L'enfance politique de Noémi Lefebvre

L'enfance politique de Noémi Lefebvre

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Camarata, le 16 septembre 2015 (Inscrite le 13 décembre 2009, 67 ans)
La note : 8 étoiles
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je ne vais pas entendre ces conneries Martine

Un roman très particulier aussi original et étrange dans la forme que dans le sujet.
l’écriture rythmée , alterne entre un style familier verbal et un jargon techniquo- socio -culturel, ce contraste crée un effet comique tout au long du livre, effet comique   qui n'est peut être pas voulu par l'auteure.
La théorie qui sert de trame au livre est que le vécu social des parents se transmet aux enfants et les traumatise, en l’occurrence il s'agirait d'un viol commis durant la guerre à l'encontre de sa mère , mais ce n'est pas très clair.

Bien que cette proposition me paraisse vraie, d'une certaine manière, la tendance actuelle à passer tous nos agissements au scanner de la psychologie ou sociologie n'aboutit généralement qu'a victimiser les individus et à les maintenir dans une impasse .

L’héroïne du livre, Martine échoue chez sa mère après une dépression , ou un abandon momentané et peut-être volontaire , du rôle d'épouse,de mère et de travailleuse, socialement bien intégrée .

«  Longtemps j'ai eu des avis , j'ai su quoi penser sur toutes sortes de sujet. J'ai pris des décisions, j'ai choisi des options, j'ai agi en fonction.

Ainsi le matin , je me levais , je me lavais, je m'habillais, je m'asseyais, je lisais , je mangeais, je buvais, je fumais.
Après je partais, je roulais, j'arrivais, je parlais, je m'asseyais, je parlais, j’écrivais, je lisais, je parlais, je lisais, j’écrivais.

le midi je mangeais, je buvais, je parlais, je fumais.

l’après midi, je fumais, je parlais, j’écrivais, je lisais, j'écrivais, je parlais, je fumais, je roulais, je rentrais, je fumais.

le soir , je buvais, je mangeais , j’écoutais, je parlais, je buvais, je mangeais, je fumais, j’écoutais, j'attendais, j’écoutais, je fumais, j’écoutais, j'attendais, j'attendais, je me couchais, j'attendais, je criais, je fumais, je dormais et tout ça en fonction.
J'ai été dans l'action quand j'étais en fonction, j'ai été un acteur avec des stratégies suivant des attitudes et des comportements.

En tant qu'acteur j'ai été dans le système, c'est à dire dans une méta- organisation rassemblant ds humains et des non- humains médiateurs ou intermédiaires les uns avec les autres.

Dans cette vie d'acteur, je jouais mon personnage, c’était une mise en scène de la vie quotidienne où je multipliais les représentations, je faisais des numéros , je jouais du piano , j'allais au restaurant , je pouvais me servir d'un couteau à poisson, je pratiquais la conversation et pas mal d'autre rites d'interaction.

J'ai fonctionné longtemps dans ce fonctionnalisme , j'observais tout en participant et je participais tout en observant , j'appliquais ainsi la méthode compréhensive

Je me souviens de ça , j’étais compréhensive, c'est à dire que j'avais une approche à partir du sujet , par exemple ,un chien. »


Dans ce retour au bercail originel, Martine cherche à pointer les défaillances de sa mère, plus par jeu que par conviction :

« Parfois je vais chercher dans ma mère pour m'amuser, je lui fais son procès , je lui dis ses vérités, je lui dis toi man t'es parfaite , t'a aucun défaut , on peut rien te reprocher,.
elle ne répond rien.
Ma mère est interdite , ma mère s'interdit, elle me regarde comme ça, marrant de voir comme une mère peut se détruire à cause d'une toute petite critique, alors je continue , j'enfonce le clou dans ma mère, ça rentre comme dans du beurre car ma mère souffre de culpabilité, c'est un sentiment douloureux, plus ou moins angoissé, immotivé et inconscient qu’éprouve un sujet à la suite d'une faute qui représente la transgression d'une valeur intériorisée.
Ma mère en a des tonnes de culpabilité, elle a de bonnes raisons , c'est son éducation, alors j'enfonce ma mère, je lui dis, tu fais tout bien, t'a tout compris, t'a toujours raison toi man, t'es si parfaite qu'on peut pas mieux faire, je pense avoir réussi quelque chose.
Ma mère s'ouvre de la bouche,elle chauffe son sang, elle me fixe , elle va me fusiller avec sa cataracte, je me prépare au pire , nous allons nous haïr, elle et moi, ça sortira cette haine de ma mère et de moi, je la vaincrai parce que je dépasse tout, mais elle me refuse, je ne vais pas entendre ces conneries Martine. »

Ce roman pourrait être plusieurs choses au choix, cela pourrait être une parodie involontaire du psycho-sociologisme ambiant, une tentative de retour sur soi pour se débarrasser des rôles sociaux, une retrouvaille-réconciliation avec la mère, en tous cas un roman très drôle qui n'incite pas à la dépression, paradoxalement.

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