Mon combat, IV : Aux confins du monde de Karl Ove Knausgård

Mon combat, IV : Aux confins du monde de Karl Ove Knausgård
(Min kamp, Fjerde Bok)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Septularisen, le 28 avril 2020 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 52 ans)
La note : 10 étoiles
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UNE ADOLESCENCE NORVÉGIENNE!

«Aux confins du monde» est le quatrième volume de l’autobiographie de Karl Ove KNAUSGAARD (*1968, ci-après nommé KOK), mais comme tous les autres volumes, celui-ci peut se lire indépendamment. Dans ce livre-ci nous retrouvons KOK à ses dix-huit ans. Il vient de sortir de l’école qu’il fréquentait (sans beaucoup d’assiduité), son BAC en poche et un peu paumé (notamment à cause du divorce de ses parents…), il ne sait pas trop quoi faire dans la vie, étant donné qu’il ne veut pas continuer ses études.
Il a une seule grande passion c’est l’écriture et un seul grand défaut… Il aime (beaucoup) boire! Pour le reste il a deux autres objectifs dans sa vie, écouter de la musique (c’est un véritable connaisseur!) et perdre au plus vite sa virginité (pas facile quand comme lui on souffre d’éjaculation précoce…).

Il trouve donc une astuce pour gagner sa vie, tout en pouvant assouvir sa passion pour l’écriture. Il se fait embaucher comme professeur dans le grand Nord de son pays. En effet l’État norvégien manquant de volontaires pour aller enseigner dans ces contrées éloignées de tout, il recrute des professeurs stagiaires même pas diplômés, qui généralement restent en place pour un an seulement.

Il se retrouve au-delà du Cercle Polaire, dans un petit village de pêcheurs, nommé Hafjord, tellement petit qu’il n’y a qu’une seule rue et qui est vraiment au bout du monde! (si vous voulez vous rendre compte par vous même, tapez Finnesses Norvège sur Google Map et regardez où c’est!..). Lui qui cherchait un lieu loin de tout et de tous pour pouvoir être indépendant, et pouvoir écrire tranquillement, il est servi! Pendant six mois il fait nuit noire, et pendant les six autres le soleil brille tout le temps! Et mis à part ses cours et ses élèves, et aller à la piscine de temps en temps, il n’y a rien à faire, mais alors absolument rien! Si ce n’est participer de temps en temps à des fêtes et boire jusqu’à plus soif, boire jusqu’à l’oubli, pour oublier sa timidité et réussir à draguer les filles…

Comme dans tous ses autres livres, KOK se raconte et son sujet principal c’est… Lui ! Narcissique ? Nombriliste ? Imbu de lui-même ? Sans doute un peu de tout cela, et c’est ce qui fait que ces livres on les aime… Ou pas ! Alors c’est long, parfois très long, et autant vous le dire tout de suite, il ne se passe rien, mais alors rien pendant tout le livre! Il n’y a pas d’action, pas de rebondissements. Il n’y a rien de particulier, rien d’extraordinaire, rien de très surprenant (une page et demi pour décrire la lasagne achetée au supermarché du coin, qu’il réchauffe au four à micro-ondes et mange directement dans sa barquette blanche…). Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler «La montagne magique» de Thomas MANN (1875 - 1955), qui est d’ailleurs un des écrivains préférés de KOK.
C’est juste une chronique au jour le jour, d’une jeune prof, un peu déboussolé, un peu perdu, qui se retrouve avec des élèves parfois à peine plus jeunes que lui, qui se cherche et qui boit beaucoup (mais alors beaucoup, eihn…), et qui n’a qu’une passion et qu’un objectif dans la vie… Écrire!

Mais comme toujours, qu’est-ce que c’est bien écrit! C’est même très bien écrit, dans son style unique et très particulier. C’est «brut de décoffrage», net, tranchant, percutant. Sans aucune concession, sans détours, sans fioritures, c’est parfois très cru, mais toujours très franc, très transparent et très vrai. KOK ne nous cache rien, ses joies, ses peines, ses lâchetés, ses réussites, son ego surdimensionné, ses faiblesses, sa dévotion envers ses élèves… Il arrive véritablement à nous faire ressentir ce qu’il a ressenti à ce moment-là.

Il y a vraiment de tout dans ce livre (comme dans tous les autres de sa biographie, d’ailleurs…), et c’est une véritable addiction à son écriture que l’on ressent au bout d’un moment et on se surprend à vouloir absolument lire et connaître la suite… En prime dans ce volume-ci des magnifiques descriptions de paysages nordiques, mais vraiment comme si vous y étiez! Avec un réalisme et un sens du détail et de l’observation époustouflants.
Que dire de plus? Encore une fois je suis tombé sous le charme de l’écriture de KOK. Je trouve que ses livres sont exceptionnels et celui-ci est pour moi le meilleur des quatre de sa biographie que j’ai lu. Chacun se reconnaîtra à un moment ou à un autre dans ce récit du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Après, je peux comprendre que sans doute certains lecteurs n’aimeront pas son style d’écriture très particulier, mais je reste à dire que ce livre en vaut vraiment la peine!

Karl Ove KNAUSGAARD a reçu le Prix Malaparte en 2015, et le Prix Nordique de l’Académie Suédoise en 2019. Son nom est régulièrement pressenti pour le Prix Nobel de littérature. «Aux confins du monde» a été meilleur livre de l’année 2017 par le magazine «Lire».

P.S. : Comme pour les volumes précédents, je vous recommande de garder «wiki» près de vous, puisque l’on voit (entre autres…) défiler dans le livre les noms de : Jon FOSSE (*1959), Jan KJAERSTAD (*1953), Ragnar HOVLAND (*1952), Rolf SAGEN (1940 – 2017), Jens BJORNEBOE (1920 – 1976), etc…

Un extrait représentatif, les pages 446 et 447 de l'édition en collection de poche Folio/Gallimard:

Les jours raccourcissaient et ils raccourcissaient vite, on aurait dit qu’ils se précipitaient vers la nuit. La première neige, tombée dès la mi-octobre, fondit au bout de quelques jours mais quand elle revint début novembre, ce fut sérieux, elle s’abattit pendant des jours et des jours et tout fut bientôt enveloppé d’épais coussins blancs, sauf la mer qui, avec sa sombre surface pure et ses immenses fonds, reposait là tout près comme étrangère et menaçante, comme un meurtrier logeant chez le voisin, se disait-on, dont le couteau luisait immobile sur la table de la cuisine.
La neige et la nuit métamorphosèrent le village au point de le rendre méconnaissable. À mon arrivée, le ciel était haut et lumineux, la mer immense et le paysage ouvert, de sorte que le village avec ses maisons réparties aléatoirement semblait incapable de se tenir, tout juste apte à exister en tant que tel. On avait l’impression que rien ne s’arrêtait là. Puis arrivèrent la neige et la nuit. Le ciel s’affaissa, formant un couvercle juste au-dessus des toits. La mer disparut, sa noirceur se fondit dans celle du ciel et l’horizon devint invisible. Même les montages disparurent, et avec elles le sentiment de se trouver au cœur d’un ouvert. Il ne restait plus que les maisons, éclairées vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toujours ceinturées d’obscurité, et ces maisons et ces lumières devinrent le point de mire, ce autour de quoi tout gravitait.
A le suite de glissements de terrain sur la route, on mit des ferrys en circulation, et le fait qu’on ne puisse plus sortir de là que deux fois par jour renforçait le sentiment d’être dans le seul lieu et parmi les seuls gens sur terre. (…)

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