Une petite découverte…

On a donné le nom d’Immortel à celui qui se fait élire à l’Académie française mais beaucoup de ces académiciens ont été très vite oubliés et parfois on est surpris de retrouver leurs traces un peu par hasard…

Hier, lors de la vente spéciale chez Emmaüs à Chalon-sur-Saône, j’ai acheté pour un petit euro deux ouvrages reliés d’un certain Jules Lemaître, élu à l’Académie française le 20 juin 1895. Il n’a pas marqué les esprits par ses poésies et ses pièces de théâtre, il a été membre de l’Action française de Charles Maurras dès sa création et jusqu’à sa mort (décédé en 1914). Nationaliste pendant l’affaire Dreyfus, membre de l’extrême droite et petit auteur, je n’avais aucune raison de m’attacher à ce personnage… Pourtant, il fut un critique de théâtre très lu de son vivant et c’est justement deux tomes de ses critiques théâtrales que j’ai trouvés hier et que j’ai commencé à lire dès hier soir…On trouve dans ces deux volumes des critiques et articles sur Euripide, Musset, Labiche, Dumas, Victorien Sardou, Déroulède, Courteline, Eschyle… et, franchement, c’est passionnant surtout si vous aimez le théâtre, l’histoire du théâtre… Le tout est bien écrit avec plein de petits détails sur les acteurs de cette époque (1888-1898).

Voilà, c’est peut-être cela l’éternité des Académiciens, avoir des livres qui retombent dans les mains d’un lecteur attentionné… Allez savoir ?

Il y a dix ans… comme le temps passe vite !

Ce matin, par curiosité et non nostalgie, je regardais ce que je lisais il y a dix ans et ce que j’en écrivais. C’est toujours intéressant de voir l’évolution : on change de genre de lecture, notre regard évolue voire change radicalement, certaines valeurs restent au cœur de nos préoccupations… Bref, c’est une façon d’appréhender la vie assez sympathique que de voir cette évolution…Il y a dix ans, dans mes lectures, j’ai eu un choc émotionnel fort avec la découverte de « Kiki de Montparnasse » de Catel. Je connaissais bien Catel et suivais ses parutions au fur et à mesure mais je ne m’attendais pas à un tel travail, une biographique comme elle dit de cette qualité, une narration graphique si puissante, un personnage si attachant… Bref, un chef-d’œuvre ! Oui, il peut y avoir des chefs-d’œuvre même en bédé !Mais, cette même année, toujours en bande dessinée, il y avait eu la lecture de mon premier « Petit Poilu », ces magnifiques albums sans parole pour les jeunes lecteurs. Pierre Bailly et Céline Fraipont avaient juste voulu offrir à leur enfant une bande dessinée adaptée. Ils étaient auteurs par ailleurs et ils voulaient mettre leurs talents – indiscutables – au service de leur propre famille… Depuis la série n’a jamais cessé et quand Pierre Bailly est venu à Chalon-sur-Saône, ce fut un grand succès !C’est durant cet été 2007, que j’ai lu ou relu tous les Spirou et Fantasio. En fait, c’est une série que je ne connaissais pas beaucoup – chez nous on ne lisait pas le magazine Spirou – et je voulais me faire une idée sur ces deux héros, cette série et les auteurs qui l’ont fait vivre. Dans l’ensemble, je dois avouer que j’ai plutôt été séduit et comme tout le monde j’ai eu mes petits chouchous… Par exemple un album comme « Qui arrêtera Cyanure ? » m’a beaucoup marqué et ses auteurs, Tome et Janry, sont pour moi ceux qui resteront comme des grands de la série… et je ne veux surtout pas oublier des grands noms comme Jijé ou Franquin…Mais je ne lisais pas que de la bande dessinée car j’ai toujours eu des lectures très variées. Je retrouve dans mes notes des lectures de théâtre (Jean-Michel Ribes), des romans de toutes sortes d’Henriette Bernier à Hugo Boris en passant par Amélie Nothomb, la découverte des polars de Gladys Mitchell et pour terminer cette courte évocation je voudrais parler livre jeunesse…En effet, cette année, j’ai lu un magnifique album pour enfants, un livre illustré comme on dit. Il s’agit de « Loup noir » d’Antoine Guilloppé. Je viens de vérifier, il est encore disponible alors si vous avez des enfants, des petits-enfants ou même si vous aimez les beaux livres… voilà une belle idée de lecture !

C’était il y a dix ans déjà et j’ai le sentiment de ne rien renier de ces lectures… Alors continuons de lire et faire lire !!!

Du classique mais efficace… et qui se déroule en Bretagne !

J’ai découvert, il y a quelques années, un auteur et une série policière. Il s’agissait de Jean Failler et de son héroïne Mary Lester. J’ai donc découvert Mary Lester dans une première enquête, Les bruines de Lanester, à l’époque où elle était débutante dans la police. Je la trouvais plutôt attachante et je décidai de la suivre… et cette lecture se poursuit de livre en livre, d’enquête en enquête… et je dirais même de village breton en village breton !

Bon, j’exagère un peu car certains villages sont carrément des villes et parfois Mary s’éloigne de la Bretagne… Mais ce qui est vrai c’est que Jean Failler a choisi de prendre la Bretagne comme carde de ses enquêtes en installant Mary au commissariat de Quimper où elle a maintenant le grade de  commandant ! Comme Quimper n’est pas la ville où se commettent les délits les plus criminels, Mary enquête un peu partout, l’auteur inventant mille petits détails pour justifier son intervention loin de ses bases… Renfort ponctuel, coup de main à des gendarmes, affaires personnelles…Après avoir lu plusieurs épisodes, j’ai eu l’opportunité d’interviewer l’auteur Jean Failler lui-même. Il faut dire qu’il habite en Bretagne à l’Île-Tudy, dans le Finistère. Comment pouvais-je ne pas accepter une invitation à venir déguster des langoustines chez lui ? Une belle rencontre qui permettait de mieux appréhender cet auteur qui a commencé par exercer d’autres métiers avant de se consacrer à l’écriture… Il se dit qu’il fut poissonnier ce qui explique bien le choix de faire déguster des crustacés locaux…

En tant qu’auteur, il a réussi assez vite à se construire un lectorat local ou passionné de la Bretagne, ce qui a suscité quelques jalousies qui ont pris des formes pas très sympathiques après un roman qui entraina quelques séances judiciaires… On l’accusait, ce pauvre auteur, de s’être inspiré de faits réels, d’avoir mis un personnage réel dans son roman et d’en avoir dressé un portrait assez noir – ou trop réaliste, allez savoir – ce qui avait ému ladite personne… Bon, il promit de ne plus se faire prendre au piège… En même temps, une bonne fiction policière est toujours portée par une petite dose de faits divers…

Le temps passant – Mary Lester a déjà réalisé plusieurs dizaines d’enquêtes racontées en 47 volumes – on a pu constater que l’inspiration de Jean Failler était inégale…Christophe Arleston – le très grand scénariste de la bande dessinée contemporaine – me disait un jour avec beaucoup de réalisme que si certains albums étaient meilleurs que d’autres, cela voulait dire que certains autres albums étaient moins bons ! Donc, oui, il m’est arrivé d’être déçu par certains romans dont Avis de gros temps pour Mary Lester, une enquête à mon avis très moyenne, trop délayée et sans intérêt…Par contre, les deux dernières enquêtes, Les mécomptes du capitaine Fortin et Mary Lester et la mystérieuse affaire Bonnadieu, m’ont complètement convaincu. Je ne dis pas réconcilié car je ne m’étais jamais fâché avec mon enquêtrice préférée de la police bretonne, euh, non, police nationale…

Dans le premier de ces deux romans, le capitaine Fortin se trouve confronté à une machinerie peu élégante alors que lui avait foncé pour aider un ami… Rappelons que Fortin est l’équipier de Lester et qu’il est très physique, qu’il ne réfléchit pas toujours avant d’agir et que sa source philosophique est le quotidien L’Equipe… Néanmoins, toujours généreux et chaleureux, il aide la veuve et l’orphelin… Cette fois-ci, Mary mettra tout en œuvre pour l’aider… Bon roman qui se déroule aux alentours de Quimper…

Enfin, la dernière enquête parue a pour cadre la magnifique ville balnéaire de Dinard et rien que pour cela de nombreux lecteurs seront séduits… Quant à l’enquête proprement dite, on a d’autant plus envie de suivre Mary qu’il s’agit d’empêcher une injustice… Petite particularité de cette histoire, Mary Lester est accompagnée de Gertrude Le Quintrec, lieutenant de police, une ancienne gendarme que l’on connait bien maintenant qu’elle a intégré le commissariat de Quimper… Une enquête menée par deux femmes compétentes et pleines d’humour car dans ces ouvrages on sourit plus d’une fois…

Voilà donc deux enquêtes à découvrir et peut-être une série à découvrir pour ceux qui aiment le roman policier, la Bretagne et les femmes…

Il faut garder à l’esprit ce que fut la Syrie et l’aider à encore être demain !!!

Puisque la barbarie, la guerre, le fondamentalisme, les extrémismes et la bêtise humaine nous privent pour le moment de ce magnifique pays, puisque nous ne sommes pas certains de pouvoir encore profiter des ruines antiques des anciennes civilisations de cette région, il ne nous reste plus qu’à nous réfugier dans les livres pour qu’au moins le souvenir demeure de la beauté de la Syrie !

Cet ouvrage d’Alain Chenevière est de toute beauté. Il nous guide en Syrie, pays qu’il présente bien comme un des lieux de naissance de la civilisation. Même si tout peut sembler toujours un peu relatif et subjectif, j’aime à voir les choses ainsi…

Visiteur, touriste ou lecteur, chacun découvre la Syrie avec des images, des couleurs, des odeurs… et les images et couleurs sont bien là dans le livre. Cela ne vous dispensera pas de vous précipiter en Syrie dès que ce sera possible, mais en attendant, vous commencerez à vous approprier le pays, les paysages, les monuments, la culture, l’esprit, même de cette région, tout simplement…

Finalement, toute proportion gardée et sans exagérer, lire cet ouvrage c’est participer à une forme de résistance, et aider à la survie d’une civilisation…

Je me souviens du Journal de Mickey…

Quand je suis né le Journal de Mickey valait 30 francs. On ne disait pas encore « anciens francs » même si le nouveau franc courrait déjà dans la tête de certains… Je ne sais pas comment on pourrait convertir 30 francs en euros, sans exagérer la conversion… Quelques centimes d’euros ? Un euro ? Aujourd’hui, il est à 2 euros en kiosque, si mes informations sont bonnes, et je trouve que les choses ont bien augmenté… Enfin, c’est vrai que le temps passe et que je vous parle de l’année de ma naissance donc il y a plus de soixante ans…

 

Le Journal de Mickey, quand j’avais entre 5 et 8 ans, était l’un des magazines que l’on avait chez le coiffeur. Je retrouvais Mickey, Picsou et les grands classiques du genre mais aussi – et certains jeunes ne connaissent peut-être pas – Mickey à travers les âges, Les nouvelles aventures de la petite Annie, L’infernale poursuite, Davy Crockett, Lancelot, Tim la brousse, Bob et Phil mènent l’enquête, Nic et Mino, Robin des bois et Zorro, mais pour ce dernier je ne sais plus en quelle année il est arrivé dans le Journal…

 

Voilà, une petite séquence nostalgique sur ces lectures de jeunesse qui ont laissé quelques traces chez moi… Mais c’était chez le coiffeur seulement car à la maison c’était Pilote !

Un très beau numéro spécial sur un des aspects des aventures de Tintin !

Je sais bien qu’il n’y a pas eu de nouveautés dans les Aventures de Tintin depuis longtemps et, pourtant, me revoilà à vouloir vous parler de Tintin… Simplement, s’il n’y a pas de nouveauté, il faut quand même dire que l’on n’a pas encore fait le tour de l’œuvre d’Hergé.

Œuvre ? Oui, indiscutablement, il s’agit bien d’une œuvre et pas seulement d’un ensemble d’albums pour la jeunesse. D’ailleurs, pourquoi parler des albums de cette série en disant pour la jeunesse. L’éditeur lui-même parlait plutôt d’un lectorat de 7 à 77 ans, on peut même dire de 5 à 77 ans depuis que les dessins animés ont popularisé Tintin et Milou chez les plus petits… D’ailleurs, pourquoi 77 ans alors que tant que l’on a la capacité de lire, de rêver, de voyager dans les pages, d’imaginer d’autres mondes… on peut bien lire Tintin, non ? Donc, Tintin étant pour tout le monde, il reste encore à savoir ce que cette lecture peut apporter aux lecteurs en ce début de vingt-et-unième siècle…

Le magazine Géo vient de proposer un très bel album illustré – dessins et photographies – pour aller à la rencontre des différents peuples visités par Tintin. On sait que Tintin était reporter, même si peu de ses articles furent publiés dans le Petit Vingtième, et ses nombreux voyages sont au cœur de ses aventures. Il est ainsi allé de la Sibérie à l’Afrique noire, de la Chine à l’Australie, de l’Amérique du Sud aux terres polaires, de la Syldavie à l’Écosse et j’en oublie bien d’autres de ces pays visités…

Reste donc une question fondamentale : Hergé nous raconte-t-il n’importe quoi sur chacun de ces peuples ou s’est-il bien documenté avant ? Le magazine Géo va ainsi nous montrer le point de vue d’Hergé puis nous montrera la réalité aujourd’hui de ces peuples… Et c’est passionnant !

Tout d’abord, de quels peuples parle-t-on ? Les Chinois, les Congolais, les Pygmées, les Berbères, les Bédouins, les Écossais, les Tziganes, les Sioux, les Syldaves, les Indiens, les Incas, les Quechuas, les Tibétains, les Japonais, les Soviétiques, les peuples d’Amazonie, les Arabes… Bref, presque toute la planète y passe et pas toujours avec les mêmes bases documentaires…

Ce que montre cet album d’une très grande richesse iconographique, c’est qu’Hergé a toujours fait un gros travail préparatoire pour dessiner au mieux ces peuples. Mieux, chaque fois qu’on lui a fait des remarques sur le bienfondé de ces dessins ou affirmations, il en a tenu compte lors des versions suivantes des albums. C’est ainsi, par exemple, que l’Écosse est devenue plus réaliste entre la première version de l’Île noire et la troisième (1938, 1943 et 1966).

J’avoue que je suis entré dans cet album sans aucun préjugé, que je l’ai dévoré lors d’un aller-retour sur Paris et que je ne sais même plus ce qui m’a le plus captivé : les dessins d’Hergé, ses croquis, les présentations des peuples, les reportages spécifiques… En fait, c’est un tout : plus je lisais, plus je voyageais et plus j’étais heureux !

C’est probablement là le cœur des aventure de Tintin : nous faire voyager, nous faire oublier le quotidien, nous faire vivre des aventures incroyables entre mythe et réalité, nous faire rencontrer l’humanité entière, nous faire grandir… bref, c’est bien la preuve qu’il s’agit là d’une œuvre littéraire majeure !

Donc, Tintin et les peuples du monde, un album hors-série de la revue Géo ou tout simplement les albums des aventures de Tintin qui sont toujours à lire et relire…

Rencontre avec Didier tarquin à Paris

Il y a quelques années, sous la pression amicale, filiale et bien sympathique d’un de mes enfants, je plongeais dans la série Lanfeust de Troy. Le scénariste Christophe Arleston et le dessinateur Didier Tarquin étaient pour moi de grands inconnus et je n’avais pas beaucoup lu à cette époque d’Heroic fantasy !Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’avais lu quelques petites choses (je pense aux bandes dessinées Aria et Thorgal, au roman Le Seigneur des Anneaux…), j’avais joué à certains jeux de rôle (merci à la revue Jeux & stratégie) et je n’avais malgré tout aucune attente spécifique vis-à-vis de cette série dont trois tomes étaient déjà parus…Ainsi donc j’entrais dans l’univers de Lanfeust de Troy ! Une série étonnante qui allait me convaincre, ainsi que toute la famille, probablement un peu comme la série des Aventures d’Astérix le Gaulois avait conquis toute la Gaule… Oui, une série avec de l’aventure, de l’humour, des références et des citations, des grands décors, des personnages extraordinaires, des situations époustouflantes… Et avec tout cela de la fantaisie c’est-à-dire une pointe de magie, des personnages mythiques, de l’imaginaire débridé… Bref tout et son contraire et, surtout, du bonheur pour le lecteur !Comme il existe probablement quelques personnes ignorant tout de cet univers, disons que Troy est un monde, un univers, une planète, où vivent des humains et de nombreuses créatures extraordinaires comme des trolls. Les humains ont des pouvoirs magiques très variés, ce qui fait la particularité de chacun, et les trolls sont des sauvages qui sont persuadés d’être très civilisés. Parmi les humains, il y a un certain Lanfeust, un apprenti forgeron, qui va découvrir qu’il a le don de faire fondre le métal… et je vais cesser de tout vous raconter car c’est à vous de découvrir tout cela si ce n’est pas encore fait !Il se trouve que depuis 1994, date de la parution du premier album du premier cycle, j’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs fois le scénariste Christophe Arleston mais je n’avais jamais rencontré le dessinateur Didier Tarquin ! Après plusieurs échecs – oui les journalistes n’obtiennent pas toujours tout, immédiatement – c’est durant le dernier salon du livre de Paris, Livre Paris 2017, que j’ai pu interviewer Didier Tarquin !Ce fut donc l’occasion de balayer une grande durée, de feuilleter ensemble près de 24 tomes, de tirer les leçons d’un tel succès… Un moment bien sympathique dont vont profiter les auditeurs du Kiosque à BD, mon émission hebdomadaire sur la bande dessinée…

A la fin, alors que je faisais le rapprochement entre Astérix et Lanfeust, Didier m’avouait que cette similitude était très souvent faite par les lecteurs, les fans, les critiques, les journalistes… Oui, probablement les conséquences d’un humour puissant, de personnages forts (Lanfeust = Astérix, Hébus = Obélix), d’aventures plaisantes à lire et qui permettent aux différentes générations de trouver de quoi satisfaire les instincts de lecteurs…

Comme le dit très bien Tarquin, le succès ne s’explique pas et pour les auteurs, il faut juste en profiter sans se prendre la grosse tête ! En tout cas, je ne peux que le remercier de cette rencontre et j’espère n’avoir pas à attendre aussi longtemps pour la prochaine rencontre !!!

Le roman graphique…

Certaines personnes me demandent souvent comment définir les romans graphiques ? C’est un roman ? C’est une bande dessinée ? C’est un livre illustré ? Je peux comprendre l’angoisse de ceux qui sont nés comme moi le siècle dernier et qui ont vu arriver ce terme sans explication particulière… Le roman graphique…

Tout est arrivé en plusieurs temps et il semble que le premier terme entendu soit américain, graphic novel. En fait, le problème est né surtout du fait que le terme de bande dessinée signifie très vite en Occident, livre pour la jeunesse avec plein de dessins… Les premiers arrivés dans cette catégorie – Tintin et Spirou en particulier pour orienter notre regard vers la bédé franco-belge – illustrent totalement cet aspect littérature pour la jeunesse. Du coup, comment classer les livres utilisant le même mode narratif mais destinés aux adultes ? Dans les années soixante-dix, il y eut la BD érotique mais c’est l’adjectif érotique qui la distinguait. Puis cela ne suffit pas car il fallait classer le fruit du travail des auteurs de ces revues pour adultes, L’écho des savanes, Fluide glacial, Métal hurlant… Le libraire mettait ces albums à part sans leur donner de nom…On voit alors un certain nombre d’éditeurs mettre en place des nouvelles collections : Romans (à suivre) chez Casterman, Romans BD chez Dargaud, Encrage chez Delcourt, Tohu Bohu aux Humanoïdes associés, Romans graphiques au Seuil et Denoël Graphique chez Denoël… C’est au cœur de ces collections que certains talents vont éclore, qu’une nouvelle narration graphique se construit et se met en place, que les adultes vont trouver des titres d’une très grande qualité…Un roman graphique est donc, d’une façon générale, une bande dessinée, au format libre, au sujet libre, destiné principalement aux lecteurs adultes. Les récits – pas toujours fictionnels – peuvent être beaucoup plus longs que dans le format traditionnel de la bande dessinée, les thèmes plus ambitieux, plus sérieux sans que ce soit une obligation…Deux éléments peuvent compléter cette tentative de définition du roman graphique. Depuis quelques années, on voit beaucoup de bande dessinée de reportage et des biographiques arriver en librairie et ces deux catégories entrent elles aussi dans les romans graphiques. Les reportages bédés ont transformé certains auteurs en journalistes bédés tandis que les biographiques les ont poussés vers les historiens ! Attention, dans les deux cas, certaines spécificités ont bien été conservées et respectées avec des coauteurs journalistes et historiens.

S’il fallait, maintenant, vous conseiller – je sens que je vais me faire des ennemis – quelques titres pour faire vos premiers pas dans le monde du roman graphique, je vous pousserais vers :

-       en fiction, Thomas ou le retour du tabou d’Hervé Bourhis, éditions Humanoïdes associés

-       en histoire, Kiki de Montparnasse de Bocquet et Catel, éditions Casterman

-       en autobiographie, Pilules bleues de Frederik Peeters, éditions Atrabile

-       en politique, Saison brune de Philippe Squarzoni, éditions Delcourt

-       en surréalisme, L’heure des lames de Rob Davies, éditions Warum

Mais, bien sûr, cette liste n’est qu’une porte d’invitation à la lecture pas une limitation à la découverte !

Vincent Wagner à Dijon ce week-end !

Attendez, vous ne connaissez pas Vincent Wagner ? Sérieusement ? Bon, vous allez pouvoir vous rattraper car il vient à Dijon ce week-end… Il y a quelques années, je découvrais un jeune dessinateur et voici ce que j’écrivais :

« Vincent Wagner est un jeune dessinateur qui a suivi l’atelier d’illustration de Strasbourg. Mais, malgré son talent, il a connu quelques difficultés pour trouver un éditeur qui lui fasse confiance : c’est bien ce que vous faites mais vous êtes inconnu… Il a donc accepté de dessiner pour la pub, puis pour un musée, il a fait le conteur, l’illustrateur pour enfant et, enfin, il est devenu dessinateur pour la bande dessinée, son rêve et son objectif absolu ! Tout a commencé avec une rencontre, celle avec Roger Seiter. Des envies communes, une amitié qui nait, un travail qui prend forme puis une concrétisation avec un album, La sorcière de Bergheim. Puis ce sera une série en deux albums chez Casterman, Mysteries. Il se peut, d’ailleurs, qu’un jour un nouveau dytique vienne prendre sa place derrière le premier… Mais depuis deux ans, c’est un nouveau projet qui est venu occuper les deux amis, Wild River.

Nous sommes au dix-neuvième siècle, dans le Missouri. Robert Frazer, le héros de cette histoire très western dans son esprit, est un ancien soldat de l’armée américaine. Au moment de sa libération à la vie civile, il a touché une somme d’argent qui lui a permis de s’installer. Il a construit une ferme, il s’est marié et il a un fils. Bref, la vie est belle et il va régulièrement à la ville pour y vendre le produit de son travail. L’histoire commence quand il y va pour récupérer son frère qui vient de terminer ses études de médecin. Un médecin dans sa région, voilà qui a de quoi l’exalter et rassurer les pionniers de cette région assez éloignée de la civilisation… »C’est vrai que c’est cette histoire en trois tomes, Wild River que j’ai aimé le plus, sans aucun doute même si ce qu’il fait depuis me touche beaucoup. Si vous allez le rencontrer demain au festival Vini-BD de Dijon, vous pourrez découvrir ses albums sans parole qui sont de toute beauté, je pense en particulier à Cromalin et Cromignonne… Pour les réaliser il utilise une sorte de technique d’ombres chinoises mais je suis certain qu’il vous expliquera cela très bien…

Emmanuel Michalak est à Dijon ce week-end !

Un des dessinateurs de bandes dessinées que l’on va retrouver à Dijon, dans le cadre du festival Vini-BD des 4 et 5 mars 2017, et que j’aime beaucoup est Emmanuel Michalak. Il dessine depuis quelques années la série scénarisée par Hub (celui de la série Okko), Aslak, une belle série de Vikings !Comment donner le ton de cette série ? En disant que le chef d’un clan, qui en a marre d’entendre toujours les mêmes histoires, exécute sauvagement son barde raconteur… Comme cela ne lui redonne pas le sourire, il convoque la famille de ce pauvre artiste et il met le marché suivant en place : il garde la femme en otage, il demande aux deux fils, Skeggy (l’ainé) et Sligand (le cadet) de partir à la recherche d’une nouvelle et belle histoire… Quand ils reviendront, il les écoutera et il exécutera celui qui aura la moins bonne histoire… S’ils ne reviennent pas, il exécutera la famille en otage : la mère et le petit dernier de la tribu…Je ne vais pas vous en dire plus, c’est très bien construit au niveau du scénario, très bien dessiné, il y a une petite pointe d’humour, d’originalité et on se laisse emporter dans cette quête farfelue de littérature ! Oui, voilà un peuple pour qui le récit est essentiel, vital devrais-je dire !J’ai rencontré il y a quelques années Michalak à Angoulême et j’en garde un très bon souvenir et, du coup, je ne peux que vous conseiller cette rencontre et cette série bien sûr, Aslak !!!