
L'entrée à la manière chateau-fort
Au cœur de notre belle Bourgogne, il y a le château de Germolles, palais ducal de Marguerite de Flandre. Comme un évènement littéraire s’y prépare, nous y avons fait escale, occasion de découvrir un haut lieu de la plus belle région du monde (sans aucun parti pris, bien sûr).
Germolles ? Vous ne connaissez pas ? Vous ne savez pas de quoi on parle ? Allez, laissez-vous faire et découvrons ensemble une demeure ducale, un trésor local, une opération de sauvegarde du patrimoine bourguignon qui mérite toute notre attention… Certes, le château est assez surprenant pour le visiteur qui s’y rend pour la première fois. Il y a des traces de château fort, l’entrée, des restes du Moyen-âge, cellier, chapelle, tour, et une demeure plus classique qui fut construite en plusieurs temps…
Matthieu Pinette a accepté de nous recevoir pour nous parler du château, des travaux en cours, des animations prévues… Que du bonheur, car il est passionné par cette demeure…

Le batiment aujourd'hui
Matthieu Pinette, comment se retrouve-t-on à la tête d’un tel château ? Le goût ? La passion ? Les compétences ?
C’est ce que l’on pourrait penser au départ, mais c’est avant tout une aventure familiale puisque ce château est devenu au dix-neuvième siècle une demeure familiale. Lorsque, il y a quelques années, mes parents ont souhaité prendre une retraite paisible, la question s’est posée de savoir ce qu’il fallait faire. J’ai proposé un projet de gestion culturelle et patrimoniale et c’est ce projet qui a été accepté par l’ensemble des propriétaires. J’ai quitté ma carrière professionnelle – Matthieu Pinette, conservateur en chef du patrimoine a été successivement directeur des musées d’Autun, Besançon et Amiens – et je suis maintenant à temps complet à la gestion, à l’accueil, à la visite, au développement de cette demeure qui est, ne l’oublions pas, une des plus belles demeures ducales de Bourgogne. C’est un joyau unique qu’il faut découvrir impérativement !

Le cellier tel que Marguerite de Flandre le découvre
Matthieu Pinette, j’étais venu ici il y a quelques années et en revenant, je trouve de nombreux changements. On voit des travaux d’envergure et on aimerait savoir comment vous avez pu lancer ces projets. On fait des plans ? On se laisse aller à son imagination ? C’est complexe ? Coûteux ?
Vous avez raison de soulever cet aspect car effectivement on ne peut pas échapper à une rigueur, une préparation, des plans. On ne peut pas faire ce que l’on « veut » comme cela d’autant plus que Germolles est classé aux Monuments historiques. Mais en fait, dans notre cas, ici, ce que l’on veut est assez proche de ce que voudraient les Monuments historiques. Mais il faut planifier les travaux, les opérations, car l’argent ne tombe pas du ciel. Il faut aussi planifier longtemps à l’avance car il faut passer par un architecte en chef des monuments historiques qui commence par faire une étude préliminaire. Elle est suivie d’une étude préalable qui a pour but de dégrossir ce que l’on va faire, dans quel ordre, combien ça va coûter… Et seulement on peut en arriver aux travaux proprement dits. Ce sont ces phases de préparations qui permettent de faire des choix. Par exemple, nous voulions faire des travaux sur la chapelle haute et les tours, mais on a été obligé de faire cela en deux tranches, d’abord la chapelle haute que vous avez pu visiter et maintenant on va commencer les tours, du moins j’espère que l’on va pouvoir commencer l’année prochaine…

La chapelle haute avec sa couverture
Alors, parlons justement de cette chapelle haute puisque les visiteurs peuvent la découvrir autre que ce que j’avais vu il y a une dizaine d’années…
On avait beaucoup travaillé sur ce château. On a pu donner à l’architecte des documents qui permettaient de comprendre comment il était avant certaines destructions, dont celle qui a laissé cette chapelle du haut sans couverture et sans lien avec le reste du château – incendie au dix-neuvième siècle – ce qui a été capital pour faire les choix de restauration.
Cette chapelle haute était au premier étage et à l’époque il y avait un deuxième étage. Nous ne voulions pas rétablir entièrement tout ce qui avait disparu, mais seulement trouver une solution pour rendre à cette chapelle son aspect d’antan. On pouvait restituer la voute en bois, ce que l’on a fait. Les enjeux n’étaient pas considérables car on savait que la voute était en bois et on connaissait sa forme. Mais la question qui demeurait était de savoir comment faire à l’extérieur… Il fallait protéger le bois sans tout reconstruire. Avec l’architecte, on a décidé de mettre du cuivre. Tout d’abord parce que c’est un métal noble, mais aussi parce que une matière pérenne qui protège bien ; enfin, cela permettait d’avoir un toit dont immédiatement on détectait que ce n’était pas un toit du Moyen-âge tout en respectant une époque puisque le toit en métal existait bien, comme pour les cathédrales de Beauvais et Châlons en Champagne par exemple. Cela a permis de restaurer sans faire du faux, seulement du différent qui protège mieux l’authentique. Et c’est ce que l’on va faire maintenant avec les tours à l’entrée du château.

Le nouveau plafond de la chapelle haute
On comprend bien l’ampleur des travaux commencés et en cours, l’envie de redonner de la vie cette demeure, mais qu’en est-il du public ? Est-il au rendez-vous ?
En 2011, nous avons eu plus de 8500 visiteurs. C’est à la fois bien puisque nous sommes partis il y a six ans de 2200. 2011 est donc notre record d’affluence, mais c’est en même temps très peu si on regarde l’intérêt du lieu. Germolles est le seul palais des ducs de Bourgogne existant encore, il reste encore de très nombreux éléments très significatifs ce qui en fait, en France, l’un des rares palais princiers moyenâgeux restant en aussi bon état. Le seul problème, c’est que comme c’est une exception, comme les gens connaissent bien les châteaux forts qui eux en France sont assez nombreux, quand ils visitent Germolles, ils ont du mal à imaginer qu’il s’agit d’un palais du Moyen-âge. A la limite, ils préfèrent visiter un château fort banal, avec des tours, plutôt que de venir à Germolles. Bizarrement, la rareté extrême du lieu le dessert… Par contre, ceux qui viennent en sortent enthousiastes, on a même du mal à les faire sortir…

Matthieu Pinette au travail
Est-ce que vous avez des visites de classes, des projets avec des établissements scolaires de la région ?
J’avais encore une classe ce matin même. Nous avons de très nombreuses classes de Saône-et-Loire, mais aussi d’ailleurs. Ce matin, c’était une classe de Côte d’Or. Nous avons beaucoup de classes de cinquième en particulier car c’est le niveau où l’on étudie le Moyen-âge, en histoire mais aussi en français avec le texte de Chrétien de Troyes. Mais comme nul n’est prophète dans son pays, il est intéressant de noter que les seules classes qui ne viennent jamais au château sont celle de notre commune…

Le printemps dans le parc
Venons-en à votre animation, Un air de Moyen-âge, qui va donner un air de fête à votre château, même s’il ne s’agit pas d’une fête moyenâgeuse comme cela existe ailleurs. Vous avez voulu faire quelque chose de culturel, de littéraire, d’original…

Yvain n'est pas encore là...
Depuis six ans nous organisons des activités culturelles, conférences souvent de haut niveau. Mais on a décidé de faire sur un weekend, une animation plus festive, une évocation du Moyen-âge un peu plus légère. Cette année, pour notre troisième édition, nous nous sommes appuyés sur le texte de Chrétien de Troyes, Yvain le chevalier au lion. Donc le samedi 12 mai, l’évocation sera pédagogique et didactique, car il y aura la lecture entière, intégrale du texte. Une vingtaine de lecteurs et lectrices vont réaliser ce temps fort. Le texte n’est pas très long, il faut compter environ trois heures. Les gens vont pouvoir venir de façon libre, certains resteront en continu, d’autres pourront venir beaucoup moins de temps. Ce sera l’après-midi, s’il fait beau, dans le parc du château, s’il pleut dans une des salles en fonction du monde… A chaque fois, on a pensé au confort du spectateur car c’est important de pouvoir écouter trois heures de lecture dans de bonnes conditions. La lecture se fera dans un français respectueux du texte original mais accessible à tous. Le même après-midi, deux conférences auront lieu pour le public qui veut aller un peu plus loin. Une évoquera Yvain, Chrétien de Troyes et introduira cette lecture et ce texte particulier. La seconde, elle parlera des représentations d’Yvain avec bien sûr en vedette, une sculpture que l’on trouve dans le château de Germolles. Enfin, le soir, aura lieu à 20h00 un concert par un ensemble, Astéria. On ne les voit pas souvent car ils vivent à New York. Il s’agit d’Ylvia Rhyne, chanteuse, et Eric Redlinger, luthiste et chanteur. Ils chantent le répertoire musical de la cour des ducs de Bourgogne et c’est une évidence de les entendre dans ce palais de Germolles. Cette fois-ci, ce sera de la musique héroïque, une musique rare mais prenante. Il est impératif de réserver pour ce concert.

La chapelle où priait Marguerite de Flandre
Merci Matthieu Pinette de nous avoir accompagnés ces quelques minutes et nous espérons que cet air de Moyen-âge va attirer du monde pour récompenser vos efforts. Encore bravo pour ce que vous faites de cette demeure importante de notre histoire bourguignonne…
Pour en savoir plus :
samedi 12 mai 2012
Ce nouveau rendez-vous entend aborder l’œuvre de Chrétien de Troyes de façon « didactique ». La lecture intégrale du roman et deux conférences permettront de faire connaissance avec ce texte majeur. Un concert viendra clore la journée, comme pour restituer au roman son atmosphère musicale.
14h30 : lecture in extenso du roman de Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion, par une dizaine de lecteurs sous la houlette d’Anne Prost-Cossio, comédienne.
15h30 : Yvain peint et sculpté : représentations du héros de Chrétien de Troyes, par Matthieu Pinette, conservateur en chef du patrimoine.
17h30 : Yvain ou le Chevalier au Lion : un roman aux origines, par Patrick Huet, professeur de Lettres modernes, Lyon.
20h00 : concert Le corps s’en va mais le cœur vous demeure. La chanson chevaleresque à la fin du Moyen Âge, par Sylvia Rhyne et Eric Redlinger, ensemble Astéria.
http://www.chateaudegermolles.fr

Magnifique restauration d'une tour


Restait à trouver des noms pour écrire les préfaces ? Trois écrivains s’y sont collés avec, à mon avis, des résultats de qualité différente. Je commencerai par citer Eric-Emmanuel Schmitt qui a placé, tout de suite la barre très haut avec Mademoiselle de la Ferté. J’adore sa préface, en particulier le début, à tel point que je ne peux pas résister de vous en citer quelques lignes :
Le second à poser ses mots non loin de ceux de pierre benoît fut Frédéric Vitoux. Ce que j’ai aimé chez lui c’est qu’il se pose la question qui m’habite depuis que quelque lectrice amie d’un site de critique est venue susurrer à mon oreille cette question surprenante : et si tu reprenais le temps de te plonger dans un roman de Pierre Benoît ? Comme le dis très bien Vitoux, pourquoi rouvrir ces romans qui ne sont pas les mieux écrits du vingtième siècle et qui, pourtant, nous ont enchantés dans notre adolescence ? N’y a-t-il pas le risque d’être déçu ? La conclusion est à la hauteur de ce que je pense :
Reste la troisième préface, celle qui m’a le moins touché, celle d’Amélie Nothomb. Pourtant, aucun a priori contre elle de ma part, non, juste de la déception. Mais je n’insisterai pas car c’est tout simplement parce qu’elle n’a pas eu la chance de bercer son adolescence avec ces romans de Pierre benoît. C’est un peu comme si elle avait lu La Châtelaine du Liban comme un archéologue découvre une pièce rare tandis que nous la lisons comme un homme qui retrouve sa boite à secrets dans un grenier… La première trouve une belle œuvre qui a survécu au temps – « Je souhaite aux autres vivants d’avoir un jour d’aussi belles rides » – tandis que nous nous revoyions dans notre force de l’âge en train de fantasmer sur une certaine Athelstane…
Ensuite, il y eut un peu de regard biographique avec Gérard de Cortanze, auteur d’une importante biographie de Pierre Benoît, Le romancier paradoxal. On a pu ainsi comprendre le rôle de la maman, l’envie de Pierre de toujours écrire et mettre en scène sa vie, les erreurs qui ont été faite sur ses idées parce que l’on ne prenait pas le temps de remettre le personnage dans son époque, enfin, une bonne explication de ce que fut pour lui les semaines passées en prison lors de l’épuration, moment que Pierre Benoît supporta comme la plus grosse injustice qui pouvait lui être faite.
Shelton : Quand on suit vos parutions, nombreuses au demeurant, on se demande comment le scénariste fait pour suivre toutes ses histoires sans se mélanger les crayons…
Shelton : Quand on vu sortir en librairie la série IRS All watcher, on s’est demandé s’il s’agissait seulement d’une opération financière. Pourquoi avoir voulu décliner cette série IRS ?

Stephen Desberg : La première intention était de traverser la deuxième moitié du vingtième siècle avec un même personnage. Un personnage principal serait connu avant la guerre, puis on le verrait traverser la guerre et on le retrouverait après ce conflit. Cet objectif m’a amené à travailler sur les années trente qui me passionnent beaucoup, sur la crise financière, sur la montée du nazisme et c’est ainsi que je me suis intéressé à l’implication des financiers américains dans la machine de guerre allemande. Je trouvais que c’était un angle d’attaque original et captivant. Une idée menant à une autre, mon récit s’est construit petit à petit, et j’ai choisi un aspect polar pour faire entrer le lecteur dans du concret même quand les évènements peuvent être complexes. Un personnage, Sherman, va occuper le devant de la scène de l’histoire mais on comprend rapidement qu’il cache quelques secrets, qu’il n’est pas lisse, et c’est ce qui va motiver le lecteur dans sa recherche de la vérité. Le lecteur va au bout de sa lecture pour savoir, comprendre, connaître Sherman dans sa vérité absolue. Dès le départ, on va assassiner son fils, lui dire qu’on va le ruiner et faire disparaître sa fille, et reste alors six albums et cinquante ans d’histoire pour comprendre qui peut lui en vouloir autant et pourquoi, pour découvrir ce qu’il a pu faire pour mériter une telle vengeance. Nous sommes dans du polar sans aucun doute !
Stephen Desberg : C’est le plaisir de cette écriture, facilitée d’ailleurs par le fait de travailler sur les six albums d’un coup. Je sais où je veux en venir, je pose mes jalons et le lecteur ne sait pas ce qui aura de l’importance ou pas. Il doit tout lire, tout absorber et on l’entendra parfois dire « Ah, oui, c’était donc ça ! ». En plus Sherman, ce n’est pas l’histoire que d’un personnage mais de toute sa famille. Donc, il fallait mettre tous les éléments pour que chaque personnage, chaque destin, soit crédible ! D’où les nombreuses tranches de vie, comme dans une saga familiale.



Regardez le nombre de fois que ses photos sont encore utilisées en couverture des magazines de cinéma. D’ailleurs elle n’a fait que peu de films (27 selon un décompte officiel), pas tous des chefs d’œuvre, et elle reste toujours présente partout. C’est une véritable icône du cinéma du vingtième siècle. Pourquoi ? C’est de là, peut-être qu’est né mon projet. Par ailleurs, j’avais développé une histoire, avec une maison isolée et ce personnage qui arrivait là un peu par hasard parce qu’il était bloqué dans la neige, et qui découvrait des choses dans cette demeure… Puis, à un moment, il était évident que les deux ne devait plus faire qu’un seul projet que toutes mes recherches sur Marilyn devaient trouver leur rôle dans cette histoire de maison isolée… Ce fut l’occasion aussi de montrer que la faille chez Marilyn était de ne pas avoir su faire le deuil dans sa vie de certaines choses. On doit tous faire le deuil de certains éléments du passé pour continuer à avancer. Marilyn n’a jamais su le faire et c’est pour cela qu’elle a « bugué » ! Le deuil de l’enfance, le deuil de certains amours… voilà ce que j’avais envie de creuser dans cet album Marilyn.
En plus, le cinéma était passé par là, je connaissais le film avec Pacino qui ne m’avait pas beaucoup plu… Bref, plein de raisons de partir en courant devant cette proposition. Mais, avant de répondre définitivement, j’ai voulu d’abord revoir les deux films qui avait été réalisés, entre autres celui de Howard Hawks de 1932. Je me suis aperçu que les deux films n’avaient traité qu’une partie du roman, qu’il y avait beaucoup plus à raconter, qu’il y avait des grands espaces à explorer pour une adaptation en bande dessinée. Il y avait même des thèmes qui me concernaient depuis longtemps comme la perte de l’identité, la coupure avec sa famille, le rejet de ses racines et le rapport au frère.
Shelton : Il y avait un autre problème avec cette adaptation, c’est le fait que chacun ou presque des lecteurs connaissait l’histoire. Il vous fallait travailler encore plus les ambiances pour offrir au lecteur quelque chose de nouveau.



Shelton : Vous n’êtes pas qu’un auteur de livres illustrés, vous faites de la bande dessinée et dans ce domaine vous avez enchainé beaucoup de projets.
Jacques de Loustal : En fait depuis l’album Le sang des voyous – avec Paringaux en 2006 – chaque fois que je terminais une bande dessinée j’avais en main un nouveau projet, le scénario suivant. Mon problème généralement était de trouver une histoire et depuis quelques temps la question se pose moins. Je ne fais pas tant de bédés que ça car je ne suis pas tributaire d’une série, je ne cherche que des histoires, des collaborations, mais tout cela s’enchaine. Au moins de juin je vais terminer un album, mais je crois qu’après je vais stopper la bédé un ou deux ans pour prendre le temps de me régénérer sur d’autres modes d’expression, avec d’autres outils. Vous voyez, je vais prendre un temps pour la peinture, le dessin, pour travailler avec des galeries, faire des livres de dessins…
Shelton : Vous êtes à la recherche de votre équilibre…
Jacques de Loustal : Au crayon, le coloriage car l’aquarelle ne tient pas sur ce papier…




Shelton : Et tout cela dans une nature qui est « duelle », agressive et protectrice…
(Vous pouvez découvrir la série avec ce clip : www.youtube.com/watch?v=gGgJQSrnIM8)
Jeffrey : Benoît Sokal, vous avec travaillé, aussi, dans l’univers du jeu vidéo. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Shelton et Jeffrey : Y a-t-il d’autres projets vidéo sur le feu pour vous ?
Quel plaisir de rencontrer un auteur si complet, si lumineux et si conscient des réalités… Merci et à très bientôt pour une nouvelle rencontre autour de Canardo ou autre Kraa…





Shelton et Jeffrey : Dans ce second cycle, on le voit plus douter…
Shelton et Jeffrey : Comment vous avez travaillé avec les autres personnages pour en arriver là, à ce sentiment ambigu du lecteur ?























Je passe sur les rencontres préalables, sur la bonne entente entre l’IUT et le collège, car c’était certain qu’entre gens de bonne volonté tout cela fonctionnerait bien. J’en viens à l’essentiel, la rencontre avec un auteur. Vouloir créer à Angoulême un espace – lieu et temps – entièrement réservé à nos jeunes pour qu’ils puissent écouter, apprendre, comprendre et dialoguer avec un auteur pouvait paraître une folie tout simplement. Comment trouver une pièce sans débourser des milliers d’euros, comment motiver un auteur dans une telle démarche, comment réaliser une telle rencontre dans la bonne humeur ?





Francis Groux qui vient de signer un livre de souvenirs, Au coin de ma mémoire, est souriant et, disons-le, fier de parler de cette histoire, de son histoire, à des jeunes étudiants. Il est impossible à arrêter, intarissable, inépuisable… Une question et il parle vingt minutes, un mot et il enchaîne de nouveau pour un quart d’heure. Le seul inconvénient, du moins à mes yeux, vient de la salle de presse elle-même dans laquelle est diffusée une musique qui gêne parfois, qui nuit à la qualité de l’enregistrement…

Puis les choses vont s’accélérer avec plusieurs rencontres aux éditions du Lombard où nous allons finir le festival. Ce sera tout d’abord Maximilien Le Roy. J’ai lu son dernier album « Dans la nuit la Liberté nous écoute ». Pourtant tout a failli mal se passer. En effet, quand j’arrive sur le stand, on me dit que cela ne va pas être possible d’interviewer Maximilien. Pourtant il est là, libre et disponible. Mais alors pourquoi ? Tout simplement parce que je suis chrétien et qu’il n’a pas envie de passer sur un média chrétien. Il faut dire que je suis connu pour travailler sur des radios chrétiennes aussi. Heureusement, l’homme n’est pas bloqué et sot et nous arrivons à nous mettre d’accord pour un entretien qui ne sera pas diffusé sur des médias chrétiens. En fait, avec un peu de recul, je pense qu’il a dû avoir un jour, lors d’un entretien avec un journaliste chrétien, quelques mots. De plus, il a lu la charte des radios chrétiennes de France et il n’a aucune envie de laisser récupérer et utiliser par une église dont il ne partage aucune valeur… mais, heureusement, nous voilà autour d’un micro avec une seule envie : parler de cet album qui raconte une très belle histoire, celle d’un homme que le destin a poussé en Indochine, qui va découvrir le véritable visage de la colonisation et de la guerre d’indépendance et qui ne pourra pas rester dans cette armée, dans ce camp français. Il va donc rejoindre le camp de la rébellion, de l’armée de libération, sans jamais porter les armes contre la France car il ne veut pas trahir. Juste un homme qui ne veut pas renier les valeurs de la France, celles qui ont animé la résistance française… cet homme a réellement existé et ce « roman graphique » de Maximilien est aussi un travail de mémoire. C’est de toute beauté et je crois qu’il faut le lire pour comprendre aussi une époque, une tranche de vie française…




