Rencontres à Angoulême : Jean Dytar avec Estelle

« Florida » est une bande dessinée qui peut à la fois faire peur par son impressionnant volume (256 pages)  et attirer par la poésie se dégageant de la couverture. Une fois ouverte, il est très difficile de la lâcher. En effet, Jean Dytar nous emmène avec cet ouvrage dans le Londres de la fin du XVIe siècle. Nous suivons à travers le regard d’Eléonore, l’histoire de la conquête de la Floride par la France et plus particulièrement le destin de Jacques Le Moynes, son mari. Ce dernier a fait partie, alors qu’il était un jeune cartographe, d’une expédition en Floride qui fut un véritable échec. Traumatisé par son expérience, il lui faudra du temps avant de confier son histoire à sa femme et aux lecteurs….

Jean Dytar signe ici son troisième ouvrage historique et nous apprend que l’Histoire n’est pas toujours celle que l’on croit… Lorsque que nous avons rencontré cet auteur complet avec Roxane, nous avons pu l’interroger sur son choix de concentrer l’histoire sur le point de vue d’Eléonore. Il nous expliqua que cela était né de son envie de créer un personnage féminin fort et du mystère qui entourait l’épouse de Jacques Le Moynes, dont on ne savait que très peu de choses.

Jean nous parla également de son dessin, qui exploite deux atmosphères différentes : l’une pour les souvenirs, l’autre pour le présent. Un autre point à noter est qu’il a structuré ses pages autour d’un réseau de lignes que l’on retrouve dans les cartes marines. Associé au dessin vaporeux des souvenirs, ces lignes créent une cartographie mentale des personnages, inspirée du travail de Pascal Rabaté dans « Ibicus ».Alors que l’on pourrait s’attendre à un nouveau récit historique se déroulant pendant la Renaissance, l’auteur nous surprend en nous informant de la sortie de son prochain album, qui se trouve être une bande dessinée jeunesse et se déroulant dans le monde contemporain ! Mais comme l’action se passe au Louvre, une dimension historique restera néanmoins présente… On ne se change jamais totalement !

Cette rencontre fut très plaisante et le temps que Jean a pris pour nous faire nos dédicaces nous a permis à Roxane et moi de poursuivre plus longuement notre discussion et de poser encore quelques questions. Une discussion très enrichissante, indiscutablement ! Merci !

Rencontres à Angoulême : Robin Cousin avec Roxane

Les nouvelles technologies dont désormais bien ancrées dans nos vies. Il y a des applications pour tous nos besoins : GPS, réseaux sociaux, météo, … Il existe même un coach personnel pour nous aider à mieux gérer notre vie. Enfin ça c’est ce qui existe dans la bande dessinée «Le profil de Jean Melville».

Dans l’œuvre de Robin Cousin, une application révolutionnaire de coaching individuel sur lunettes connectées voit le jour. Ces lunettes peuvent être des alliées très utiles : connaître le meilleur chemin pour se rendre au boulot, avoir un guide pour la cuisine, nous souffler les meilleures réponses à dire à nos interlocuteurs… Toutefois, attention de ne pas perdre tout pouvoir de décision et réflexion, et même notre humanité. Eh oui car l’humanité, c’est, aussi, se tromper, c’est ne pas savoir quoi faire, découvrir !

Robin Cousin nous livre une œuvre questionnant et critiquant notre usage de ces nouvelles technologies et non les technologies en elles-mêmes. Et tout ça sur fond de polar car il ne faut pas oublier cette partie. «Le profil de Jean Melville» a été pensé avant tout comme une enquête policière. Enfin policière pas tout à fait, nous suivons le détective Gary enquêter sur les sabotages des câbles sous-marins d’Internet pour le compte de la multinationale de consulting Jimini, les créateurs des fameuses lunettes.

Toute cette histoire est accompagnée d’un dessin au style très simple mais très efficace. On voit se mettre en place un dessin épuré à l’extrême ou presque : moins de détails, des personnages plus simples, des décors non surchargés. Le dessin est donc au service de l’histoire, de sa compréhension et non l’inverse. De plus avec la couleur, Robin Cousin traite la superposition de la réalité et des éléments virtuels lisibles et envoûtants à regarder. D’un point de vue pratique, ce style graphique permet de sortir des livres plus rapidement. Et à l’instar du Tintin d’Hergé, grand maitre de la ligne claire, ce dessin permet de lire rapidement et ne pas s’arrêter sur chaque page. Ça permet de retranscrire la rapidité des mouvements comme le disait Hergé. «Le profil de Jean Melville» est une bande dessinée à la fois intéressante dans le dessin et dans l’histoire. Avec d’autres projets en cours, dont plusieurs collaborations en tant que scénariste, Robin Cousin avec 10 ans de festival d’Angoulême en tant qu’étudiant, d’actif et d’auteur, derrière lui, reviendra l’année prochaine pour nous présenter de nouvelles œuvres.

J’ai été contente de rencontrer et interviewer Robin Cousin lors du festival d’Angoulême. J’ai pu lui poser les questions qui me taraudaient sur sa bande dessinée et j’ai beaucoup apprécié ses réponses… mais pour en savoir plus il faudra écouter l’émission de radio…

Rencontres à Angoulême : Nathalie Ferlut avec Estelle

Ma première rencontre avec Nathalie Ferlut fut à travers la poétique bande dessinée « Dans la forêt des lilas » dont elle est la scénariste. J’ai immédiatement été attirée par la sublime couverture créée par Tamia Boudouin avec qui, je l’appris par la suite, Nathalie avait déjà travaillé pour « Artemisia ».

En rencontrant l’autrice, juste après une de ses séances de dédicaces, j’étais très interrogative. Pourquoi avait-elle choisi d’être seulement scénariste sur cette BD alors qu’elle sait elle-même dessiner ? Comment construit-on une histoire qui se caractérise surtout par son dessin et son atmosphère ?Nathalie Ferlut me raconta que justement, cette histoire, elle l’avait écrite pour Tamia. Pour son dessin à elle. Elle compare leur collaboration à du Jazz : « Même quand c’est de l’improvisation, pour le peu qu’on se connaisse bien, on se répond et on essaye de mettre en valeur les choses ».

Ce fut aussi l’occasion de parler de ses inspirations. Si « Dans la forêt des lilas » m’avait fait penser à un mélange d’Alice au pays des merveilles, à l’univers des sœurs Brontë et à la bande dessinée « Emma G.Wilford » par Zidrou et Edith, j’ai pu apprendre que c’est surtout les contes de la comtesse de Ségur qui ont influencé son travail. Mais elle me confia également que cette histoire représentait une partie de sa vie où beaucoup de personnes de son entourage étaient malades, l’écriture lui avait donc certainement permis d’évacuer tout cela.

Après cela, Nathalie m’expliqua la relation entre les deux sœurs de l’histoire. Celles-ci sont toutes deux opposées mais complémentaires, comme les deux faces d’une seule pièce. C’est pourquoi ces personnages sont aussi intéressants.

Notre échange fut donc très instructif pour moi, et ce fut un réel plaisir de rencontrer cette femme très sympathique et pleine de bienveillance. Je suis donc repartie non seulement avec une très jolie dédicace, mais aussi avec le sourire aux lèvres, heureuse d’avoir découvert et rencontré une autrice très talentueuse.

Rencontres à Angoulême : Claude Guth avec Roxane

La couleur fait pour moi partie intégrante du dessin. Je ne peux pas imaginer le trait et la couleur séparés l’un de l’autre. Et pourtant, le monde de la dessinée découpe le dessin en plusieurs métiers, le scénariste, le dessinateur, le lettreur, l’encreur et le coloriste…

C’est sur ce dernier métier que nous allons nous attarder. Dans les dernières nouveautés de la maison d’édition Soleil, Il y a Sangre, une nouvelle série de planet-fantasy d’Arleston, le créateur de Lanfeust de Troy. Cette fois-ci, il est accompagné d’Adrien Floch au dessin et Claude Guth à la couleur !Et c’est justement Claude Guth que j’ai pu interviewer. Saviez vous que les deux noms présents sur la couverture sont ceux du scénariste et du dessinateur, et que celui du coloriste n’a jamais cette chance. Toutefois cela ne gène pas Claude Guth. Il se considère comme l’auteur des couleurs. Le coloriste est un métier de l’ombre. Ironiquement son rôle est de mettre en lumière l’action au sein des cases, donner une ambiance et fluidifier l’histoire.Rien ne destinait Claude Guth à la bande dessinée. C’est dans les assurances qu’il a commencé pour ensuite aller dans le graphisme et la communication. Au final, il reprit des études d’art après avoir découvert le mondes des couleurs en colorisant des bédés pour un magasine de sa région natale : l’Alsace.

A l’école des arts déco de Strasbourg, il apprit le métier d’illustrateur, la narration par l’image. Au terme de trois années d’études, il pu commencer à travailler sur des projets de bande dessinée de plus en plus intéressants en tant qu’illustrateur et de coloriste. Ces projets l’ont mené par la suite sur Lanfeust et Troll de Troy. Économiquement, ce fut une occasion en or mais aussi l’occasion de rencontrer Arleston et Adrien Floch. Il travailla par la suite à de nombreuses reprises avec eux sur divers projets jusqu’à Sangre. L’entente entre le dessinateur et le coloriste semble essentiel. En effet, le dessinateur doit accepter de déléguer la couleur de son dessin à une autre personne. Une entente qui se passe donc très bien entre Adrien Floch et Claude Guth qui n’en sont plus à leur première collaboration.Malheureusement, les coloristes sont très peu représentés et mis en avant dans le monde de la bande dessinée au grand regret de Claude Guth. Son souhait serait de voir un prix au festival d’Angoulême pour les coloristes et donner ainsi une visibilité à sa profession au niveau national et international… Quand sera-t-il entendu et suivi ?

Estelle à la conférence de presse de Guy Delcourt…

Nous démarrons officiellement le festival international de la bande dessinée d’Angoulême par la conférence de presse Delcourt. C’est une sorte de grand-messe médiatique durant laquelle la maison d’édition et son grand chef, Guy Delcourt, annoncent les points forts de l’année à venir…

Dans le hall du CGC, nous sommes accueillis chaleureusement par du jus d’orange et des viennoiseries, c’est l’occasion de déjà repérer quelques têtes connues, notamment celles de Boulet, Jérémie Moreau et Davy Mourier. Après s’être fait gracieusement offrir du pop-corn dans une éco-cup à l’image de la maison (oui, être journaliste a du bon), la présentation commence. Cette dernière revient sur les 30 ans des éditions Soleil mais aussi sur les 10 ans de la collection Métamorphose, en revenant sur leurs incontournables respectifs.

La seconde partie de la conférence fut dédiée à l’annonce des prochaines sorties : préparez vos portes monnaie, car de beaux ouvrages sont à venir !

Chez Soleil nous pouvons notamment citer « La Guerre de Tolkien », qui va retracer l’expérience du père du « Seigneur des anneaux » pendant la guerre de 14-18 et surtout la bataille de la Somme. D’autre part, « Le Boiseleur » promet beaucoup de poésie, avec l’histoire d’un jeune sculpteur de bois, passionné d’oiseaux. Les plus jeunes ne seront pas en reste avec « Lulu et Nelson », le nouveau projet d’Aurélie Neyret, la dessinatrice des « Carnets de Cerise ».Côté Delcourt, si vous avez aimé « La saga de Grimr », vous serez également conquis par « Penss et les plis du monde » de Jérémie Moreau également, avec une histoire qui se déroule cette fois-ci durant la préhistoire. De même, les fans de « Blacksad » et de séries animalières trouveront leur compte dans « Les Cinq Terres », un beau projet de série fantastique avec David Chauvel au scénario mais secondé par toute une équipe. Pour finir, FibreTigre et Arnold Zephir signent avec Héloïse Chochois « Intelligences Artificielles, miroir de nos vies » qui plaira à tous ceux qui s’interrogent  sur la création et les enjeux de cette technologie.

Certes, il ne s’agit là que de mes ressentis mais cette année 2019 promet d’être riche en lectures et chacun devrait trouver chaussure à son pied ou album à son goût ! Alors à vos BD, prêts ? Partez !

Rencontres à Angoulême : Pacco et Margaux Motin avec Estelle

Lorsqu’à Angoulême, on m’a annoncé qu’une interview avec Pacco et Margaux Motin s’était ajoutée, j’ai tout de suite voulu y être ! Car ces deux là, ça fait déjà des années que je les suis et lis leurs petites notes rigolotes sur Internet. Donc vous pouvez imaginer ô combien j’étais excitée à l’idée de les rencontrer !

A peine l’interview avec Hubert et Gatignol terminée avec Roxane, nous cherchons du regard les deux auteurs. Ils arrivent avec un peu de retard et Pacco donne le ton de la rencontre en nous disant : « Attendez, faut vraiment que j’aille aux toilettes sinon cette interview va être une catastrophe! ». L’ambiance est tout de suite détendue et le stress descend directement. Tout du long, Pacco fait le clown et Margaux terriblement sympathique, si bien qu’on a l’impression d’avoir deux bons amis en face de nous plutôt que deux auteurs que l’on voit en vrai pour la première fois.Le couple nous raconte comment une de leurs amies a complètement paniqué à son mariage, se demandant si finalement elle faisait le bon choix. C’est ainsi qu’est né « OUI ! 101 questions à se poser avant de se marier ». Le ton de cette bande dessinée est léger et humoristique, c’est pourquoi je suis surprise d’apprendre qu’ils ont tout deux mené de longues recherches sur des sites très sérieux sur le mariage pour créer cet ouvrage. Car après tout c’est vrai, si jamais votre compagne a un casier judiciaire, comment pourriez vous le savoir si vous ne lui demandez pas ?Les 101 questions peuvent donc faire véritablement réfléchir sur son couple, même si dans la forme, on sent que les auteurs se sont amusés sur la création de l’album. Ils nous expliquent avoir voulu représenter un très large panel de personnages, pour que chacun s’y retrouve et ils en ont même profité pour intégrer certains de leurs amis !Nous nous attardons ensuite sur « Les Raspberry ». Si Pacco en est l’auteur complet, Margaux l’a beaucoup aidé à sa construction. Comme il le dit si bien « de toute façon, tout ce que l’on fait c’est nous deux! ». Je connaissais déjà cette petite famille préhistorico-futuriste, dont les petites aventures étaient publiées sur les réseaux sociaux. Je ne m’attendais donc pas, à ma lecture de cette bande dessinée, à une interrogation sur la paternité, les pressions sociales et les masculinités. Réussir de parler de tout ça en 56 pages et avec humour, quelle prouesse ! Surtout qu’il est plutôt rare de voir des hommes s’emparer du sujet, j’ai donc été agréablement surprise et 100% conquise. J’attends les suites avec impatience !

Cette rencontre a été vraiment intense et m’a permis de clore ma série d’interview en beauté ! Il arrive parfois d’être déçu par les gens que l’on admire lorsqu’on les rencontre en vrai, mais avec Pacco et Margaux ce ne fut pas du tout le cas ! Ce sont des personnes vraiment entières et sympathiques avec qui nous avons pu passer un très bon moment, au point où nous nous sommes quittés en nous faisant la bise, ce qui était tout de même incroyable !

Rencontres à Angoulême : Etienne Le Roux avec Michel et Estelle

J’ai toujours eu une forme d’admiration pour ceux qui se lançaient dans des projets au long terme et qui allaient jusqu’au bout de leur idée, de leur concept… Quand Eric Corbeyran et Etienne Le Roux m’avaient parlé de leur idée, suivre un groupe de personnes durant toute la guerre de 1914-1918, avec une série de dix albums, sans être dubitatif, je me disais quand même que ce serait long d’aller jusqu’à la fin, surtout avec des albums qui sortiraient tout au long des années 2014-2018. Oui, un anniversaire, c’est un anniversaire, pas un à-peu-près !

Alors, j’ai lu le premier album, fait connaissance avec ces jeunes hommes appelés à partir à la guerre alors qu’ils avaient des projets de vie en gestation, en devenir… Ils avaient aussi des amours, des passions, des sacrés caractères… En lisant, j’ai découvert un talent graphique, celui d’Etienne Le Roux. Je le connaissais un peu mais là ce fut une belle révélation. Ses personnages étaient crédibles, vivants, attachants…Chaque année, je retrouvais Etienne, parfois accompagné de son scénariste Eric Corbeyran que je connais bien et depuis fort longtemps, et nous parlions de ces personnages et de cette guerre qui allait changer leur vie… Je me suis attaché à ces personnages, j’ai souffert avec eux, j’ai attendu la fin de la série pour qu’enfin ils puissent retrouver la vie… Mais dans quel état ?La question qui se posait pour moi et Estelle, seule étudiante à être tombée sous le charme de cette magnifique série, était de savoir comment le dessinateur se sentait après avoir terminé cette grande saga humaine…Alors, on peut dire qu’il va bien, qu’il est partagé entre le soulagement d’avoir terminé et le fait que ses personnages le quittent, en quelque sorte… Il faut passer à autre chose et c’est le propre des auteurs qui dans une carrière font plusieurs séries, racontent plusieurs histoires… Etienne Le Roux avait commencé avec difficultés sa carrière en bandes dessinées car il n’avait pas eu la chance de tomber sur la bonne série qui allait fonctionner et trouver ses lecteurs. Je l’avais lu dans l’Education des assassins, série de qualité, et c’est pour cela que j’ai été heureux de le voir arriver avec 14-18. En cours de série, il a aussi écrit un très bon scénario qui est devenu une magnifique bédé avec le dessin de Vincent Froissard ce qui démontre que cet homme, Etienne Le Roux, est un très bon auteur de BD.Après une belle rencontre où j’ai laissé Estelle mener les débats, j’attends maintenant avec impatience et curiosité les prochains travaux d’Etienne Le Roux… J’ai le sentiment que l’on ne sera pas déçu… Quant à Estelle, elle est repartie avec une très belle dédicace d’un des personnages qu’elle affectionnait, Maurice !

Rencontres à Angoulême : Terry Moore avec Julie

Dans le cadre du Festival international de la Bande Dessinée d’Angoulême, j’ai eu la chance de rencontrer Terry Moore, auteur de BD telles que « Motor girl », « Strangers in Paradise », « Echo » ou encore « Rachel rising ».

Lors de cette interview, je me suis principalement concentré sur la BD « Motor girl », la dernière parue en langue française. Pour faciliter la compréhension de cette rencontre, j’ai choisi quelques thématiques…

La présence des femmes dans les œuvres de Terry Moore 

Cet auteur souhaite vivement écrire et dessiner des histoires à propos des femmes. En effet, il trouve qu’il n’y a pas assez de femmes dans les œuvres (qu’elles soient cinématographiques, littéraires,…) et lorsqu’il y en a, elles ont un rôle qui ne met pas en valeur leur force, leur présence, leur humanité…

« Nous avons besoin de plus d’histoires parlant de femmes fortes ! »Tout d’abord, il a commencé à réfléchir à propos de l’étiquette donnée aux femmes dans notre société. Il ne pouvait s’empêcher de penser à cela car il se demandait ce que c’est d’être une femme et de vivre sur cette planète à notre époque. Il pensait notamment aux rencontres que font les femmes tout au long de leur vie, considérant que les femmes ne savent pas si le prochain homme qu’elles vont rencontrer sera un ami ou bien un prédateur…

« C’est juste une expérience de vie totalement différente par rapport à celle d’un homme. »

Lorsqu’il méditait ainsi, y ajoutant par ailleurs les relations d’amour et d’amitié, il a été pris par l’idée de rédiger une histoire sur ce thème, avec le point de vue d’une femme. Quand il commence à écrire, il ne comprend pas toujours où il va, il se laisse porter même s’il ne comprend pas toujours où il va. Il voulait développer ce qu’on sait le moins sur les femmes et ne pas rester sur ce que la majorité des gens connaissent explicitement ou implicitement. Il voulait aller au-delà des stéréotypes !

De cette volonté a découlé un long processus de découverte sur le thème afin de ne pas totalement naviguer à l’aveugle. Avant d’écrire, l’auteur explore, recherche, rumine… Le processus est long…

Le fossé entre les hommes et les femmes

Dans les histoires et dans les films, nous sommes habitués à avoir peur des « grands méchants » sous les traits d’hommes forts. Terry Moore aime les histoires où le cliché est inversé et il joue avec cela pour créer des histoires originales : dans une de ses séries, il y a un serial killer qui terrifie la ville or… cette personne tant redoutée s’avère être une fillette de 10 ans !Par ailleurs, dans une optique d’inversement des clichés, le personnage principal de « Motor Girl », Samantha, est une ancienne marine qui ne se laisse pas faire. Jouer avec les clichés est pour lui une grande source d’amusement car il aime casser les codes et choisir les mauvais acteurs comme il le dit lui-même si bien.

Focus sur le personnage de Samantha dans « Motor Girl »

L’idée de Samantha est dans la tête de Terry Moore depuis longtemps mais elle est restée de côté un certain temps car il était occupé à créer « Strangers in Paradise », « Echo » et « Rachel Rising ». Au tout début, il avait imaginé Samantha comme une mécanicienne spécialisée dans les motos et ayant comme petit ami un gorille.

Lorsqu’il a commencé le livre, une nouvelle a retenu son attention : le syndrome du stress post-traumatique concernant une grande majorité des soldats revenu de la guerre était une réalité.

« D’un côté l’Amérique est occupée à attaquer tout le monde et de l’autre côté de l’histoire, tous les soldats reviennent de guerre et ils sont pour la plupart atteints d’un syndrome de stress post-traumatique car ils ont fait quelque chose qui n’est pas naturel. »

Voyant que les soldats n’arrivaient pas à reprendre une vie normale de retour dans leur pays, il n’a pas pu se résoudre à faire de Samantha une fermière ou un jardinier après qu’elle ait été rapatriée en Amérique.

Motor Girl est ainsi devenu une œuvre montrant comment les soldats, de retour de la guerre, se reconstruisent après tous les traumatismes qu’ils ont subis.

Focus sur le personnage de Mike, le gorille

Tout au long de « Motor Girl », Samantha est accompagnée d’un gorille nommé Mike. La première question à laquelle il faut répondre est tout simplement « pourquoi est-ce un gorille? ».

La réponse est très simple: c’est le personnage le plus viril qui puisse exister pour Terry Moore.Ce gorille n’est pas une première pour Terry qui avait déjà imaginé et dessiné un gorille habillé en homme d’affaires ayant un travail et une femme, dans le cadre d’un comics dont il était l’auteur. Dans « Motor Girl », Mike a une symbolique très importante mais je ne vous en dirai pas plus au risque de vous gâcher la lecture alors même que vous n’avez pas commencé le livre…

Entre réalité et imagination…

Dans cette BD, il y a un gros travail autour du mystère de ce qui existe réellement et de ce qui n’est que pure imagination. Les deux sujets de ce « jeu » sont Mike et les Aliens qui débarquent dans le désert (à côté de la maison où Samantha vit). Je n’en dirai pas plus mais c’est une réflexion et un travail sur les liens entre l’imaginaire, la création, la psychologie de l’auteur – et du lecteur aussi – le tout donnant à une œuvre son poids !

Les personnages préférés par l’auteur

Terry Moore m’a expliqué préférer deux personnages de ce one shot: Mike et l’Alien.

Mike: Compte tenu de son expérience en tant que dessinateur de cartoons, il a expliqué tout particulièrement apprécier dessiner des gorilles.

L ‘Alien: Le style très années 50 qu’il a donné à ce personnage lui plaît énormément.

Son style de dessin en noir et blanc

Terry Moore a choisi un style de dessin en noir et blanc car cela va plus vite. En effet, s’il travaillait ses BD avec de la couleur, il prendrait deux fois plus de temps avant de les envoyer à l’impression or, compte tenu de ses impératifs en matière de délais, s’autoriser la couleur n’est pas envisageable. Ceci étant, cela ne répond pas à la question fondamentale de ce que pourrait bien apporter la couleur à une narration graphique si forte et si efficace !

Les projets à venir

Terry Moore travaille actuellement sur sa prochaine série intitulée « Everlasting ». Pour le moment aucune information ou image n’a été divulguée aussi je ne pourrai malheureusement pas vous en dire d’avantage…

Je retiens de cette interview une grande satisfaction : Terry Moore est un auteur tout à fait sympathique avec qui ça a été un plaisir de discuter. N’ayant lu que deux de ses œuvres je n’ai malheureusement pas eu la possibilité de beaucoup discuter, cependant je suis désormais déterminée à lire ses autres BD ! Vous aussi peut-être ?

Rencontres à Angoulême : Sylvain Ferret avec Michel

Nous sommes à Paris en 1858 quand commence cet album Métamorphoses 1858, le premier album de Sylvain Ferret (dessinateur) et Alexie Durand (scénariste). Nous sommes dans un appartement et un jeune garçon vient à la rencontre de Stanislas Andrzej… Il faut dire que le garçon est à la recherche de sa sœur, disparue dans l’indifférence policière, tandis que Stanislas est, entre autres, détective amateur… J’ai oublié de préciser, qu’il y a aussi Joseph, un colocataire médecin… Pour un peu, on se croirait presque dans un Sherlock Holmes… Enfin, pas tout à fait…Sylvain Ferret est un jeune auteur qui avec ce scénario familial – Alexie Durand est bien de sa famille – trouve une histoire à la hauteur de son jeune talent. Le dessin est très bon et la narration graphique juste et efficace. On s’y croirait bien dans ce Paris de 1858. On sent à travers les dessins les odeurs, on entend les bruits, on ressent la chaleur, l’humidité, les transpirations, les mouvements… Du coup on vit cette enquête par l’intérieur sans tomber dans des discours inutiles et qui ralentissent trop souvent les bédés policières… D’ailleurs est-ce bien une bande dessinée policière ?Bon, certes, il y a bien la recherche d’une jeune femme, couturière et sœur de ce garçon bien sympathique qui est venu embaucher Stanislas avec ses quelques pièces… D’ailleurs, très vite, on va s’apercevoir que ce n’est pas une mais trois jeunes femmes qui ont disparu… Mais cette histoire n’est peut-être pas que du polar… Allez savoir !Alors, oui, chez ces deux auteurs, jeunes auteurs en bande dessinée, il y a un peu de Conan Doyle, mais aussi un peu de Mary Shelley et leur album porte une petite dose de Jack l’éventreur avec une ambiance digne des bas quartier de Londres même si on est bien à Paris… Enfin, on peut aussi évoquer les enquêtes d’Harry Dickson par la petite pincée de fantastique qui traine ici ou là…

Autant vous le dire sans précaution d’usage, j’ai adoré cette bande dessinée et j’ai été très content de rencontrer Sylvain Ferret, le dessinateur, durant ce festival d’Angoulême 2019. En plus c’est l’un des rares auteurs qui me fait lever la tête pour le saluer car il est nettement plus grand que moi…

L’entretien fut des plus sympathiques et j’avoue que j’espère à l’occasion du prochain album – le plus vite possible car le suspense est intenable – rencontrer aussi Alexie Durand la scénariste. Une très belle surprise de ce début d’année 2019 en bédé…

Rencontres à Angoulême : Cyril Trichet avec Michel

Les arcanes du Midi-Minuit est indiscutablement une bonne série policière et fantastique de bandes dessinées. Les auteurs, Jean-Charles Gaudin pour le scénario et Cyril Trichet pour le dessin, maitrisent parfaitement leur ouvrage et font preuve de compétences certaines pour doser tous les éléments de cette série. L’intrigue policière est forte, complexe, solide et cohérente. L’aspect fantastique est bien présent mais n’étouffe pas l’aspect policier. Enfin, les personnages sont crédibles, humains, attachants et on a envie de les suivre dans les enquêtes et dans la vie tout simplement…Pour ceux qui ne connaissent pas encore la série, précisons qu’en gros chaque album raconte une enquête même s’il y a bien quelques éléments qui interfèrent d’un album à l’autre… Jim Mc Kalan est un agent secret et renommé du royaume, peut-être même le meilleur agent spécial du roi… Sa cousine, Jenna, est horlogère et la bijouterie est le « Midi-Minuit ». Elle a pris l’habitude de donner un coup de main à son cousin chaque fois que cela était possible. Mais bizarrement, au moins dans les premiers albums, on ne voit jamais Jim et Jenna en même temps…Alors, bien sûr, je ne vais pas vous raconter tout cela en détail mais seulement vous dire que du côté de York City il se passe quand même des évènements quelque peu atypiques… C’est Cyril Trichet, le dessinateur, que j’ai eu le plaisir de rencontrer lors du festival de la bande dessinée d’Angoulême et c’était à propos du tome 14… Oui, la série a commencé en 2002 et cela ne nous réjouit pas tant que cela…Alors, bien sûr, plus la série avance et plus on en apprend sur Jim et Jenna, plus les choses deviennent complexes, plus le dessin est délicat pour Cyril Trichet qui doit aller même jusqu’à… enfin, je ne vais pas tout vous dire et vous n’avez finalement que 14 albums à lire pour me rejoindre dans l’histoire…Durant le festival international de la bande dessinée d’Angoulême, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai rencontré Cyril Trichet, qu’il m’a parlé longuement de tous les éléments de cette série et qu’il m’a même dessiné une Jenna sur mon livre d’or… Que du bonheur ! Par contre, je n’ai pas réussi à intéresser un étudiant à cette série…