Pieronnelle

avatar 16/04/2013 @ 00:25:23
je ne vois pas ce que ce « ouf » vient faire dans cette aventure.
;-))


Hé hé ! :-))

Minoritaire

avatar 16/04/2013 @ 09:51:30
Et pour répondre à Provis, c'est assurément très louable de voir des bondieuseries partout mais ici, la simonie, selon moi, consiste à nommer les petits amis de mes amis à des postes clefs où ils sont parfaitement incapables; c'est comme ça se passe dans la République des Petits Camarades où j'habite aujourd'hui.
Ah! Où est le bon vieux temps de "l'Etat CVP"?... :-D

Mr.Smith

avatar 16/04/2013 @ 11:00:42
«Pour en revenir à Chavez, on dit qu'il a distribué des billets de banque aux pauvres gens ; si c'est à la veille des élections, les mauvaises langues y verront une intention... plutôt intéressée – comme nos bourgmestres qui offrent des repas saucisses-compote à la veille des élections communales. »


Chavez est loin d'être un ange. Ceux qui le décrivent comme tel sont aveuglés par leur besoin de changement.


«Si il a développé l'enseignement, les activités sociales, l'administration et la justice c'est encore mieux. En fait, on ne sait pas qui croire.»


Pourquoi ne pas se baser sur les données de l'UNESCO et de l'ONU :

• Taux d'alphapétisation pour les plus de 15 ans
Entre 85 et 94 : 90%
Entre 2000 et 2007 : 95%

• Taux d'inscription en primaire :
1999 : 87%
2007 : 93%

• Le rapport de l'UNESCO indique également que l'indice IDH du Venezuela (indice de développement humain) a crû de 5.1% entre 1999 et 2007. Cette indice tente de mesurer l'accès, l'égalité et la qualité de l'éducation.


• Selon le Cepal (entité regionale de l'ONU) et l’indice Gini, le pays détient la meilleure distribution de revenus d’Amérique du Sud.
Quand Chavez a remporté les élections en 1998, le salaire légal le plus bas était équivalent à 182 dollars. En septembre 2012, il approchera les 480 dollar. Le salaire minimum le plus élevé d’Amérique Latine selon l’Organisation Mondiale du Travail (OIT)


«Pour répondre à De Gouge, les habitudes ont la vie dure, mais le temps des Pinochet est bien révolu, je crois. C'était le temps où le communisme était l'ennemi numéro un, et paraissait terriblement menaçant aux yeux des Américains, surtout depuis « les missiles de Cuba » où ils avaient eu le sentiment d'avoir frôlé la catastrophe nucléaire. »


La stratégie américaine au Venezuela a suivi les recettes et les grandes lignes d’intervention en Amérique latine. Les tactiques employées au Venezuela apparaissent comme une version modifiée de celles antérieurement appliquées au Chili (années 1970), au Nicaragua (années 1980) et à Haïti (années 1990). Qu’il s’agisse de fomenter un coup d’État (Chili et Haïti) ou de fausser les processus électoraux, ces méthodes ont abouti chaque fois à l’éviction d’un président démocratiquement élu.

Ces dernières années ont montré bien des points communs avec l’histoire du Chili de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Des méthodes proches du coup d’État et des grèves qui ont frappé le Chili ont également été employées contre le Venezuela. Toutefois, ce dernier a su y résister et surmonter les tentatives du mouvement d’opposition de droite, appuyé politiquement et financé par le gouvernement américain. Malheureusement, le Chili dut succomber à une prise de pouvoir par la violence qui entraîna l’assassinat d’un président démocratiquement élu et soutenu par le peuple, Salvador Allende, et l’instauration d’une dictature parmi les plus brutales de l’histoire de l’Amérique latine. Les mains sanglantes du gouvernement américain étaient partout présentes, dans le coup d’État de 1973 au Chili. Par la suite, des documents secrets « déclassifiés » et acquis par les Archives de la Sécurité nationale allaient révéler les intrigues complexes mijotées par Henry Kissinger et sa clique pour écraser la montée du socialisme dans la région.

Le coup d’état du 12 avril 2002 contre Chavez a été déclenché par les craintes américaines d’un nouvel embargo pétrolier arabe. L’Irak et la Libye poussaient l’OPEP à arrêter d’exporter du pétrole à destination des USA pour protester contre l’appui américain à Israël. L’accès américain au pétrole du Venezuela est soudain devenu vital.

Provis

avatar 16/04/2013 @ 14:21:49
Et pour répondre à Provis, c'est assurément très louable de voir des bondieuseries partout mais ici, la simonie, selon moi, consiste à nommer les petits amis de mes amis à des postes clefs où ils sont parfaitement incapables ; c'est comme ça se passe dans la République des Petits Camarades où j'habite aujourd'hui. Et au Venezuela, s'il s'agit des petits amis d'un militaire, on doit s'attendre au pire...
A ma connaissance, SJB, la simonie, c'est pratiquer le commerce des biens spirituels (et autres bondieuseries, précisément .. :o)
Donc pour ce que tu dis, à mon avis il vaudrait mieux parler de népotisme (du latin "nepos" qui signifie "petit-fils, descendant"). (bref, c'est juste histoire de te reprocher quelque chose, pour le mal que tu dis contre Chavez.. :o)

Alors est-ce que Chavez doit être accusé de ça aussi, je ne sais pas. Sans doute pas plus que Bush, Sarkosy et bien d’autres..

Provis

avatar 16/04/2013 @ 14:23:46
Ah! Où est le bon vieux temps de "l'Etat CVP"?... :-D
Etat CVP ?
« P » comme Providence, bien sûr ?? :o)

Minoritaire

avatar 16/04/2013 @ 16:32:23
Ah! Où est le bon vieux temps de "l'Etat CVP"?... :-D
Etat CVP ?
« P » comme Providence, bien sûr ?? :o)
...divine :-)
CVP=Christelijk Volks Partij (parti social chrétien)

Saint Jean-Baptiste 16/04/2013 @ 23:07:35
Mr Smith, je me réjouis de voir que le sort du peuple venezuelien se soit amélioré et, rien que pour ça, Chavez a mérité son auréole. Et je ne tiens qu'à croire les données de l'UNESCO et de l'ONU. Il y a seulement que je me méfie toujours un peu des données en pourcentage.

Sinon, pour la politique américaine, autant je trouve qu'elle était exécrable du temps du communisme, notamment au Chili, autant je pense qu'aujourd'hui elle a plutôt évolué en bien avec Barac Obama.
Je pense que beaucoup de leaders du Thiers-Monde s'attachent encore au mythe du vilain-Américain-impérialiste pour justifier leur absolutisme. Mais je peux me tromper. Tout ce que je souhaite c'est que le successeur de Chavez sera un pacifiste qui ne créera pas de tensions inutiles avec les USA.

Saint Jean-Baptiste 16/04/2013 @ 23:17:08

A ma connaissance, SJB, la simonie, c'est pratiquer le commerce des biens spirituels (et autres bondieuseries, précisément .. :o)
Donc pour ce que tu dis, à mon avis il vaudrait mieux parler de népotisme (du latin "nepos" qui signifie "petit-fils, descendant"). (bref, c'est juste histoire de te reprocher quelque chose, pour le mal que tu dis contre Chavez.. :o)

Alors est-ce que Chavez doit être accusé de ça aussi, je ne sais pas. Sans doute pas plus que Bush, Sarkosy et bien d’autres..


Ah bon ! Nepos – nepota – nepotum – népotisme. J'essayerai de le replacer celui-là.
Pourtant simonie me plaisait bien, mais soit ! Provis, parlons français.
Et je ferai mon possible pour ne plus dire du mal de Chavez de Bush de Sarkosy et de bien d'autres...

Maintenant, Maître, je peux aller jouer ?

Mr.Smith

avatar 17/04/2013 @ 09:38:22
«Mr Smith, je me réjouis de voir que le sort du peuple venezuelien se soit amélioré et, rien que pour ça, Chavez a mérité son auréole. Et je ne tiens qu'à croire les données de l'UNESCO et de l'ONU. Il y a seulement que je me méfie toujours un peu des données en pourcentage. »


Et tu as entièrement raison, mais il faut bien, vaille que vaille, que nos discussions sortent du cercle infernal des intimes convictions et des fois profondes.


«Je pense que beaucoup de leaders du Thiers-Monde s'attachent encore au mythe du vilain-Américain-impérialiste pour justifier leur absolutisme. Mais je peux me tromper. Tout ce que je souhaite c'est que le successeur de Chavez sera un pacifiste qui ne créera pas de tensions inutiles avec les USA.»

Les Américains ne sont pas vilains, ils sont pragmatiques. Les Vénézueliens ont du pétrole, et les américains préfèrent que ceux qui leur sont favorable soient à la tête des pays pétroliers. Si ce n'est pas le cas, ils s'arrangent. C'est tout.

Bolcho
avatar 07/05/2013 @ 17:02:38
Monde Diplomatique de mai 2013

C'est peut-être un peu long ce mois-ci ? Mes excuses.

Etat des lieux pour préparer une reconquête, Serge Halimi
L’inégalité des revenus relève parfois de la pathologie sociale. Propriétaire du géant de la distribution Walmart, la famille Walton a accumulé autant que les 48 800 000 familles les moins prospères. 
93 % des gains de croissance réalisés aux Etats-Unis pendant la première année de reprise économique ne sont allés qu’aux 1 % d’Américains les plus riches. Même au FMI, cela paraît trop. Car, toute considération morale mise à part, comment assurer le développement d’un pays dont la croissance profite de plus en plus à un groupe étriqué qui n’achète plus grand-chose, tant il dispose de tout ?
Le capital, moins imposé que le travail, consacre à la consolidation de ses appuis politiques une partie des économies réalisées grâce aux décisions qui l’ont favorisé. En somme, les riches utilisent leur fortune pour accroître leur influence, puis leur influence pour accroître leur fortune.

Les politiques économiques qui ont comblé une minorité n’ont pour autant presque jamais transgressé les formes démocratiques.
La vraie démocratie ne se résume pas pour autant au respect des formes (scrutin pluraliste, isoloir, urne). Elle implique davantage que la participation résignée à un scrutin qui ne changera rien : une intensité, une éducation populaire, une culture politique, le droit de réclamer des comptes, de révoquer les élus qui trahissent leur mandat.
Pour Samuel Huntington, « l’opération efficace d’un système démocratique requiert en général un niveau d’apathie et de non-participation de la part de certains individus et groupes ».
Mais il arrive que des peuplades dont le « niveau d’apathie » demeure insuffisant renâclent encore.
Pour se prémunir contre ce genre de déception, le plus simple est de ne tenir aucun compte du verdict des électeurs. L’Union européenne a fait de ce déni une de ses spécialités : la souveraineté des élus doit être strictement limitée. C’est là le rôle des mécanismes coercitifs qui inspirent en ce moment la construction européenne (indépendance des banques centrales, règle des 3 % de déficit, pacte de stabilité).
On se demande pourtant ce que les libéraux redoutent encore des gouvernants, tant les réformes économiques et sociales que ceux-ci mettent en œuvre ne cessent de coïncider avec les exigences des milieux d’affaires, des marchés financiers. Au sommet de l’Etat, la convergence est d’ailleurs confortée par la surreprésentation extravagante des catégories sociales les plus bourgeoises et par la facilité avec laquelle celles-ci passent du public au privé.
Aux Etats-Unis, le salaire minimum a perdu 30 % de sa valeur depuis 1968, le capital demeure deux fois moins taxé que le travail (20 %, contre 39,6 %). Comment mieux dire que les riches marquent lourdement de leur empreinte l’Etat et le système politique ?

Dans leur mise en œuvre de mesures qui consolident le pouvoir censitaire du capital et de la rente, les gouvernements ont toujours invoqué l’irrésistible puissance des agences de notation, et des marchés financiers. La BCE et le FMI envoient d’ailleurs leur feuille de route aux nouveaux dirigeants afin que ceux-ci abjurent séance tenante telle ou telle promesse de campagne.
Cela rappelle le sort de l’Ethiopie ou de l’Indonésie à l’époque où les dirigeants de ces Etats étaient réduits au rang d’exécutants des châtiments que le FMI venait d’infliger à leur pays. Une situation que connaît à présent l’Europe. En janvier 2012, la Commission de Bruxelles somma le gouvernement grec de tailler près de 2 milliards d’euros dans les dépenses publiques du pays. Dans les cinq jours qui suivaient, et sous peine d’amende.

Propriétaire d’une multinationale du luxe et dixième fortune de la planète, M. Bernard Arnault s’est un jour réjoui de la perte d’influence des gouvernements démocratiques : « Les entreprises, surtout internationales, ont des moyens de plus en plus vastes, et elles ont acquis, en Europe, la capacité de jouer la concurrence entre les Etats. (…) L’impact réel des hommes politiques sur la vie économique d’un pays est de plus en plus limité. Heureusement ».

Eclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les Etats, réclamerait un travail continu d’éducation populaire.

Un entrefilet
Le journal « Time » du 25 mars s'inquiète d'un surprenant paradoxe : à l'échelle mondiale, il est plus aisé d'avoir accès à un téléphone portable qu'à des toilettes. Sur les 7 milliards d'habitants, 6 milliards ont accès à un téléphone portable mais seulement 4,5 milliards peuvent utiliser des toilettes en état de marche.
Commentaire très personnel. Mais c'est affreux ! Il y a donc 1,5 milliards de gens qui n'ont pas d'endroit adéquat pour jeter leur portable...

Les ambitions de Pékin bousculent la donne spatiale et nucléaire, Olivier Zajec, chargé d'études à la Compagnie européenne d'intelligence stratégique
La Chine sait qu'il lui faut également combattre de manière proactive les progrès de la défense antimissile américaine. Bien qu’opposé officiellement à la militarisation de l’espace, Pékin montre un clair désir d’y contester l’hégémonie américaine.
Les satellites américains d’alerte précoce, utilisés dans le cadre de la détection de départs de tirs balistiques, deviennent désormais une cible éventuelle des capacités chinoises.
En 2009, encore, le président Hu Jintao déclarait à l’ONU que la Chine « réitérait solennellement son ferme engagement d’une stratégie nucléaire défensive ».
La solution ne peut être que politique. Remettre en vigueur le garde-fou du traité sur la limitation des systèmes de missiles antimissiles (traité ABM) de 1972, unilatéralement dénoncé par l’administration Bush en 2002 ? Ce choix aurait quelque raison d’être, en incluant cette fois la Chine dans les discussions.


Les trois articles quyi suivent traitent de la même idée : le revenu universel.

Imaginer un revenu garanti pour tous, Mona Chollet
Dans sa version de droite (on verse à chacun un minimum), on laisse aux gens la possibilité de travailler s'ils le veulent, mais on se donne la possibilité de ne pas les faire travailler, si on n'a pas intérêt à les faire travailler.
Dans ses versions de gauche, il doit être suffisant pour permettre de vivre — même si la définition de ce « suffisant » pose, on s’en doute, des questions épineuses - et il doit être versé mensuellement à chaque individu, de la naissance à la mort (les mineurs touchant un montant plus faible que les adultes), et non à chaque foyer ; aucune condition ni contrepartie ne serait exigée ; et il serait cumulable avec les revenus d’un travail.
Ainsi, chacun pourrait choisir ce qu’il souhaite faire de sa vie : soit continuer à travailler, soit conserver la jouissance de son temps en se contentant d’un niveau de consommation modeste, soit alterner. Ceux qui choisiraient de vivre du revenu garanti pourraient se consacrer pleinement à des tâches qui les passionnent et/ou qui leur semblent socialement utiles, seuls ou à plusieurs.
Le revenu garanti modifierait donc considérablement à la fois le rapport au travail, le rapport au temps, le rapport à la consommation et le rapport aux autres pour un grand nombre de gens — y compris, par contagion, pour ceux qui choisiraient l’emploi salarié. Pour autant, il est certain qu’il imposerait de créer de nouveaux modes de socialisation, sans quoi il pourrait aussi favoriser un certain repli, notamment chez les femmes, qui risqueraient d’être cantonnées au foyer.
Au sein de la gauche radicale, le revenu garanti est cependant loin de faire l’unanimité. Cela ne mettrait pas à bas le capitalisme, et, même si certains lui associent un projet de revenu maximum, cela ne supprimerait pas les inégalités. C’est ce que beaucoup ne manquent pas de lui reprocher.

A reculons, André Gorz
Que doit être une société dans laquelle le travail à plein temps de tous les citoyens n’est plus nécessaire, ni économiquement utile ? Comment peut-elle redistribuer au mieux tout le travail socialement utile de manière à ce que tout le monde puisse travailler, mais travailler moins et mieux, tout en recevant sa part des richesses socialement produites ? La tendance dominante est d’écarter ce genre de questions et de poser le problème à l’envers : comment faire pour que, malgré les gains de productivité, l’économie consomme autant de travail que par le passé ? On connaît la réponse, pour laquelle les Etats-Unis et le Japon ont montré la voie : le seul domaine dans lequel il est possible, en économie libérale, de créer à l’avenir un grand nombre d’emplois, c’est celui des services aux personnes. Le développement de l’emploi pourrait être illimité si l’on parvenait à transformer en prestations de services rétribuées les activités que les gens ont, jusqu’à présent, assumées chacun pour soi.
La rationalisation économique libère du temps, elle continuera d’en libérer, et il n’est plus possible, par conséquent, de faire dépendre le revenu de la quantité de travail dont l’économie a besoin. La tâche d’une gauche, si gauche il doit y avoir, consiste à transformer cette libération du temps en une liberté nouvelle et en des droits nouveaux : le droit de chacun de gagner sa vie en travaillant, mais en travaillant de moins en moins, de mieux en mieux, tout en recevant sa pleine part de la richesse socialement produite. Il faut ouvrir de nouveaux espaces aux activités sans but économique.

Financer l'allocation universelle, Baptiste Mylondo, auteur de Pour un revenu sans condition
Si l’on se fie à son produit intérieur brut (PIB), la France est aujourd’hui le cinquième pays le plus riche du monde. En 2010, le revenu disponible (après versement des prestations sociales et prélèvement des impôts directs) s’y élevait à 1 276 euros par mois et par personne, adultes et enfants confondus. Nous disposons donc de ressources suffisantes pour garantir à chaque individu 1 276 euros si l’on décidait d’opérer un partage strictement égalitaire. C’est nettement plus que le seuil de pauvreté actuel, fixé en France à 60 % du revenu médian, soit 960 euros par adulte.

Le carnaval de l'investigation, Pierre Rimbert et Razwig Keucheyan
En avouant le 2 avril dernier détenir un compte occulte en Suisse, conformément aux conclusions d’une enquête publiée par Mediapart, l’ex-ministre français du budget Jérôme Cahuzac a élevé le site d’information au rang de justicier public. Le sociologue Do Marchetti . « les journalistes d’investigation ont contribué à faire émerger une nouvelle figure, celle du justicier. Au nom des demandes et des attentes de l’“opinion publique”, qui serait soucieuse d’une plus grande transparence, ils se posent en concurrents des plus hautes instances judiciaires et politiques ».
Cette dramaturgie ritualisée, conçue pour faire bondir les ventes (ou l’audience), a pour effet de réduire les enjeux de structure à des questions de personnes. Quatre décennies après le Watergate, la dépolarisation idéologique rend douteux qu’un changement de majorité entraîne un changement de politique : l’horizon du journalisme d’investigation a rétréci. En cas de succès, il contribue à purger le régime ou, au mieux, l’incite à s’amender. Grâce à Mediapart, un ministre en a remplacé un autre. Le pavé dans la mare éclabousse, la question des paradis fiscaux se pose dans l’urgence ; puis une actualité chasse l’autre et tout redevient lisse. Malgré les lois de « moralisation » de la vie publique, la corruption continuait d’emprunter les canaux ouverts par la libéralisation financière : sociétés panaméennes, banques suisses, comptes luxembourgeois.
L’indignation ne s’exprime — pour le moment — que sur un mode privé : la protestation n’a pas trouvé le support collectif qui ferait de cette affaire le symptôme d’un problème plus général. Lorsque M. Nicolas Sarkozy était au pouvoir, le Parti socialiste pouvait prétendre incarner le changement. L’illusion s’estompe, et avec elle l’espoir de voir se défaire à brève échéance l’alliance de l’austérité et de la corruption.
Le subversivisme, expliquait Gramsci, peut être de gauche ou de droite. Mais en temps de crise, il penche irrémédiablement vers le conservatisme. Pour qu’un autre débouché lui soit offert, la mobilisation politique ouvre plus de perspectives que les révélations médiatiques.

L'accordéon de la philanthropie globale, Bernard Hours, anthropologue, Institut de Recherche pour le Développement
Avec la prolifération des initiatives dites « humanitaires », généreuses, solidaires, s’installe une certaine confusion. Solidarité, aide, charité, urgence humanitaire : de quoi parle-t-on ? Derrière un chantage permanent à l’indifférence à l’égard du malheur d’autrui, ne voit-on pas se dessiner et se développer une vaste entreprise de formatage moral et global ?
L’action humanitaire se penche relativement peu sur la condition sociale des victimes. Apparaît ainsi l’objectif central des politiques d’aujourd’hui : une gestion des risques de plus en plus confiée à la responsabilité individuelle : des généreux donateurs, émus par la misère qui les environne. L’Etat qui s’en chargeait auparavant semble débordé ; il sous-traite à des associations et à des organisations non gouvernementales (ONG) spécialisées.
L'objectif est aujourd'hui de produire une société civile globale, partageant les mêmes valeurs à défaut de partager les mêmes ressources. Cette entité virtuelle de société civile, à base de transparence démocratique, de solidarité, d’attention à autrui ou care, de charité, d’urgence humanitaire, d’aide, de bienveillance, bref, de bien moral, permet de faire passer au quotidien les violences, les exactions, la concurrence sauvage du marché. Et la solidarité internationale est un concept aussi flou qu’il est sélectivement invoqué. Quand un chef d’Etat le brandit pour envahir un autre pays, il nourrit une rhétorique politique agressive débouchant sur des conflits armés (Kosovo, Irak, Libye, Syrie) qui font de multiples victimes civiles ainsi sauvées des dictatures, mais pas de la mort.
Vingt-cinq ans d’urgence humanitaire ont mis en orbite autant qu’en scène des ONG devenues des entreprises de moralité. L’urgence serait d’autant plus pressante qu’elle serait morale.
La bonne conscience est désormais en vente libre.

Donatien
avatar 09/05/2013 @ 09:46:08
Merci Bolcho.
L'on ne peut pas dire que ce N° soit uniquement consacré à critiquer les Etats-Unis!
J'estime que le thème du "revenu universel" aurait dû être plus approfondi parce que révolutionnaire et sans doute utopique.

Merci à tous les empêcheurs de penser en rond!
A+

Radetsky
avatar 09/05/2013 @ 11:29:54
de leaders du Thiers-Monde ...
Oh ! Le beau lapsus ! Chavez, Versaillais... on aura tout lu.

Donatien
avatar 09/05/2013 @ 16:17:08
Te revoilà d'attaque, Radetsky, après une si longue absence..
Tu nous manquais.

Saint Jean-Baptiste 09/05/2013 @ 22:04:34
Merci, Bolcho ! enfin de la saine lecture... néanmoins discutable, évidemment.

Mais, premier effet indiscutablement heureux, tu as réussi à faire sortir notre Radetsky du bois. Il nous a boudé pendant longtemps et c'est vrai qu'il nous manquait.
;-))


A propos du premier article sur l'Etat des Lieux, de Halimi, je crois nous serons tous d'accord – pour une fois ; nous l'avons souvent dit ici même, ces différences de salaire qui font qu'un seul patron gagne autant que 300 infirmières est tout simplement scandaleux !
On arrivera pas à aplanir ces différences en taxant les plus riches à 75 %. Il faut empêcher de tels salaires en imposant que le plus gros salaire ne puisse dépasser trois fois le salaire moyen.
Nous l'avons déjà dit cent fois sur le site mais autant parler dans le désert comme mon saint patron !

Cela dit, il faut faire attention aux statistiques données en pourcentage :
« 93 % des gains de croissance réalisés aux Etats-Unis pendant la première année de reprise économique ne sont allés qu’aux 1 % d’Américains les plus riches », nous dit l'article du Monde.
Oui mais, pour commencer, y a-t-il eu une première année de reprise économique ? Et si oui, elle n'a dû produire que quelques cacahuètes, pratiquement rien, à mon avis.


Je reproche à cet article de partir à la fois dans tous les sens : il nous parle des E-U, puis de la démocratie, puis de la Commission de Bruxelles, du FMI et de la BCE, puis de la Grèce... Personnellement, je ne distingue pas toujours où il veut en venir.
Sinon que les politiciens ont perdu la main et que le pouvoir est à la haute finance.
Mais je me souviens d'un candidat à la présidence qui avait promis de remettre bon ordre dans tout ça, et qui dispose maintenant de tous les pouvoirs. Alors tout espoir n'est pas perdu, n'est-il pas...


Quand l'article dit que «aux E-U, le salaire minimum a perdu 30 % de sa valeur depuis 1968 », c'est peut-être vrai aux E-U, mais certainement pas en Europe. Nous sommes beaucoup plus riches qu'en 1968, même en pouvoir d'achat.
Nous n'avons jamais été aussi riches ! L'ennui c'est que la période des vaches grasses est terminée...

Où l'article a tout-à-fait raison c'est quand il dit que aux E-U, comme en Europe, le travail est beaucoup trop taxé et le capital beaucoup trop peu.
Mais là encore, quand un parti a tous les pouvoirs, et qu'il n'arrive à rien changer, sauf quand il s'agit de mariage, il y a de quoi désespérer.


Alors pour terminer, quand je lis ceci : « Eclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les Etats, réclamerait un travail continu d’éducation populaire », je me demande vraiment comment « l'éducation populaire » pourrait changer les choses. Le peuple a donné tous les pouvoirs au même parti, c'est à lui d'agir, qu'est-ce que le peuple pourrait faire de plus en étant mieux éduqué ?


Voilà pour un début, je lirai attentivement le reste plus tard. Mais, déjà, c'est vrai que l'allocation universelle mériterait tout un débat. Je sais qu'il y a de chauds partisans sur le site mais, pour ma part, je crois que c'est encore une belle utopie pour ne pas dire une chimère.

Saule

avatar 10/05/2013 @ 08:19:35
Un très bon cru ce mois de mai dans le Monde Diplomatique. Comment ne pas être d'accord ? Et avec ça en particulier :
Eclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les Etats, réclamerait un travail continu d’éducation populaire.


Très content de voir que Radetsky vit toujours et qu'il ne nous a pas entièrement oublié.

Saint Jean-Baptiste 10/05/2013 @ 09:58:46
Sur le deuxième article, « les ambitions de Pékin... » on ne peut qu'être d'accord.
Quoique... ! Que Pékin conteste l'hégémonie américaine de la militarisation de l'espace est bien normale. Mais que Pékin conteste aux Américains le droit de se prémunir contre des tirs balistiques au moyen de satellites de détection est tout-à-fait invraisemblable.
Et que les Américains se construisent des missiles anti-missiles est absolument légitime. Chacun a le droit – et le devoir – de se défendre contre un éventuel ennemi.
C'est comme si, au Moyen-Âge, on avait contesté aux villes le droit de se construire des remparts !
Les Chinois feraient bien de comprendre une bonne fois pour toutes qu'il serait préférable de s'entendre avec le reste du monde plutôt que de se croire perpétuellement menacée.
Je me demande ce qu'écrira le Monde, le jour où les Chinois auront l'hégémonie totale sur le monde et sur l'espace...

Minoritaire

avatar 10/05/2013 @ 13:08:48
Alors pour terminer, quand je lis ceci : « Eclairer les vrais ressorts de ce qui se trame, les mécanismes grâce auxquels richesses et pouvoirs ont été captés par une minorité contrôlant à la fois les marchés et les Etats, réclamerait un travail continu d’éducation populaire », je me demande vraiment comment « l'éducation populaire » pourrait changer les choses. Le peuple a donné tous les pouvoirs au même parti, c'est à lui d'agir, qu'est-ce que le peuple pourrait faire de plus en étant mieux éduqué ?
SJB, tu dis toi-même que
les politiciens ont perdu la main et que le pouvoir est à la haute finance.
L'éducation populaire, cela pourrait être encourager le public à pratiquer un commerce équitable, à questionner la surconsommation, à refuser la logique des banques qui font de l'argent un produit, alors qu'il s'agit d'un outil...

Minoritaire

avatar 10/05/2013 @ 14:07:02
Le peuple a donné tous les pouvoirs au même parti, c'est à lui d'agir, qu'est-ce que le peuple pourrait faire de plus en étant mieux éduqué ?
Il y a là une façon de réduire la démocratie au parlementarisme qui me semble bien tristounette...

Saint Jean-Baptiste 10/05/2013 @ 19:24:57

SJB,
L'éducation populaire, .
Minoritaire, moi ce qui ne me va pas c'est cette idée qu'une quelconque autorité se mêlerait « d'éduquer » le bon peuple, c'est-à-dire nous ; - et pourquoi donc ? Pour se décharger de ses responsabilités ? pour que nous fassions le ménage à sa place ? Ben non ! Que les autorités fassent leur boulot, c'est pour ça que nous avons voté.

Et la démocratie se réduit au parlementarisme, par nécessité.
Le bon peuple travaille du matin jusqu'au soir, ou étudie et cherche un travail, il éduque ses enfants, s'essaye à l'entraide quand c'est possible, s'informe de ce qui se passe dans le monde quand il a le temps... bref, il a autre chose à faire que de participer au gouvernement du pays, il n'y a rien de tristounet à ça.

Saule

avatar 10/05/2013 @ 20:11:13
L'éducation est très importante. Il faudrait apprendre aux enfants que le capitalisme est une erreur, qu'à une époque on croyait qu'avec le progrès tout le monde serait riche mais que c'était une grosse erreur et que la machine est devenue folle. Que la croissance est une chimère et qu'elle ne reviendra jamais et que donc il faut revoir notre mode de vie.

Il faudrait apprendre qu'être riche quand les autres sont pauvres ne procure aucune joie, bien au contraire. Apprendre aux gens la spiritualité, que ce soit la religion ou la philosophie, apprendre à partager, à se mettre au service des autres. Il faut proposer à nos jeunes des modèles positifs, un peu comme le hippie barbu qui disait "Bienheureux les pauvres, malheur aux riches".

Mais bon, tant que les gens au pouvoir n'auront eux-même pas compris cela, ce sera impossible.

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