Roxane rencontre Loïc Clément à Saint-Malo…

L’enfance, un thème essentiel pour Loïc Clément. C’est dans son enfance que le scénariste puisse son inspiration. Il traite de sujets personnels lui tenant à cœur et qu’il souhaite faire partager au public.« Chaque jour Dracula » est un livre traitant du harcèlement scolaire. Il connaît cette situation car il l’a subie durant son enfance. Il travaille sur ce thème avec beaucoup de profondeur tout en adoptant un ton enfantin. Il adapte donc cette thématique grave et peu traitée sur le fond. Il s’adresse à l’enfant pour lui faire comprendre tenants et aboutissants. Dans sa fiction, le scénariste s’adresse non seulement aux victimes pour leur permettre de comprendre leur situation mais aussi aux bourreaux pour leur faire comprendre leurs actions. Un livre à utiliser le plus souvent possible avec les enfants !

« Chronique de l’île perdue » aborde quant à lui le thème des rêves enfantins et des relations entre frères. Ici, on suit l’histoire de deux frères échoués sur une île mystérieuse où ils vont être confrontés à leurs peurs, leurs erreurs et à la rédemption ! Leur but sera de se retrouver et de grandir. Cette bédé touche à nouveau des sujets chers à Loïc notamment celui des relations au sein d’une fratrie.Nous retrouverons ainsi Loïc Clément dans de prochains ouvrages traitant de l’écologie ou encore du deuil et des fantômes. Tout un programme qu’il a présenté sans manière montrant son accessibilité totale…

Roxane affronte Conan à la loyale… à Saint-Malo !

Cinq minutes à chercher, cinq minutes à tourner en rond, cinq minutes de retard. Non décidément je n’étais pas sereine. Interviewer Benoît Cousin, l’éditeur de la série Conan était le moment que j’attendais à St Malo depuis le lancement du projet Quai des Bulles à Chalon. Mais, heureusement, Benoît Cousin arriva avec cinq minutes de retard. L’interview peut commencer sans que je l’aie fait attendre…

L’éditeur ? On se soucie surtout de l’illustrateur, éventuellement du scénariste, voire du coloriste…  Mais l’éditeur ? On ne connait rien sur lui et son nom s’efface de notre mémoire instantanément… D’ailleurs, à quoi peut bien servir un éditeur comme Benoît Cousin ? Il fait parti du pôle éditorial de la nouvelle série Conan. Les deux autres membres sont Jean-David Morvan, l’instigateur de ce projet et Patrice Louinet le spécialiste international de Robert Howard le créateur originel de Conan. Son rôle spécifique, en tant qu’éditeur, est de trouver les dessinateurs, les scénaristes, en somme les bonnes combinaisons de créateur pour que la création de chaque tome soit réussie, que la lecture fonctionne et que les lecteurs s’y retrouvent…

Passionné de littérature de genre, il est intarissable sur Conan. Il m’expliqua les enjeux et les objectifs de la réadaptation française de cette œuvre de 1932. Avec beaucoup d’honnêteté et de réalisme, il expliqua qu’un des enjeux était économique. En effet, le personnage de Conan possède déjà une communauté de fans fidèles prêts à acheter cette nouvelle série. De plus, Conan s’inscrit dans les goûts culturels actuels : Games of Thrones, Viking, Seigneur des anneaux, Harry Potter… Ainsi les éditions Glénat s’assurent une base d’acheteurs solide et peuvent se permettre de se lancer dans leur ambitieux projet.

Effectivement, ils ont décidé d’explorer les différents traits et aventures de Conan décrits par les écrits de Robert Howard.  Les gens sont habitués à la représentation budibuilder de Schwarzenegger dans le film culte de John Milius. Ici, les éditions Glénat désirent offrir une vision nouvelle et plus profonde du personnage jusque là laissée au rang de montagne de muscle sans cervelle dans l’imaginaire collectif. Chaque tome montre une nouvelle facette de Conan sous la plume d’un artiste diffèrent. D’un style cartoonesque à un style plus brut, le personnage reste toutefois le même : le barbare sauvage et félin, le guerrier impitoyable et indomptable.

Toutefois, malgré le parti pris audacieux et engagé, certains fans de Conan ne semblent pas prêts à accepter de voir l’image de leur héros évoluer. En effet, Benoît Cousin a dû se rendre compte qu’adapter un personnage culte c’est aussi se frotter aux «gardiens du temple» comme il le dit. Ce sont ces fans qui n’acceptent aucune autre représentation que celle qu’ils connaissent. Mais malgré le manque d’ouverture d’esprit de certain, d’autres se montrent au contraire agréablement surpris de découvrir «un autre» Conan !

Nouveau projet phare de l’année 2018 pour Glénat, la série Conan ne semble pas prête de s’arrêter, pour mon plus grand plaisir. Et il nous reste plus qu’à attendre novembre prochaine pour la sortie du prochain Conan au sous-texte apparemment plus érotique. »

Anton, Troll de la promotion, rencontre un Orc sur les bords de la Manche…

Ce troisième jour à St Malo, même si stressant, fut pour moi l’occasion de rencontrer un auteur passionnant.  En effet après deux jours de travail plus que modéré il était temps de se retrousser les manches et de commencer les interviews.

J’ai pour ma part effectué celle avec Jérôme Lereculey, Malouin de naissance et illustrateur émérite de la bande dessinée Wollodrin, scénarisée par son ami David Chauvel.

Dans cette série de 10 tomes d’heroic-fantasy, on suit l’histoire de Nains, d’Hommes, d’Elfes et de ses héros favoris : les Orcs ! Ces humanoïdes à la peau verte sont bien trop souvent relayés au rang de simples méchants sans cœur et il était donc important pour les deux auteurs de les réhabiliter et de leur donner une histoire à la hauteur de leur musculature.

Si le cadre du récit est très comparable à un univers Tolkiennien, plusieurs points divergent totalement. Les elfes ne sont plus de simples humains aux oreilles pointus et toutes les races sont traitées de manière bien moins manichéenne comme des peuples luttant pour survivre dans un monde en guerre.

David et Jérôme se connaissaient depuis longtemps et ils avaient déjà eu l’occasion de travailler ensemble auparavant. Wollodrin a été pour eux un moyen de concrétiser enfin leurs rêves d’heroic fantasy.  Pendant ses 8 années de parution Jérôme a pu s’essayer à une nouvelle technique d’encrage. Il a ainsi évolué du feutre vers la plume et le pinceau, lui permettant un toucher plus sensible et plus précis. Si le premier album fut quelque peu laborieux il lui a néanmoins permis de perfectionner sa technique et de dompter, comme il le désirait, son encre farouche. Avec la permission du scénariste, Jérôme a ainsi pu exprimer sa créativité à travers cette série pour lui donner une vraie patte personnelle.

À l’image des nains, l’illustrateur est très bavard pendant ses phases de création et partage régulièrement ses problématiques avec son entourage, ses enfants dont il s’inspire d’ailleurs parfois…

La rencontre de cet artiste à grandeur humaine me donna envie de m’intéresser à la suite de son œuvre, envie que j’espère vous avoir communiquée.

Nathan joue dans l’univers de Bolchoï Arena avec Boulet et Aseyn…

“Ne me parlez pas de Ready Player One ! Tout le monde m’en parle ! “

Nous avons débuté notre série d’interviews de la journée par Boulet et Aseyn. Ils viennent de sortir le premier tome d’une nouvelle aventure de science fiction, Bolchoï Arena.

Boulet se présente avec un sweat shirt arborant le logo du Bolchoï, l’univers virtuel tout droit sorti des méandres de son esprit. Le thème de la réalité virtuelle a le vent en poupe en ce moment. Mais il nous met en garde : “Ne me parlez pas de Ready Player One ! Tout le monde m’en parle ! “ Il est, en effet, difficile de ne pas faire le rapprochement entre la nouvelle production hollywoodienne signée Spielberg, peignant aussi un monde futuriste agrémenté d’un jeu de réalité virtuelle omniprésent, sorti aussi cette année dans les salles obscures.

Mais cet univers, cela fait 5 ans que Boulet l’a pensé et créé, nous dit-il, le sourire aux lèvres. Avant même que le projet ne soit totalement sur les rails, il avait déjà une panoplie de produits dérivés. C’est là sa façon de travailler; créer tout un univers aussi étendu et complet  que le Bolchoï est complexe.

Boulet invente sa fiction tout en la dessinant, il fait des story-boards, se projette. Trouver un dessinateur pour sa création n’a donc pas été une chose aisée. Car après tout, cela revient à laisser partir son bébé. Mais c’est aussi lui apporter un nouveau regard. Et puis après tout, “il ne sait pas dessiner les vaisseaux !”

C’est donc Aseyn qu’il a choisi pour l’aider dans cette aventure “en trois tomes au minimum”. Ils se connaissent bien… En fait, Boulet a découvert devant nous qu’Aseyn était d’origine bourguignone comme lui… Aseyn apporte au récit (en plus de ses vaisseaux ) un dessin fin et rappelant des mangas tels que Otome et Shiro mais surtout une palette pastel de bleu, pêche et de rose. Un ensemble très doux qui nous plonge dans un univers futuriste certes, mais qui vibre d’une science-fiction des années 80 qui nous fait rêver…

Retrouvez bientôt notre rencontre complète avec Boulet et Aseyn !

Sarah tremble mais ne rompt pas face à Carole Maurel…

On l’attendait depuis quelques jours après avoir lu « Collaboration Horizontale » et dès que l’on avait eu la confirmation de notre rendez-vous. Si le stress gagnait peu à peu mon estomac, la joie, quant à elle, commençait à me submerger jusqu’aux oreilles…

Je scrutais longuement chaque personne qui franchissait la porte de la salle de presse et enfin j’entendis Michel me dire c’était bien elle, qu’elle arrivait, Carole MAUREL !

Je sentis le stress former une grosse boule en moi au fur et à mesure qu’elle avançait mais, aussi étonnant que cela puisse être, et je ne m’y attendais pas, la dessinatrice était aussi stressée que moi. (Sourires partagés)

L’intimidation restait palpable, après une grande bouffée d’air et en balbutiant un peu, je me lançais encourager du regard par Michel et Caroline…

Mais comment en est-elle arrivée à ce stade ? Et bien pour la petite histoire, c’est après 7 ans dans le monde de l’audiovisuel et du graphisme qu’elle se fait découvrir lors d’un concours. Et là débute son aventure dans le monde de la Bande dessinée.

Les histoires qu’elle illustre sont pour la plupart destinées à un public adulte, des histoires drôles, d’amours ou encore de société.

On retrouvera une diversité thématique qu’elle utilisera  pour nous transporter dans son univers. Ses dessins seront traités avec des couleurs qui accompagnent ses personnages et leurs mondes, des couleurs qui participent à l’histoire, choix auquel elle tient. On retrouvera aussi dans ses dessins, des représentations très expressives notamment dans « Collaboration horizontale », ce qui nous permettra de traverser les pages du livre et de partager les sentiments des personnages.

Alors n’oublions pas de parler du petit dernier « Eden », véritable petit délice qui s’adresse à un public adolescent mais s’accorde très bien avec un public plus large. Classe sociale, injustice et choix sont les mots qui illustrent parfaitement cette histoire. Je ne vais pas vous en dire plus car si vous aimez aventure et anticipation, je vous invite à vous y plonger rapidement. Pour ce projet Carole et son scénariste, Fabrice Collin, ont choisi de vous narrer cela dans un diptyque.

Michel s’entretient de Sasmira avec Anaïs Bernabé !

Oui, je le dis souvent, la bande dessinée est née ou presque avec un cri du cœur pas toujours facile à vivre : « A suivre ! ». Mais reconnaissons que Laurent Vicomte a quand même poussé le bouchon un peu loin… En 1997, il commence une série magistralement avec le tome 1 de Sasmira… Je ne pensais pas être le seul à avoir adoré cet album mais j’ignorais qu’Anaïs Bernabé, dessinatrice des tomes 3 et 4, avait à l’âge de 12 ans lu, elle aussi, cet ouvrage et qu’elle attendait avec impatience…

A cette époque la jeune Anaïs Bernabé connaissait Laurent Vicomte, l’avait vu travailler et, secrètement, elle souhaitait un jour faire de la bande dessinée…

Le temps a passé, le second tome n’est pas sorti, les Humanoïdes – l’éditeur original – ont connu de très grosses difficultés financières, les lecteurs de la série sont restés sur le carreau… Pourtant, la critique comme le grand public avaient été séduits tant par le graphisme de Laurent Vicomte, que l’on connaissait du temps de la série Balade au bout du monde dont il avait dessiné les quatre premiers volumes, que par le scénario, et là on découvrait que Vicomte savait écrire les histoires…

Puis les mois se sont écoulés, les années se sont entassées dans nos mémoires sans trace du tome 2 de Sasmira. Laurent Vicomte était aux abonnés absents… Il avait fallu 11 ans pour voir la réimpression du tome 1, il faudra presque 15 ans pour que le tome 2 arrive en librairie… Laurent Vicomte est alors accompagné au dessin par Claude Pelet… Polémiques, rumeurs, documentaire sur les onze ans d’écriture et de dessin… Tout est fait, de fait, pour transformer cette série en mystère, énigme… ce qui va bien avec cette série grandement énigmatique !

Puis, de 2011 à 2016, nouvelle attente et le tome 3 sort avec cette fois Anaïs Bernabé au dessin… Oui, un jour, Laurent Vicomte lui propose de reprendre le dessin de la série… Et elle accepte, elle relève le défi, prend des risques… L’aventure repart ! L’histoire n’est pas terminée mais la série Sasmira redevient presque une série plus ordinaire… Quoi que…

Il est question d’amour, de fidélité, de secret, de magie, de vieillissement, de temps, de mort, de pouvoir… et encore cela limite car chacun peut voir dans cette histoire ce qu’il veut bien voir comme dans toutes les grandes œuvres littéraires, ce qui permet de penser que Sasmira devrait pouvoir rejoindre La Comédie Humaine, Les Rougon-Macquart, Les caractères… et toutes les belles choses que vous avez rangées dans votre bibliothèque…

Stan et Bertille sont nos contemporains, Prudence est du dix-neuvième siècle et Sasmira est beaucoup plus vieille car elle serait née il y a plus de 4000 ans en Egypte… Pourtant, ces quatre personnes sont les personnages phares de cette série et ils vivent bien – du moins à un moment donné – dans la même époque… Illusion, magie, fantastique, délire… allez savoir…

Aujourd’hui, à Saint-Malo, lors du festival Quai des bulles 2018, j’ai eu le plaisir, pour la première fois, de rencontrer Anaïs… Disons que la rencontre a failli passer à l’as mais finalement, elle a bien eu lieu… Ce sera probablement la dernière autour de Sasmira car la série est maintenant bien terminée et l’autrice veut passer à autre chose…

Les réponses arrivent avec fluidité, précision, honnêteté. Le sourire est toujours là et j’ai passé un excellent moment autour d’une bande dessinée qui m’a fasciné et que j’ai appréciée jusqu’au dernier volume… Depuis 1997 j’attendais ce mot fin

Je ne peux donc que vous conseiller de découvrir cette série Sasmira et si lors d’un salon vous entendez le nom de l’autrice Anaïs Bernabé, n’hésitez pas car elle m’a confié adorer les dédicaces. Ce n’est pas pour elle que du travail ou un cadeau au lecteur, c’est un véritable plaisir. Elle aime la liberté du dessin d’une dédicace et elle apprécie ces rencontres avec ses fans, ses lecteurs…

Un magnifique moment, intense et doux. Merci Anaïs !

Caroline se penche sur les Renoir…

J’ai eu le plaisir de rencontrer en même temps Jak Lemonnier, illustrateur et Eddy Simon, scénariste de la BD «D’un Renoir à l’autre» qui est une biographie sur Auguste et Jean Renoir, « une BD qui entremêle leurs deux vies, tout en faisant ressortir leur humanité » tient à signaler le scénariste. E.Simon m’a montré l’influence qu’Auguste a eu sur son fils, Jean, et comment il a guidé son travail, tout en nous racontant leurs vies et le contexte qui les encadrait. Pour être au plus proche des personnages réels et de leurs expériences personnelles il s’est beaucoup documenté et s’est grandement inspiré des textes autobiographiques Jean Renoir lui-même.

L’histoire est divisée en chapitre et ponctuée des œuvres d’Auguste Renoir. Elles sont toutes dessinées avec un style graphique proche de ses peintures, pour rester dans la même atmosphère. De plus Lemonnier s’aventure dans un nouveau genre, car il vient de la BD pour adulte, donc c’est avec un enthousiasme certain qu’il a pris la tangente pour expérimenter un nouveau dessin. Même si la caricature reste présente dans ses visages il a cherché à se rapprocher des peintures d’Auguste Renoir et de leurs couleurs.

Eddy Simon voulait avant tout parler de la relation entre les deux hommes, relation père/fils. Il montre comment cette relation est forte, raisons des influences mutuelles… C’est aussi une façon de faire réfléchir sur les raison qui ont lié ces deux hommes… Cette réflexion, portée par Jean toute sa vie, était un mystère. Pourquoi n’avait-il pas pu résister à son père ? Pourquoi ne s’était-il pas plus rapproché de la vision de celui-ci vis à vis de la peinture, ou bien de la compréhension de l’art ?

Mais la phrase finale de l’album est claire : «Je crois que je viens de comprendre ! »

Une belle rencontre avec Cécile Coulon à Chalon-sur-Saône !

Pages en partage 2018 s’est terminé hier soir à Chalon-sur-Saône, au théâtre Piccolo. Cet évènement littéraire organisé par la bibliothèque municipale de la ville et la librairie Mandragore a permis une fois de plus une belle rencontre entre une romancière et un groupe de lectrices, plus largement entre une jeune autrice et ses lecteurs…

Il faut bien avouer que Cécile Coulon est une femme de caractère. Elle va là où elle veut quand elle veut et ne semble pas trop de soucier du quand dira-t-on… Elle est présente dans la version livre papier depuis ses 16 ans mais elle aussi sur Facebook et très bientôt elle sera même en librairie pour de la poésie… On peut même ajouter qu’elle souhaiterait réconcilier le sport et la littérature, les fringues et la littérature, la nature et la ville, la vie et la mort… D’ailleurs, comme elle le dit bien, rien n’est grave !J’étais donc bien curieux de suivre le déroulement de la rencontre car une telle autrice pourrait bien être déstabilisante pour un public calfeutré de bibliothèque… Regardez, le voilà qui met même ses pieds sur la table, qui menace de s’allonger par terre pour répondre à une question géante ou de prendre trois heures pour philosopher sur la vie, la mort, le sport… N’en ferait-elle qu’à sa tête ? Allez savoir…

Une fois encore il est difficile de prétendre faire le tour complet d’une telle soirée, mais j’espère que les participants s’y retrouveront et que les lecteurs qui n’ont pu être avec nous hier soir seront curieux d’aller voir du côté des romans de Cécile Coulon…

On vous présente comme une romancière emblématique de la génération Z ?

La génération Zorro !

Elle n’en dit pas plus sur le sujet mais souvent cette génération est dite utopiste, peu docile et se donnant droit à l’erreur… Rien n’est grave, quoi !

Votre écriture est jubilatoire, intense comme une course à pied… Un lien entre courir et écrire ?

Je ne peux pas écrire si je ne suis pas en position d’écriture. C’est après avoir couru que je suis dans les meilleures dispositions pour écrire. J’ai besoin de la course. Ce n’est pas un sport, c’est un geste quotidien et naturel. C’est mon dopant naturel pour écrire…

L’écriture est-elle un rite initiatique ?

Non, c’est la vie qui est initiatique. L’écriture, les histoires permettent d’exorciser. Ce n’est pas chez moi autobiographique mais, comme le dit la romancière Marie-Hélène Lafon, écrire c’est mettre un nuage de fumée entre la vie de l’auteur et l’imagination du lecteur. Chez moi, le nuage est assez épais. Pour moi, le romancier se crée une position pour exorciser… mais très vite je laisse l’imagination prendre le dessus…Chez vous les lieux ont beaucoup d’importance… Pourquoi avoir pris l’Amérique pour le roman Méfiez-vous des enfants sages ?

J’ai écrit finalement très jeune. Or, souvent, le jeune romancier est regardé avec des yeux particuliers. On va le traiter très vite de nouveau Rimbaud, de nouvelle Françoise Sagan, et on va lire son ouvrage comme s’il s’agissait d’une autobiographie… Je n’avais pas envie de plonger dans des fictions trop marquées par ma vie et je ne voulais pas être seulement l’autrice d’un roman… Je voulais construire un édifice, exister au-delà d’un livre… Pour cela, il m’a semblé qu’il fallait délocaliser mon histoire, aller dans une autre époque, un autre territoire…

Cela ne signifie pas que je ne puisse pas connaitre certains lieux ou époques. Par exemple, pour Trois saisons d’orage, je parle d’un village de la Drome que je connais très bien…Les références musicales sont très nombreuses dans vos romans. Quelle place la musique tient-elle dans votre vie ?

Il faut savoir que j’écris toujours en musique. Je pense même que je ne peux pas écrire dans le silence… Je crois que l’état de l’auteur change profondément en fonction des musiques, que l’écriture change même si elle ne suit pas strictement la musique. Pour Le cœur de pélican, j’ai écouté de la chanson française acoustique tandis que pour Trois saisons d’orage, j’ai préféré la bande son du film Barry Lyndon, la musique Sarabande de Georg Friedrich Haendel… Mais j’écoute toutes sortes de musiques !

On s’est interrogé sur la place de l’humour dans vos romans ?

Mes romans ne sont pas si drôles que cela quand même. D’ailleurs, c’est très difficile d’écrire un livre drôle et je n’ai pas les outils pour cela. Chez moi, je ne pense pas que l’humour soit si visible que cela. En fait, j’ai un humour noir, cruel, cynique… Quand j’ai de l’humour, je dirais que c’est un humour dégoutant presque…

Par contre, sur ma page Facebook, je peux essayer de faire rire tous les jours avec un petit mot, une historiette… mais c’est autre chose !

Avec vos personnages, on sent parfois des problèmes de milieu. Sont-ils enfermés dans leur milieu, sont-ils libres ?

Je me pose souvent la question de la liberté de l’être humain par rapport à son milieu social, professionnel, territorial… Se sentir libre au stade ultime c’est se sentir bien dans son milieu, ne pas avoir un besoin vital d’en sortir mais pouvoir en sortir y revenir. Je suis bien là où je suis, je n’ai pas envie de fuir ma réalité mais je suis au contact de ce qui se passe ailleurs… La liberté, c’est aller de l’un à l’autre sans quitter les siens !

Etre libre, c’est composer avec tous les petits pays que nous portons en nous… La famille, le métier, les passions… Tout cela forme un continent, chacun a le sien et il faut vivre avec… Etre libre c’est accepter cela et se dire toujours que rien n’est grave ! Certes, les évènements peuvent être graves, blessants, douloureux, déchirants, angoissants mais… rien n’est grave ! Je fais ce que je peux !

D’ailleurs, sur ce thème, il faut lire la poésie de Thomas Vinau, Bleu de travail…

Vos personnages sont toujours en lien, d’une certaine façon avec leur famille. Pour cette omniprésence de la famille dans vos romans ?

Plus que la famille en tant que telle, je crois qu’il y a dans mes romans un rapport perpétuel aux rapports entre parents et enfants. Les parents semblent absents mais quand on regarde bien : ils veulent d’abord bien faire, ils sont alors trop présents et quand ils constatent qu’ils n’ont pas pu arriver à ce qu’ils croyaient leur mission, ils capitulent… C’est un peu comme si les parents étaient dans un pays, les enfants dans un autre…

J’ai toujours été habitée par des questions sur la famille. Peut-on exister en dehors de sa famille ? Faut-il vivre avec sa famille imposée, celle que l’on subit, ou s’en construire une propre, celle que l’on choisit… Je n’ai pas d’enfant mais je me pose beaucoup de questions sur la parentalité…

Les parents qui veulent faire de leurs enfants une œuvre se trompent, c’est du moins mon avis ! On voit cela en sport, en art, dans l’industrie…

Dans vos thèmes de prédilection, il semblerait que la mort soit bien là. Que représente la mort pour vous ?

En fait, la mort ne m’inquiète pas du tout mais je suis très gênée que l’on ne puisse pas en parler tout simplement… La mort c’est comme gagner au loto mais elle arrive plus souvent que les gains. C’est un moment naturel, cela fait partie de l’existence…

Je crois que la mort ne fait pas peur en soi, c’est la disparition, que l’on craint, l’absence et donc la solitude…

La mort devrait nous faire grandir et pas souffrir… Ce que nous avons vécu avec la personne qui meurt, ce qui était beau, tout cela reste dans nos yeux, dans notre mémoire, dans nos cœurs… C’est toujours vivant !

La mort est dans mes romans car elle trop absente de nos vies. J’ai envie de dire que mort et sexe sont les deux sujets les plus difficiles à aborder à l’apéritif avec des amis… La mort encore plus que le sexe d’ailleurs…

Bien sûr, Cécile Coulon a aussi parlé de sport, de  la nature mais c’est avec une question d’une lectrice dans la salle que la soirée a pris fin… du moins pour la rencontre publique. Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez écrit autre chose qu’une rédaction scolaire ?

En CM2, si je me souviens bien, j’ai écrit un poème sur une feuille de papier. Après je l’ai tapé à l’ordinateur, j’ai voulu soigner la mise en page, mettre un fond… Le texte n’était pas extraordinaire mais je me souviens, c’était la première fois…

Plus tard, quand j’étais en cinquième, j’écrivais des petites nouvelles pour mes amis…

Enfin, quand j’étais en seconde, lycéenne plutôt pénible pour les enseignants, j’écrivais durant les cours… Un jour, mon enseignante de français m’a demandé ce que je faisais durant les cours… J’ai été obligé de lui montrer ce que j’écrivais… Non seulement elle a lu, mais elle m’a rendu le texte corrigé. Chaque semaine par la suite je lui donnais l’équivalent d’un chapitre qu’elle me rendait corrigé…

Ce fut un certain choc. Un adulte s’intéressait à ce que j’écrivais, me lisait, me corrigeait… Finalement, c’est devenu mon premier roman…

Voilà, une belle soirée en compagnie de Cécile Coulon, une dernière par cette édition 2018 de Pages en partage, et il ne vous reste plus qu’à lire et on n’est pas obligé d’attendre l’été, même si comme chacun le sait bien ici que l’été c’est fait pour lire !

Une rencontre avec Angélique Villeneuve pleine d’émotion…

Jeudi soir 27 avril, dans le cadre de Pages en partage 2018, manifestation littéraire organisée par la bibliothèque de Chalon-sur-Saône et la librairie Mandragore, Angélique Villeneuve faisait escale au théâtre Piccolo pour rencontrer ses lecteurs, on devrait même dire ses lectrices car les femmes étaient beaucoup plus nombreuses que les hommes malgré quelques présences remarquées…

La romancière a été très touchée de se retrouver devant des lecteurs qui s’étaient donné comme objectif de lire beaucoup de ses romans et du coup elle a dû répondre à des questions qui ont touché à Grand Paradis, Un territoire, Les fleurs d’hiver, Nuit de septembre ou Maria, le dernier arrivé… Ses autres ouvrages, jeunesse ou cuisine, ne furent que juste évoqués et c’est bien une discussion essentiellement littéraire qui a eu lieu hier soir : inspiration, écriture, création, place de la nature, personnages…

De façon simple et précise je vais essayer de vous partager quelques-uns des moments forts de cette soirée chaleureuse et pleine d’émotion…

Pourquoi utilisez-vous des thèmes aussi dérangeants dans vos romans ?

« Je crois que je ne saurais pas écrire sur la vie de tous les jours, sur un couple qui s’aime puis se sépare… Je n’aime pas écrire sur la vie ordinaire, d’autres le font très bien mais ma voix n’aurait aucun intérêt. J’ai besoin de femmes ordinaires – pour bien m’incarner dans les personnages – et par contre des situations et évènements extraordinaires. J’utilise des femmes comme personnages car je serais incapable de m’incarner dans des enfants ou des hommes…

Comme la femme est ordinaire comme moi, le roman est plein de petits gestes ordinaires, quotidiens, mais c’est dans la confrontation avec l’extraordinaire, le dérangeant, que l’histoire prend son sens, sa force, que le roman existe…

La littérature doit être l’occasion d’être dérangé, percuté, questionné… Cela fait du bien d’être bousculé ! »

Pourquoi vos personnages donnent-ils le sentiment d’être en décalage avec la société, avec les mœurs, avec la modernité ?

« En fait, les tourments qui habitent souvent mes personnages font écho à mon enfance et j’ai été moi-même habitée par ces difficultés, ces décalages, ces incompréhensions, cette société, cette modernité…

Mes personnages sont ordinaires mais ils trouvent leur existence et leur force dans la confrontation avec la difficulté et les souffrances. Les souffrances ont beaucoup d’importance pour moi… »

Dans vos romans, il y a beaucoup de flash-back. Pourquoi ces nombreux retours sur le passé des personnages ?

« Oui, il y en a beaucoup et probablement parce que je ne peux pas faire autrement. Je ne sais pas écrire de façon linéaire et j’ai donc besoin de revenir très souvent sur un point, un évènement, une rencontre… Je suis certaines aussi que notre présent est construit par notre passé… »

Puis, la discussion a dérivé sur son inspiration, sa façon de choisir un thème, un personnage, de construire ses romans et nous en sommes arrivés aux émotions dans ses romans…

« Les émotions peuvent passer de plusieurs façons dans les romans. Il y a les mots, bien sûr, et c’est essentiel pour la romancière que je suis. Il y a aussi une façon presque physique de les vivre. Les émotions, je les ressens en tout premier et certaines scènes ont déclenché chez moi des pleurs quand je les ai écrites… Enfin, on peut transmettre ces émotions par le silence, comme dans la vie, tout n’est pas dit et ce qui est tu est important aussi… »

Pourquoi les femmes sont-elles si présentes, les hommes si absents ?

« En fait, rien n’est calculé et ce n’est pas un choix rationnel. C’est un fait. Je suis incapable de m’incarner dans un homme. Aussi, je parle des femmes, j’incarne des femmes, je fais vivre des femmes. Dans ma vie ordinaire, je n’ai aucun problème avec les hommes, enfin, surtout avec mon mari avec qui je vis depuis plus de 35 ans… Mais comme je l’ai dit, mes romans, ce n’est pas la vie ordinaire… Enfin, pas la mienne !

Cela vient peut-être de mon enfance où je devais compter essentiellement sur moi, sur moi seul ! »

La nature est tellement présente dans vos romans que l’on finit par se demander si elle n’est pas un personnage à part entière ?

« Oui, il n’y a aucun doute sur ce sujet, la nature est un pilier de mon œuvre. Oui, c’est un personnage à proprement parler. Mon enfance, encore elle, c’est aussi des cabanes, des arbres, des animaux, des feux de bois, des étangs, une tête mal coiffée, un chemin à travers les champs… Un chemin à la campagne, c’est comme ma vie en fait, tout simplement. A la campagne, pas dans la forêt…

La campagne, c’est ce qui m’a permis de tenir durant mon enfance… L’arbre est comme un être vivant et en grandissant il cicatrise, il se répare, il oublie…

Oui, la nature est importante et on la retrouve souvent avec les fleurs, les oiseaux… Jeanne est ouvrière d’appartement et elle fabrique des fleurs artificielles…

Enfin – mais on n’a pas vu le temps passer – la question sur la résilience est arrivée. Il faut dire que le thème est omniprésent dans ses romans… Alors, pourquoi ?

« Tout simplement parce que j’ai tendance à toujours voir les choses par le bon côté. Je vois toujours le verre à moitié plein. Les livres cela peut aider à vivre, à se réparer, à se consoler, à repartir… Cela aide aussi bien l’auteur que les lecteurs et c’est bien ainsi ! On a besoin pour vivre, pour survivre, d’épaules ! Les épaules des autres, des mots, des silences, des herbes… Et je le sais depuis que mon fils s’est suicidé… »

A l’issue de la rencontre, Angélique Villeneuve nous a confié son bonheur… Oui, elle avait visiblement apprécié cette soirée…

« C’est juste un moment formidable. On a un métier très isolé, je suis dans la solitude de mon bureau, moi qui ne fais qu’écrire. Là, j’ai la chance de rencontrer celles qui ont lu mes romans, je vois comment elles ont perçu les choses… Je vois comment mes mots ont trouvé écho chez les lecteurs. Ici à Chalon, ce fut plus fort qu’ailleurs car il y a eu ce groupe de lecteurs/lectrices qui s’est retrouvé plusieurs fois, qui a lu, partagé… J’étais très intrigué de voir le résultat… En fait, il y a quelque chose d’intime qui s’est noué, d’abord à distance et avec Internet, puis avec la rencontre. C’est très fort pour moi et je trouve que cette formule est très intéressante car elle va dans la profondeur. C’est plus fort que les rencontres en librairie pour une dédicace… C’est rare et cela m’a beaucoup touchée… »

Il ne vous reste donc plus qu’à découvrir vous-mêmes les romans d’Angélique Villeneuve à commencer par son dernier, Maria… Bonne lecture à tous !

 

Quai des bulles 2017 : La fin du festival pour Romane en compagnie d’Istin…

Quai des bulles : deuxième jour  –  18h30 ….dernière interview !

Un festival de bandes dessinées c’est avant tout des auteurs, des aléas et quelquefois des imprévus. C’est après une journée épuisante que je m’arme de courage pour finir avec la présence de Jean-Luc Istin, « un des cerveaux de la série Elfes, Nains, Orcs et Gobelins », d’après Jean-Paul Bordier,  dessinateur.

En réalité, derrière ce monde débordant de fantaisie, se cachent deux cerveaux, Jean-Luc Istin et Nicolas Jarry. Tout commence, comme dans un film américain des années 20, par une conversation téléphonique. Cette tournure, beaucoup trop romancée me direz-vous, constitue un point important de leur travail. Suite à leur rencontre à un festival du roman à Figeac, ils collaborent sur différents projets comme Les Brumes d’Asceltis jusqu’à la création de la série Elfes.  S’en suivent les albums de la série Nains et enfin Orcs et Gobelins à la demande générale des lecteurs qui souhaitaient que l’on s’occupe des « culs-verts ».

C’est une œuvre de grande envergure que viennent de créer les deux amis et qui est en constante amélioration de l’idée. Le premier des Albums se penche sur un personnage nommé Turuk assez « salopard » selon Istin qu’il imagine, sans nous divulguer plus d’information, en pensant à quelqu’un de son entourage. Véritable beau parleur et non altruiste, si ce personnage charmera certains lecteurs ou lectrices, ce n’est pas dans le prochain album que vous pourrez découvrir la suite de son histoire palpitante. Il faudra pour cela vous procurer le Tome 21 de la série Elfes.

Le rythme de sortie sera assez soutenu puisque tous les 3 mois sortira un nouvel album dédié à un personnage. Notons que l’univers est immense et recouvre près de 165 pages d’un catalogue réunissant personnages, lieux, clans, etc. Ce qui est énorme. Et cela promet pour la suite …

A ma clef de toutes ces lectures, bien sûr, une meilleure connaissance des terres d’Arran que tous ces auteurs, Istin en tête, parcourent sans cesse en nous présentant tous ces personnages de légende qui les habitent… Enfin, légende, ce n’est pas si sûr car j’ai bien eu l’impression qu’Istin les avait rencontrés réellement…