Harmony nous emmène à Lyon BD 2019

Dans l’inconscient collectif, la bande dessinée est vue comme un livre de basse qualité pour enfants. Un peu cliché, certes, mais on entend encore souvent cela…Il suffisait pourtant de constater la diversité des profils samedi dernier à Lyon BD pour comprendre la sottise de cette déclaration. Car non, le neuvième art ne se résume nullement à des productions que les plus prétentieux pourraient affirmer comme étant des recueils d’histoires prenant les adultes de demain pour des idiots, ou les menant à en devenir.D’autant plus ce n’est pas un hobby qui date d’hier. Ce sont ces mêmes personnes qui ont connu, lu et apprécié Tintin, Spirou, Astérix, Lucky Luke ou Thorgal, pour ne citer que quelques uns de ces héros de papier. Les auteurs ou ces rabats joie les ont croisés… Et les chiens ne font pas encore des chats.Bien sûr, chaque art connaît ses chefs d’œuvres, tout comme ses titres qui ne font pas l’unanimité.

Mais la bande dessinée, ce n’est pas forcément que de la fiction…

Elle peut être une autobiographie !

Elle peut être engagée, dénoncer, sensibiliser, éduquer !

Elle peut raconter une histoire humaine véritable et profonde !

Elle peut être un mélange, ou tout cela à la fois !Nombreux étaient les auteurs (et autrices!) présents pour cette quatorzième édition de Lyon BD, qui s’est tenue à l’Hôtel de Ville ainsi qu’au Palais de la Bourse. Un cadre magique qui a transporté les plusieurs dizaines de milliers de visiteurs au XIXème siècle.Il n’y avait cependant pas que des auteurs. On comptait également quelques maisons d’éditions et quelques écoles avec leur propre stand, dont celui d’Emile Cohl, ou une dizaine d’étudiants y exposaient leur talent n’attendant qu’à être révélé.Cette édition de Lyon BD était d’ailleurs placée sous le signe de la mise en valeur des héroïnes jeunesse, proposant notamment, dans une salle d’activités à part, un tableau d’affichage pour les dessins d’héroïnes que les enfants (et pas que…) créaient sur place. Ces derniers étaient, par ailleurs, entourés de panneaux présentant les diverses protagonistes féminines dans le secteur de la bande dessinée pour les plus jeunes. On voyait là Aliénor, Zita, Astrid Bromure…On ne doute pas une seconde que, parmi ces petits lecteurs et dessinateurs, se cachent les grands noms de la BD de demain. De même, une chose est sûre, le succès de Lyon BD ne va pas s’arrêter là…

L’interview infernale…

Samedi 8 juin, je suis allé travailler sur le festival Lyon BD 2019. En quelques années, cette manifestation devient un lieu de qualité artistique et humaine reconnue et qui mérite toute notre attention… Cette année, je suis venu avec Harmony, stagiaire avec moi depuis quelques semaines. C’était l’occasion pour elle de réaliser quelques interviews pour la radio, de faire des photos, d’écrire au moins un ou deux articles sur des thèmes libres…

Dans son choix d’auteurs, il y avait un certain Fabien Vehlmann qu’elle avait choisi après avoir lu la série Seuls et découvert plus récemment L’herbier sauvage. Bien sûr, deux ouvrages complètement différents, d’un côté on parle de la mort aux enfants, de l’autre de la sexualité aux adultes… Mais, dès le début de l’entretien ou presque, Fabien explique à Harmony que les ouvrages ont quelque chose en commun : la mort et la sexualité sont des tabous, des sujets graves dont on ne parle pas souvent, que l’on ne peut pas aborder en société… L’auteur dit à chaque fois la même chose, aux enfants comme aux adultes : face à ces sujets, vous n’êtes pas Seuls !

Mais je ne suis pas venu pour vous parler du contenu de l’entretien, Harmony le fera le moment venu car elle était bien aux premières loges de cette interview… Par contre, j’étais spectateur et j’ai pu mesurer que ma stagiaire s’est trouvée prise dans un engrenage terrible… Ce fut l’interview infernale, celle que beaucoup auraient complètement ratée et j’admire le sang froid d’Harmony qui est restée calme et sereine malgré la tempête… Alors, que lui est-il arrivé ?

Tout d’abord, elle fut lâchée par son tuteur retenu avec une autrice et elle s’est retrouvée seule en salle de presse à attendre un auteur qu’elle n’avait jamais rencontré… Presque vingt minutes d’attente car Fabien était en retard… Pas trop grave car cela me permettait d’arriver avant la rencontre… Mais les aiguilles tournaient, le temps passait, Fabien n’était pas encore là tandis que l’on commençait à comprendre que la salle de presse allait fermer, le salon aussi… Fabien arrive juste deux minutes avant la fermeture de la salle de presse et on décale l’entretien en cour d’honneur de l’Hôtel de ville de Lyon… Une table, deux chaises et c’est parti !

Harmony, très calme, impassible, concentrée, commence son entretien… Au bout que quelques minutes, on sent que la cour va être fermée, on vient dire à Harmony et Fabien qu’il faudra sortir… Les questions continuent d’arriver, les réponses aussi… L’entretien a bien commencé, tout se passe bien et Harmony semble insensible au mouvement de foule qui progressivement vide la cour…

Un personnel de la sécurité devient plus insistant et il faut sortir… En pleine interview ! Qu’à cela ne tienne, Fabien s’empare du micro et continue à répondre à Harmony tandis que les deux se dirigent vers la sortie de l’Hôtel de ville de Lyon… Notre duo échoue face à l’Opéra, accoudé à une barrière de sécurité, et l’entretien continue… Show must go on !

Harmony ne dévie pas d’un pouce, elle a construit son entretien et ira jusqu’au bout, fidèle à son plan, courageusement avec opiniâtreté ! J’ai oublié de préciser que durant le déplacement vers la place de l’Opéra, elle a eu le privilège d’être interrompue par le carillon de l’Hôtel de ville heureux de nous signaler qu’il était 19h… Oui, quand ça commence à vriller, il vaut mieux aller jusqu’au bout, boire le calice jusqu’à la lie…

Je ne sais pas ce que donnera l’interview en qualité de son pour la radio, mais, Harmony, tu as gagné mon respect : on ne peut pas être plus professionnel que cela ! Bravo !

Shelton rencontre Céline Théraulaz à Cluny…

Comme vous en êtes rendu compte, cette année, au festival de la bande dessinée de Cluny, je n’ai des yeux que pour les livres pour la jeunesse ou presque. Au départ, ce n’était pas un parti pris déclaré, mais en fait c’est venu très vite… A cela deux raisons : d’une part à force de fréquenter les salons de la bande dessinée, il y a de nombreux auteurs que l’on a déjà croisés. D’autre part, étant grand-père – et cela je l’assume entièrement – il me faut toujours trouver quelques ouvrages à rapporter à mes petits lecteurs… C’était donc décidé, j’allais me consacrer aux auteurs pour la jeunesse, auteurs trop souvent oubliés…Pour ce qui est de leur présence au festival de Cluny, elle est attestée quasiment depuis la création et pour ma part, chaque fois que je suis venu, ils étaient bien là… C’est une excellente chose, soit dit en passant, car de nombreux festivaliers viennent en familles et sont heureux de trouver des auteurs pour tous les âges… pour tous les goûts aussi !Céline Théraulaz était donc ici à Cluny, a priori pour la première fois et je ne la connaissais pas du tout. Elle présentait plusieurs ouvrages, certains étaient des illustrés pour la jeunesse, d’autres des bandes dessinées pour les enfants, enfin, elle est même l’autrice d’une bédé pour les futurs parents… Quand on est pédagogue, quand on vulgarise, autant le faire pour tous les publics et utiliser sa propre expérience… Une jeune maman parle aux futures mamans… D’ailleurs, Céline Théraulaz me glisse qu’elle fait même dans l’illustration de livres scolaires !Si on veut être complet sur le travail de Céline Théraulaz, il faut dire que cette graphiste illustratrice travaille tous azimuts y compris pour la presse car elle collabore à « Charlotte aux fraises »… Oui, c’est un magazine féminin pour les jeunes filles, les très jeunes filles, de 4 à 8 ans, mais je sais qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre à lire régulièrement son mag… non mais !Quant à Céline, je peux même vous dire qu’elle n’hésite pas à illustrer sur un mug, à proposer au public de belles illustrations originales pour encadrer dans la chambre des enfants… Bref, elle est partout !Pour revenir à une de ses dernières créations, la série « Maman et moi », aux éditions Clair de Lune, une bande dessinée pour enfants écrite avec Marc Cantin, elle raconte les prochaines vacances de Chloé et de sa maman… Or, quand on parle de vacances aux enfants, surtout, bien sûr, de vacances chez les grands-parents… on ne peut que plonger dans le bonheur ! Pour les parents lecteurs, il y aura aussi un peu de nostalgie puisqu’il s’agira de la cabane de notre enfance…Voilà donc encore une belle rencontre avec une autrice bien sympathique. Merci !

Nota bene : mon correcteur d’orthographe a beau me souligner en rouge « autrice », je rappelle que ce mot existe bien et qu’il est même conseillé de l’utiliser. C’est en tous cas le souhait de l’Académie Française !

Shelton rencontre Marie-Pierre Emorine à Cluny…

Marie-Pierre Emorine est une illustratrice et graphique qui habite Charnay-les-Mâcon et c’est de façon naturelle qu’elle accepte depuis une dizaine d’année de venir participer au festival de la bande dessinée de Cluny, salon atypique qui unit dans une même passion la bédé et le livre jeunesse… Ainsi,  c’est la famille qui trouve des auteurs et des livres pour un bonheur sinon partagé, au moins simultané !Marie-Pierre Emorine présentait là son petit dernier, L’îlot de sable blanc, qui en fait était en avant première sur le festival… Un magnifique album qui traite du respect de la nature, de l’environnement, du soin à apporter à notre planète… Enfin, tout cela avec légèreté car il s’agit bien avant toute chose d’une belle histoire pour la jeunesse…Nous avons choisi pour une de nos petites-filles un ouvrage qui parle de nature différemment car il est question là de Fées ! « Les fées de la nature »… Il y a les fées de la nuit, celle qui accompagne l’enfant au pays des rêves mais il y a aussi celle qui est au large du Pays Basque, celle qui est dans les sables profonds et chauds, les fées des arbres et celles des fleurs… et il y a même la fée des tempêtes !Oui, si on prend bien le temps de regarder la nature on ne peut que constater qu’elle est protégée, animée, mis en valeur par une multitude de fées bien sympathiques… Mais, nous, prenons-nous bien soin de ces fées ? Faudrait-il encore prendre le temps de les découvrir, de les regarder… Cet ouvrage pourrait bien être là pour nous conseiller d’ouvrir les yeux…

Durant de nombreuses années, j’ai appris à mes enfants à ne pas écraser les korrigans jouant dans la lande bretonne… et à force de regarder dans l’herbe en se penchant, ils les ont bien vus et ne les écrasent pas…

Les illustrations de Marie-Pierre Emorine sont de grande qualité et peuvent être admirées aussi bien par les petits que par les grands. Un peu comme si les livres et la nature étaient pour tous… d’ailleurs, il me semble que l’on devrait parler de livres illustrés, tout simplement, et pas de livre jeunesse… ce dernier terme est trop réducteur… Comme si un adulte n’avait pas le droit de s’offrir un bel album pour découvrir les fées de la nature… Au non de quoi, je vous le demande ?

Marie-Pierre Emorine a déjà illustré une cinquantaine d’ouvrages et on trouve sans trop de problème une bonne moitié en librairie, quitte à commander. « Les Fées de la nature » est publié chez Ecce, « L’îlot de sable blanc » chez Mazurka…

Donc bonne lecture à tous !!!

Shelton rencontre Sess à Cluny…

Un jour, Wandrille m’a donné une bande dessinée et m’a demandé de la lire, d’en parler à la radio, d’en faire la promotion car, pour lui, c’était une réussite éditoriale, je n’ai pas dit commerciale ni financière… C’est ainsi que j’ai lu « Papa pas prêt ». Immédiatement, je l’avoue, j’ai adoré, fait lire, fait tourner… Mais je n’avais pas, en fait, interviewé l’auteur, un certain Sess…Quelques années plus tard, lors du 21ème festival de la bande dessinée de Cluny, je vois un auteur jeunesse au milieu des auteurs de bédés et après quelques minutes de discussion, il accepte de répondre à mes questions… On parle essentiellement de livres pour la jeunesse, la collection Clara et Fulgur Alex en particulier.Un des derniers sortis de cette série, « Super-Héros sous hypnose », fera l’objet d’une dédicace pour un de mes petits-enfants… Oui, je ne vous avez pas dit mais un de mes petits-enfants est bien tout simplement un super-héros mais n’ébruitez pas trop l’information qu’il puisse vivre en paix… Et c’est seulement en rentrant à la maison que j’ai fait le rapprochement avec la bande dessinée « Papa pas prêt » qui m’avait tant plu…Bon, maintenant, je le connais et la prochaine fois je prolongerai la discussion… Merci Sess pour ces minutes passées ensemble !

Pascal Regnault vient pour une séance de dédicaces à Chalon-sur-Saône…

Pascal Regnault vient à Chalon-sur-Saône samedi 16 février, à la librairie L’antre des bulles pour une magnifique séance de dédicaces à partir de 15h. Ce sera l’occasion de rencontrer et deviser avec le dessinateur des histoires Trou de mémoire et Balle tragique pour une série Z, deux bandes dessinées dont je vous ai déjà parlé… Mais, Pascal Regnault c’est aussi un dessinateur qui s’est retrouvé progressivement aux commandes graphiques de la série Canardo, excusez du peu !Canardo est une série qu’a créée Benoît Sokal à partir de 1978 en collaborant au magazine (A suivre). Au départ, ce furent des petits récits puis on en vit à des histoires longues qui prirent place dans de très beaux albums… J’avoue avoir aimé ce canard, que dis-je, cet inspecteur pas très futé, un privé à l’ancienne, capable de quelques facilités, approximations et autres vulgarités… mais qui finit toujours, plus ou moins, à conclure le travail… On dit que ses modèles furent Philip Marlowe et Mike Hammer. Oui, vous l’avez bien compris, on est au cœur du roman noir américain… Le vieux polar couvert de poussière que l’on dégage à coup de souffle pour le plaisir…Attention, roman noir mais bande dessinée animalière et en couleurs… L’inspecteur est bien un canard anthropomorphe. Comme souvent ses illustres modèles, il est alcoolique, fumeur, dragueur, dépressif… Mais tout cela en beaux dessins en couleur ce qui évite aux lecteurs la chute trop violente dans cet univers glauque car ici on est bien au cœur du glauquissime !Seulement voilà, Benoît Sokal n’est pas le genre à se laisser enfermer dans une seule série, une seule activité même s’il fait tout du scénario au dessin sans oublier les couleurs… Aussi, en 1994, quand il se lance dans le jeu vidéo, une autre de ses passions, il pense à se faire aider sur la série Canardo… La rencontre entre Pascal Regnault et Benoît Sokal a lieu grâce à un intermédiaire et finalement le contact initial se transforme en collaboration… qui dure ! Le créateur de Canardo lui demande de travailler avec lui pour garder le rythme d’un album par an… Au départ une aide graphique, les couleurs puis le dessin seul !Alors, oublions un instant Pascal Regnault qui s’est fondu dans la série et revenons à Canardo lui-même… Depuis quelques albums, il se passe des évènements dramatiques dans le duché du Belgambourg… En effet, la population wallonne, du moins la partie ouvrière et populaire, passe clandestinement le lac Belga pour venir « envahir » le duché qui vivait paisiblement… Jusqu’à cette date, les seuls étrangers qui arrivaient au Belgambourg venaient pour ne pas subir leur fiscalité nationale, pour blanchir des revenus pas très nets, pour vivre paisiblement de leur fortune… Ainsi, on verra l’ancien policier Garenni prendre la tête de la police du lac…

Attention, il ne faut pas que je vous en dise trop car ces albums (Mort sur le lac, La mort aux yeux verts, Un con en hiver) sont liés entre eux et je dois préserver le suspense. Oui, je sais bien que le suspense n’est pas le point capital de la série, il n’en demeure pas moins que dans une série policière on ne peut pas tout vous dire si on veut que vous puissiez lire avec plaisir… Donc, je vais faire état de mon devoir et droit de réserve !

Il n’en demeure pas moins que l’on sent un renouveau et une redynamisation de la série. Au scénario, Benoît Sokal est aidé par son fils Hugo et au dessin, Pascal Regnault œuvre seul avec assurance et talent. Le tout fonctionne très bien, c’est le bonheur garanti pour les lecteurs et il se dit même que certains lecteurs des origines qui avaient oublié la série y reviennent avec délectation…

Il me semble donc juste et raisonnable de venir rencontrer à Chalon, ce samedi 16 février 2019, Pascal Regnault qui est bien en train de devenir un grand de la bande dessinée ! C’est en tout cas mon avis et je suis fasciné par ses talents pour mettre en scène ces histoires policières et noires qu’il semble bien aimer !

Rencontres à Angoulême : Wilfrid Lupano et Relom avec Michel

Wilfrid Lupano est un scénariste, certes, prolixe, mais surtout pertinent ! Je lis ses ouvrages depuis longtemps, presque depuis le premier, et je l’ai interviewé plusieurs fois, toujours avec autant de plaisir, d’attention et de satisfaction… En fait, pour être précis, c’est avec la série Alim le tanneur que je l’ai découvert (dessin de Virginie Augustin) et jamais je n’ai été déçu par ses bandes dessinées. Certes, elles peuvent être plus ou moins fortes, géniales ou agréables, mais elles ne sont jamais mauvaises, du moins à mes yeux, et ce malgré l’avis de certains…

Chaque année, à Angoulême ou Saint-Malo, je tente de le rencontrer car ses productions multiples permettent des interviews variées même si elles sont régulières. Cette année, durant le festival international de la bande dessinée, il fut question, avec lui et son dessinateur Relom, de la série Traquemage qui se termine avec son tome 3, Entre l’espoir et le fromage.Il s’agit-là d’une fable, d’une drôlerie, d’une fantaisie – qu’importe le nom pourvu que l’on ait l’ivresse – qui pourrait être qualifiée d’écolo, alternative, anticapitaliste, fromagère, délirante, déjantée… Mais, là encore, n’allons pas trop vite ni trop loin. Cette fable pourrait être aussi humaniste, philosophique, métaphysique, politique, économique (et chacun remettra les mots dans l’ordre qui lui convient).Quant à moi, je trouve cette fable lupanesque, tout simplement. C’est-à-dire qu’elle est tout cela à la fois et c’est justement ce qui me plait chez ce scénariste depuis toujours… Dans Alim le tanneur, en faisant preuve d’une réflexion forte avant beaucoup, il pointait du doigt les religions quand elles sortent de leur cadre traditionnel – la vie privée et intérieure de chacun – pour devenir un objet de pouvoir politique. En clair, c’était la dictature des clercs… Et, ici, avec Traquemage, il continue et enfonce le clou !

Pistolin, son village de Troussec, ses cornebiques et son fromage, le Pécadou, tout cela, c’est nous, l’humanité normale et paisible… Enfin, celle qui aimerait bien rester paisible ! Seulement, voilà, dans ce monde de fou il y a des perturbateurs, des mages, des tyrans de toute nature et même un Dieu un peu perdu… La survie va s’avérer délicate mais il ne faut pas désespérer de voir Troussec retrouver un peu de tranquillité+…

Pour une fable, pour raconter une telle histoire décalée, il fallait trouver un dessinateur de qualité et il a bien été trouvé, Relom. Or, durant ce festival, j’ai eu la chance de rencontrer les deux, Relom et Lupano, et ce fut un plaisir…On a pu parler du projet, de la recherche de l’équipe pour le réaliser, de son apparition dans le monde éditorial, des objectifs déclarés de Lupano, de la façon de travailler de ce duo improbable…  Que faut-il garder en mémoire de cet entretien ? Le mieux est que vous patientez un peu pour l’écouter à la radio et vous faire votre opinion vous-mêmes… Mais… Je peux quand même vous donner mon avis…

En fait, on rencontre-là un Lupano simple, modeste, paisible et profond. Il dit le respect qu’il a pour les différents dessinateurs qui ont travaillé avec lui… Il parle aussi de ceux avec qui il aimerait travailler mais qu’il n’ose pas venir déranger dans leur travail… Il démontre, une fois encore, qu’il est tout simplement un grand, timide et modeste, chaleureux et plein d’humanité, un homme que je suis content de rencontrer régulièrement et qui fait grandir la bande dessinée même s’il ne revendique surtout pas cette mission…

« Moi, je me contente de raconter des histoires… C’est mon plaisir ! »

Et c’est le nôtre aussi. Merci !

Rencontres à Angoulême : Jean Dytar avec Estelle

« Florida » est une bande dessinée qui peut à la fois faire peur par son impressionnant volume (256 pages)  et attirer par la poésie se dégageant de la couverture. Une fois ouverte, il est très difficile de la lâcher. En effet, Jean Dytar nous emmène avec cet ouvrage dans le Londres de la fin du XVIe siècle. Nous suivons à travers le regard d’Eléonore, l’histoire de la conquête de la Floride par la France et plus particulièrement le destin de Jacques Le Moynes, son mari. Ce dernier a fait partie, alors qu’il était un jeune cartographe, d’une expédition en Floride qui fut un véritable échec. Traumatisé par son expérience, il lui faudra du temps avant de confier son histoire à sa femme et aux lecteurs….

Jean Dytar signe ici son troisième ouvrage historique et nous apprend que l’Histoire n’est pas toujours celle que l’on croit… Lorsque que nous avons rencontré cet auteur complet avec Roxane, nous avons pu l’interroger sur son choix de concentrer l’histoire sur le point de vue d’Eléonore. Il nous expliqua que cela était né de son envie de créer un personnage féminin fort et du mystère qui entourait l’épouse de Jacques Le Moynes, dont on ne savait que très peu de choses.

Jean nous parla également de son dessin, qui exploite deux atmosphères différentes : l’une pour les souvenirs, l’autre pour le présent. Un autre point à noter est qu’il a structuré ses pages autour d’un réseau de lignes que l’on retrouve dans les cartes marines. Associé au dessin vaporeux des souvenirs, ces lignes créent une cartographie mentale des personnages, inspirée du travail de Pascal Rabaté dans « Ibicus ».Alors que l’on pourrait s’attendre à un nouveau récit historique se déroulant pendant la Renaissance, l’auteur nous surprend en nous informant de la sortie de son prochain album, qui se trouve être une bande dessinée jeunesse et se déroulant dans le monde contemporain ! Mais comme l’action se passe au Louvre, une dimension historique restera néanmoins présente… On ne se change jamais totalement !

Cette rencontre fut très plaisante et le temps que Jean a pris pour nous faire nos dédicaces nous a permis à Roxane et moi de poursuivre plus longuement notre discussion et de poser encore quelques questions. Une discussion très enrichissante, indiscutablement ! Merci !

Rencontres à Angoulême : Robin Cousin avec Roxane

Les nouvelles technologies dont désormais bien ancrées dans nos vies. Il y a des applications pour tous nos besoins : GPS, réseaux sociaux, météo, … Il existe même un coach personnel pour nous aider à mieux gérer notre vie. Enfin ça c’est ce qui existe dans la bande dessinée «Le profil de Jean Melville».

Dans l’œuvre de Robin Cousin, une application révolutionnaire de coaching individuel sur lunettes connectées voit le jour. Ces lunettes peuvent être des alliées très utiles : connaître le meilleur chemin pour se rendre au boulot, avoir un guide pour la cuisine, nous souffler les meilleures réponses à dire à nos interlocuteurs… Toutefois, attention de ne pas perdre tout pouvoir de décision et réflexion, et même notre humanité. Eh oui car l’humanité, c’est, aussi, se tromper, c’est ne pas savoir quoi faire, découvrir !

Robin Cousin nous livre une œuvre questionnant et critiquant notre usage de ces nouvelles technologies et non les technologies en elles-mêmes. Et tout ça sur fond de polar car il ne faut pas oublier cette partie. «Le profil de Jean Melville» a été pensé avant tout comme une enquête policière. Enfin policière pas tout à fait, nous suivons le détective Gary enquêter sur les sabotages des câbles sous-marins d’Internet pour le compte de la multinationale de consulting Jimini, les créateurs des fameuses lunettes.

Toute cette histoire est accompagnée d’un dessin au style très simple mais très efficace. On voit se mettre en place un dessin épuré à l’extrême ou presque : moins de détails, des personnages plus simples, des décors non surchargés. Le dessin est donc au service de l’histoire, de sa compréhension et non l’inverse. De plus avec la couleur, Robin Cousin traite la superposition de la réalité et des éléments virtuels lisibles et envoûtants à regarder. D’un point de vue pratique, ce style graphique permet de sortir des livres plus rapidement. Et à l’instar du Tintin d’Hergé, grand maitre de la ligne claire, ce dessin permet de lire rapidement et ne pas s’arrêter sur chaque page. Ça permet de retranscrire la rapidité des mouvements comme le disait Hergé. «Le profil de Jean Melville» est une bande dessinée à la fois intéressante dans le dessin et dans l’histoire. Avec d’autres projets en cours, dont plusieurs collaborations en tant que scénariste, Robin Cousin avec 10 ans de festival d’Angoulême en tant qu’étudiant, d’actif et d’auteur, derrière lui, reviendra l’année prochaine pour nous présenter de nouvelles œuvres.

J’ai été contente de rencontrer et interviewer Robin Cousin lors du festival d’Angoulême. J’ai pu lui poser les questions qui me taraudaient sur sa bande dessinée et j’ai beaucoup apprécié ses réponses… mais pour en savoir plus il faudra écouter l’émission de radio…

Rencontres à Angoulême : Nathalie Ferlut avec Estelle

Ma première rencontre avec Nathalie Ferlut fut à travers la poétique bande dessinée « Dans la forêt des lilas » dont elle est la scénariste. J’ai immédiatement été attirée par la sublime couverture créée par Tamia Boudouin avec qui, je l’appris par la suite, Nathalie avait déjà travaillé pour « Artemisia ».

En rencontrant l’autrice, juste après une de ses séances de dédicaces, j’étais très interrogative. Pourquoi avait-elle choisi d’être seulement scénariste sur cette BD alors qu’elle sait elle-même dessiner ? Comment construit-on une histoire qui se caractérise surtout par son dessin et son atmosphère ?Nathalie Ferlut me raconta que justement, cette histoire, elle l’avait écrite pour Tamia. Pour son dessin à elle. Elle compare leur collaboration à du Jazz : « Même quand c’est de l’improvisation, pour le peu qu’on se connaisse bien, on se répond et on essaye de mettre en valeur les choses ».

Ce fut aussi l’occasion de parler de ses inspirations. Si « Dans la forêt des lilas » m’avait fait penser à un mélange d’Alice au pays des merveilles, à l’univers des sœurs Brontë et à la bande dessinée « Emma G.Wilford » par Zidrou et Edith, j’ai pu apprendre que c’est surtout les contes de la comtesse de Ségur qui ont influencé son travail. Mais elle me confia également que cette histoire représentait une partie de sa vie où beaucoup de personnes de son entourage étaient malades, l’écriture lui avait donc certainement permis d’évacuer tout cela.

Après cela, Nathalie m’expliqua la relation entre les deux sœurs de l’histoire. Celles-ci sont toutes deux opposées mais complémentaires, comme les deux faces d’une seule pièce. C’est pourquoi ces personnages sont aussi intéressants.

Notre échange fut donc très instructif pour moi, et ce fut un réel plaisir de rencontrer cette femme très sympathique et pleine de bienveillance. Je suis donc repartie non seulement avec une très jolie dédicace, mais aussi avec le sourire aux lèvres, heureuse d’avoir découvert et rencontré une autrice très talentueuse.