La Douane de mer à Venise : à la rencontre du Juif errant, avec Jean d’Ormesson et Veneziano

Le Juif d’Arcadie, condamné à l’immortalité, traîne ses guêtres aux alentours de la Douane de mer, à Venise. C’est ce que prétend M. Jean d’Ormesson, de l’Académie française, dans son roman du même nom, La Douane de mer, donc.

Intrigué depuis longtemps par cette ville, ce qui me vaut de choisir le pseudonyme de Veneziano pour apparaître sur ce site, il ne m’en faut pas tant pour me lancer dans une investigation. Ayant découvert le siège de la République Sérénissime adolescent, en avril 1992, j’y retourne à plusieurs reprises, en raison des nombreuses visites culturelles qu’elle offre, des paysages à couper le souffle qui la jalonnent, en raison de son caractère quasi-inchangé depuis les XVIIème et XVIIIème siècles, également du calme qui s’en dégage, dans les quartiers à l’écart de la meute continuelle des touristes qui se concentrent à San Marco et le long du Rialto.

C’est peu après ma première visite que j’emprunte le livre de M. d’Ormesson, négligemment laissé sur une table par ma grand-mère. Le geste ne devait probablement pas être si anodin. Elle l’avait terminé il y a peu ; aussi semblait-il fort servir de communication différée entre nous, de source d’imaginations communes.

La Douane de mer, justement, entre l’église de la Salute et le long quai des Zattere, en face de l’île de la Giudecca, figure parmi ces lieux aussi paisibles que sublimes, où je peux rester béat et serein, de longs moments. A l’aube, avant le petit-déjeuner, et au crépuscule, à cet endroit, j’avoisine l’état d’extase. Quitte à être condamné à l’immortalité, pourquoi ne pas aménager sa peine en la subissant dans un endroit pareil ?

En avril 1998, j’y retourne, en lisant A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, avant d’atteindre l’opus final, Le Temps retrouvé, comme si tout se tenait. En février 2008, j’accompagne ma visite de L’Etat schizo, de Mme Martine Lombard, relatif aux hypocrisies des politiques français face à leurs responsabilités au sein des institutions de l’Union européenne. Cette lecture est suivie de celle de Corto Maltese : une ballade en mer salée, aventure par M. Hugo Pratt où son héros arpente les archipels du Pacifique. Ce livre a été acheté à la librairie française, tout au nord de la ville, vers l’Eglise Santi Giovanni e Paolo. En juillet 2013, j’y feuillette Fugues, recueil d’articles de M. Philippe Sollers, également grand admirateur de Venise. En juin 2014, outre plusieurs ouvrages consacrés aux musées locaux, j’y découvre un extrait de l’autobiographie de Casanova, acheté au Palais Querini, fort beau, près de l’Eglise Santa Maria Formosa.

Ce parcours irrégulier et ces lectures éclectiques contribuent-ils à me rapprocher du Juif errant ? M. d’Ormesson m’a-t-il donné suffisamment d’indices pour aller à sa rencontre ?

Son esprit semble y figurer partout. La longue conversation, d’un niveau culturel soutenu, ressemble à un témoignage de la charge historique, de l’imposante beauté du décor, malgré les façades quelque peu ternies et passages à restaurer qui émaillent le quartier du Dorsoduro (dos dur, en italien), au sud de Venise. Ce Juif éternel connaît tant de choses en deux mille ans d’existence, a tout vu et entendu, un peu à l’instar de cette ville ; aussi est-ce en hypermnésique, témoin et porteur des moindres détails de l’histoire de l’humanité qu’il en relate une part à l’académicien.

S’il choisit ce lieu, ce n’est pas par hasard, car, plus au calme que Jérusalem, Venise est porteuse d’une grande histoire qui s’est figée, tel un vestige menacé mais tenace, un peu à son image. S’il s’installe prêt de la Douane de mer, ce décision n’a rien d’innocent : il fait face à l’île de la Giudecca, qui a pu servir de déversoir aux délinquants et aux Juifs. L’assimilation est de mauvais goût, mais en dit long sur les représentations sociologiques de l’époque. Aussi Venise a-t-elle inventé le Ghetto, le tout premier du genre se situant près de la gare, au nord de la ville. Getto signifie « je jette », le mot se prononce « djetto » ; or, les Ashkénazes, d’Europe centrale, l’énonçaient tel qu’il est transcrit aujourd’hui.

Il est donc logique de l’y trouver là. Mais l’ai-je vraiment croisé ? J’ai automatiquement croisé d’assez nombreuses personnes, dans les environs de la pointe de la Douane. Certains ont pu s’interroger sur ma présence, le long de ce quai des Zattere, de bon matin, à une heure où les touristes ne se hasardent pas. Aussi la plupart reste peu de temps sur ce qui ne reste qu’un lieu de passage, ce qui s’avère plutôt heureux pour apprécier avec autant plus de calme et de délectation cet endroit époustouflant. Sans doute paraît-il un tantinet solennel, mais sa beauté ne pas être déniée.

Des regards surpris se posent donc sur moi. Que puis-je chercher tous les matins, de si bonne heure, après ma douche et avant le petit-déjeuner ? Un peu de la beauté de la ville ? Oui, certes, mais pourquoi au même endroit et à ce moment-là ? Un peu de vigueur et de bonne humeur pour une journée chargée en visites et en longues marches ? Oui, assurément encore.

Mais je recherche avant tout des traces du passage de Ahasvérus, devenu Simon Fussgänger. Et, fatalement, j’ai croisé des visages récurrents, lors de ces visites matinales, de personnages à leur fenêtre, d’autres croisés de plain-pied, d’un certain nombre de chats qui viennent se caresser à mes chaussures. Ces épisodes, aussi curieux que répétés, pour devenir presque systématiques, ont inévitablement commencé par m’intriguer. A force de questionnements, j’ai fini par poser l’hypothèse qu’il s’agit d’émissaires bienveillants, chargés d’une mission de salutation indirecte.

Pour m’en assurer, j’y retournerai. Je tarderai sans doute à obtenir une réponse certaine. Mes futures visites, comme celles qui les précèdent, s’apprêtent à servir de madeleine de Proust, autant que de quête de ce personnage hors normes. Il me sert de clins d’œil à une série d’êtres chers, existants ou disparus.

(Comme je reviendrai probablement vers vous, et notamment pour évoquer Venise, je vous soumets ici les photos de ce lieu précis dont il est ici question, la Douane de mer.)

Lyon BD 2015, un grand évènement de la bande dessinée !!!

Dixième édition de la manifestation Lyon BD et force est de constater que cet évènement a tenu ses promesses. Pour moi, c’est un des rares grands festivals de bandes dessinées où l‘on peut trouver accessibles, du moins quand il n’y a pas trop de monde, des géants du neuvième art – et je pense en particulier à Baru qui était là samedi entouré d’un large public – et des débutants comme ces étudiants de l’école Emile Cohl dont on va attendre avec impatience les premiers albums…

Avec Axelle, ma brillante étudiante et stagiaire, nous avons arpenté les lieux de dédicaces, rencontré des auteurs connus et d’autres qui ne demandent qu’à le devenir, interviewé des auteurs heureux et fiers de montrer leur travail et même pris le temps de parler en anglais à un auteur néerlandais qui vient de sortir une petite merveille chez Casterman, Rembrandt…

Avant de revenir vous parler de tout cela, voici déjà quelques images pour vous mettre en appétit !

Premier instant : Fred Weytens et Yan Le Pon devant leur bébé (ou bédé, à vous de choisir), Gold of the dead, aux éditions Paquet.

Peu de temps après, Marie Avril, coloriste sur Gold of the dead, aux éditions Paquet, présente et dédicace son album Confidences à Allah, aux éditions Futuropolis.

Bel instant quand Baru, mon ami Lorrain, dessine sur son magnifique album Canicule, aux éditions Casterman

Quelle surprise, les éditions Warum son là avec, entre autres, Samuel Figuière et son album extraordinairement profond et humain L’esprit à la dérive. Comme quoi, les éditions Warum surprennent toujours…

La bande dessinée a toujours entretenu des liens étroits avec la peinture et Typex nous le rappelle, lui qui vient de loin pour faire revivre Rembrandt, aux éditions Casterman !

Enfin, petit moment de plaisir, je regarde Deloupy en plein travail de dédicace pour son album policier Lucia au Havre, aux éditions Jarjille, une magnifique histoire policière classique comme je les aime bien… Du franco-belge garanti !

C’est tout cela que vous avez manqué si vous n’étiez pas à Lyon ce week-end ! Donc, à l’année prochaine !!!

Voyage, histoire et lectures : Bourges

En rentrant de cet Anjou où nous avions passé de riches heures à admirer architecture, nature tout en profitant de la nature, nous avons décidé de faire une halte découverte à Bourges, capitale du Berry, belle province française qui a beaucoup compté dans l’histoire de notre nation.

Tout le monde connait, au moins partiellement, cette terre. Pour les uns, cette région sera symbolisée par le crottin de Chavignol (le village est à moins de 50 kilomètres de Bourges), pour d’autres ce sera la maison de George Sand (à moins de 100 kilomètres+, au cœur du Berry), tandis que les derniers préfèreront Bourges avec sa cathédrale et ses palais… ou son printemps musical !

Il faut dire que Bourges connut ses heures de gloire avec d’une part le duc de Berry, fils de Jean II le Bon, qui donna beaucoup à sa ville et à qui on doit des traces culturelles étonnantes dont le fameux ouvrage de piété, Les riches heures du duc de Berry (manuscrit magnifique conservé au château de Chantilly). Puis après cette époque dont il ne reste pas beaucoup de monuments, il y eut la construction de la cathédrale Saint Etienne, église majestueuse inscrite au patrimoine mondial, peut-être pas assez connue car un peu étouffée par Chartres, Paris, Reims, Laon… Enfin, Bourges devint presque la capitale de la France – ne parle-t-on pas du roi de Bourges en évoquant Charles VII – lorsque pendant la Guerre de Cent Ans le roi de France y trouva refuge. C’est aussi à cette époque qu’un Berruyer, Jacques Cœur, développa ses affaires et accéda au poste de Grand Argentier du roi, sorte de ministre des finances. Le palais de Jacques Cœur est de toute beauté et continue d’attirer de nombreux visiteurs à Bourges…

Quand on arrive à Bourges, la région étant assez plate, on voit cette cathédrale qui domine la ville de loin. Pourtant la colline n’est pas très élevée et on peut « escalader » tout cela en quelques minutes sans trop d’effort. Quand on arrive face à cette église, on mesure qu’elle est enserrée dans la ville et que l’on a fort peu de recul pour l’admirer. Le premier sentiment est celui de la beauté car il semble que cette construction a surtout recherché à mettre en place une harmonie générale et non une performance spécifique (la plus longue, la plus haute, le clocher le plus haut…). Ici, on est serein et on peut admirer, tout simplement.

Historiquement ce fut la première cathédrale gothique au sud de la Loire et le roi comme l’église la considéraient comme un symbole face au sud la France, un sud peu fidèle à la royauté et parfois aux comportements religieux déviants (du moins vu de Paris et de Rome).

Heureusement, certaines statues ont survécu jusqu’à nous et c’est un véritable bonheur que de se promener dans cet édifice en admirant, contemplant, méditant et pourquoi pas en priant puisque nous sommes aussi dans un lieu de culte et pas seulement un espace historique !

Le palais de Jacques Cœur est l’occasion, lui, de repenser à ces aventuriers du commerce et de la finance que furent ceux qui ne se contentaient pas de taper sur un clavier pour acheter et vendre. Jacques Cœur fut d’abord un voyageur qui est allé au Moyen Orient, qui a recherché les meilleures affaires dans des domaines aussi variés que les toiles, les étoffes fines et délicates, les minerais, les métaux précieux, les pierres… Comme d’autres responsables des finances publiques, il a probablement parfois dépassé les limites légales, mais il a surtout excité les jalousies comme Fouquet… Condamné, emprisonné, banni puis enfin rétabli dans son honneur par Louis XI le successeur de Charles VII. Mais Charles VII était assez ingrat avec ceux qui l’avaient aidé, que ce soit Jeanne d’Arc ou Jacques Cœur…

Bien sûr, on va pouvoir prolonger le voyage par quelques ouvrages historiques et pour ceux qui ne sont pas des spécialistes de cette époque de la fin de la Guerre de Cent Ans, je vous renverrais bien au volume 5 de la Nouvelle Histoire de la France Médiévale signé Alain Demurger et disponible en version poche ou volume 5, aussi, de l’Histoire Universelle Marabout signé Carl Grimberg. Pour ceux qui veulent encore aller plus loin, et je ne peux que les encourager, on peut se tourner vers la remarquable biographie de Jean de Berry de Françoise Autrand ou l’ouvrage référence sur la Guerre de Cent Ans de Jean Favier. Enfin, il y a de nombreux ouvrages sur Jacques Cœur mais je vous avoue n’en avoir lu aucun d’où mon absence de conseil précis.

Enfin, la bande dessinée n’est pas absente de ce domaine car la série Le Trône d’Argile traite de cette époque avec talent, précision, narration graphique de qualité et fond historique de très grande valeur. Cette série est éditée par Delcourt avec un scénario de Nicolas Jarry et France Richemond, les dessins de Theo Caneschi et couleurs de Lorenzo Pieri.

Voyage, histoire et lectures : Marseille par Veneziano

Si la vengeance est un plat qui se mange froid, Edmond Dantès a le temps de
méditer la sienne, au Château d’If, dans une petite île au large de Marseille. Détenu,
il s’en évade ; et, avec l’aide de l’abbé Faria, il se masque de l’identité fictive du
Comte de Monte-Cristo, et de la parure du trésor obtenu par ce dernier. Ce
subterfuge lui permet d’approcher ses relations passées, d’évincer des lieux de
pouvoir et d’influence ceux qui l’ont trahi et de récompenser ceux qui l’ont aidé.

Voilà comment s’ouvre le roman d’Alexandre Dumas, de 1844, conçu grâce à la
participation active d’Auguste Maquet.

Mes voyages ne sont pas conçus comme des parcours littéraires. Souvent, sont-ils
l’occasion de visites culturelles. C’est dans ce cadre que les histoires littéraires, les
intrigues des grandes œuvres viennent faire écho à mes parcours.

Aussi vous soumets-je quelques vues qu’Edmond Dantès, grimé en Monte-Cristo a pu découvrir, à sa libération, peu après avoir ébauché son plan de retour à la vie. Les images parlent en partie d’elles-mêmes, mais mieux vaut les expliciter quelque peu.

Nous sommes donc en Provence, à Marseille, où le littoral est à l’ouest de la ville, qui
se situe au bout d’une sorte de pointe. Au large de la Cité phocéenne, créée dans
l’Antiquité par des Grecs, dont le port rappelle celui du Pirée à certains, se trouvent
les îles du Frioul, rocheuses.

Elles se tiennent en face de criques et de calanques qui bordent le littoral de la ville de Marseille. Ces dernières en font partie intégrante, ce qui paraît difficile à imaginer pour bon nombre.

Apparaît donc le Comte de Monte-Cristo dans un paysage un peu austère, mais très
solaire, un peu aride mais au pied de la mer, humide mais chaud.

De ces photos prises en mai 2008 et novembre 2010, je vous laisse imaginer par
vous-mêmes les premiers pas de ce personnage créé de toute pièce, dirigé, par la
suite, vers Paris pour remplir ses moult missions. Pour des compléments d’aide à la visualisation, il existe notamment un film de 1979, deDenis de la Patellière, avec Jacques Weber dans le rôle-titre, et un téléfilm en quatre parties, ou épisodes, de Josée Dayan, avec Gérard Depardieu, datant de 1998. Sur la création de Dumas et sa collaboration avec Maquet, Safy Nebbou consacre un long-métrage, de 2009, avec le même Depardieu, accompagné, voire précédé de Benoît Poelvoorde.

Voyage, histoire et lectures : Le Mans

Lorsque je voyage j’aime faire des liens entre mes connaissances historiques, religieuses ou littéraires et les villes que je visite. Après avoir évoqué Angers, les Plantagenêts et l’Anjou, il était normal de faire escale au Mans, ville liée à Angers de façon indiscutable…

Quand on arrive vers Le Mans, on voit se dresser la cathédrale Saint Julien. Il faut dire que c‘est une des plus imposantes cathédrales gothiques de France, même si elle a aussi des éléments romans. Elle est totalement unique en son genre dans l’Ouest de la France et elle est un témoignage de l’art dit gothique angevin.

C’est dans ce haut lieu spirituel et historique que se marièrent Geoffroy V d’Anjou et Mathilde fille d’Henri 1er d’Angleterre, mariage qui devait assurer et garantir la paix entre l’Anjou et la Normandie. Cela permit surtout à leur fils Henri II de se prévaloir du trône d’Angleterre et c’est là que prend sa source le succès impérial des Plantagenêts, mais c’est une autre histoire !

Dans cet édifice majestueux et célèbre – le plus visité des Pays de la Loire – on trouve le tombeau de Saint Julien. Ce n’est pas le plus connu des « Saint Julien » mais celui qui fut évêque du Mans au IVe siècle. Il faut dire qu’il n’y eut pas moins de 35 « Saint Julien » inscrits au Martyrologe de l’Église Catholique…

On trouve aussi le tombeau de Charles IV du Maine, favori de Charles VII, du moins un temps, mais aussi frère du fameux roi René. On dit que sa chute en disgrâce serait le fruit du travail de sape de la favorite royale, Agnès Sorel… Les choses se répétèrent quelque peu sous Louis XI car il fut un bon conseillé fidèle avant d’être chassé des proches du trône après une trahison… familiale dirons-nous car c’est le fils de Charles IV qui était en cause…

Le vieux Mans, tout autour de la cathédrale est tout simplement magnifique et il faut arpenter ces petites rues pavées, se glisser entre les maisons moyenâgeuses à colombages et prendre le temps de découvrir la gastronomie locale à base de poulet et de rillettes de porc, bien connues sous le nom de rillettes du Mans… Par contre, ne faites pas la même erreur que moi, faites attention aux enfants en poussette qui n’apprécient guère les secousses engendrées par ces beaux pavés…

Pour poursuivre la découverte de Charles VII et sa cour, n’hésitez pas à vous plonger dans la série bédé Le trône d’argile, scénario de Nicolas Jarry et France Richemond, dessin de Theo Caneschi et couleurs de Lorenzo Pieri. J’aime beaucoup la qualité historique, je serai presque tenté de parler de rigueur scientifique. Il y a actuellement 5 volumes de sortis et le sixième est annoncé pour début juin 2015.

Enfin, pour parfaire votre vision historique de la ville du Mans, je ne peux que vous conseiller le Guide Vert des Pays de la Loire car tous les autres sont épuisés. Par contre, si vous cherchez à en savoir plus sur les 24 heures du Mans la bibliographie est abondante mais cela ne m’intéresse pas, donc je vous laisserai trouver seuls ! Sauf, si vous voulez voir comment Michel Vaillant fait cette course… Comme quoi, la bédé est toujours là !

Bon voyage et bonne lecture !

Voyage, histoire et lectures : Angers

Lorsque je voyage, que ce soit pour des raisons professionnelles ou familiales, j’aime regarder les différents paysages, les architectures variées représentatives d’une époque, d’un terroir, d’une culture… Parfois cela me donne envie de découvrir l’histoire d’une région, sa littérature et sa gastronomie. Le voyage est suivi alors de lectures qui bien souvent m’enchantent et prolongent le dépaysement et les plaisirs du vagabondage… c’est ainsi que récemment, je suis allé à Angers.

Angers est reconnaissable, identifiable, mémorisable par cette forteresse exceptionnelle, une fortification massive que l’on voit de loin et qui surplombe la Maine. Oui, si on dit bien le Maine-et-Loire, on dit la Maine.

Ce château aussi nommé le château des ducs d’Anjou est, en quelque sorte, le berceau des Plantagenêts, famille qui va faire beaucoup parler d’elle dans notre histoire européenne entre le XIe et le XIVe siècle.

C’est en 1214 que le roi Philippe Auguste, après la bataille de Bouvines, confisque l’Anjou à Jean sans Terre et l’intègre au royaume de France. Son petit-fils, Louis IX dit Saint Louis, construira, sur un emplacement riche d’architecture passée, le château que l’on peut voir actuellement. C’est ainsi qu’une branche des Valois se retrouva à la tête de l’Anjou et qu’arriva le Roi René qui fut enterré dans la cathédrale d’Angers après une vie bien remplie…

Jean sans Terre était l’un des arrières petits fils de Geoffroy Plantagenêt, un des fils d’Aliénor d’Aquitaine et Henri II, roi d’Angleterre. A ce titre, on a pu dire que Angers était le berceau de l’Empire Plantagenêt – et c’est bien une réalité – mais il est faux – ou abusif – d’affirmer que l’Empire Plantagenêt était un Empire Angevin. L’Anjou appartenait au domaine des Plantagenêts  mais sans plus car les Plantagenêts avaient quitté l’Anjou depuis bien longtemps.

Pour comprendre le destin fabuleux d’Aliénor d’Aquitaine, je vous invite à lire la série de bande dessinée scénarisée par Arnaud Delalande et Simona Mogavino, dessinée par Carlos Gomez et éditée par Delcourt. Le quatrième tome vient de sortir.

Pour approfondir les connaissances sur les Plantagenêts, le livre de référence reste celui de Jean Favier écrit en 2004 aux éditions Fayard. Certes, il s’agit d’un ouvrage assez précis, scientifique et érudit, mais une fois pris la mesure de cette écriture dense, vous allez prendre plaisir à naviguer dans ces siècles de réussite des Plantagenets.

Enfin, sur le château d’Angers à proprement parler n’hésitez pas à lire la petite monographie de Jean Mesqui, polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, spécialiste des architectures militaires et ducales…

Bon voyage et bonne lecture !

Interview d’Alain Ayroles par Shelton et Axelle

Alain Ayroles est un scénariste de bandes dessinées, né en 1968 dans le Lot, qui s’applique depuis des années à nous offrir des récits de qualité, documenté, bien construits et cultivés. C’est à chaque fois un plaisir de plonger dans ses univers mis en chair par des dessinateurs de qualité comme Bruno Maïorana, Jean-Luc Masbou ou Luigi Critone…

Il a parlé longuement de ses relations avec Jean-Luc Masbou :

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Nous l’avons rencontré à Angoulême à l’occasion du tome 11 de la série De cape et de crocs, dessin de Jean-Luc Masbou. Ce onzième tome vient révéler des éléments nouveaux sur la vie antérieure d’un des personnages phares de la série, Eusèbe le lapin blanc… cette série est certainement son chef d’œuvre et il en parle avec brio…

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Enfin, comme cette année à Angoulême il fut beaucoup question du métier d’auteur de bandes dessinées, il était normal que nous abordions le sujet avec Alain Ayroles :

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Axelle ne s’est pas contentée de faire les images et le montage, si vous écoutez bien, vous constaterez qu’elle a aussi posé des questions, de bonnes questions !

Les ouvrages d’Alain Ayroles sont bien représentés sur le site :

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vauteur/2211

Rigoletto par les Grooms, sortie de chantier

Il y a quelques années, j’ai découvert, un peu par hasard, Les Grooms. C’était pour un spectacle étonnant et de grande qualité, La tétralogie de 4 sous, en 2002, à Chalon dans la rue. Ce soir-là, j’avais assisté à un spectacle dont le but était vraiment la vulgarisation de la musique de Wagner, c’est-à-dire non pas la caricature d’un style mais la mise à disposition du public d’une musique qu’il ne connaissait pas ou peu.

Les Grooms sont nés en 1984, c’est une fanfare théâtrale que nous voyons très souvent à Chalon dans la rue, elle entrée dans notre univers et c’est à chaque fois un plaisir que de les écouter, de les voir, de les suivre…

C’est donc sans aucune appréhension que je me suis rendu au spectacle « sortie de chantier » qui était donné lors du Quartier de lune, le vendredi 17 avril 2015, malgré un temps instable qui d’ailleurs a tourné deux fois à la pluie durant l’heure de spectacle… Mais qu’importe la pluie quand on a un tel plaisir !

Cette fois-ci nous étions en plein opéra avec Rigoletto. Rigoletto est un opéra italien de Verdi et le livret de Francesco Maria Piave est inspiré d’une pièce de théâtre de Victor Hugo, Le roi s’amuse. En fait, il n’y a rien de très drôle dans cette œuvre, c’est un drame avec jalousie, amour, haine, violence… Les Grooms s’attaquent-là à un morceau difficile, sur la forme et le fond, et le public se fait embarquer d’une façon extraordinaire… sidérante… éblouissante… malgré un travail qui n’est pas encore abouti ni terminé.

Il a fallu condenser l’histoire, l’actualiser un peu, travailler la musique, y intégrer des instruments nouveaux comme la flute traversière et l’accordéon, trouver des chanteurs lyriques capables de « pousser la chansonnette dans la rue » même quand il pleut, et tout cela dans une bonne humeur qui permet d’assister au drame tout en souriant… Quelle classe !

Je dirais même quel travail ! Je crois qu’il faut un énorme talent et un travail de fou pour arriver à une telle limpidité, une telle simplicité, une telle accessibilité populaire tout en jouant, chantant et donnant vie à du Verdi ! Un seul mot, bravo !

Un petit coucou amical et admiratif à Musique/Pluriel qui travaille avec eux sur le spectacle de Chalon que vous pourrez voir, en entier cette fois, lors du prochain festival Chalon dans la rue !

Qu’il me soit permis ici de redire aussi que ces spectacles sont possibles grâce aux différentes aides financières qui sont attribuées aux compagnies, aux associations, aux structures diverses qui accueillent des résidences d’artistes. Je peux entendre qu’il y a une crise, des budgets serrés, des difficultés partout, mais un monde sans artistes, sans compagnies et sans créations sera, indiscutablement, un monde plus triste ! La médiocrité télévisuelle – et je reste assez poli et modéré – ne remplacera jamais la force et la puissance de rêve du spectacle vivant ! Qu’on se le dise dans les chaumières !

 

Alors, les Grooms, à bientôt dans Chalon dans la rue !!!

L’art et l’animation de quartier… mais de façon collaborative !

Dans le nombre incroyable d’actions collaboratives, c’est-à-dire toutes ces entreprises humaines où on entend covoiturage, collocation, travail partagé, achats groupés… il en est des moins connues qui, pourtant, d’une part sont des moyens de recréer du lien social, d’autre part sont une forme de consommation différente et probablement teintée de philosophie DD (développement durable, bien sûr !).

Une d’entre elles a retenu notre attention car atypique, collaborative, DD et profondément humaine ! Il était une fois… Un artiste, Laurent, a proposé une résidence dans un quartier populaire, pour réaliser un travail en commun…

« Quand Laurent s’est pointé à la première réunion et qu’il nous a dit « Moi je suis là pour vous permettre de faire un projet participatif, qu’est-ce que vous voulez faire ? », je vous avoue que l’on ne savait pas du tout où aller… Les gens du quartier avaient la nostalgie des vieilles kermesses et petit à petit l’idée de faire une animation de ce genre est née et elle a plu à Laurent et aux bénévoles du quartier qui étaient motivés pour agir pour redonner un peu de vie au quartier… »

En partant de rien qu’une idée, avec un budget très minime pour ne pas dire moins, voilà des dizaines de bénévoles qui se regroupent et qui finissent par décider de construire un manège à l’ancienne, entièrement ou presque, avec des matériaux de récupération…

« Par exemple, le silure géant qui est sur le manège, c’est une vieille bâche récupérée et à l’intérieur des bouteilles en plastique et des vieux journaux apportés par les familles du quartier. La rosace, elle, c’est du recyclage de vieux tapis de sol des écoles, les décorations sont faites avec des vieux jouets donnés, les boites intérieures du haut du manège, elles, ont été faites par les écoles du quartier… Bref, tout le monde s’y est mis, tout le monde a récupéré, découpé, créé, collé, mis en place… et le résultat c’est ce manège à l’ancienne… »

Mais un projet qui se veut aussi conforme à l’esprit du développement durable doit trouver une source d’énergie propre ! Ce sera donc l’énergie humaine et pendant que les enfants prendront place sur le manège, deux parents (ou grands frères) se mettront sur les deux vélos récupérés, eux-aussi, et intégrés à l’ensemble comme « moteur » !

Enfin, je voudrais signaler que des adultes handicapés ont participé au projet et que certaines anecdotes sont touchantes : « Il fallait  resserrer un boulon. La personne ne se sentait pas capable de la faire mais une bénévole lui a parlé, l’a motivé et il a accepté de le faire. Les deux petits coups de resserrage qu’il a fait déclenchèrent une joie pour toute l’équipe. Maintenant, quand il passe, il regarde si son boulon tient toujours et il est fier de montrer ce qu’il a fait ».

Nous sommes allés à la fête du quartier, on a vu les enfants faire du manège et les parents pédaler pour donner de l’énergie à l’ensemble. Il y a même un vieux lecteur de quarante-cinq tours qui crache sa musique avec cette même énergie et dès que les parents ralentissent, la musique aussi…

Belle harmonie collective, beau projet, belle illustration que l’argent n’est pas le seul moteur de notre monde. Un groupe de parents dans un quartier et la vie peut reprendre avec de magnifique couleurs et une chaleur humaine qui les rend tous indestructibles, même si les temps sont difficiles…

Au départ, comme il fallait donner un nom au projet, on parlait du Manège en chantier. Maintenant qu’il fonctionne, après une réunion de tous les bénévoles, on parle du Tourbillon des Gigougnoux ! Mais ne me demandez pas pourquoi…

Enfin, petite précision, on ne paye pas pour faire un tour de manège !

Le reportage a été effectué lors du Quartier de lune en avril 2015 aux Aubépins, quartier de Chalon-sur-Saône.