Chambéry BD 2017 : Franck Bonnet

Franck Bonnet – aucun lien de famille même si nous portons le même nom et que nous nous sommes déjà rencontrés il y a plus de 20 ans – est le dessinateur de la série Les pirates de Barataria, une magnifique série qui compte déjà une dizaine d’albums… Dans ce travail il est associé à son ami Marc Bourgne qui joue le scénariste…

J’avais bien prévenu mes étudiants que ce dessinateur était devenu un expert de très haute volée dans le domaine de la marine à voile et qu’il n’était pas question d’improviser les questions sur les voiles, les cordages et autres accessoires de ces grands voiliers qui traversaient l’Atlantique même quand la tempête soufflait… Trop pointu l’artiste, il fallait se méfier…Alors, quand on est passé près de lui le samedi et qu’il devisait gaiement avec un lecteur sur les avantages et inconvénients des cordages anglais… personne n‘a été surpris et nous avons passé notre chemin, l’air de rien…

Mais, attention, cela ne signifie aucunement que la série serait à éviter car Les pirates de Barataria est une série à lire et nous allons quand même en dire quelques mots…

Les pirates !!! Tout un programme et c’est vrai que depuis le plus petit âge j’ai toujours aimé les Pirates, les Corsaires, les Cap-horniers, les Marins en général… Pour ce qui est de la bande dessinée, j’ai baigné dans Barbe-Rouge, une bande dessinée de Pilote que j’aimais beaucoup et dont les albums sont restés en belle place dans ma bibliothèque… Mais je ne suis pas le seul à penser ainsi car je crois que les pirates en font rêver plus d’un…Donc, cette série de Bourgne et Bonnet parle de pirates. J’ai lu le premier au moment de sa sortie et j’avais apprécié le scénario de Marc Bourgne ainsi que la mise en dessin très dynamique de Franck Bonnet mais je n’ai pas suivi régulièrement. Les sorties sont nombreuses et si on se laisse surprendre, on prend trop de retard…

C’est l’année dernière, quand j’ai vu que Franck Bonnet serait à Angoulême, que le déclic a eu lieu, j’ai relu toute la série complète jusqu’au dixième, le dernier paru. Grand bien m’en a pris car la série est d’une grande qualité. Un scénario bien construit et dosé qui donne au lecteur l’envie d’aller jusqu’au bout, pas pour d’obscurs artifices d’auteur mais parce que les destins d’Artémis Delambre, des frères Laffite, de la Prussienne de service et de Catherine finissent par nous obséder, on les aime ou on les déteste, mais on veut les accompagner jusqu’à la fin…Même si la mer n’est pas omniprésente, même si beaucoup de l’histoire se déroule au sol, dans les bayous ou dans les déserts, dans les palais ou des abris de fortune, il n’en demeure pas moins que je suis fasciné par grand nombre de scènes de mer, combats maritimes, tempêtes tropicales… Les bateaux de Franck Bonnet semblent naviguer réellement, pour un peu on les verrait presque disparaitre à l’horizon…

Derrière toute cette saga, il y a un cadre bien réel et historique. Nous sommes au début du dix-neuvième siècle, Artémis est française et elle a un secret dont je ne dirai rien mais que vous allez découvrir au fur et à mesure. Les frères Laffite ont bien existé et ce sont bien eux qui ont créé la république de Barataria dans les bayous de Louisiane. Les différents conflits entre Américains, Anglais et Français sont eux aussi bien réels… et toute cette histoire est une grande série d’aventures, d’espionnage, de fidélité et de trahison, d’amour et de passion, de manipulation et de secrets…

Alors, cette fois-ci, à Chambéry, on n’a pas pris le temps d’une interview car nous n’y étions qu’une seule journée que je n’avais pas de spécialiste des cordages dans l’équipe… Mais ce n’est que partie remise et s’il est à Saint-Malo, on prendra qui sait, la mer avec lui pour qu’il nous explique tout cela… et on n’en reviendra peut-être pas qu’il soit dessinateur et pas marin !

Chambéry BD 2017 : une journée de découvertes et rencontres par Viviane

A l’occasion du festival de la BD à Chambéry, deux de mes camarades et moi-même sommes allés à la rencontre de plusieurs dessinateurs, scénaristes ou encore producteurs en compagnie de notre professeur Michel Bonnet.Nous avons eu la chance de rencontrer Valp, dessinatrice de BD chez Delcourt, afin de discuter de sa BD « Les fantômes de Neptune », mais également Thibaud de Rochebrune pour ses dessins dans le diptyque « Michel Ange, le banquet des damnés » scénarisé par Eric Adam, ou encore Philippe Xavier pour parler de sa BD « Hyver 1709 » qu’il a créé avec sa compagne. Dans leurs cas, nous avions déjà prévu de les interviewer pour la radio RCF (et surtout pour le plaisir, on ne va pas se mentir). Mais tout ne s’est pas passé comme nous l’aurions voulu ; Vehlmann par exemple, très occupé lors de ses dédicaces, n’a pas eu le temps de se retirer afin que nous fassions un enregistrement. En revanche, il a gentiment accepté de répondre aux questions de mes deux camarades en direct de sa table de dédicace afin d’en apprendre plus sur sa série « Seuls » et les incontournables aventures de « Spirou et Fantasio ». Nous aurions évidemment voulu avoir un entretien avec le célèbre Boucq, invité d’honneur du festival, mais il fallait participer à un tirage au sort pour avoir une dédicace, alors imaginez pour une interview… Nous espérons que ce ne soit que partie remise !Et pour ce qui est des imprévus agréables et surprenants, nous avons rencontré Laurent Segal, producteur dans Kanari Films, une société de production indépendante spécialisée en documentaires, qui nous a fait partager son expérience quant au documentaire dit de création paru en 2008 sur Largo Winch. Ce long-métrage retrace le périple de deux auteurs à la recherche de leur personnage et propose de répondre à la question : comment s’élabore un album de bande dessinée ? Un sujet d’autant plus intéressant de par le récit qu’en a fait Laurent Segal, mettant un point d’honneur sur la relation de confiance, la rencontre et les liens humains.Une autre rencontre inattendue que nous avons eu la chance de faire concerne Thierry Mornet, appelé Terry Stillborn, responsable éditorial Comics chez Delcourt, qui nous a parlé de sa seconde vie, celle de scénariste. Depuis quatre ans en effet, il publie une série de comics « Le garde Républicain », qui a remporté le premier « Éléphant d’Or Comics » attribué lors de la précédente édition du « Festival BD Chambéry Savoie ». Personnage patriote et non pas nationaliste, le garde républicain provient en réalité d’un concours qu’il avait perdu lors de ses 15-16 ans dont le but était de créer un super héros français. C’est finalement 35 ans plus tard que Thierry Mornet décide de le ressortir, de l’améliorer, dont la démarche principale est de défendre le citoyen et les valeurs de la République, allant même jusqu’à lui créer une partenaire pourtant évidente appelée « Marianne ». C’est un projet qu’il qualifie de collectif, car il fait constamment appel à de nouveaux dessinateurs, en fonction des époques à laquelle se trouve son personnage, tels que Danny Rhodes, Stéphane Roux ou encore Elsa Charretier.Enfin, sous le chapiteau situé à l’extérieur du centre socio-culturel, nous avons discuté avec deux femmes surprenantes, Sophie dite « Sof », illustratrice, et Anne-Françoise dite « Raf », scénariste, de la collection « Dis-moi Manou ». Issue de l’association « Un autre sens », cette collection pour la jeunesse relate des thématiques apparemment complexes car non-visibles, telles que la conscience d’âme ou encore la notion de la part créative de l’être. C’est donc à travers la bande dessinée et avec pertinence qu’elles permettent aux enfants de comprendre des notions que les parents peuvent parfois, si ce n’est souvent, avoir du mal à expliquer.Cette journée fût finalement une vague d’informations, de rencontres et pour ma part de totale découverte du monde de la BD, et c’est avec un grand plaisir que je vous ai partagé mon expérience.

Chambéry BD 2017 : L’attente

Dans la vie du festivalier BD, il y a un moment incontournable, l’attente ! Oui, il faut rapidement choisir un auteur et se mettre paisiblement dans une file… Les minutes s’égrènent, parfois les heures… Alors que faire ? Lire, discuter, faire ses mots croisés, somnoler, jouer sur son portable, méditer, faire bonne figure même quand on est épuisé ou déçu – ça c’est quand il y a une dédicace sur tirage au sort – et, enfin, manger et boire car il faut quand même bien vivre…On a le sentiment que les choses se sont bien améliorées depuis quelques années. Le public a évolué, s’est éduqué… Moins de heurts et de mots entre collectionneurs, des visages plus sereins, des discussions chaleureuses… Un peu comme si chacun avait retrouvé le plaisir de recevoir un cadeau… Oui, la dédicace est bien un cadeau des dessinateurs… Ils vous offrent un peu de leur art sur ce papier de l’album et vous allez rentrer à la maison avec une œuvre, symbole d’une rencontre… Chaque fois que vous la regarderez, vous vous souviendrez de François Boucq, Tebo, Jacques Terpant ou Julien Maffre…J’ai ainsi pu ainsi entendre une très belle discussion entre plusieurs lecteurs de la série Seuls, adultes et enfants… Il y avait les lecteurs inconditionnels, les déçus – ou pas – du film, et même des parents qui venaient d’acheter à leur fils un tome – qu’ils avaient déjà à la maison – pour avoir les « belles » dédicaces de Fabien Vehlmann, scénariste de la série… Chose amusante, ces parents n’avaient pas encore lu la série mais j’ai senti que le papa était prêt à se lancer dans cette lecture des dix albums déjà parus !

Chambéry BD 2017 : La reprise de nos reportages…

La 41ème édition du festival Chambéry BD s’est déroulée à partir du vendredi 6 octobre aux pieds des montagnes… et j’y suis allé avec une équipe de trois étudiants, Viviane, Pauline et Vincent…Il y avait du monde, des auteurs, des livres, de la passion et en une journée nous n’avons pas eu la prétention ni la possibilité de rencontrer tout le monde… Oui, il faut faire des choix… Parfois, il y a tellement de monde qui attend un auteur que l’on a quelques scrupules à prendre le temps d’un entretien qui va « léser » ces lecteurs et collectionneurs qui viennent parfois de loin… Alors on se contente de quelques mots, d’une photo… Cela fait des souvenirs fugitifs et fragiles mais souvenirs quand même…Parfois, il y a des rencontres que l’on n’a pas vu venir, des coups de cœurs fruits du hasard ou des circonstances, des moments qui resteront forts comme l’interview avec Laurent Segal, producteur de documentaires (sur Largo Winch ou Boucq par exemple).Enfin, il se dégage de cette manifestation de la chaleur, du plaisir partagé, de la curiosité et du dialogue… On voit très souvent des lecteurs parler entre eux, échanger, donner leurs sentiments sur un album, une série, une dédicace, un auteur, une rencontre… Il n’est pas faux d’affirmer qu’il existe bien une communauté des lecteurs de bandes dessinées, voire même une communauté bédé, tout simplement…Et le soir, il faut repartir, reprendre la route… Toutes les rencontres resteront dans nos esprits comme des petites richesses à conserver… Valp, Philippe Xavier, Fabien Vehlmann, Thibaud de Rochebrune, Thierry Mornet, Laurent Segal, Jacques Chupin…Et maintenant, il faut mettre tout cela en place, écrire, monter des émissions et revenir vous parler avec détails de tout cela… Le plaisir – oui, c’en est bien un – du retour de reportage ! Et nous espérons bien que cela vous donnera envie de lire quelques bandes dessinées qui vous auraient échappé !

Je me souviens du Journal de Mickey…

Quand je suis né le Journal de Mickey valait 30 francs. On ne disait pas encore « anciens francs » même si le nouveau franc courrait déjà dans la tête de certains… Je ne sais pas comment on pourrait convertir 30 francs en euros, sans exagérer la conversion… Quelques centimes d’euros ? Un euro ? Aujourd’hui, il est à 2 euros en kiosque, si mes informations sont bonnes, et je trouve que les choses ont bien augmenté… Enfin, c’est vrai que le temps passe et que je vous parle de l’année de ma naissance donc il y a plus de soixante ans…

 

Le Journal de Mickey, quand j’avais entre 5 et 8 ans, était l’un des magazines que l’on avait chez le coiffeur. Je retrouvais Mickey, Picsou et les grands classiques du genre mais aussi – et certains jeunes ne connaissent peut-être pas – Mickey à travers les âges, Les nouvelles aventures de la petite Annie, L’infernale poursuite, Davy Crockett, Lancelot, Tim la brousse, Bob et Phil mènent l’enquête, Nic et Mino, Robin des bois et Zorro, mais pour ce dernier je ne sais plus en quelle année il est arrivé dans le Journal…

 

Voilà, une petite séquence nostalgique sur ces lectures de jeunesse qui ont laissé quelques traces chez moi… Mais c’était chez le coiffeur seulement car à la maison c’était Pilote !

Un très beau numéro spécial sur un des aspects des aventures de Tintin !

Je sais bien qu’il n’y a pas eu de nouveautés dans les Aventures de Tintin depuis longtemps et, pourtant, me revoilà à vouloir vous parler de Tintin… Simplement, s’il n’y a pas de nouveauté, il faut quand même dire que l’on n’a pas encore fait le tour de l’œuvre d’Hergé.

Œuvre ? Oui, indiscutablement, il s’agit bien d’une œuvre et pas seulement d’un ensemble d’albums pour la jeunesse. D’ailleurs, pourquoi parler des albums de cette série en disant pour la jeunesse. L’éditeur lui-même parlait plutôt d’un lectorat de 7 à 77 ans, on peut même dire de 5 à 77 ans depuis que les dessins animés ont popularisé Tintin et Milou chez les plus petits… D’ailleurs, pourquoi 77 ans alors que tant que l’on a la capacité de lire, de rêver, de voyager dans les pages, d’imaginer d’autres mondes… on peut bien lire Tintin, non ? Donc, Tintin étant pour tout le monde, il reste encore à savoir ce que cette lecture peut apporter aux lecteurs en ce début de vingt-et-unième siècle…

Le magazine Géo vient de proposer un très bel album illustré – dessins et photographies – pour aller à la rencontre des différents peuples visités par Tintin. On sait que Tintin était reporter, même si peu de ses articles furent publiés dans le Petit Vingtième, et ses nombreux voyages sont au cœur de ses aventures. Il est ainsi allé de la Sibérie à l’Afrique noire, de la Chine à l’Australie, de l’Amérique du Sud aux terres polaires, de la Syldavie à l’Écosse et j’en oublie bien d’autres de ces pays visités…

Reste donc une question fondamentale : Hergé nous raconte-t-il n’importe quoi sur chacun de ces peuples ou s’est-il bien documenté avant ? Le magazine Géo va ainsi nous montrer le point de vue d’Hergé puis nous montrera la réalité aujourd’hui de ces peuples… Et c’est passionnant !

Tout d’abord, de quels peuples parle-t-on ? Les Chinois, les Congolais, les Pygmées, les Berbères, les Bédouins, les Écossais, les Tziganes, les Sioux, les Syldaves, les Indiens, les Incas, les Quechuas, les Tibétains, les Japonais, les Soviétiques, les peuples d’Amazonie, les Arabes… Bref, presque toute la planète y passe et pas toujours avec les mêmes bases documentaires…

Ce que montre cet album d’une très grande richesse iconographique, c’est qu’Hergé a toujours fait un gros travail préparatoire pour dessiner au mieux ces peuples. Mieux, chaque fois qu’on lui a fait des remarques sur le bienfondé de ces dessins ou affirmations, il en a tenu compte lors des versions suivantes des albums. C’est ainsi, par exemple, que l’Écosse est devenue plus réaliste entre la première version de l’Île noire et la troisième (1938, 1943 et 1966).

J’avoue que je suis entré dans cet album sans aucun préjugé, que je l’ai dévoré lors d’un aller-retour sur Paris et que je ne sais même plus ce qui m’a le plus captivé : les dessins d’Hergé, ses croquis, les présentations des peuples, les reportages spécifiques… En fait, c’est un tout : plus je lisais, plus je voyageais et plus j’étais heureux !

C’est probablement là le cœur des aventure de Tintin : nous faire voyager, nous faire oublier le quotidien, nous faire vivre des aventures incroyables entre mythe et réalité, nous faire rencontrer l’humanité entière, nous faire grandir… bref, c’est bien la preuve qu’il s’agit là d’une œuvre littéraire majeure !

Donc, Tintin et les peuples du monde, un album hors-série de la revue Géo ou tout simplement les albums des aventures de Tintin qui sont toujours à lire et relire…

Rencontre avec Didier tarquin à Paris

Il y a quelques années, sous la pression amicale, filiale et bien sympathique d’un de mes enfants, je plongeais dans la série Lanfeust de Troy. Le scénariste Christophe Arleston et le dessinateur Didier Tarquin étaient pour moi de grands inconnus et je n’avais pas beaucoup lu à cette époque d’Heroic fantasy !Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’avais lu quelques petites choses (je pense aux bandes dessinées Aria et Thorgal, au roman Le Seigneur des Anneaux…), j’avais joué à certains jeux de rôle (merci à la revue Jeux & stratégie) et je n’avais malgré tout aucune attente spécifique vis-à-vis de cette série dont trois tomes étaient déjà parus…Ainsi donc j’entrais dans l’univers de Lanfeust de Troy ! Une série étonnante qui allait me convaincre, ainsi que toute la famille, probablement un peu comme la série des Aventures d’Astérix le Gaulois avait conquis toute la Gaule… Oui, une série avec de l’aventure, de l’humour, des références et des citations, des grands décors, des personnages extraordinaires, des situations époustouflantes… Et avec tout cela de la fantaisie c’est-à-dire une pointe de magie, des personnages mythiques, de l’imaginaire débridé… Bref tout et son contraire et, surtout, du bonheur pour le lecteur !Comme il existe probablement quelques personnes ignorant tout de cet univers, disons que Troy est un monde, un univers, une planète, où vivent des humains et de nombreuses créatures extraordinaires comme des trolls. Les humains ont des pouvoirs magiques très variés, ce qui fait la particularité de chacun, et les trolls sont des sauvages qui sont persuadés d’être très civilisés. Parmi les humains, il y a un certain Lanfeust, un apprenti forgeron, qui va découvrir qu’il a le don de faire fondre le métal… et je vais cesser de tout vous raconter car c’est à vous de découvrir tout cela si ce n’est pas encore fait !Il se trouve que depuis 1994, date de la parution du premier album du premier cycle, j’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs fois le scénariste Christophe Arleston mais je n’avais jamais rencontré le dessinateur Didier Tarquin ! Après plusieurs échecs – oui les journalistes n’obtiennent pas toujours tout, immédiatement – c’est durant le dernier salon du livre de Paris, Livre Paris 2017, que j’ai pu interviewer Didier Tarquin !Ce fut donc l’occasion de balayer une grande durée, de feuilleter ensemble près de 24 tomes, de tirer les leçons d’un tel succès… Un moment bien sympathique dont vont profiter les auditeurs du Kiosque à BD, mon émission hebdomadaire sur la bande dessinée…

A la fin, alors que je faisais le rapprochement entre Astérix et Lanfeust, Didier m’avouait que cette similitude était très souvent faite par les lecteurs, les fans, les critiques, les journalistes… Oui, probablement les conséquences d’un humour puissant, de personnages forts (Lanfeust = Astérix, Hébus = Obélix), d’aventures plaisantes à lire et qui permettent aux différentes générations de trouver de quoi satisfaire les instincts de lecteurs…

Comme le dit très bien Tarquin, le succès ne s’explique pas et pour les auteurs, il faut juste en profiter sans se prendre la grosse tête ! En tout cas, je ne peux que le remercier de cette rencontre et j’espère n’avoir pas à attendre aussi longtemps pour la prochaine rencontre !!!

Le roman graphique…

Certaines personnes me demandent souvent comment définir les romans graphiques ? C’est un roman ? C’est une bande dessinée ? C’est un livre illustré ? Je peux comprendre l’angoisse de ceux qui sont nés comme moi le siècle dernier et qui ont vu arriver ce terme sans explication particulière… Le roman graphique…

Tout est arrivé en plusieurs temps et il semble que le premier terme entendu soit américain, graphic novel. En fait, le problème est né surtout du fait que le terme de bande dessinée signifie très vite en Occident, livre pour la jeunesse avec plein de dessins… Les premiers arrivés dans cette catégorie – Tintin et Spirou en particulier pour orienter notre regard vers la bédé franco-belge – illustrent totalement cet aspect littérature pour la jeunesse. Du coup, comment classer les livres utilisant le même mode narratif mais destinés aux adultes ? Dans les années soixante-dix, il y eut la BD érotique mais c’est l’adjectif érotique qui la distinguait. Puis cela ne suffit pas car il fallait classer le fruit du travail des auteurs de ces revues pour adultes, L’écho des savanes, Fluide glacial, Métal hurlant… Le libraire mettait ces albums à part sans leur donner de nom…On voit alors un certain nombre d’éditeurs mettre en place des nouvelles collections : Romans (à suivre) chez Casterman, Romans BD chez Dargaud, Encrage chez Delcourt, Tohu Bohu aux Humanoïdes associés, Romans graphiques au Seuil et Denoël Graphique chez Denoël… C’est au cœur de ces collections que certains talents vont éclore, qu’une nouvelle narration graphique se construit et se met en place, que les adultes vont trouver des titres d’une très grande qualité…Un roman graphique est donc, d’une façon générale, une bande dessinée, au format libre, au sujet libre, destiné principalement aux lecteurs adultes. Les récits – pas toujours fictionnels – peuvent être beaucoup plus longs que dans le format traditionnel de la bande dessinée, les thèmes plus ambitieux, plus sérieux sans que ce soit une obligation…Deux éléments peuvent compléter cette tentative de définition du roman graphique. Depuis quelques années, on voit beaucoup de bande dessinée de reportage et des biographiques arriver en librairie et ces deux catégories entrent elles aussi dans les romans graphiques. Les reportages bédés ont transformé certains auteurs en journalistes bédés tandis que les biographiques les ont poussés vers les historiens ! Attention, dans les deux cas, certaines spécificités ont bien été conservées et respectées avec des coauteurs journalistes et historiens.

S’il fallait, maintenant, vous conseiller – je sens que je vais me faire des ennemis – quelques titres pour faire vos premiers pas dans le monde du roman graphique, je vous pousserais vers :

-       en fiction, Thomas ou le retour du tabou d’Hervé Bourhis, éditions Humanoïdes associés

-       en histoire, Kiki de Montparnasse de Bocquet et Catel, éditions Casterman

-       en autobiographie, Pilules bleues de Frederik Peeters, éditions Atrabile

-       en politique, Saison brune de Philippe Squarzoni, éditions Delcourt

-       en surréalisme, L’heure des lames de Rob Davies, éditions Warum

Mais, bien sûr, cette liste n’est qu’une porte d’invitation à la lecture pas une limitation à la découverte !

Vincent Wagner à Dijon ce week-end !

Attendez, vous ne connaissez pas Vincent Wagner ? Sérieusement ? Bon, vous allez pouvoir vous rattraper car il vient à Dijon ce week-end… Il y a quelques années, je découvrais un jeune dessinateur et voici ce que j’écrivais :

« Vincent Wagner est un jeune dessinateur qui a suivi l’atelier d’illustration de Strasbourg. Mais, malgré son talent, il a connu quelques difficultés pour trouver un éditeur qui lui fasse confiance : c’est bien ce que vous faites mais vous êtes inconnu… Il a donc accepté de dessiner pour la pub, puis pour un musée, il a fait le conteur, l’illustrateur pour enfant et, enfin, il est devenu dessinateur pour la bande dessinée, son rêve et son objectif absolu ! Tout a commencé avec une rencontre, celle avec Roger Seiter. Des envies communes, une amitié qui nait, un travail qui prend forme puis une concrétisation avec un album, La sorcière de Bergheim. Puis ce sera une série en deux albums chez Casterman, Mysteries. Il se peut, d’ailleurs, qu’un jour un nouveau dytique vienne prendre sa place derrière le premier… Mais depuis deux ans, c’est un nouveau projet qui est venu occuper les deux amis, Wild River.

Nous sommes au dix-neuvième siècle, dans le Missouri. Robert Frazer, le héros de cette histoire très western dans son esprit, est un ancien soldat de l’armée américaine. Au moment de sa libération à la vie civile, il a touché une somme d’argent qui lui a permis de s’installer. Il a construit une ferme, il s’est marié et il a un fils. Bref, la vie est belle et il va régulièrement à la ville pour y vendre le produit de son travail. L’histoire commence quand il y va pour récupérer son frère qui vient de terminer ses études de médecin. Un médecin dans sa région, voilà qui a de quoi l’exalter et rassurer les pionniers de cette région assez éloignée de la civilisation… »C’est vrai que c’est cette histoire en trois tomes, Wild River que j’ai aimé le plus, sans aucun doute même si ce qu’il fait depuis me touche beaucoup. Si vous allez le rencontrer demain au festival Vini-BD de Dijon, vous pourrez découvrir ses albums sans parole qui sont de toute beauté, je pense en particulier à Cromalin et Cromignonne… Pour les réaliser il utilise une sorte de technique d’ombres chinoises mais je suis certain qu’il vous expliquera cela très bien…

Emmanuel Michalak est à Dijon ce week-end !

Un des dessinateurs de bandes dessinées que l’on va retrouver à Dijon, dans le cadre du festival Vini-BD des 4 et 5 mars 2017, et que j’aime beaucoup est Emmanuel Michalak. Il dessine depuis quelques années la série scénarisée par Hub (celui de la série Okko), Aslak, une belle série de Vikings !Comment donner le ton de cette série ? En disant que le chef d’un clan, qui en a marre d’entendre toujours les mêmes histoires, exécute sauvagement son barde raconteur… Comme cela ne lui redonne pas le sourire, il convoque la famille de ce pauvre artiste et il met le marché suivant en place : il garde la femme en otage, il demande aux deux fils, Skeggy (l’ainé) et Sligand (le cadet) de partir à la recherche d’une nouvelle et belle histoire… Quand ils reviendront, il les écoutera et il exécutera celui qui aura la moins bonne histoire… S’ils ne reviennent pas, il exécutera la famille en otage : la mère et le petit dernier de la tribu…Je ne vais pas vous en dire plus, c’est très bien construit au niveau du scénario, très bien dessiné, il y a une petite pointe d’humour, d’originalité et on se laisse emporter dans cette quête farfelue de littérature ! Oui, voilà un peuple pour qui le récit est essentiel, vital devrais-je dire !J’ai rencontré il y a quelques années Michalak à Angoulême et j’en garde un très bon souvenir et, du coup, je ne peux que vous conseiller cette rencontre et cette série bien sûr, Aslak !!!