Franc-Maçonnerie et Bande dessinée : Les enquêtes du commissaire Marcas…

Je sais bien que certains lecteurs n’ont jamais accroché aux romans du cycle des enquêtes de Marcas, policier et Maître Franc-Maçon, cycle romanesque de Giacometti et Ravenne. Pourtant, j’ai plutôt apprécié ces romans qui mêlent Histoire et modernité, polar et humanité, Franc-Maçonnerie et société contemporaine…

Maintenant, cette série est adaptée en bande dessinée et c’est Eric Albert qui a entièrement dessiné le second épisode en trois volumes – tous parus – Le Frère de sang.

Pour faire simple, il s’agit bien d’une histoire policière avec un fond ésotérique et historique car on va parler d’alchimie, de Nicolas Flamel, de La Fayette, de Franc-Maçonnerie, bien sûr, et tout cela avec une aventure de qualité, très bien dessinée et qui tient le lecteur en haleine du début à la fin ! Il y aura des meurtres, plutôt cruels, à différentes époques… oui, comme dans un polar !!!

Oui ce n’est qu’une fiction, qu’un bon polar, mais ça fait du bien et c’est, du moins à mon avis, bien meilleur que de très nombreuses séries à la télévision, mais je sais que ce n’est pas une référence ! Enfin, le personnage de Marcas me plaît bien et il permet de percevoir ce que peut représenter la Franc-Maçonnerie pour certains Frères et là je n’oserais pas faire de généralisation car j’ai bien compris que tout n’était pas unanimement partagé !

La guerre de 14-18 en BD !

La célébration et les hommages aux combattants du premier conflit mondial, la Guerre de 14-18, continuent et se prolongeront jusqu’en 2020 car il y a fort à parier que l’on fera bien un petit quelque chose pour le Traité de Versailles… En attendant, certaines publications BD ont abordé et raconte encore la guerre, la Marne, la Somme, Verdun… dans ces multiples publications, j’ai repéré une série atypique car elle a choisi de prendre un angle essentiellement humain et a donc laissé de côté les aspects politiques et militaires…Eric Corbeyran, le scénariste de la série 14-18, a décidé de poser en quelque sorte son objectif sur un village, sur un groupe de jeunes gens. Ils vivent heureux, jusqu’en 1914, ont des amourettes, voire des amours, boivent un peu, se chahutent gentiment, constituent une bonne bande de jeunes… Ils sont sur le point de devenir de bons adultes, d’honnêtes citoyens, d’entrer dans la vie active… et, malheureusement pour eux, c’est dans la guerre qu’ils vont entrer…Ces huit jeunes hommes vont constituer le panel de Corbeyran et Le Roux, le dessinateur de la série. Ils vont les suivre année après année, dans ce terrible conflit. On suivra aussi, c’est logique, les copines, femmes et familles de ces huit jeunes gens… Et on va les voir évoluer au cours de cette guerre qui va définitivement les transformer, peut-être même leur faire perdre leur humanité…Ce qui est remarquable dans cette série, c’est que le choix de montrer les humains avant toutes choses transforme le récit et nous éloigne de la chronologie stricte. D’ailleurs, les auteurs jouent avec efficacité de petits récits d’après-guerre si bien que l’on voit certains changements profonds chez ces êtres humains…

Même si nous ne sommes pas dans un récit historique, on verra quand même successivement le départ à la guerre, l’espérance d’une issue rapide, les premiers combats, la bataille de la Marne sera évoquée, on aura l’épisode des tranchées à creuser, des gaz toxiques, des offensives stériles, de Verdun, de la Somme et même des femmes dans les usines d’armement !Comme il y a un groupe conséquent de personnages, cela permet aux auteurs de raconter de très nombreuses situations, des plus légères aux plus dramatiques. On va même avoir la découverte des tirailleurs algériens par ces jeunes métropolitains qui ne connaissent pas grand-chose de l’Empire colonial français…

Je trouve cette série très complète, très riche en informations, en éléments historiques, profondément humaine et porteuses, même, d’éléments de réflexion sur la guerre, la vie, la mort, Dieu, la paix, l’amour, l’enfance, le travail, l’autorité…

Certes, on n’échappera pas aux clichés mais ils ne sont là que pour poser certaines scènes. Si le sergent est autoritaire, bête et parfois même méchant, c’est pour que le groupe de jeunes soit face à ses responsabilités et que l’on puisse voir comment certains seront obligés de prendre les choses en mains, pas pour mettre en place de l’antimilitarisme… Si certains ordres d’officiers sont criminels c’est parce que durant cette guerre il y eut de la part des généraux et officiers de très nombreuses erreurs dont certaines furent indiscutablement criminelles… Oui, cette guerre a mis en exergue tout ce que l’humanité a de meilleur et de pire !

Voilà, 6 albums sont déjà sortis sur les 10 prévus, ce n’est pas une lecture légère et douce, c’est bien un récit durant la boucherie de 14-18 mais c’est passionnant, bien dessiné, bien construit et je ne peux que vous en conseiller la lecture. Je pense que compte tenu de la cruauté de certaines séquences, il vaut mieux réserver cette lecture pour des lecteurs de 14 ans et plus…

 

Hermann Président !!!

Dans quelques jours, Hermann sera le président du festival international de la bande dessinée d’Angoulême car, en 2016, c’est bien lui qui a eu le Grand prix de la ville d’Angoulême. Il n’est plus temps de savoir si la sélection comportait ou pas assez de femmes, si certaines n’auraient pas dû être placées avant lui, car ce qui est certain c’est que cet auteur est un grand de la bédé, indiscutablement !Pour ceux qui ne le connaissent pas ou pas assez, rappelons qu’il est l’auteur d’un nombre incroyable de séries et albums. Pensez donc : Bernard Prince et Comanche avec Greg au scénario, Jugurtha avec Jean-Luc Vernal au scénario, Jeremiah (dessin et scénario, une série qui continue encore, tome 34 sorti en octobre 2015), les Tours de Bois-Maury… sans oublier tous les one-shot dont certains sont de véritables chef d’œuvre, comme Lune de guerre que j’avais adoré !Je viens de lire un de ses derniers ouvrages, Le passeur, une bande dessinée scénarisée par son fils, Yves H. Je sais que certains n’apprécient pas toujours les scénarios d’Yves H mais j’avoue que j’ai bien apprécié cet album, noir à souhait, ce qui permet à Hermann de mettre son dessin en valeur lui qui aime tant les ouvrages aux limites de la désespérance…Un couple est en quête d’un lieu idyllique, le fameux Paradise. Au départ, on y croit même si une fois encore on est dans un monde post-apocalyptique, une des grandes passions d’Hermann. On comprend assez vite que Sam et Samantha vont bien avoir du mal à trouver une issue favorable à leur quête mais on a quand même envie de les suivre jusqu’au bout tant l’invitation graphique d’Hermann est puissante !L’éditeur nous annonce que le scénariste Yves H signe là son ouvrage le plus noir. Oui, certainement mais n’est-ce pas l’un des plus sombres de toute la bande dessinée ? Si ce n’était pas le cas, en tous cas, on n’en est pas loin du tout… et j’adore, je vous le concède ! Un grand album noir pourtant en couleur avec des dessins d’Hermann d’une très grande qualité… Quant au passeur, on a bien compris qu’il est celui qui fait passer sur l’autre rive… Non ?

J’espère que dans quelques jours Hermann saura quand même nous embarquer dans son exposition à Angoulême, qu’il imprimera sa marque à cette édition du festival et que l’on pourra dire que 2017 était bien l’année d’Hermann comme j’avais pu écrire que l’édition de 2011 était celle de mon ami Baru !

Alice Matheson et les zombies…

Une histoire de zombies de plus ! Voilà ce que pourrait être la réaction d’un lecteur qui trouverait le premier tome de la série Alice Matheson, avant qu’il en commence la lecture… Oui, ça a bien le goût et l’aspect du zombi ! Oui, on pourrait se croire dans du déjà vu ! Sauf que…

Si le lecteur regarde d’un peu plus près la quatrième de couverture, il va être saisi d’un doute… Ce n’est peut-être pas du zombi mais de l’Urgences ! Oui, hôpital, infirmière, seringue… A moins que nous soyons dans une « simple » histoire d’ange de la mort… Oui, la bonne et douce infirmière qui abrège les souffrances du malade condamné par la science !

Mais, là encore, si le lecteur n’entre pas dans la série, il ne mesurera pas son erreur, erreur relative ou absolue, en fait c’est vous qui déciderez le moment venu, c’est-à-dire quand vous serez au cœur de l’histoire…Dans Alice Matheson, il y a un peu de Walking dead – oui, il y a bien des zombies – mais aussi un peu de XIII – quelles sont les origines mystérieuses de cette infirmière spéciale, Alice Matheson – et encore une pointe de la série Urgences – oui on est dans un hôpital qui se repait de ses histoires sentimentales, qui gèrent ses tensions et jalousies, avec ses heurts et ses sourires – sans oublier une petite pointe de Docteur House car il faut mener les recherches pour comprendre d’où viennent ces zombies sauvages…Mais, comme une bonne série – et on ne va pas apprendre à Jean-Luc Istin comment construire un tel ouvrage – ne peut pas rester dans les basiques, il y aura aussi quelques incursions sur l’euthanasie, sur la violence, sur l’amour, sur l’argent, sur les ascendances…

Même si cette série bédé est indiscutablement violente par bien des aspects, que l’on ne peut certainement pas la mettre dans toutes mes mains, que sa lecture doit être réservée à un public adolescents plus et jeunes adultes, je dois vous avouer que j’ai beaucoup aimé !!!Le scénario de Jean-Luc Istin et repris à partir du tome 4 par Stéphane Betbeder, un scénariste prolixe que j’ai découvert et apprécié avec Le retour de Dorian Gray. Les dessinateurs sont plusieurs ce qui permet au lecteur de ne pas attendre trop longtemps la sortie des suites… Pour autant, le lecteur n’est pas choqué ou déstabilisé par le passage de la narration graphique de Philippe Vandaële  à celles de Zivorad Radivojevic, de Federico Pietrobon, de Lucio Leoni ou d’Emanuela Negrin… Pour le prochain album, le sixième, on retrouvera Philippe Vandaële… et on clôturera ainsi la première saison de cette série…

Le fait de parler de saison, comme pour une série de TV, montre bien que la parentalité avec Urgence ou Dr House n’est pas seulement une vue du critique, c’est probablement structurel, voulu délibérément par les auteurs, dès le premier album !

Voilà donc une série, proposée durant cette première Nuit de la lecture à Chalon et j’espère que certains auront bien envie d’aller la découvrir !

Prix France Info de la Bande Dessinée 2017

Un premier prix 2017 en bande dessinée vient de tomber et c’est un excellent choix !

En effet, Love story à l’iranienne vient de recevoir une très belle distinction avec le Prix France-Info de la BD 2017 ! Ce prix récompense chaque année un ouvrage de bédé et le jury est composé de journalistes de la station.

Il me semble que cette distinction est parfaitement méritée car l’ouvrage est d’une très grande qualité et il permet d’entrer en contact avec la jeunesse iranienne, de comprendre comme elle s’approprie la vie, l’amour, les relations humaines dans un pays où la loi, la religion et L’État restreignent assez considérablement les libertés au quotidien…

Il s’agit bien d’un reportage et non d’une fiction même si les noms des jeunes Iraniens ont été changés pour les protéger… La bande dessinée explore avec beaucoup d’attention, de talent et de soins ce genre du reportage et alors que l’on est à l’ère de l’image on mesure que le dessin permet de faire passer beaucoup en respectant totalement la personne humaine… Ici, on frôle la perfection !

Les auteurs sont en fait trois, deux scénaristes et un dessinateur. Jane Deuxard est le pseudonyme d’un couple de journalistes. Ils n’utilisent pas le pseudo pour se protéger, eux ou leur vie privée, non, seulement pour poursuivre leur travail en Iran, pays où il n’est pas aisé de travailler pour un journaliste. Sur cette terre des mille et une nuits, ils ont tissé de nombreux liens, ont établi la confiance avec des représentants de la population, en particulier les jeunes… Leur travail est remarquable et cela permet un ouvrage de qualité qui nous apporte une mine d’informations, on finit par oublier les conditions pour que la parole puisse se libérer ainsi, pour que ces jeunes racontent leur vie…

Love story à l’iranienne est une bande dessinée par Serge Deloupy et son graphisme, sa narration dessinée est entièrement au service du propos… Cela donne une très belle bande dessinée à lire et relire… Après tout, en France, la vie n’est pas si moche que cela… Il y aurait peut-être quelque chose à explorer de ce côté-là, des combats à mener pour conserver notre art de vivre… Qui sait ?

 

Bandes dessinées et indentité nationale ?

Depuis quelques mois, cela ne vous a pas échappé, la question lancinante et persistante n’est plus « Est-ce que tu as trouvé du travail ? » mais « Qu’est-ce qu’un français ? ».  Il est important de savoir ce qui nous unit, ce qui nous rassemble dans la communauté française, ce qui empêcherait d’autres de rentrer dans ce groupe, les Français !Je sais bien que tout le monde ne raisonne pas ainsi et j’exagère le propos en transformant cela en provocation… car, au fait, vous sauriez répondre à la question, vous donneriez une définition du Français ? L’identité nationale puisque c’est bien de cela qu’il s’agit n’est certainement pas une valeur figée dans le temps et c’est ce qui a poussé Thierry Gloris à écrire une série de cinq bandes dessinées consacrées à 5 batailles essentielles de notre histoire : Castillon, Valmy, la Bérézina, Camerone et Dunkerque !

Sans vouloir écrire un récit national, mythique et fondateur, il nous propose à travers ces cinq combats, des femmes et des hommes mus par un état d’esprit, animés par l’envie de vivre ensemble, prêts à mourir ensemble… Ils donnent naissance, sans toujours sans rendre compte, à une Nation en mouvement… Cette série Champs d’honneur mérite donc un coup de projecteur pour tenter non de comprendre mais plutôt d’approcher la notion d’identité nationale…

Alors, révisons un peu notre histoire… Castillon ? C’’est en quelque sorte la fin de la guerre de cent ans. Au départ, un conflit familial, une dispute autour d’une couronne… A la fin, une bataille en Aquitaine qui sera le point de départ définitif des Anglais du sol français. Mais quand ils étaient arrivés, suite au mariage entre Aliénor d’Aquitaine et Henri II d’Angleterre, on ne parlait pas de France. Cette bataille de Castillon permet au roi, Charles VII d’assoir son pouvoir sur des fiefs qui n’étaient alors que très éloignés du pouvoir central… c’est aussi un des premiers grands combats avec artillerie, arme qui sera un atout royal à Marignan en 1515… Ah, j’ai oublié de préciser la date de Castillon, le 17 juillet 1453… pas loin d’un 14 juillet !Valmy ? Peut-être un peu plus connu, mais bataille que l’on ne connait pas très bien malgré tout. Nous sommes en septembre 1792. Sur le plan strictement militaire, ce n’est pas un gros évènement, beaucoup de monde sur le terrain, peu de victimes – une c’est toujours trop mais cette fois-ci les combats furent très limités – et au bilan une date forte quand même pour la France révolutionnaire. Il faut dire que cette bataille laisse à la France le sentiment d’avoir vaincu les armées professionnelles et des rois d’Europe et c’est bien à partir de ce moment-là que l’on se débarrasse en France du Roi, que l’on abroge la Monarchie, que la France devient Républicaine… Si la France avait perdu Valmy… mais, là, c’est une tout autre histoire !La Bérézina, novembre 1812, est une bataille paradoxale. D’une part, elle démontre les limites de ce petit empereur : il n’est pas invincible, il se fait avoir par le Tsar russe, il sacrifie de très nombreux jeunes soldats, il s’enlise en Russie et il commence à signer là la fin de son Empire… Mais, d’autre part, la Bérézina est une victoire sanglante et tragique car au prix d’énormes sacrifices de soldats qui donnent leurs vies pour en sauver d’autres, Napoléon parvient à franchir cet obstacle aquatique, il préserve une partie de son armée, rejoint son Empire : il a perdu la Campagne de Russie mais gagné la Bérézina !

 

Camerone ? Alors là on est encore dans le plus confidentiel car en dehors des légionnaires qui célèbrent toujours cette bataille, le reste des Français ignore tout de cette bataille, de cette campagne au Mexique. Pourtant, alors que la mission était anodine, une unité de la Légion va se battre jusqu’à la mort pour permettre à un convoi logistique de passer à travers les forces mexicaines… cela ne changera pas l’issue de la campagne mais l’honneur est sauf : ils ont rempli leur mission ! Cameron est une défaite, au sens militaire, aucun doute, mais c’est le symbole de l’abnégation du militaire, du légionnaire en particulier…

Je ne vous parlerai pas du dernier volet qui n’est pas encore sorti mais les quatre premiers volumes sont très bien réalisés. Il y a un dessinateur différent à chaque bataille, Gabriele Parma pour Castillon, Emiliano Zarcone pour Valmy, Andréa Mutti pour La Bérézina et Joël Mouclier pour Camerone… A chaque fois on suit la bataille par des personnages qui vivent l’évènement et cela n’a rien de didactique, on est dans le récit, dans l’histoire, dans le destin humain et national et ça passe très très bien !

Enfin, côté historique, c’est soigné, précis, étayé, et le fait que Thierry Gloris soit historien de formation, qu’il soit passionné par la question n’y est pas étranger… Très beau travail !

Préparons Angoulême… Seuls !

La série Seuls est une série très particulière dans le monde de la bande dessinée. En effet, le travail de Fabien Vehlmann, le scénariste, et de Bruno Gazzotti, le dessinateur, ressemble à une série jeunesse, enchante les jeunes lecteurs d’une douzaine d’années et recueille l’assentiment des parents et autres prescripteurs qui l’offrent sans aucune réticence aux lecteurs assoiffés et impatients de la découvrir et d’avancer dans l’histoire…

Pourtant, elle parle de la mort, de la violence, de la société, du pouvoir, des relations homme-femme, du travail, des stéréotypes inégalitaires… Oui, tout dans cette série est fort, dur, intellectuel, truffé de références livresques et religieuses, philosophique et sociologique, anthropologique et métaphysique… et, les adultes qui y glissent leur petit nez en sortent séduits : oui, Seul est une très grande série de bande dessinée pour un très large public !Il est vrai que nous sommes dans une société où la mort est un sujet tabou, du coup, Fabien Vehlmann a inventé une histoire où les choses ne sont pas dites instantanément. Ici, tout est progressif et c’est pour cela que l’histoire est divisée en cycles… Dans le premier – tomes 1 à 5 – on va découvrir que des enfants se réveillent, un matin, dans une ville vide. On découvre des personnages qui vont être nos amis durant de nombreux albums…

Il y a Leïla, belle au caractère ombrageux ; Dodji, sombre et mystérieux ; Terry, le plus jeune au caractère soupe-au-lait et très joueur ; Camille, la bonne élève parfaite ou presque qui a toujours peur de ne pas avoir une bonne note à l’école ; Yvan, le porteur de lunettes, le fils de riches, celui qui aurait pu ne jamais rencontrer Leïla ou Dodji… Cinq enfants qui ne seront pas seuls dans cette série mais que l’on va suivre, ce sont eux, les héros !Seuls dans une ville, il faut survivre, il faut donc manger, se déplacer, affronter l’inconnu, tenter de comprendre ce qui a bien pu se passer… Les dangers seront nombreux à commencer par un tigre, un rhinocéros, des singes très agressifs, un lanceur de couteaux… Je ne vais pas tout vous raconter, vous livrer les secrets du scénariste car en lisant, vous découvrirez très bien tout cela…Ce qui est certain, par contre, c’est que les éléments vont se préciser au fur et à mesure. Dans le second cycle – tomes 6 à 9 – on va commencer à en savoir un peu plus ce qui est arrivé aux enfants. Tout ne deviendra pas plus simple pour autant… J’aime d’ailleurs énormément le personnage d’Anton avec ses théories, ses calculs, ses réflexions… Par sa voix, le scénariste nous fait réfléchir à la vie, à la mort, aux limbes, à la vie après la mort, à la conscience, à la mémoire, au grand passage…

Cette série est un ovni dans l’univers de la bande dessinée mais un grand œuvre magnifiquement construit, digne de la littérature, c’est donc une grande lecture, c’est à lire et à partager, ce peut être une source d’échange au sein de la famille et en dehors, bref, c’est du très très bon, de l’incontournable !

Donc, assister à l’avant-première du film tiré de cette série et rencontrer et interviewer les auteurs seront certainement des moments très forts du prochain festival international de la bande dessinée d’Angoulême !

A la découverte des Rois mages…

Souvent, les premières galettes des rois arrivent en vitrine de boulangerie à partir du 20 décembre… et, pourtant, on est encore loin de l’Épiphanie, cette fête qui donne lieu au fameux tirage des Rois dans les familles. Aujourd’hui, je serais tenté de dire que cette fête s’est transformée en fête de la frangipane tant le côté religieux semble avoir disparu… Religieux, mais catholique ou pas… Il est bien temps de se pencher sur la question car tout n’est pas très clair…

Quand j’étais petit, reprenons bien aux origines, il s’agissait de l’arrivée des Rois mages dans la crèche. De Noël à l’Épiphanie, pas de roi mage dans la crèche. Puis, le matin de l’Épiphanie, l’Étoile de Bethléem avait bien dû briller car ils étaient là, Balthazar, Melchior et Gaspard. D’ailleurs, on me disait même qu’ils représentaient à eux trois les continents : Melchior pour l’Europe, Gaspard pour l’Asie et Balthazar pour l’Afrique. Tant pis pour les Amérindiens et les autochtones d’Océanie, ils n’avaient pas été invités à la fête…

Cette tradition des Rois mages remonte assez loin dans l’histoire car dans certaines catacombes, on en trouve peints sur les murs… Mais si on remontait encore plus loin ?

Quand on cherche, on trouve, au moins partiellement. On trouve chez les antiques Grecs et Romains des fêtes très particulières en l’honneur de Dionysos pour les uns, Saturne pour les autres. A chaque fois, il s’agissait de se réjouir du retour des beaux jours après le solstice d’hiver. Ces fêtes étaient bien souvent excessives, arrosées et même sexuelles. Chez les Romains, lors des Saturnales qui se déroulaient à cheval sur décembre et janvier, on tirait au sort un esclave qui était nommé roi d’un jour… Parfois c’était une élection, parfois une fève dans un gâteau qui désignait arbitrairement ce roi du jour…

On a beaucoup jasé sur le devenir du roi d’un jour. Il pouvait exaucer des vœux dans la journée, pour lui ou d’autres, mais que devenait-il à la fin de la journée ? Certains disent qu’il était mis à mort, et cela arrivait quelques fois. Mais dans la majorité des cas, il était tout simplement renvoyé à son sort, certains diraient à son triste sort…

Revenons au tirage au sort ! Vous ne serez pas surpris d’apprendre que parfois le plus jeune allait sous la table pour désigner de façon assez arbitraire et neutre la part de galette que chacun allait recevoir. Comme quoi nos traditions remontent toujours très loin même si elles ont été christianisées à un moment car il n’est plus question de tuer notre roi à la fin de la journée, bien sûr !

Cette tradition de tirer les rois est restée et on a fait le lien avec ces rois mages qui venaient adorer Jésus dans sa crèche… Quelques anecdotes sont restées dans notre histoire même s’il est très difficile de leur donner du crédit… On dit, par exemple, que François 1er dont la légitimité n’était pas établie avec solidité, s’était fâché très sévèrement contre un jeune prince de la cour qui avait eu la fève et s’était proclamé roi. Il en fut pour ses frais car le jeune roi et quelques amis avaient ravagé une partie de son domicile… Lèse-majesté en quelque sorte !On dit aussi que Louis XV avait tiré les rois avec ses petits-enfants et que la fève s’était fractionnée en trois parties dont les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X avaient chacun récupéré un bout. Ils se proclamèrent tous trois rois dans l’euphorie de la jeunesse tandis que le sage Louis XV y voyait là un signe de drame… Effectivement, les trois jeunes hommes allaient devenir chacun à leur tour roi… mais rien ne dit que cette histoire comporte la moindre parcelle de vérité !

Pendant la période de la Révolution Française, il était bien délicat de parler de galette des rois, on eut donc la galette du bon voisinage… mais la tradition perdura et arriva ainsi jusqu’à nous !

Quant à la frangipane, il est assez délicat d’avoir une version fiable, là encore, mais j’aime à penser qu’elle arriva en France avec une certaine reine, Catherine de Médicis. Au moins, cette reine noire laissa à la France une recette délicieuse car vous l’aurez bien compris, j’aime la frangipane.

La tradition est donc bien en place même si certains Réformés et Catholiques n’apprécient pas trop cette coutume venue du monde païen, même si certains Républicains se lassent d’entendre toujours parler de Roi…

Mais, justement, cela nous a considérablement éloignés de la fête de l’Épiphanie et de son sens religieux…

En fait, l’Épiphanie est une très grande fête, certains théologiens chrétiens seraient même tentés d’affirmer une des plus grandes fêtes de la vie chrétienne. Avant cette « révélation » – Épiphanie signifie paraitre dans sa gloire – Jésus n’est que le fils de Marie et de Joseph. A partir du moment où des mages représentant la population du monde et même sa partie la plus cultivée et savante, Jésus devient le Messie, celui qui est là pour l’humanité entière et non pas simplement pour un peuple donné. Jésus n’appartient plus à ses parents, à son clan et ou son peuple, il est le fils de Dieu envoyé pour tous !

Les chrétiens d’Orient ont très rapidement compris que cette fête devait dépasser le simple folklore, elle porte un symbole fort et absolu. Cette fête est le début du ministère public de Jésus même s’il est encore enfant et dépendant de ses parents. Les Orthodoxes fêtent là quasiment toute la jeunesse de Jésus qui fait sens : présentation, visite aux prêtres du Temple, Baptême… avec cette fête Jésus est prêt à nous parler, à nous montrer le chemin qui mène au Père, à nous sauver…

Pour les Catholiques, l’Épiphanie est fixée au 6 janvier ou au dimanche entre le 2 et le 8 janvier. Trois phases de la vie de Jésus sont évoquées, ce qui nous rapproche considérablement des Orthodoxes : l’adoration des mages, le baptême de jésus, les noces de Cana même si ce sont bien les mages qui retiennent l’attention et la curiosité…

Pour redonner du sens et de la force à l’Épiphanie, l’Église catholique a créé une fête spécifique, le dimanche suivant, centrée sur le baptême du Christ. Mais reconnaissons bien que l’Épiphanie est installée dans le cœur des occidentaux, que les galettes font leur petit effet, et que cela semble assez raisonnable d’évoquer le sens de cette fête avec une vision générale. Quelques jours plus tard, une grande partie des chrétiens par intermittence et non pratiquants auront oublié tout cela et seront dans l’attente de Pâques et de ses chocolats…

Donc, si on veut garder un peu de sens à tout cela disons que l’Épiphanie est la grande fête qui révèle Jésus et sa mission à tous les hommes, à tous les peuples, à toutes les cultures… C’est une grande fête qui va bien au-delà de l’arrivée de trois personnages mystérieux qui offrent à Jésus et sa famille les richesses de l’époque : or, encens, myrrhe…

Il y a là, beaucoup de symbolique, dont la première est de faire venir dans la crèche après les bergers – symbolisant le peuple du bas – les mages – le peuple du haut. Tout le monde est donc bien venu adorer Jésus, il est reconnu par tous et nous sommes donc invités, nous aussi, à venir adorer Jésus dans son dénuement et sa simplicité.

Voilà le sens profond de cette fête et si elle est l’occasion d’une bonne galette en famille, profitez-en car la convivialité et l’affection familiale ne sont pas un frein à l’adoration de Jésus sauveur du monde !

On sent dans le sens théologique de cette fête un aspect proche de la Pentecôte… On pourrait dire que l’Épiphanie est une pré-Pentecôte !

Mais, croyants ou pas, chrétiens ou pas, je vous souhaite à tous une bonne galette !!!