Mathou, Anouk et Colette reçues par Michel…

La bande dessinée est souvent trompeuse, du moins, elle peut présenter quelques pièges pour celui qui regarde d’un œil, très vite, trop vite… Parfois, on est en présence d’un graphisme rugueux, agressif, violent même, mais qui raconte une histoire assez calme tandis qu’un graphisme doux, poétique et coloré peut renfermer l’histoire la plus sombre, la plus noire, la plus tragique… C’est ainsi que l’on a pu dire très longtemps que la bédé était faite pour les enfants car pleine de beaux dessins en couleurs…

On pouvait penser être sorti de ces schémas réducteurs mais force est de constater que les étiquettes collées rapidement dans le dos des auteurs restent même au lavage… Par exemple, on appelle « girly » la façon de dessiner et raconter des histoires avec une sorte de naïveté et douceur… Une sorte de nez ronds mais féminin, avec des scénarios qui devraient, parait-il, plaire essentiellement aux femmes… Mais, attention, ne vous laissez pas prendre au piège…

Tout d’abord, « girly » n’est pas un genre en bédé et on peut raconter toutes sortes d’histoires avec ces dessins comme nous allons le voir aujourd’hui. Deuxièmement, je ne vois pas ce qui empêcherait un homme d’apprécier ces histoires ! Enfin, la qualité d’une bande dessinée repose sur une alchimie fragile et sensible qui allie une histoire, un thème, un texte, une narration graphique, une esthétique, éventuellement des couleurs… C’est le tout qui fait la qualité et on ne devrait pas jouer à scinder les éléments aussi violement. Cela ne sert ni les livres, ni les auteurs, ni les lecteurs même si je comprends bien que cela peut aider les libraires et bibliothécaires dans leurs opérations de rangement…

C’est ainsi que j’ai rencontré à Quai des bulles, festival de bande dessinée de Saint-Malo, Mathou, dessinatrice qui vient de sortir Et puis Colette aux éditions Delcourt. Cette autrice qui tient un blog bien sympathique, Crayon d’humeur, se lance là dans une histoire à part entière et qui n’est pas à classer rapidement et inconsciemment en « girly ». En effet, l’histoire est grave et profondément humaine… et il ne s’agit pas du tout de scènes de sa vie quotidienne… du moins, pas directement !

Anouk est une jeune femme qui n’envisage pas, du moins pour le moment, de devenir une adulte au sens plein du terme : un boulot, une stabilité affective, un enfant… Non, rien n’est pressé, surtout l’enfant qu’elle ne saurait certainement pas gérer… Pourtant, sa sœur Loé décède et dans une sorte de lettre testament elle demande à Anouk de récupérer sa fille Colette dont le père ne s’occupe pas du tout…

L’histoire n’est pas du tout larmoyante même si elle prend naissance au cimetière, même si on y revient de temps en temps… Cet album, une fiction écrite par Sophie Henrionnet rencontrée dans un salon du livre, permet à Anouk et Colette de s’apprivoiser et on sait bien que cela peut prendre du temps. La démarche n’est pas du tout légère, on est en pleine psychologie appliquée et Mathou se révèle une dessinatrice de qualité qui sait faire passer les sentiments…

J’ai beaucoup apprécié cet ouvrage, je ne peux que le conseiller à tous et il fait réfléchir à ce qu’est un enfant et les rapports qu’il peut avoir avec un adulte, que ce soit d’ailleurs un parent de sang, d’adoption ou de cœur… Et c’est donc beaucoup plus sérieux et profond qu’un ouvrage dit « girly »…

Ma rencontre avec Mathou a confirmé tout ce que je pressentais sur cette femme qui va devenir une autrice de bédés à part entière pour le plus grand plaisir des lecteurs ! Oui, j’ai dit lecteurs, je devrais dire des lectrices et lecteurs, sans distinction de genre…

Et puis Colette est donc à lire !

Histoire corse en Bretagne avec Antoni qui rencontre Glen Chapron…

Quand on prépare le festival Quai des bulles avec un professeur dans une salle à Chalon-sur-Saône, on n’imagine pas encore ce qui va nous arriver… Quand le premier jour du festival, on se retrouve dans la salle de presse, qu’il est 14h30, que notre premier interviewé va arriver dans trente minutes, le stress commence à m’envahir… Je me donne un peu de contenance, je scrute attentivement ma feuille de notes, je repense encore à cet ouvrage dessiné  par Glen Chapron, je me remets les idées en place, tant bien que mal, afin de préparer au mieux cette entrevue… Je ne peux plus reculer, il faut y aller…

L’heure du premier contact à sonné, il est 15h00. Glen Chapron se rapproche de notre lieu d’interview. Je me lève et lui tends ma main en tirant un large sourire. Glen se présente avec bonne humeur à son tour. Tous les éléments sont en place pour que cette rencontre se passe le mieux possible. Nous commençons tout d’abord à discuter de son histoire personnelle. Glen Chapron est un dessinateur et un auteur de 32 ans. Ce Breton d’origine a été bien formé, Estienne pour la gravure, Strasbourg pour l’illustration… Après un passage obligé dans quelques fanzines, on le retrouve avec des ouvrages où il peut commencer à exprimer son talent. On peut citer « L’attentat », adaptation du roman de Yasmina Khadra (scénario de Loïc Dauvillier) en 2012.

Nous parlons ensuite de sa dernière collaboration. Une histoire corse est le premier projet auquel il participe en collaboration avec Dodo. Il rencontre cette autrice un peu par hasard au cours d’un festival. S’en suit une collaboration autour d’une histoire très particulière, inspirée de fait réels mais pétri de culture corse. Une histoire corse, c’est l’histoire d’une jeune femme d’origine corse qui est en vacances dans sa famille sur l’île de beauté. Cette jeune femme fait la rencontre d’un homme qui se révèle être son frère caché. S’ensuivent les récits d’une profonde histoire de famille avec secrets et ambiance lourde de sens.

Glen n’a pas de lien particulier avec la Corse, il doit pourtant dessiner des paysages et des maisons typiquement corses pour rendre crédibles ses illustrations. Dodo l’embarque donc en Corse pour un séjour de 10 jours. Accompagnée de sa femme, Glen Chapron s’est servi de ce voyage pour s’imprégner des couleurs et formes du paysage corse.

Le dessin est réalisé en alternance au pinceau et au trait de crayon. Glen me raconte même qu’il a utilisé 1 crayon noir et demi par planche. Les flashbacks de cet ouvrage sont spécialement colorisés en noir, blanc, rouge. Ce trio de couleurs est mis en place afin de casser le cliché des flashbacks dessinés sur un ton sépia. Le trait de crayon est plus prononcé.

Après cela, nous avons échangé sur son lien avec le Festival. Étant breton, c’est un réel plaisir pour lui que de venir au Quai des Bulles. Selon lui, c’est l’un des Festival les plus conviviaux. Quant à moi, je suis particulièrement content d’avoir pu mettre un visage sur ces illustrations. J’ai rencontré un homme qui m’a fait comprendre certains enjeux de la narration graphique comme la puissance narrative des couleurs. C’est avec un grand plaisir que je suivrai la suite de son travail…

Michel en quête de Trolls avec Jean-Louis Mourier…

Il y a quelques années, enfin comme le temps passe vite je devrais dire il y a deux décennies, j’ai découvert la série Lanfeust de Troy grâce à un de mes fils qui voulait pour Noël le dernier album sorti… Si mes souvenirs sont bons, ce devait être le tome 4 et donc nous étions en 1996. Très vite je dévorais ces quatre premiers volumes et je restais fidèle à la série. Je reconnais d’ailleurs que le premier cycle de cette série, c’est-à-dire les huit premiers volumes scénarisés par Christophe Arleston et dessinés par Didier Tarquin, est tout simplement exceptionnel, drôle, très bien écrit et avec un dessin narratif détonnant !

Mais, le plus important n’est pas là… En fait, à ce moment là, je découvrais un personnage atypique, le Troll Hébus. Comme tous les trolls de cette série, Hébus aime boire et bien manger. Il ne se lave pas beaucoup et il est accompagné par un lot de mouches… Attention ! Il est par ailleurs très dangereux pour les humains, comme tous les trolls, mais comme il est enchanté par Nicomède, tout va bien pour Lanfeust et ses amis… Mais je ne pouvais pas imaginer alors qu’en 1997 Christophe Arleston se lancerait dans une série parallèle, Trolls de Troy, cette fois-ci dessinée par Jean-Louis Mourier. Mais ce qui est encore plus fort c’est que cette série continue régulièrement, malgré les ennuis de santé du dessinateur, et que le tome 23 vient de sortir… Enfin, et ce n’est pas rien, ce dernier volume paru, Art brut, est excellent !Alors, bien sûr, excellent dans le genre car la série reste une série pour rire, avec des gags pas d’une grande légèreté… Si ce n’est que Christophe Arleston, comme tous ceux qui tentent de distraire les autres, provoque le rire en pointant dans notre univers, dans notre société, dans nos traditions, ce qui mériterait d’être corrigé, amélioré, changé, révolutionné… Et c’est fois-ci, nous allons parler peinture, art contemporain et bêtise humaine !

Tout commence donc dans la cité d’Hogdad où le Khalif Hopeïdemerfeil décide de créer un grand évènement pour faire parler de sa ville. Sur les bons conseils de sa fille, la princesse Petypoï, une grande exposition universelle se met en place et il va y avoir un grand concours de dessin dont le vainqueur se verra offrir la main de la princesse… Tout un programme…Le concours de dessin aura un thème unique : Les Trolls ! Voilà pourquoi cet album est bien dans la série des Trolls de Troy. Je vous passe tous les détails, comment on va capturer des Trolls pour les exposer et permettre aux artistes de travailler, comment tout cela évoluera et le résultat du concours de dessin…

Ce que je peux vous dire c’est que les réflexions sur l’art, la peinture, les artistes, la peinture contemporaine… tout cela est excellent et j’ai beaucoup ri retrouvant parfois le filon d’humour qui traversait les albums d’Astérix et Obélix lorsque le scénario était signé René Goscinny !

De plus, après les quarante six planches de l’histoire, vous allez bénéficier dans l’édition originale d’un magnifique cahier de représentations artistiques des fameuses peintures de ce concours… On va retrouver quelques grands classiques de la peinture revisités par les trolls… La Cène est tout simplement à hurler de rire, elle rebaptisée « Bande de trolls qui bâfrent à table en se prenant la tête » tableau que l’on dit aussi « L’Arsène »…

Durant ce dernier festival Quai des bulles, j’ai eu beaucoup de plaisir à rencontrer – une fois de plus – Jean-Louis Mourier, dessinateur de la série, et ce fut un moment bien agréable et léger…

Car, il faut le dire, ici rien de tout cela n’est bien sérieux mais cela fait du bien de rire de nos jours… Alors, si la série Trolls de Troy servait à cela, il faudrait tout simplement en rembourser l’achat par la sécurité sociale… Après tout, ne faut-il pas rire tous les jours pour conserver un bon potentiel humain et de bonne santé ? Donc, moi, je choisis de lire et relire Trolls de Troy et je ne m’en porte pas si mal… Donc, à vous de choisir !

Caroline prend la direction d’Ekhö guidée par Christophe Arleston…

Michel nous avait prévenu, parfois, les choses ne se passent pas comme prévu. J’attendais Christophe Arleston – scénariste – et Alessandro Barbucci – dessinateur – de la série Ekhö. Finalement, seul le scénariste s’est présenté devant mon micro…

Quand on écoute Arleston on comprend que « Ekhö » n’est pas une simple histoire de fantaisie. C’est avant tout le fruit d’une véritable histoire d’amitié entre Arleston et Barbucci. Ce sont deux amis de longue date qui ont écrit cette BD ensemble, du début à la fin. Ce n’est pas juste un  scénariste qui donne son histoire à un dessinateur. Ekhö, c’est la volonté d’Arleston d’écrire une histoire qui se déroule à New-York et l’insistance de Barbucci de dessiner une BD heroic-fantasy écrite par Arleston. Ils ont pensé ensemble les personnages et leur univers. Fourmille est une femme forte et libre, alors que Yuri est plus âgé et plus « sage ». A eux deux ils emmènent les auteurs dans leur monde et non l’inverse. Ils se laissent porter par ce que vivent les personnages et leurs évolutions. D’ailleurs la relation entre Fourmille et Yuri continuera jusqu’à ce qu’Arleston et Barbucci en aient fait le tour et qu’ils aient fini de raconter toute leur histoire.

Comme chaque tome explore aussi une ville particulière, beaucoup de lecteurs se demandent où ils devront suivre les héros – les auteurs aussi – après Paris, Londres, New-York, Rome, Barcelone, Hollywood… Et chacun y va de son hypothèse, si on était à Londres au lieu de Saint-Malo, on pourrait même parier sur la prochaine destination… Tokyo, Hong-Kong… Du coup – scoop – on peut le dire, il se déroulera en Afrique Noire ! Car Arleston veut évoquer certains sujets qui lui tiennent à cœur !Arleston – qui n’est pas là que pour faire rire – veut à travers ses histoires, parler de l’actualité, de sa vision humaniste du monde, démonter les clichés erronés qui sont encore véhiculés, participer à la destruction des croyances qu’on pourrait avoir sur certaines populations… Surtout quand il s’agit de ce continent et des pays Africains, d’ou son prochain tome avec cette destination que peu envisageaient…

Il veut remettre de l’ordre dans le monde des valeurs, avec des messages subtilement dissimulés dans ses BD, par le biais des situations, des personnages rencontrés et des dialogues, toujours finement ciselés chez lui.

C’est avec passion qu’il parle de son amitié et de sa collaboration avec Barbucci, du choix de son personnage principal, une femme. Pourquoi une femme comme Fourmille ? Entre autre parce qu’il aime comment Barbucci dessine les femmes, qu’elles soient fortes, sensuelles, sensibles ou volatiles…

La touche humoristique d’Ekhö souligne la joie de vivre de Christophe Arleston qui est un homme plein de vie, passionné par la bande dessinée et doté d’une grande bonté…  Ce fut pour moi une très belle rencontre. Merci !

Anton visite la ville d’Ys en compagnie d’Annaïg…

En ce deuxième jour du festival Quai des bulles 2018 de St Malo, la rigueur était de mise. Nous ne pouvions plus nous reposer sur nos excuses de débutants et devions rendre un travail « simili » professionnel.

Mon interview la plus marquante de la journée fut celle d’Annaïg. Jeune auteure d’origine Bretonne, qui publie cette année une nouvelle bande dessinée qui lui  tient à cœur : Ys.

Ys c’est avant tout une légende, un conte Breton raconté par monts et par vaux, connu de tous. Annaïg y a cependant ajouté son grain de sel pour que celui-ci soit cependant plus en phase avec ses idéaux car « Tout est politique ». Il était en effet important pour elle de dépoussiérer cette histoire pour la remettre au gout du jour. Si la morale lui plaisait ce n’était pas foncièrement le cas de tous les personnages beaucoup trop stéréotypés inscrits dans des logiques patriarcales voir même des dogmes chrétiens.

Après « De ligne en ligne », son précèdent album qui se déroule dans un univers très urbain, la scénariste a souhaité revenir à ses origines dans une histoire plus proche de l’univers Antique. Ys mêle habilement la fuite d’une princesse désireuse de créer un monde plus juste et le destin d’un roi rattrapé par les obligations religieuses d’une société en pleine évolution.

De cette démarche, il ressort un ouvrage qui sait habilement jongler entre engagement et accessibilité. À mettre entre toutes les mains Ys séduira tant les plus jeunes avec son histoire et ses couleurs mais également les lecteurs aguerris qui sauront y déceler des idéaux très modernes.

Ce combat de l’ouvrage beau, bon et pertinent, Annaïg le partage avec son conjoint, Loïc Sécheresse, dessinateur de l’album. C’est un style tout en vagues et en volupté qu’il a su appliquer à cette œuvre pour lui donner une mouvance, une narration dynamique. Ses couleurs chatoyantes et les ambiances lumineuses sur les paysages simili Bretons vous transporteront dans un univers intense au parfum d’aventures.

Ys est plus que jamais une œuvre à partager sans modération tant pour se détendre qu’en apprendre sur le monde d’aujourd’hui.

Durant l’entretien, je n’ai pas vu passer le temps et j’ai pu apprécier de dialoguer avec une autrice de qualité, ferme sur sa position et heureuse de parler de son ouvrage… En sortant de cette rencontre, j’étais comme sur un petit nuage…

Roxane rencontre Loïc Clément à Saint-Malo…

L’enfance, un thème essentiel pour Loïc Clément. C’est dans son enfance que le scénariste puisse son inspiration. Il traite de sujets personnels lui tenant à cœur et qu’il souhaite faire partager au public.« Chaque jour Dracula » est un livre traitant du harcèlement scolaire. Il connaît cette situation car il l’a subie durant son enfance. Il travaille sur ce thème avec beaucoup de profondeur tout en adoptant un ton enfantin. Il adapte donc cette thématique grave et peu traitée sur le fond. Il s’adresse à l’enfant pour lui faire comprendre tenants et aboutissants. Dans sa fiction, le scénariste s’adresse non seulement aux victimes pour leur permettre de comprendre leur situation mais aussi aux bourreaux pour leur faire comprendre leurs actions. Un livre à utiliser le plus souvent possible avec les enfants !

« Chronique de l’île perdue » aborde quant à lui le thème des rêves enfantins et des relations entre frères. Ici, on suit l’histoire de deux frères échoués sur une île mystérieuse où ils vont être confrontés à leurs peurs, leurs erreurs et à la rédemption ! Leur but sera de se retrouver et de grandir. Cette bédé touche à nouveau des sujets chers à Loïc notamment celui des relations au sein d’une fratrie.Nous retrouverons ainsi Loïc Clément dans de prochains ouvrages traitant de l’écologie ou encore du deuil et des fantômes. Tout un programme qu’il a présenté sans manière montrant son accessibilité totale…

Roxane affronte Conan à la loyale… à Saint-Malo !

Cinq minutes à chercher, cinq minutes à tourner en rond, cinq minutes de retard. Non décidément je n’étais pas sereine. Interviewer Benoît Cousin, l’éditeur de la série Conan était le moment que j’attendais à St Malo depuis le lancement du projet Quai des Bulles à Chalon. Mais, heureusement, Benoît Cousin arriva avec cinq minutes de retard. L’interview peut commencer sans que je l’aie fait attendre…

L’éditeur ? On se soucie surtout de l’illustrateur, éventuellement du scénariste, voire du coloriste…  Mais l’éditeur ? On ne connait rien sur lui et son nom s’efface de notre mémoire instantanément… D’ailleurs, à quoi peut bien servir un éditeur comme Benoît Cousin ? Il fait parti du pôle éditorial de la nouvelle série Conan. Les deux autres membres sont Jean-David Morvan, l’instigateur de ce projet et Patrice Louinet le spécialiste international de Robert Howard le créateur originel de Conan. Son rôle spécifique, en tant qu’éditeur, est de trouver les dessinateurs, les scénaristes, en somme les bonnes combinaisons de créateur pour que la création de chaque tome soit réussie, que la lecture fonctionne et que les lecteurs s’y retrouvent…

Passionné de littérature de genre, il est intarissable sur Conan. Il m’expliqua les enjeux et les objectifs de la réadaptation française de cette œuvre de 1932. Avec beaucoup d’honnêteté et de réalisme, il expliqua qu’un des enjeux était économique. En effet, le personnage de Conan possède déjà une communauté de fans fidèles prêts à acheter cette nouvelle série. De plus, Conan s’inscrit dans les goûts culturels actuels : Games of Thrones, Viking, Seigneur des anneaux, Harry Potter… Ainsi les éditions Glénat s’assurent une base d’acheteurs solide et peuvent se permettre de se lancer dans leur ambitieux projet.

Effectivement, ils ont décidé d’explorer les différents traits et aventures de Conan décrits par les écrits de Robert Howard.  Les gens sont habitués à la représentation budibuilder de Schwarzenegger dans le film culte de John Milius. Ici, les éditions Glénat désirent offrir une vision nouvelle et plus profonde du personnage jusque là laissée au rang de montagne de muscle sans cervelle dans l’imaginaire collectif. Chaque tome montre une nouvelle facette de Conan sous la plume d’un artiste diffèrent. D’un style cartoonesque à un style plus brut, le personnage reste toutefois le même : le barbare sauvage et félin, le guerrier impitoyable et indomptable.

Toutefois, malgré le parti pris audacieux et engagé, certains fans de Conan ne semblent pas prêts à accepter de voir l’image de leur héros évoluer. En effet, Benoît Cousin a dû se rendre compte qu’adapter un personnage culte c’est aussi se frotter aux «gardiens du temple» comme il le dit. Ce sont ces fans qui n’acceptent aucune autre représentation que celle qu’ils connaissent. Mais malgré le manque d’ouverture d’esprit de certain, d’autres se montrent au contraire agréablement surpris de découvrir «un autre» Conan !

Nouveau projet phare de l’année 2018 pour Glénat, la série Conan ne semble pas prête de s’arrêter, pour mon plus grand plaisir. Et il nous reste plus qu’à attendre novembre prochaine pour la sortie du prochain Conan au sous-texte apparemment plus érotique. »

Anton, Troll de la promotion, rencontre un Orc sur les bords de la Manche…

Ce troisième jour à St Malo, même si stressant, fut pour moi l’occasion de rencontrer un auteur passionnant.  En effet après deux jours de travail plus que modéré il était temps de se retrousser les manches et de commencer les interviews.

J’ai pour ma part effectué celle avec Jérôme Lereculey, Malouin de naissance et illustrateur émérite de la bande dessinée Wollodrin, scénarisée par son ami David Chauvel.

Dans cette série de 10 tomes d’heroic-fantasy, on suit l’histoire de Nains, d’Hommes, d’Elfes et de ses héros favoris : les Orcs ! Ces humanoïdes à la peau verte sont bien trop souvent relayés au rang de simples méchants sans cœur et il était donc important pour les deux auteurs de les réhabiliter et de leur donner une histoire à la hauteur de leur musculature.

Si le cadre du récit est très comparable à un univers Tolkiennien, plusieurs points divergent totalement. Les elfes ne sont plus de simples humains aux oreilles pointus et toutes les races sont traitées de manière bien moins manichéenne comme des peuples luttant pour survivre dans un monde en guerre.

David et Jérôme se connaissaient depuis longtemps et ils avaient déjà eu l’occasion de travailler ensemble auparavant. Wollodrin a été pour eux un moyen de concrétiser enfin leurs rêves d’heroic fantasy.  Pendant ses 8 années de parution Jérôme a pu s’essayer à une nouvelle technique d’encrage. Il a ainsi évolué du feutre vers la plume et le pinceau, lui permettant un toucher plus sensible et plus précis. Si le premier album fut quelque peu laborieux il lui a néanmoins permis de perfectionner sa technique et de dompter, comme il le désirait, son encre farouche. Avec la permission du scénariste, Jérôme a ainsi pu exprimer sa créativité à travers cette série pour lui donner une vraie patte personnelle.

À l’image des nains, l’illustrateur est très bavard pendant ses phases de création et partage régulièrement ses problématiques avec son entourage, ses enfants dont il s’inspire d’ailleurs parfois…

La rencontre de cet artiste à grandeur humaine me donna envie de m’intéresser à la suite de son œuvre, envie que j’espère vous avoir communiquée.

Nathan joue dans l’univers de Bolchoï Arena avec Boulet et Aseyn…

“Ne me parlez pas de Ready Player One ! Tout le monde m’en parle ! “

Nous avons débuté notre série d’interviews de la journée par Boulet et Aseyn. Ils viennent de sortir le premier tome d’une nouvelle aventure de science fiction, Bolchoï Arena.

Boulet se présente avec un sweat shirt arborant le logo du Bolchoï, l’univers virtuel tout droit sorti des méandres de son esprit. Le thème de la réalité virtuelle a le vent en poupe en ce moment. Mais il nous met en garde : “Ne me parlez pas de Ready Player One ! Tout le monde m’en parle ! “ Il est, en effet, difficile de ne pas faire le rapprochement entre la nouvelle production hollywoodienne signée Spielberg, peignant aussi un monde futuriste agrémenté d’un jeu de réalité virtuelle omniprésent, sorti aussi cette année dans les salles obscures.

Mais cet univers, cela fait 5 ans que Boulet l’a pensé et créé, nous dit-il, le sourire aux lèvres. Avant même que le projet ne soit totalement sur les rails, il avait déjà une panoplie de produits dérivés. C’est là sa façon de travailler; créer tout un univers aussi étendu et complet  que le Bolchoï est complexe.

Boulet invente sa fiction tout en la dessinant, il fait des story-boards, se projette. Trouver un dessinateur pour sa création n’a donc pas été une chose aisée. Car après tout, cela revient à laisser partir son bébé. Mais c’est aussi lui apporter un nouveau regard. Et puis après tout, “il ne sait pas dessiner les vaisseaux !”

C’est donc Aseyn qu’il a choisi pour l’aider dans cette aventure “en trois tomes au minimum”. Ils se connaissent bien… En fait, Boulet a découvert devant nous qu’Aseyn était d’origine bourguignone comme lui… Aseyn apporte au récit (en plus de ses vaisseaux ) un dessin fin et rappelant des mangas tels que Otome et Shiro mais surtout une palette pastel de bleu, pêche et de rose. Un ensemble très doux qui nous plonge dans un univers futuriste certes, mais qui vibre d’une science-fiction des années 80 qui nous fait rêver…

Retrouvez bientôt notre rencontre complète avec Boulet et Aseyn !

Sarah tremble mais ne rompt pas face à Carole Maurel…

On l’attendait depuis quelques jours après avoir lu « Collaboration Horizontale » et dès que l’on avait eu la confirmation de notre rendez-vous. Si le stress gagnait peu à peu mon estomac, la joie, quant à elle, commençait à me submerger jusqu’aux oreilles…

Je scrutais longuement chaque personne qui franchissait la porte de la salle de presse et enfin j’entendis Michel me dire c’était bien elle, qu’elle arrivait, Carole MAUREL !

Je sentis le stress former une grosse boule en moi au fur et à mesure qu’elle avançait mais, aussi étonnant que cela puisse être, et je ne m’y attendais pas, la dessinatrice était aussi stressée que moi. (Sourires partagés)

L’intimidation restait palpable, après une grande bouffée d’air et en balbutiant un peu, je me lançais encourager du regard par Michel et Caroline…

Mais comment en est-elle arrivée à ce stade ? Et bien pour la petite histoire, c’est après 7 ans dans le monde de l’audiovisuel et du graphisme qu’elle se fait découvrir lors d’un concours. Et là débute son aventure dans le monde de la Bande dessinée.

Les histoires qu’elle illustre sont pour la plupart destinées à un public adulte, des histoires drôles, d’amours ou encore de société.

On retrouvera une diversité thématique qu’elle utilisera  pour nous transporter dans son univers. Ses dessins seront traités avec des couleurs qui accompagnent ses personnages et leurs mondes, des couleurs qui participent à l’histoire, choix auquel elle tient. On retrouvera aussi dans ses dessins, des représentations très expressives notamment dans « Collaboration horizontale », ce qui nous permettra de traverser les pages du livre et de partager les sentiments des personnages.

Alors n’oublions pas de parler du petit dernier « Eden », véritable petit délice qui s’adresse à un public adolescent mais s’accorde très bien avec un public plus large. Classe sociale, injustice et choix sont les mots qui illustrent parfaitement cette histoire. Je ne vais pas vous en dire plus car si vous aimez aventure et anticipation, je vous invite à vous y plonger rapidement. Pour ce projet Carole et son scénariste, Fabrice Collin, ont choisi de vous narrer cela dans un diptyque.