on n’attendra pas à chaque fois sept ou huit ans !J’aime beaucoup son dessin appliqué, précis et méticuleux. Sa narration graphique est diablement efficace, son graphisme facilite la lecture et nous immerge dans un univers particulier entre sérieux, drame et comédie… Il a su faire de Margot un personnage inoubliable… d’ailleurs, il avoue avoir du mal à lui dire au revoir tant il s’y était attaché… Heureusement, les dédicaces sont là pour prolonger le bonheur de la dessiner même si j’avoue avoir demandé en dessin un autre personnage, la jeune indienne navajo Lucile…

Concentré pour dessiner Lucile

Un beau moment autour d’une série qui m’a beaucoup plu mais comme j’ai déjà écrit sur cet Homme qui n’aimait pas les armes à feu, je n’insisterai pas plus… Ah, si, je peux préciser que le même jour, j’ai eu sur les bords de la Manche, le plaisir de discuter avec le scénariste de la série, Wilfrid Lupano puis avec Paul Salomone. Deux moments très marquants même si le scénariste m’est beaucoup plus familier…

Une précision, puisque nous étions à Saint-Malo pour le festival Quai des bulles, Paul Salomone a été bénévole au festival international de la BD de Nîmes, ville où il habite… Oui, on oublie trop souvent que tous ces festivals fonctionnent, en BD, en musique, en théâtre… avec des équipes de bénévoles et de passionnés… Occasion de féliciter et remercier ceux qui ont rendu notre séjour à Saint-Malo si agréable !

Quai des bulles 2017 : La rencontre miraculeuse avec Vincent Froissart et Etienne Le Roux par Michel…

On a beau être habitué et depuis longtemps aux petits miracles de la vie, il n’en demeure pas moins vrai que chaque fois qu’il s’en produit un c’est le bonheur…

La journée n’avait pas si bien commencé que cela car on m’avait dit que je n’allais pas pouvoir rencontrer Vincent Froissart ! Vous ne le connaissez probablement pas, et c’est justement pour cela que je voulais le rencontrer, pour vous le présenter… C’est un illustrateur hors norme, un dessinateur merveilleux et sa dernière bande dessinée, La Mille et unième nuitest un petit diamant à admirer en paix ! Mais, comme le rendez-vous n’allait pas avoir lieu, il était temps de passer à la suite du programme…

Étienne Le Roux

Deux heures plus tard, c’était au tour d’Etienne Le Roux de venir parler devant le micro… Il arrive, à l’heure et de très bonne humeur, nous présente son épouse – je dis « nous » car je suis accompagné de Romane – et nous lui expliquons que les questions porteront sur son rôle de dessinateur dans la série 14-18 – que je suis depuis le premier album et le huitième vient de sortir – et sur Sept macchabées – que Romane a beaucoup apprécié – avant de lui préciser que comme il est aussi scénariste de La Mille et unième nuit, on finirait probablement sur ce travail très différent…

Son épouse qui n’a pas perdu une miette de ce qui se dit rebondit immédiatement et nous propose :

« Puisque vous voulez parler de La Mille et unième nuit, je vais aller chercher Vincent car il est là et nous attend pour aller manger ! »

Vincent Froissart

Et c’est ainsi que nous allons finalement pouvoir recevoir Vincent Froissart. Le dessinateur et le scénariste de ce très beau conte d’inspiration soufie et si beau et agréable à lire…

Une très belle rencontre à plusieurs voix car, finalement nous sommes quatre autour du micro pour parler d’univers fort différents qui vont du réalisme de la guerre de 14-18 au conte oriental en passant par une histoire de morts vivants…

Et c’est bien cela le petit miracle de la vie quotidienne, accepter que l’improbable, l’imprévu, s’installe à notre table et en profiter pleinement… Il nous faut donc remercier avec beaucoup de chaleur et d’amitié l’épouse d’Etienne Le Roux qui a su réagir instantanément et sans qui, ce jour-là, je n’aurais pas rencontré Vincent Froissart…

Quai des bulles 2017 : Autres temps, autres bandes dessinées…

Partir à Saint-Malo pour le festival Quai des bulles 2017, c’était – même si cela n’était pas formulé de façon claire – accepter le choc culturel et générationnel. En effet, un prof de 61 ans ne peut pas avoir les goûts d’un jeune de 22 ans. Ce n’est ni un constat pessimiste, ni un regret, ni une lamentation… c’est juste factuel !

Alors, bien sûr, certaines bandes dessinées peuvent faire l’unanimité dans le groupe et ce fut le cas pour certaines. Je pense par exemple à Petitd’Hubert et Gatignol.

Hubert

La bande dessinée a suscité des vagues d’enthousiasme, tout le monde voulait être là pour l’entretien et je pense que certains s’en souviendront longtemps de cette rencontre presque magique…

D’autres – bandes dessinées ou auteurs – ont réveillé des passions pour la poésie, le destin des femmes ou la fantaisie… Moins d’universalité mais bien des envies transgénérationnelles évidentes avec des rencontres pour partager des goûts spécifiques…

Enfin, il m’est arrivé plusieurs fois de me retrouver seul devant un auteur qui pour mes étudiants était vieillot, désuet, ringard… même s’ils n’osaient pas le dire comme cela. Je pense à deux auteurs importants pour moi qui défendaient des albums de séries que je suivais depuis longtemps…Je pense en tout premier lieu à Alain Dodier. C’est 1982 qu’il créait avec ses amis la série Jérôme K Jérôme Bloche que maintenant il continue seul. Je l’ai découverte presqu’à sa sortie et depuis je lui suis resté fidèle…

Alain Dodier

Des histoires policières sympathiques et profondément humaines, un dessin très classique, une narration assez proche de la ligne claire… Les thèmes récents sont très importants, pas du tout négligés par les étudiants mais on sent bien que le style, le graphisme, la narration ne passent plus très bien et je suis seul durant l’interview… Ce qui, il faut le dire, ne gâche absolument pas mon plaisir !Je pense aussi à André Le Bras… Je ne le connaissais pas du tout mais il a réalisé le dessin du dernier album sorti des aventures de Buck Danny. Là la série à 70 ans et je n’étais pas là à sa naissance. Plus fort, je ne l’ai découvert que sur le tard. Pourtant, très jeune les séries aéronautiques m’ont captivé mais élevé à l’école pilote, j’ai d’abord suivi les aventures tout aussi passionnantes de Tanguy et Laverdure… Puis je me suis mis à Dan Cooper, Adler et, enfin, j’ai découvert Buck Danny. Depuis j’ai rattrapé mon retard de lecture et j’étais très heureux de pouvoir évoquer ce personnage avec un dessinateur qui lui non plus n’était pas là à la naissance de la série avec Charlier, Hubinon…

André Le Bras

Mais je comprends bien que les goûts, les préférences, les choix soient variés avec les âges et ce type de reportages intergénérationnels met en lumière ces différences qu’il faut assumer…

Autres temps autres bédés, en quelque sorte !

Quai des bulles : La rencontre avec Olivier Petit par Michel

Parfois, on vit à Saint-Malo des rendez-vous atypiques. On n’est plus en face d’un auteur, d’une dessinatrice ou d’un coloriste mais bien avec un éditeur… Ok, Olivier Petit n’est peut-être pas le plus grands des éditeurs, le plus spectaculaire, le plus connu ou le plus riche, mais, c’est indiscutable, il tente de faire, avec soin et attention, les livres dont il a envie, ceux qu’il voudrait lire ou qui manquent dans les librairies…

Vendredi en fin de journée, face à la Manche, nous parlons ensemble de son Guide de Paris en bandes dessinées… aux éditions Petit à Petit. Oui, certains pourraient être tentés de dire qu’il s’agit là d’un guide de Paris de plus, ou d’un coup commercial parce que la bédé  se vend bien ou du travail inutile de quelqu’un qui ne sait pas quoi inventer pour faire parler de lui…

En fait, c’est avant tout un excellent guide de Paris, basé sur les monuments les plus visités de la ville. On trouve tous les éléments dont on a besoin pour les visiter, les comprendre et s’en souvenir… Chaque monument est accompagné d’une petite bande dessinée pour nous raconter un peu de ce monument. Olivier me dit que c’est comme si on visitait le monument en compagnie d’un guide ou, mieux, puisque l’on est dans la bédé, d’Oncle Paul… En trois pages, une anecdote qui viendra habiter notre mémoire et qui rend vivante notre visite à venir… Parfois, elle vient donner sens à la visite passée car on peut aussi lire l’ouvrage en rentrant de Paris !

Franchement, je ne vois pas les minutes s’égrener et je découvre là un personnage sympathique, direct, clair… Nous sommes en fin de journée donc la discussion se terminera car il est temps de rentrer sur Saint-Jacut-de-la-Mer, lieu de notre villégiature nocturne, mais j’espère bien rencontrer plus souvent cet homme… D’ailleurs, dès le lendemain, chaque fois que je le croise, il m’envoie un signe très amical ponctué d’un « Tout va bien Michel ? »…

Durant l’entretien, il évoque tous les auteurs de bandes dessinées qui ont participé à cette aventure et il précise que tous les auteurs sont venus avec enthousiasme avec des envies très particulières de lieux à faire vivre… Chacun a pu choisir et du coup dessine ou raconte un lieu qui l’aime ! Au résultat, que du bonheur !

Il va être temps d’aller tester ce guide à Paris !!!

Quai des bulles 2017 : La non rencontre avec Virginie Augustin par Michel

Quand on attend un auteur pour l’interviewer, on construit toujours – même de façon inconsciente – l’entretien idéal à l’avance… Ce qui est risqué car l’auteur ne va pas toujours aller dans votre sens et vous avez peut-être eu une lecture de son ouvrage qui va dans le sens opposé à celui qu’il croyait suivre… Je dis tout cela avec beaucoup de prudence car finalement le livre étant devenu une chose publique, chacun peut lui trouver un sens et celui de l’auteur n’est pas le seul ni le meilleur…J’en étais là de mes cheminements intellectuels – sans aucune prétention – quand Virginie Augustin n’est pas venue à notre rendez-vous… Ce n’était pas par bouderie, coup de colère ou mépris mais tout simplement parce qu’elle devait participer à une cérémonie de remise de prix…

Pourtant, j’étais très motivé pour cette rencontre, surtout après la lecture des deux derniers ouvrages que j’avais lus, Monsieur désire ? et 40 éléphants, Florrie, doigts de fée. Deux belles histoires avec Londres en toile de fond, des femmes au premier plan et des femmes décidées surtout. D’ailleurs si cela n’avait pas été le cas, probablement que Virginie aurait refusé ces projets… Enfin, là je repars dans les questions-réponses sans la dessinatrice…

Monsieur Désire ? est un très bel album scénarisé par Hubert que nous avons bien rencontré durant le festival et cela raconte une histoire très particulière… Une sorte de relation immobile entre un jeune dandy anglais d’origine noble et riche et une femme de chambre plutôt moche et profondément humaine. L’un est dépravé, l’autre pure et paisible, l’un est puissant l’autre sans aucune défense… Tout les sépare et rien ne pourra abolir les frontières entre eux d’autant plus que nous sommes dans l’Angleterre victorienne…40 éléphants, Florrie, doigts de fée est une histoire dans un quartier de Londres mais cette fois-ci plus dans les bas-fonds, avec des voleuses, une population qui tente de survivre comme elle peut et qui se déroule en 1920… Un peu plus polar-social, un peu plus aventures mais là encore avec quelques femmes de caractère… et ce n’est pas si simple d’être voleuse à Londres, les voleurs tentent de défendre leur espace de travail… Non mais !

Bref, même si nous n’avons pas rencontré la dessinatrice, deux bandes dessinées à lire et offrir… Quant à Virginie, je lui dit à la prochaine fois, sans rancune !