Shelton
avatar 06/08/2020 @ 08:22:52
Jeudi 6 août

« L’été c’est fait pour lire » et il m’a semblé opportun de poursuivre notre exploration de la catégorie des cozy mysteries. Je sais bien que certains n’aiment que très moyennement le genre mais d’autres l’adorent et il est totalement adapté à la période estivale. De plus, souvent construit en série, on peut trouver chaque année le nouveau roman quand arrivent les vacances… L’année dernière j’avais découvert le premier volume de la série Les détectives du Yorkshire, Rendez-vous avec la mort, et cette année, j’ai glissé dans mon sac de voyage le second opus, Rendez-vous avec le mal… Tout un programme !

Rappelons pour les lecteurs fous de thrillers qu’il ne s’agit pas pour eux d’un bon plan. Ils risqueraient d’être fous de rage en attendant de l’action alors que toute la première partie de ce Rendez-vous avec la mort n’est que la vie finalement assez banale d’un petit village anglais du Yorkshire, Bruncliffe. Ici, les gens s’aiment ou se détestent, se parlent ou pas, fréquentent les mêmes pubs ou salons de thé… Delilah Metcalfe est une jeune femme qui vit ici. Elle maitrise l’informatique mais ça ne suffit pas pour vivre et elle tente de faire survivre une petite entreprise particulière, un site de rencontre amoureuse… Là encore, tout un programme !

Samson O’brien arrive dans cette bourgade apparemment tranquille pour se refaire… Oui, il a connu quelques échecs comme flic infiltré et pour se faire oublier mais vivre quand même, il ouvre une agence de détective à Bruncliffe. En fait, il ne vient pas là par hasard puisqu’il est originaire de ce village et il va louer un local à Delilah elle-même… L’arrivée de Samson ne passe pas inaperçue et elle semble causer quelques tensions dans la population… Pas à cause de sa moto rouge, naturellement ! Non, en fait, il y a un passé trouble qu’il va falloir découvrir de page en page et je ne vais pas vous en dire trop…

Le roman n’est pas simplement la vie en parallèle d’une agence de détective et d’un site de rencontre, vous vous en doutez bien. Les deux domaines vont se croiser et les directeurs d’agence (ça fait classe dit comme cela mais l’argent ne coule pas à flots) vont devoir se parler, travailler ensemble (si on peut dire !). Pour cela, il va bien y avoir des morts suspectes car on est quand même bien dans un roman policier et le titre du volume 1 est bien « Rendez-vous avec le crime » !

Tout commence donc par un suicide apparent auquel ne croient pas les parents de la victime… Assez classique sur le fond, mais rapidement une autre mort suspecte est là… or, il semblerait bien qu’il y ait un point d’accroche entre ces deux morts… Oui, l’agence de rencontre de Delilah…

Bon, vous allez pouvoir découvrir tout cela en détail en plongeant dans ce roman, dans cette série (aujourd’hui il y a cinq titres disponibles en langue française. Mais je souhaite vous dire quand même que le premier volume est un peu lent à démarrer parce que l’autrice, Julia Chapman, veut vous laisser le temps de découvrir le village, de rencontrer ses habitants, de vous y installer réellement avant de vous pousser dans l’intrigue policière. Elle aurait probablement pu le faire plus rapidement mais cela aurait été au détriment d’une petite tasse de thé, d’une pinte de bière, d’un repas de famille, d’une ambigüité entre deux personnages… Alors, oui, vous auriez pu avoir le polar plus tôt mais vous ne seriez peut-être pas restés dans le village pour les prochains rendez-vous ? Là, vous allez poser vos bagages dans le village, même si vous ne possédez pas de moto rouge comme Samson… Bienvenue à Bruncliffe !

Précisons que l’écriture de Julia Chapman est plutôt sympathique et que la traduction de Dominique Haas en permet une lecture plaisante ! Alors, comme « l’été c’est fait pour lire » n’hésitez pas à aller à votre Rendez-vous avec la mort tandis que moi j’ai Rendez-vous avec le mal…

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 07/08/2020 @ 09:17:47
« L’été c’est fait pour lire » et si j’ai pris le temps (et ce n’est pas encore terminé) de vous parler longuement cet été des romans policiers de la catégorie des cozy mysteries, il n’en demeure pas moins que mon attachement aux autrices britanniques de romans policiers est fort et qu’il commence par les deux grandes, les deux géantes, Patricia Wentworth et Agatha Christie… Ah, la Grande-Bretagne du policier…

Il faut dire qu’y a des régions, en Grande-Bretagne, où il se passe toujours quelque chose… Par exemple, prenez la famille Bantry : arrive le matin et, hop, on trouve un cadavre dans la bibliothèque ! Pas n’importe lequel ! Celui d’une personne que l’on ne connaît pas, que l’on n’a jamais vu ici… Etonnant. Non ?

Présenté ainsi, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un roman policier surréaliste sans aucun intérêt. Quand on sait que l’auteur est la reine du crime, une certaine Agatha Christie, on se dit que ce doit être comme d’habitude… Il y en a qui aiment, d’autres pas ! Mais si nous allions un peu plus loin que la réputation de l’auteur…

Si je me permets, une fois encore, de venir vous parler des romans d’Agatha Christie, c’est parce que je suis certain que tous ceux qui prendront le temps d’en ouvrir et lire un découvriront que nous sommes là en présence d’un auteur de qualité qui nous livre autre chose qu’une simple intrigue policière. Oui, bien souvent nous sommes lassés de ces romans américains ou australiens construits sur le même modèle avec un suspense violent ne reposant que sur une intrigue légère pour ne pas dire sans épaisseur ni réalité. Ici, chaque roman comporte des personnages, un cadre, un rythme, un mécanisme propre qui font que le lecteur retire de sa lecture un bonheur profond…

Je concède volontiers que pour cela il faut aimer lire. Chez Agatha Christie, les phrases ne sont pas réduites à leur strict minimum. Oui, pour poser ses personnages, elle a besoin de scènes nombreuses avec, parfois, ce que certains appelleront des longueurs, moi des passages obligés… Mais laissons-là ces généralités et plongeons dans ce roman… Un cadavre dans la bibliothèque ! Nous sommes, ici, trop passionnés des livres pour rester de marbre quand le colonel Bantry et son épouse se retrouvent confrontés, au petit matin, à une telle réalité. Qui peut bien être cette jeune femme qui est venue mourir chez eux, qui plus est, dans la bibliothèque ?

Madame Bantry, Dolly, ne connaît pas plus que son mari la victime mais ce crime va pouvoir lui offrir une activité atypique, la gestion de l’enquête. Oui, c’est « son » crime puis que cette jeune femme a décidé de mourir dans « sa » bibliothèque. C’est comme un jeu qui s’offre à elle, une murder party qui lui réjouit le cœur dès le départ d’autant plus qu’elle a une amie spécialiste qui va l’aider, une certaine Jane Marple.

Les personnages de ce roman sont bien vivants, réels et crédibles et très rapidement on arrive à les suivre, à les comprendre. Il y a le vieux riche handicapé, il y a le gendre, la belle fille, tous deux attentifs et attentionnés, il y a le militaire à la retraite et curieux de tout, la demoiselle un peu bête mais belle à damner un saint, un vieux légiste qui sait tout mais ne dit rien, un maître d’hôtel respectueux des us et coutumes de ses clients, un gigolo professeur de tennis et capable de faire danser avec le sourire n’importe quelle petite vieille pour quelques livres et même des policiers peu brillants pour mettre en valeur la vieille demoiselle de St Mary Mead…

J’ai passé un très bon moment en relisant, encore une fois, ce roman, cela m’a rappelé quelques bons souvenirs de lecteur et, dès le matin suivant, je suis entré prudemment dans ma nouvelle bibliothèque, dès fois qu’un cadavre s’y serait trouvé au petit matin…

Bon, comme l’été c’est fait pour lire, comme Agatha Christie se lit toujours avec plaisir, bonne lecture à tous !


Shelton
avatar 08/08/2020 @ 09:01:44
Samedi 8 août

« L’été c’est fait pour lire » et hier en buvant une coupe à l’occasion de l’anniversaire d’une chère amie, voilà qu’il me revient en mémoire un roman policier d’Agatha Christie, Meurtre au champagne… Ni une ni deux, me voila avec ce roman en main pour clore une très belle journée…

Voici un bien étrange roman. Imaginez un peu… Tout commence avec une nouvelle mettant en scène un enquêteur hors normes, un certain Hercule Poirot. Et voilà qu’au moment où la reine du polar et du crime se décide à le mettre en roman, elle supprime son héros belge et ne le remplace pas par un autre de ses enquêteurs favoris. Du coup, un roman sans vedette mais avec une intrigue alambiquée à souhait qui va certainement plaire à ceux qui refusent les histoires cousues de fil blanc… ou plus exactement noir, dans le cas qui nous préoccupe.

Tout commence donc avec un anniversaire qui se termine par le suicide de celle qui était à l’honneur, une certaine Rosemary. C’est du moins ainsi que Iris, sa sœur, George, son mari, Stephen et Alexandra Farraday, leurs amis, ont vécu cette tragique soirée…

Vous êtes en train de vous dire que s’il s’agit bien d’un suicide, ce n’est pas là le cœur du roman d’Agatha Christie… et s’il s’agit d’un crime, alors autant le dire tout de suite, une bonne fois pour toute ! Je vous comprends, mais admettez, pour une fois, que le doute pourrait bien faire partie du roman, des intentions de l’auteure. Un suicide, avec des raisons qui semblent crédibles, avec une police qui y croit et des sommités médicales qui l’ont bien confirmé… Et, surtout, un mari qui tente péniblement et progressivement de faire son deuil…

La construction du roman est très bien faite car nous allons nous retrouver à vivre cette soirée dramatique, mais aussi tous les mois qui suivront en nous mettant à la place de chacun des protagonistes Un événement vu à travers les yeux de chacun, avec des sentiments différents, avec des motivations variées et surtout avec la surprise de voir se confirmer les motifs d’un suicide programmé et des mobiles tout à fait réels et plausibles… pour un peu on s’y perdrait !

Il faudra attendre que le mari, ce bon George, décide de réinviter tout le monde pour l’anniversaire d’Iris, un an après, jour pour jour, au même endroit, au « Luxembourg », pour que le noir nous tombe dessus de façon irrémédiable… Oui, la lumière aura bien du mal à arriver.

J’ai beaucoup apprécié ce roman qui commence par une partie très psychologique. Pas de crime, pas de clarté dans les faits, juste des sentiments, des ressentis, des souvenirs. Petit à petit, Agatha Christie pose ses personnages, on s’y attache ou on les rejette et on se retrouvera en difficulté quand les rencontres et soirées viendront donner du sens à tout cela, mais pas celui que l’on avait, éventuellement, envisagé.

Finalement, c’est plutôt une bonne chose que Hercule Poirot ait disparu de ce roman car je suis certain qu’il aurait faussé les choses, voir même qu’il se serait trompé de coupable… Impossible ! Non, tout à fait envisageable. N’oubliez pas que s’il s’était trompé, si certains accusés avaient été pendus, personne ne serait venu vous le dire ! Ni Poirot le prétentieux, encore moins Hastings son fidèle admirateur, et je crois qu’Agatha Christie, elle-même, ne s’en serait pas vanté… alors qu’un policier et un ancien agent de sa majesté, en bonne intelligence, ne pouvait qu’acculer, certes avec difficultés, le coupable à se dénoncer ! Coupable ? Zut ! Je me suis trahi, vous savez maintenant qu’il y a eu au moins un crime dans ce roman policier…

Ce roman est l’illustration parfaite que chez Agatha Christie il y a beaucoup plus que ce que l’on croit généralement quand on n’a pas exploré l’ensemble de ses romans et de ses nouvelles… Voici qui ouvre un champ de lecture assez considérable, 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre ! Oui, vous avez du travail sur la planche (enfin, sur la liseuse aussi !)… Alors, comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Quant à l’anniversaire d’hier, finalement, tout le monde semble avoir survécu à la coupe de l’amitié !

Shelton
avatar 09/08/2020 @ 03:25:56
Dimanche 9 août

« L’été c’est fait pour lire » et je voulais aujourd’hui aller chasser le criminel dans le Périgord en compagnie de Bruno Courrèges, chef de la police municipale de Saint-Denis en Dordogne… Inutile de passer vos nuits à chercher ce village sur les cartes, sur Internet ou dans vos mémoires périgourdines… Il s’agit bien d’un village fictif, mélange harmonieux de plusieurs cités du Périgord noir, imaginé par un auteur britannique, Martin Walker… Périgord noir ? C’est celui qui renferme quelques trésors dont la vallée de la Dordogne, les grottes de Lascaux, la ville de Sarlat…

Pour clore les références avec la réalité d’une région, précisons bien que l’auteur a lui-même vécu dans cette région (il y vit à temps partiel quand il n’est pas sur Washington) et que le personnage de Bruno Courrèges est paraît-il inspiré de la vie réelle du chef de la police du village de Bugue…

Ce roman, Meurtre en Périgord, est le premier d’une série dont trois ont été traduits en langue française mais qui compte déjà 13 titres. Il s’agit donc bien de faire connaissance avec le personnage, le village, sa population, l’ambiance locale… et Monsieur le maire, bien sûr !

Ce premier volume permet d’abord à l’auteur britannique de critiquer l’Europe de bon cœur, en particulier en pointant du doigt les inspecteurs qui viendraient arpenter les marchés français à la recherche de tous les produits qui ne respecteraient pas les sacrées normes (et on vise là, entre autres, nos non moins sacrés fromages !). Le petit village français résiste comme il le peut et la police municipale participe à la « fête »…

Malheureusement, la fête se termine quand on retrouve le corps du pauvre Hamid, retraité de l’Armée française, assassiné sauvagement chez lui… La piste du crime raciste et haineux, pour ne pas dire nauséabond, semble se profiler à l’horizon d’autant plus que de jeunes militants d’extrême droite sont bien présents dans le paysage… Il se pourrait bien que tout soit beaucoup plus compliqué…

Certains n’aimeront pas, c’est certain, le temps passé à nous parler de l’omelette aux truffes, la façon de cuire un steak au barbecue, la qualité des vins dégustés, la partie de double mixte sur un terrain aussi vert qu’à Wimbledon, les introspections de ce brave Bruno toujours entrain de « digérer » son séjour en Bosnie du temps où il était juste militaire dans un régiment du génie, les flirts et autres péripéties du village…

Mais, c’est ce qui fait de ce roman un exemplaire sympathique de cozy mysteries, sans aucun doute !

Certains seront énervés, n’en doutons pas, par les clichés sur la France et son histoire, que ce soit durant la Seconde Guerre mondiale ou la Guerre d’Algérie. Seulement, voilà, mes amis, ce que nous allons considérer comme clichés ne sont, peut-être, que des vérités que nous n’aimons pas entendre, des vérités que nous voudrions oublier… Attention, je ne dis pas que tout est vrai dans la vision de Martin Walker, j’appelle simplement à la prudence et il faudrait savoir prendre un peu de distance…

Ou alors faire comme moi, partir du principe qu’il s’agit bien d’une fiction d’un simple roman policier, que nous devons lire simplement en nous laissant manipuler par l’auteur, en compagnie de ce cher Bruno qui n’est pas toujours à la fête… Ah, oui, j’ai oublié de vous préciser que la police nationale est là, qu’un juge d’instruction, jeune et ambitieux a été envoyé sur place et que Bruno, le pauvre policier municipal n’est là que pour les basses tâches… Ou pas, allez savoir !

Comme l’été c’est fait pour lire, cette série vous attend pour une belle immersion dans la Dordogne, dans le Périgord noir, dans cette France profonde qu’il faut redécouvrir dès cet été… Alors, bonne lecture à tous et bon voyage au cœur de la France pour ceux qui ont la chance de s’y promener !

Shelton
avatar 09/08/2020 @ 03:26:57
Les parutions dans les prochains jours seront plus chaotiques, en fonction des connexions, du temps de lectures et d'écritures...

Shelton
avatar 10/08/2020 @ 06:20:09
Lundi 10 août

« L’été c’est fait pour lire » et dès que je suis en vacances, j’écume les librairies avec conviction, entre autres pour découvrir des romans policiers de la région que je fréquente. Hier, donc, à Saint-Affrique, je me suis laissé guider par une très aimable libraire…

Très aimable, c’est une certitude mais avouons que la discussion ne fut pas simple… Nous portions le masque (un signe pour échanger sur le roman policier) et chacun était doté de son accent… Je ne vous dis pas le dialogue surréaliste que cela peut entrainer… Certainement, une piste qui sera exploitée prochainement par des humoristes, j’en suis certain !

Mais revenons à nos moutons (à Saint-Affrique et Roquefort, ces animaux sont sacrés), et me voilà avec un roman policier en mains, le premier d’une série signée de l’autrice Sylvie Boulard, une femme qui habite Saint-Affrique même, m’a confié la libraire… Elle a d’ailleurs été libraire elle-même quand elle a quitté Paris pour s’installer dans l’Aveyron, il y a près de 30 ans…

« Un gant teinté de sang » est un policier qui se déroule en 1875, à Millau et l’enquête est menée par l’inspecteur Adrien Levasseur… Mais je ne vais pas vous en dire plus car je ne l’ai pas terminé… Ce sera pour une prochaine fois !

En attendant, ce sera l’occasion de présenter un autre roman policier, signé Agatha Christie, une autre locale de l’étape, du moins si vous allez dans le Devon !

Voici donc un roman caractéristique de la grande Agatha Christie ! Un meurtre improbable, un homme poignardé chez une pauvre aveugle inconnue qui était absente de chez elle. Un cadavre sans identification possible que personne n’a vu, de son vivant, dans le quartier. Une jeune femme, employée dans une boite de dactylographie, qui découvre le cadavre alors que rien n’aurait du la pousser à être sur place. Un passant anodin qui s’avère être un espion professionnel de sa gracieuse majesté…

Oui, en quelques pages nous voilà plongés dans un meurtre qui relève plus de l’énigme intellectuelle que du drame humain classique. Le lecteur va-t-il avoir la possibilité de trouver le coupable, ou la coupable, avant l’enquêteur de service ? D’ailleurs qui est-il celui-là ? Un certain Hercule Poirot, qui a été consulté par un des témoins de l’affaire, un certain Colin Lamb dont le père était un ami du célèbre belge… On est en été, occasion de jouer avec cette énigme policière, cette « murder party » !

Comme à chaque fois avec un tel héros, les chemins ne seront pas directs et le lecteur ira de surprise en surprise, l’auteur nous réservant quelques coups inattendus et imprévisibles… Mais l’intérêt majeur du roman réside ailleurs. Je pourrais résumer la situation en affirmant que ce roman permet de comprendre mieux Hercule Poirot et de vivre au cœur d’un quartier, au rythme des habitants, au cœur d’une enquête policière, mais avec sérénité malgré les tensions et les menaces qui pèsent sur certains…

Commençons par Poirot. Colin Lamb vient le surprendre dans son appartement quand il est en train de lire, d’analyser les grandes enquêtes policières classiques, celles de Poe, de Conan Doyle, de Gaston Leroux, de Maurice Leblanc. Du coup, Agatha Christie est obligée de nous dire ce qu’elle pense de cette littérature, elle qui en produit aussi depuis quelques années. Arsène Lupin ? « Que d’invraisemblances, de situations rocambolesques, mais compensées par une telle vitalité, un tel élan ». Le mystère de la chambre jaune ? « Un véritable classique qui me satisfait entièrement ». Enfin, que dire des Aventures de Sherlock Holmes ? De Conan Doyle son créateur ? « Un maître… Un tel talent littéraire, un tel rythme dans la langue. Et ce merveilleux docteur Watson, quelle création ! ». Oui, vous trouverez-là quelques pages d’une grande qualité sur la littérature policière et ce n’est pas surprenant de voir Agatha Christie apprécier le fameux Watson, elle qui a créé un alter ego avec le capitaine Arthur Hastings… mais qui n’est pas présent dans ce roman…

Par ailleurs, je vous parlais de l’ambiance de ce quartier… Elle est bien présente dans ce roman dont une partie nous permet de rendre visite à chacun des habitants et donc de comprendre, page après page, la vie quotidienne en Angleterre à la fin des années vingt… période de l’écriture du roman par Agatha Christie. Rappelons-aussi, qu’en ces temps-là, l’autrice n’est pas encore la reine du policier, qu’elle a du mal à s’affirmer et qu’elle rencontre de grosses difficultés dans son couple qui s’écroule, qu’elle ira jusqu’à fuguer en 1926, avant d’avoir écrit ce roman… La vie tranquille, ou presque, que nous allons rencontrer dans chaque maison, est, peut-être, celle qu’elle aurait rêvé d’avoir… Ou, plus exactement, une de celles qu’elle souhaitait car elle va toujours naviguer entre une vie paisible à la maison (mais qui l’ennuie) et une destinée d’aventurière (qu’elle ne connaîtra que lors de ses voyages archéologiques avec son second époux)… Finalement, ce sont ses personnages qui réussiront le mieux leurs vies comme ceux qui resteront presque toujours chez eux (je pense à Mrs Marple) ou ceux qui seront toujours en déplacement ou presque, agités en continu comme une certaine Tuppence…

Voilà donc un bon roman à savourer pour continuer votre découverte ou redécouverte des œuvres de cette grande Agatha Christie devenue depuis longtemps une « classique », c’est à dire une romancière qui fait rêver… et qui agace aussi ! Enfin, ce roman vous donnera l’occasion d’attendre que je termine celui qui a pour cadre Millau…

Dans tous les cas, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 11/08/2020 @ 07:20:02
Mardi 11 août

« L’été c’est fait pour lire » et aussi cuisiner, c’est bien connu ! Alors, quand on visite le village de Roquefort-sur-Soulzon, on ne peut pas faire autrement que de repartir avec un ouvrage au moins sur la cuisine au Roquefort, ce fameux fromage que certains considèrent comme le roi des fromages, ce qui reste largement discutable…

Oui, le Roquefort, c’est bon, mais en France, nous avons tellement de bons fromages que je n’ai pas envie d’être catégorique… Nous avons des fromages pour toutes nos humeurs, tous nos mélanges, tous nos vins, toute notre cuisine… Non ?

Bon, quand on réside quelques jours près de ce village, il est quand même difficile de se priver de quelques dégustations, de tester dans les restaurants quelques recettes emblématiques, bref de se roqueforiser quelque peu…

Certaines recettes sont archi classiques et connues et je pense, en particulier, aux moules au roquefort qui sont arrivées en Bretagne depuis longtemps ; à la viande rouge grillée avec une onctueuse sauce au roquefort ; aux mises en bouche au roquefort… Je ne reviendrai pas sur ces grands classiques et je me limiterai à citer quelques recettes découvertes dans ce petit opus, Recettes au Roquefort, de Nathalie Viala édité par Fleurines en Pays de Roquefort… Déjà plus de vingt ans d’existence pour cette maison de Saint Affrique !

En effet, j’ai été surpris mais aussi attiré par les courgettes farcies aux petits pois, un plat que les végétariens mangeront tel quel tandis que les autres pourront le déguster avec un peu d’agneau grillé (autre produit de l’Aveyron) et ce sera un délice… Cette recette peut être réalisée avec des petites courgettes mais aussi avec de beaucoup plus grosses que l’on fractionnera en barquettes en quelques sortes…

La seconde recette qui a retenu toute mon attention est le gratin d’aubergines au roquefort et aux noix… Mais ceux qui me connaissent le mieux savent que les petits pois et les noix sont deux produits dont je ne raffole pas. Je vous rassure, je n’ai pas trop évolué dans mes goûts et dès que je serai chez moi, dans ma cuisine, je vais faire des essais pour le remplacement de ces deux ingrédients… Les petits pois peuvent devenir lentilles ou pois chiches, les noix se transformer en amandes mais avant de valider il faudra tester, goûter et partager avec des amis… Tout un programme !

Je ne reviendrai donc pas de l’Aveyron avec des kilos de roquefort dans mes bagages (je ne suis pas certain que les températures actuelles soient très propices à un tel transport) mais avec ce petit ouvrage que je suis prêt à tester de la première à la dernière page…

Alors comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous, bel été et à très vite !

Shelton
avatar 17/08/2020 @ 10:07:35
Lundi 17 août

« L’été c’est fait pour lire » mais parfois il faut aussi se souvenir. Je pars en vacances une semaine et en rentrant j’apprends le décès de Laurent Vicomte, dessinateur de grande qualité de bande dessinée… Il avait 64 ans et il est mort le 9 août 2020…

Les éditions Glénat le qualifient de virtuose et incontournable et les termes paraissent assez proches de la réalité. Contrairement à beaucoup d’auteurs, je ne l’avais jamais rencontré. Par contre, je l’avais lu et entre autres dans cet album magnifique, L’appel, premier volume de la série Sasmira.

Né à Sainte-Adresse en 1956, il avait débuté sa carrière avec le dessin de presse, puis avait dessiné pour les journaux spécialisés BD (Spirou et Tintin). C’est en 1981 qu’il rencontre Pierre Makyo avec qui il s’embarque dans l’aventure de Balade au bout du monde dont il dessine le premier cycle (4 albums). Il assure lui-même la couleur des deux premiers…

Ses albums sont récompensés à de nombreuses reprises, remportent un considérable succès populaire et offrent à Laurent Vicomte une précieuse reconnaissance d'auteur mais tout le monde constate assez vite qu’il s’agit d’un auteur perfectionniste (ce dont personne ne se plaint) mais très lent (ce qui va poser de grosses difficultés aux éditeurs mais aussi à ses lecteurs).

Après quelques années de pause, il se lance dans l’écriture et le dessin d’un nouveau grand projet : Sasmira, dont le premier tome, L’Appel, est sorti en 1997. Cette série fera souffrir de nombreux lecteurs, dont je fais partie, car la suite mettra du temps à arriver… Il faudra du temps, beaucoup de temps, beaucoup trop de temps pour voir arriver Claude Pelet venir donner un coup de main pour sortir le second volume (2011) et voir Anaïs Bernabé venir dessiner les tomes 3 et 4 (2016 et 2018). J’avais interviewé Anaïs à l’occasion de la sortie de ces deux tomes…

Voici donc la chronique que j’avais écrite sur le tome 3, c’était en novembre 2016 et je n’en change pas un mot…

« 1997, c’est déjà un peu loin, enfermé dans nos mémoires. Pourtant, c’est aussi très près de nous si on compare avec la Préhistoire, l’Antiquité Egyptienne ou le Haut moyen-âge… Tout est relatif, c’est vrai ! Il n’en demeure pas moins qu’en 1997 je découvrais une magnifique bande dessinée, le premier tome de la série Sasmira, L’appel. C’était signé Laurent Vicomte et cela paraissait aux éditions Humanoïdes associés, une maison que j’affectionnais beaucoup…

Le temps a passé, le second tome n’est pas sorti, les Humanoïdes ont connu de très grosses difficultés financières, les lecteurs de la série sont restés sur le carreau… Pourtant, la critique comme le grand public avaient été séduits tant par le graphisme de Laurent Vicomte, que l’on connaissait du temps de la série Balade au bout du monde dont il avait dessiné les quatre premiers volumes, que par le scénario, et là on découvrait que Vicomte savait écrire les histoires…

Puis les mois se sont écoulés, les années se sont entassées dans nos mémoires sans trace du tome 2 de Sasmira. Laurent Vicomte était aux abonnés absents… Il avait fallu 11 ans pour voir apparaitre le tome 1, il faudra 15 ans pour que le tome 2 arrive en librairie… Laurent Vicomte est alors accompagné au dessin par Claude Pelet… Polémiques, rumeurs, documentaire sur les onze ans d’écriture et de dessin… Tout est fait, de fait, pour transformer cette série en mystère, énigme… ce qui va bien avec cette série grandement énigmatique !

Puis, de 2011 à 2016, nouvelle attente et le tome 3 sort avec cette fois Anaïs Bernabé au dessin… L’histoire n’est pas terminée – peut-être cinq albums devraient prendre place au total pour cette très belle histoire – mais la série Sasmira redevient une série plus ordinaire… Quoi que…

Alors, si vous le voulez bien, revenons-en cette fois-ci non pas à la petite histoire de cette série mais à son contenu. Je le trouve d’une très bonne qualité car il s’agit finalement de l’essentiel de la vie humaine : qui sommes-nous, d’où venons-nous, que se passera-t-il après la mort ? Dit comme cela on a le sentiment d’une bande dessinée philosophique, ésotérique, religieuse… Oui, c’est un peu cela mais pas que…

Il est question d’amour, de fidélité, de secret, de vieillissement, de temps, de mort, de pouvoir… et encore cela limite car chacun peut voir dans cette histoire ce qu’il veut bien voir comme dans toutes les grandes œuvres littéraires, ce qui permet de penser que Sasmira devrait pouvoir rejoindre La Comédie Humaine, Les Rougon-Macquart, Les caractères… et toutes les belles choses que vous avez rangées dans votre bibliothèque…

Stan et Bertille sont nos contemporains, Bertille est du dix-neuvième siècle et Sasmira est beaucoup plus vieille car elle serait née il y a plus de 4000 ans en Egypte… Pourtant, ces quatre personnes sont les personnages phare de cette série et ils vivent bien – du moins à un moment donné – dans la même époque… Illusion, magie, fantastique, délire… allez savoir…

Doux et poétique, historique et profondément humain, réaliste et fantaisiste… Oui, il y a bien de tout cela dans Sasmira et même beaucoup plus… J’ai retrouvé dans les tomes 2 et 3 ce qui m’avait profondément intrigué dans le tome 1 : des vrais personnages forts, inquiétants, libres et enchainés, fatalistes et confiants, violents et doux, imprévisibles et programmés… Un peu comme de véritables êtres humains condamnés à vivre leurs destins… Et quels destins !!!

Je ne peux donc que vous conseiller de découvrir ou prolonger la lecture de cette série Sasmira qui restera une belle et grande série de bédé contemporaine. Elle peut faire peur, on peut être agacé par un rythme de sortie surprenant, on ne peut qu’être séduit par cette histoire et touché par le graphisme changeant de trois dessinateurs mais qui semble enfin se stabiliser avec l’arrivée d’Anaïs Bernabé… »

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, prenons le temps de relire cette série, aujourd’hui bien terminée, de quatre volumes…

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 18/08/2020 @ 06:17:59
Mardi 18 août

« L’été c’est fait pour lire » et dans mon exploration estivale des romans policiers il me semblait légitime de faire escale en compagnie d’Higgins, ex-inspecteur-chef de Scotland Yard…

Attention, je sais bien que l’auteur de la série est Christian Jacq, un auteur que l’on peut accuser vite de faire du business plus que de la littérature d’autant plus que la série comporte déjà 37 volumes ! Pourtant, il est honnête d’en parler d’autant plus que la série n’est pas si mauvaise que cela… Disons qu’elle est construite sur un modèle, une architecture solide, qu’elle fonctionne bien et que l’écriture de Christian Jacq tient la route même si elle ne peut pas être intégrée à la grande littérature (et il faudrait encore définir ce que l’on mettrait dans cette « grande littérature »…). Précisons que cette série a été au départ signée d’un pseudonyme, JB Livingstone…

Le personnage d’Higgins me fait penser parfois à Hercule Poirot. Tout d’abord, il s’agit d’un retraité de Scotland Yard tandis que Poirot avait officié dans la police belge, ex-chef de la sureté à Bruxelles. Higgins. Ensuite, il ne se précipite pas tête baissée sur une affaire, il faut qu’il soit convaincu qu’elle soit à sa hauteur… Higgins aime ses fleurs, ses rosiers comme Hercule Poirot aime aussi sa tranquillité, ses petites habitudes…

Lors de ses enquêtes, Higgins, comme Poirot, ne tient pas compte des remarques des autres, il trace son chemin, il suit son raisonnement, avec méthode et intuition. Il peut parfois passer pour un imbécile mais c’est en fin de partie que l’on compte les points et décrète qui est vainqueur ! Parfois, il peut souffrir car il n’a pas pu éviter un assassinat comme Poirot se traite d’imbécile quand pareille chose arrive et elle arrive bien dans certains romans d’Agatha Christie…

Higgins a des amis pour lui apporter de l’aide et probablement plus qu’Hercule Poirot qui doit toujours compter sur lui plus que sur les autres… Néanmoins, Poirot est souvent respecté des autres et l’aide vient quand même ; mais pas par amitié…

Reste la question du thé ! Higgins ne l’aime pas et Poirot ne jure que par ses tisanes ! Finalement, encore un point commun ! Ils aiment tous les deux la bonne chère, portent la moustache, sont élégants…

Enfin, les auteurs les mettent toujours à scruter la noirceur de l’âme humaine sans jamais être surpris des proportions que peut atteindre la mal incarné. Le pire est toujours à venir et cela ne les surprend pas tant que cela…

Revenons-en aux romans eux-mêmes ! Ce sont des enquêtes que l’on peut classer sans aucun doute dans les romans à énigme, des livres issus des « murder parties » les plus classiques. Ils se lisent facilement, ne sont pas trop gros, seront suffisamment bien construits pour amateurs de romans policiers classiques et sauront exciter vos petites cellules grises durant cette période estivale…

S’il ne fallait en choisir qu’un pour commencer et tester, je vous conseillerais sans hésitation « Meurtre sur invitation » car j’aime beaucoup les meurtres annoncés et les efforts des enquêteurs pour tenter d’éviter le pire… Higgins y arrivera-t-il, telle est bien la question !

Comme l’été c’est fait pour lire, si cela vous plait, rien ne vous empêchera d’en lire d’autres… Certains ne s’en lassent jamais ! Très bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 19/08/2020 @ 07:30:21
Mercredi 19 août

« L’été c’est fait pour lire » et j’ai tellement bien intégré cette devise que lors de mes vacances estivales je visite toutes les librairies qui se présentent à l’horizon. Heureusement, le long des chemins de randonnées, elles ne sont pas trop nombreuses. Par contre, lorsque nous marchons sur les trottoirs urbains, elles sont plus nombreuses, occasions de rencontrer des libraires inconnus, originaux, ouverts qui me font découvrir des auteurs, des éditeurs, des livres… Ces découvertes font partie intégrante de mes vacances…

Il y a quelques jours, à Albi, je suis ainsi entré sur les conseils de ma fille chez un libraire que je ne connaissais pas. J’en ai profité pour demander ce qu’ils avaient en stock comme romans policiers d’auteurs locaux ou se déroulant dans la région. Le jeune libraire ne savait pas répondre mais il a immédiatement appelé sa collègue qui était sur le point de partir de week-end… Elle aurait pu s’éclipser avec un petit mot d’excuse et cela aurait été bien compréhensible… Au contraire, charmante et sans montrer le moindre ressentiment vis-à-vis de ce client opportun, elle est restée plus de 20 minutes à me parler de tous les auteurs locaux, tous les titres ayant pour cadre l’Albigeois… Elle était passionnée de romans policiers et nous avons pu avoir, malgré nos masques, une très belle discussion !

Non seulement elle était libraire, mais elle était lectrice de romans policiers et écumait régulièrement tous les salons locaux du livre à la recherche d’une belle rencontre avec ces auteurs qu’elle lisait et admirait… Un très beau moment !

Un très beau moment mais aussi de belles découvertes et c’est ainsi que je suis ressorti avec deux romans policiers à dévorer durant les derniers jours d’été puisque l’été c’est fait pour lire et jusqu’au dernier jour…

Elle a commencé à me parler d’Olivier Norek. Certes, cet auteur a connu un certain succès avec ses trois romans policiers consacrés aux enquêtes du capitaine Coste. Il faut préciser que ces romans n’ont rien à voir avec la région si ce n’est qu’Olivier est né à Toulouse. Par contre, il est lui-même au départ policier… Mais, là où nous entrons de plein fouet dans notre sujet régional c’est que l’enfant de Toulouse a écrit un roman, « Surface », dans lequel une femme capitaine de police et victime d’arme à feu lors d’une intervention en région parisienne est envoyée dans le plus petit commissariat de France pour se remettre… C’est ainsi qu’elle arrive à Decazeville dans l’Aveyron…

Mais elle m’a aussi présenté un autre roman policier, « De chair et d’oubli », un roman qui se déroule à Lyon, Toulouse et Albi… Il est écrit par deux auteurs, Pascal Suhard et Karline Nivet, deux magistrats… Du coup, leur roman est pétri de réel, d’informations précises sur les procédures, d’éléments qui incarnent la fiction dans la réalité criminelle… De plus, ce roman est très bien écrit et je vous en parlerai plus longuement très prochainement.

En ressortant de cette librairie, je sentais la joie profonde d’une belle rencontre avec une passionnée de la lecture. Tous les libraires, osons le dire, ne sont pas des fous de lecture mais là, en l’occurrence, c’était une véritable lectrice passionnée et qui savait faire partager ses émotions et ses souvenirs de lecture !

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, suivons paisiblement ces conseils avisés qui nous arrivent de cette belle ville d’Albi… Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 21/08/2020 @ 09:09:30
Jeudi 20 août

« L’été c’est fait pour lire » et il n’est pas très courant de prendre des livres sur l’horreur de la guerre durant ces périodes estivales. On préfère naturellement les romances, les histoires douces, la description de la beauté des sites naturels et les contes de fées… D’accord, mais c’est un peu idyllique comme vision des choses et parfois des livres dures se glissent dans nos piles d’été…

Quand il s’agit d’une bande dessinée, c’est un peu différent et on ose, peut-être, plus facilement se lancer dans une histoire grave, aller à la rencontre de personnages lourds… Néanmoins, cette bande dessinée de 2005 va attendre 15 ans pour que je la lise enfin… C’est ainsi mais je ne regrette rien !

Me voici donc avec « Ange-Marie » en mains, un album complet scénarisé par Eric Stalner et Aude Ettori et dessiné par Eric Stalner, un album de la collection remarquable Aire Libre. Ne cherchez pas qui est Aude Ettori, à priori c’est sa seule production et je n’ai trouvé trace d’elle nulle part. Pourtant, l’histoire est de qualité, l’écriture à la hauteur du projet et la narration très bien construite… Peut-être qu’un jour on la retrouvera, qui sait…

Le propos de la bande dessinée est simple. Ange-Marie revient de la guerre 14-18, la Grande guerre, et il tente de se remettre à vivre ce qui n’est pas simple si on en sort complètement traumatisé ce qui est bien le cas… Il est accompagné par ses cauchemars issus des tranchées, des combats et des drames vécus… Parfois, des compagnons décédés reviennent le voir comme son caporal Louis qui est là comme son âme, sa conscience, son confesseur… Du coup les enfants le prennent pour un fou qui se parle tout seul !

C’est une enfant, Luce, qui participera à son retour à la vie mais ce sera long et périlleux…

Cette bande dessinée va traiter en quelques 70 planches de tout ce qui compte dans la vie : la vie, la mort, la souffrance, l’amour, le passé, la culpabilité, la création artistique, l’enfance, l’humanité… En fait, l’histoire n’est pas unique en son genre, les thèmes ont été explorés par de nombreux artistes et auteurs, mais le traitement graphique est bien mené par Eric Stalner dont on retrouve la patte graphique… Le personnage d’Ange-Marie peut sembler sortir de « Fabien M » ou de « La croix de Cazenac »mais pourtant il est bien lui-même sans avoir à exister par les autres…

Il est vrai, osons le dire, que la voix off, pourtant de très belle qualité, est difficile à lire car cette écriture cursive ne ressort pas assez… Parfois, les éditeurs devraient vérifier cet aspect technique car ce n’est pas un exemple unique dans la bédé…

Donc, dans l’ensemble, un très bon album, agréable à lire, sérieux et plein d’humanisme (je n’ai pas dit de sentiments mièvres teintés à l’eau de rose !) que l’on peut lire avec plaisir dès cet été même s’il date de l’été 2005…

Donc, bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 24/08/2020 @ 10:28:40
Lundi 24 août

« L’été c’est fait pour lire » et quand on visite Lunéville et Nancy quoi de plus naturel que de ressortir la biographie d’Anne Muratori-Philip consacrée à Stanislas Leszczynski, « Le roi Stanislas »… Certes, la lecture est de circonstance et avouons qu’elle est parfaitement adaptée à la période estivale tant la vie de ce bon duc fut surprenante, aventureuse, romantique et joyeuse…

Pourtant, tout ne fut pas une vie de rêve car les choses avaient très mal commencé et auraient même pu être dramatiques. Deux fois sur le trône de Pologne, cet aristocrate polonais fut chassé comme un malpropre et se retrouva en exil avec aucune perspective d’avenir…

Mais, au même moment, à la cour de France, certains se faisaient du souci pour l’avenir du royaume et auraient tout fait pour empêcher le fils du Régent de devenir roi. Pour cela il fallait espérer que Louis XV ne mourût pas avant d’avoir enfanté un mâle… Mais aurait-il encore fallut qu’il fut marié ! Il était donc temps de lui trouver une épouse et c’est ainsi qu’après un long casting (comment dire autrement ?) le choix se porta sur Marie la fille de ce bon Stanislas en exil…

Mais il n’était rien ce brave homme… et donc la « valeur marchande » de sa fille pas beaucoup plus d’où la manœuvre savante… Tout d’abord, un mariage avec procréation (elle aura quand même 10 enfants !) puis porter Stanislas candidat au duché de Lorraine vacant mais en faisant en sorte que le duché revienne à sa mort (que l’on espérait très proche) à la couronne française en dot de mariage de Marie…

Tout ne se passera pas exactement comme prévu car Stanislas va rester près de 29 ans duc de Lorraine avant de s’éteindre à 88 ans, une belle longévité pour l’époque… En plus, il va savoir se faire apprécier des Lorrains, sera proche des Lumières et des philosophes de l’époque comme Voltaire, montrera une forme d’indépendance forte vis-à-vis de la France, bref, loin d’être un duc d’apparat il adoptera la Lorraine et en fera une terre de culture !

Aujourd’hui, le château de Lunéville, malheureusement victime d’un gros incendie en 2003, est là pour rappeler sa présence forte et la ville de Nancy lui doit d’être aujourd’hui le centre de beaucoup de regards depuis que ses places sont inscrites au patrimoine mondial par l’Unesco.

A sa mort, en 1766, la Lorraine est « enfin » annexée au royaume de France mais Louis XV ne va pas réellement en profiter car il décède six ans plus tard. Quant à la fameuse Marie, trompée presque tous les jours de sa vie d’épouse par un roi volage, elle décède deux ans après son père… Finalement, la belle affaire fut bien celle de Stanislas qui sut faire de son duché son royaume et qui est resté à la postérité…

L’annexion du duché de Lorraine au royaume de France est très proche de celle du duché de Bretagne avec le mariage d’Anne de Bretagne avec Charles VIII puis Louis XII… Bis repetita placent…

Il est donc bien normal que la ville de Nancy transforme ses places, une fois par an, en grand salon du livre ! Cette année, Covid-19 oblige, la fête aura une autre forme mais espérons que très vite tout puisse rentrer dans l’ordre et que le « Livre sur la Place » soit à nouveau la grande rentrée littéraire !!!

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, n’hésitons pas à lire, en particulier, cet ouvrage sur « Le roi Stanislas » que j’ai eu beaucoup de plaisir à relire après avoir visité le château de Lunéville…

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 25/08/2020 @ 07:38:42
Mardi 25 août

« L’été c’est fait pour lire » et comme vous le savez pour ceux qui me suivent régulièrement je n’hésite pas à demander conseil pour mes lectures aux libraires croisés lors de mes vacances… C’est ainsi qu’il y a quelques jours du côté d’Albi j’ai trouvé ce roman policier, « De chair et d’oubli », écrit par Pascal Suhard et Karline Nivet, deux personnes travaillant dans le monde de la justice…

Ne vous fiez pas au prologue, le récit cruel et sanglant d’un double meurtre. En effet, ce dernier pourrait vous faire croire que vous allez entrer dans un thriller classique à l’américaine et ce serait une véritable erreur. Ici vous êtes dans un roman policier, un roman noir si vous voulez, un polar psychologique aussi, je veux bien… Mais il ne s’agit pas d’un thriller !

Polar, oui, mais surtout un excellent roman avec des personnages décrits avec profondeur, humanisme et talent. C’est d’ailleurs pour cela que les deux auteurs vous proposent un roman de près de 600 pages dont le défaut majeur – oui, il y en a bien un – est très trop lourd pour bien le lire au lit… En effet, si vous vous endormez en lisant le livre va vous assommer ou tomber trop bruyamment… Voilà, c’est dit, vous allez devoir faire attention en le lisant d’autant plus qu’une fois que vous avez dépassé la page 51 vous n’allez plus pouvoir fermer le roman…

Que je vous donne, maintenant, quelques éléments sur l’histoire elle-même… Au départ, la découverte d’un squelette à Albi, sur un chantier… Un squelette enterré avec un diamant d’une très grande valeur… L’enquête est menée par un trio de policiers de Toulouse, Solange, Axel et Bruno…

Axel est le chef d’équipe, Axel Dran, commandant de police, ancien espoir de la boxe locale surnommé en son temps mains de verre, va se retrouver confronté à une enquête complexe, une affaire tortueuse et même dangereuse… Il va aussi devoir mener un combat périlleux pour lui-même, pour son équilibre, pour son avenir…

Les personnages sont nombreux, les fausses pistes non négligeables, les tentatives de pression sur Axel bien réelles voire criminelles et les surprises pour le lecteur ne manquent pas. L’écriture, fluide et de qualité à défaut d’être littéraire – les auteurs restent des juristes précis et incisifs – donne un rythme tonique au roman si bien que les 600 pages s’ingurgitent à grande vitesse… Oui, c’est bien un roman d’été !

Sans noyer l’affaire policière dans une affaire sentimentale, reconnaissons qu’il y a bien des enjeux touchant à la séduction, l’amour et la reconstruction de certains personnages. Mais ce n’est qu’un aspect secondaire ou collatéral de cette affaire qui est avant tout criminelle et complexe !

Enfin, puisque l’aspect régional est important – c’est par cet aspect que je suis arrivé à le découvrir – précisons que certains passages de ce polar traiteront de la région, de son histoire, de sa géographie… Mais, là encore, ce n’est pas le plus important !

Car les questions essentielles sont bien : qui est ce squelette, qui l’a tué, pourquoi ce diamant ? Axel va réussir par des moyens pas toujours réglementaires à dénouer cette affaire, à garder son équipe unie, à préserver certaines personnes meurtries par ce crime initial, maltraitées par certains criminels, peut-être, encore en état de nuire…

Un très bon roman que je suis content d’avoir découvert cet été et encore merci à cette libraire d’Albi qui a pris le temps de m’écouter et me conseiller…

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, comme nous sommes encore en été, bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 26/08/2020 @ 17:30:15
Mercredi 26 août

Même si l’été c’est fait pour lire, il y a des titres que l’on ne va plus trouver sur le marché comme le célébrissime « Dix petits nègres » d’Agatha Christie ! Et cela ne me laisse pas indifférent !

En effet, commençons juste par parler du titre… Nègres ? En fait, les personnages d’Agatha Christie ne sont pas des « nègres », l’île sur laquelle se déroule le roman est baptisé « île du Nègre » mais cela n’a aucun impact avec l’histoire ! On pourrait donc dire que le changement de titre n’a aucune influence sur la perception de ce classique et comme le dit un descendant de la reine du roman policier, si ce changement peut éviter de blesser un lecteur, pourquoi pas… Supprimons les 74 fois où le mot « nègre » apparait dans le roman…

Mais cela ne me satisfait pas car on pourrait avoir au moins deux grands arguments contre ce changement apparemment anodin. L’un serait éthique, l’autre stratégique.

Ethique ? Oui, car en agissant ainsi on se met à ouvrir la réécriture possible de toutes les œuvres de l’humanité avec à chaque fois des prétextes plus ou moins bons. Hitler était plus catégorique : il faut brûler toutes les œuvres « décadentes » ! Donc, un grand nombre de tableaux, de livres (du roman à la poésie) et de statues ont été mis à l’opprobre populaire au nom de la race des créateurs, de leurs pratiques sexuelles, de leur appartenance à tel mouvement ou tel parti politique… Bref, on était dans l’arbitraire total ! Les auteurs depuis les débuts de l’humanité ont produit des œuvres, elles sont ce qu’elles sont, on se doit de les critiquer, de les contextualiser, éventuellement de ne pas les conseiller à la lecture des plus jeunes… et j’en passe et des meilleures ! C’est pour cela qu’il y a des œuvres qui disparaissent entièrement de l’histoire et d’autres que l’on lit sans interruption depuis leur première parution ! Pourquoi faudrait-il réécrire toutes les tragédies antiques parce que leurs auteurs croyaient en des dieux nombreux et n’existant pas ? Au nom de quoi ou de qui faudrait-il le faire ? Chaque auteur avait ses convictions, ses pratiques, ses opinions… et c’est à nous de voir ce que l’on peut en faire ! Faudrait-il, demain, changer le titre d’un recueil comme « Alcools » d’Apollinaire parce que l’alcoolisme fait trop de ravages ?

Stratégique ? Oui, car quand on commence à changer ce genre de choses, les titres en particulier, on se met sur la route de l’interdiction de certaines œuvres… Vous savez, la fameuse censure… Or, chaque fois que l’on censure, c’est comme si on faisait de la publicité aux œuvres… Or c’est probablement l’effet contraire qui est recherché… En viendra-t-on à acheter en cachette « Dix petits nègres » dans sa version originale comme les pamphlets de Céline qui sont devenus des pièces de collection ?

Agatha Christie a produit de très nombreux romans qui mettent en scène le colonialisme, les rapports entre riches et pauvres, entre dirigeants et peuple… Et à ce titre, je ne suis pas certain que « Dix petits nègres » soit le roman le plus « délicat » de cette duchesse du crime… Il serait intéressant de trouver une étude simple et claire sur les idéologies qui ont porté la romancière toute sa vie plutôt que de ses contenter de changement de titre… Va-t-il falloir retourner les adaptations du roman en feuilleton TV pour les rendre acceptables ?

Bon, je me suis permis de construire ma chronique aujourd’hui sur ce changement de titre car je trouve cela assez sot et j’attends beaucoup plus de cette vague populaire qui pourrait permettre de porter un regard plus sage sur notre racisme ordinaire et quotidien… Mais, là, c’est probablement plus exigeant… non ?

Bon, comme l’été c’est fait pour lire, je vous invite à lire ce que vous voulez car lire c’est commencer à réfléchir, penser, s’humaniser… Bonne lecture à tous !

Myrco

avatar 26/08/2020 @ 19:31:28
Je souscris à ton propos. Cela va hélas dans le même sens que ce qui s'est passé récemment pour "Autant en emporte le vent" qu'on a failli nous censurer! Je me demande jusqu'où va aller ce vent de débilité!
En outre, ce n'est pas en effaçant des mots qu'on effacera un passé que l'on réprouve qu'il s'agisse de colonialisme ou d'esclavage ! Ce sont les marqueurs d'une époque qui n'est pas la nôtre et je trouve au contraire important de s'en souvenir. Cela va à l'encontre du devoir de mémoire et en cela m'apparaît totalement contre productif!
Il y a sûrement plus intelligent à faire pour lutter contre le racisme!

Myrco

avatar 26/08/2020 @ 19:39:20
Par ailleurs concernant "Dix petits nègres" l'un des arguments mis en avant pour le changement de titre (devenu "Ils étaient dix") est que nous serions l'un des derniers pays à avoir conservé la traduction littérale du titre original, les américains l'ayant toujours bannie. Comme chacun sait , il n'y a pas de racisme aux US: quelle hypocrisie!

SpaceCadet

avatar 27/08/2020 @ 12:21:56
En fait, selon la page Wikipedia anglaise, le titre original 'Ten Little Niggers' aurait été inspiré par une chanson du folklore étatsunien qui apparaît d'ailleurs quelque part dans le roman (si ma mémoire est juste) et qui a pour titre 'Ten Little Indians'.

Lors de la publication du roman aux Etats-Unis, toujours faisant référence à cette chanson, pour ne pas offenser les lecteurs étatsuniens avec un terme qui déjà semblait péjoratif là-bas, on aurait choisi une autre phrase de cette chanson pour donner le titre 'And Then There Were None' au roman, titre qui est resté en usage dans ce pays depuis sa première utilisation en 1940.

Du côté des britanniques, le titre original serait resté en usage jusqu'en 1963 où l'on adopta alors le même titre qu'aux Etats-Unis.

SpaceCadet

avatar 27/08/2020 @ 12:35:45
Je souscris à ton propos. Cela va hélas dans le même sens que ce qui s'est passé récemment pour "Autant en emporte le vent" qu'on a failli nous censurer! Je me demande jusqu'où va aller ce vent de débilité!
En outre, ce n'est pas en effaçant des mots qu'on effacera un passé que l'on réprouve qu'il s'agisse de colonialisme ou d'esclavage ! Ce sont les marqueurs d'une époque qui n'est pas la nôtre et je trouve au contraire important de s'en souvenir. Cela va à l'encontre du devoir de mémoire et en cela m'apparaît totalement contre productif!
Il y a sûrement plus intelligent à faire pour lutter contre le racisme!


En effet. Ré-écrire l'histoire est une bien dangereuse façon de procéder....

Shelton
avatar 28/08/2020 @ 19:04:05
Vendredi 28 août

« L’été c’est fait pour lire » et ce n’est pas cette pluie estivale qui va nous arrêter dans notre passion livresque ! Cet été, j’ai visité durant quelques jours le département de l’Aveyron – oui, Axelle, j’aurais du y aller depuis longtemps ! – et au lieu d’avoir le blues des vacances terminées, je préfère avoir l’envie de lire sur ce département pour prolonger la sensation de congés et surtout en apprendre plus sur ce magnifique territoire !

Quand on ne connait pas trop la moitié sud de la France, ce département n’est qu’un nom et on ne sait même pas qu’il doit son appellation à une rivière, l’Aveyron, affluent droit du Tarn et sous-affluent de la Garonne… D’ailleurs, ce département, un des plus grands de France, se voit traversé par des cours d’eau dont les noms sont connus : Lot, Tarn, Aveyron… sans oublier Sorgues, Dourdou ou Orb (fleuve côtier)…

Côté personnages connus d’origine Aveyronnaise, la liste est assez longue et je n’en citerai que quelques-uns pour évoquer quelques notoriétés… Alors, je vais commencer par le philosophe contre-révolutionnaire Louis-Gabriel de Bonald, né à Millau, et connu par la violence verbale de son opposition à la Révolution Française. Son ouvrage « Théorie du pouvoir politique et religieux » illustre bien sa vision théo-centrée de la politique. Il est pour une monarchie de droit divin… Dans un domaine complètement différent, le département de l’Aveyron a vu naitre Robert Fabre, signataire du Programme commun, en 1973, au nom du mouvement des Radicaux de gauche… Enfin, pour clore, on pourrait citer un artiste comme le chanteur Gaétan Roussel de Louise Attaque, ou un peintre comme Soulage, enfin un sportif de haut niveau comme Didier Auriol ! Oui, l’Aveyron est une terre riche qui a engendré de nombreuses personnalités…

Mais c’est aussi une terre de gastronomie et il n’est pas étonnant qu’elle est donné naissance à de grands cuisiniers comme Michel Bras ou Cyril Lignac ! Car l’Aveyron est la terre du Roquefort, de l’agneau sous toutes ses formes, de l’aligot (même si elle doit le partager avec la Lozère) et de la fouace (on ne peut pas tout citer non plus, vous irez découvrir le reste !).

L’Aveyron est aussi une terre aux mille paysages, si je puis dire. Nous avions posé nos sacs à Saint-Affrique et dès que nous sortions de la ville, on avait le sentiment de changer de pays… Chaque Causse (Un causse est un plateau érodé caractéristique des auréoles sédimentaires du sud et de l'ouest du Massif central français) est différent et le causse du Larzac est unique en son genre, fascinant, mystérieux… J’en garde de magnifiques images en têtes… Et quelle différence avec la vallée du Tarn ou le Rougier de Camarès !

Enfin, et ce n’est pas rien, cette terre si variée a été construite de façon si riche qu’il est impossible de citer ici tous les monuments à visiter lors de votre prochain passage en Aveyron… Abbayes, châteaux, ponts et viaducs, villages accrochés aux rochers et pentes naturels, musées, églises, templeries…

On retrouve tout l’Aveyron dans ce petit livre de Michèle Aué, « Aveyron » (éditions MSM), livre trop petit pour faire tenir toutes les richesses du département mais bien suffisant pour donner envie d’y aller, d’y retourner ! Alors, comme « l’été c’est fait pour lire », comme l’été n’est pas encore terminé, il est temps de lire pour préparer vos prochains voyages dont cette visite que vous n’allez pas manquer de faire à cet ami qui vous attend, l’Aveyron !

Shelton
avatar 29/08/2020 @ 10:45:17
Samedi 29 août

« L’été c’est fait pour lire » et, même si nous arrivons tranquillement et paisiblement à la fin de cette belle saison, même si nous sommes bien dans cette période de la rentrée littéraire, on peut encore lire des ouvrages estivaux, c'est-à-dire des lectures « plaisir et bonheur » et, je vous rassure, on a le droit d’en lire même durant les autres saisons, heureusement !

Parfois, dans ces lectures de l’été, se glissent des ouvrages particuliers, des livres qu’il est assez difficile de classer car ils sont à la fois légers et profonds. C’est le cas de cette bande dessinée – certains préfèreront dire roman graphique – « Après le monde » de Timothée Leman. Légère par son dessin, par ces enfants que l’on voit découvrir le monde et la vie, par son rythme… Mais grave car avec un fond post apocalyptique, avec des interrogations existentielles bien réelles, avec un humanisme solide et même une forme de métaphysique expérimentale… Bref, certains affirmeront que ce n’est qu’un conte onirique et d’autres avec le même aplomb qu’il s’agit tout simplement d’un ouvrage initiatique…

Tout commence par un jeune garçon, Héli, qui un matin se retrouve seul. Il semble être le dernier survivant d’un monde qui s’est arrêté de vivre…A partir de là, l’aventure commence et il y a un peu de magie, de poésie, de rêve, d’apprentissage, de découverte… Le dessin est très particulier à la fois inspiré du manga mais aussi avec des cases construites de façon classique comme si Timothée était un peintre classique… Le résultat est assez unique et fascinant, en tous cas cela m’a beaucoup plu !

Héli n’est pas entièrement seul sur cette planète et on va croiser des animaux ce qui permettra à l’auteur d’aborder, l’air de rien, les liens entre l’homme et la nature, des liens qui ne sont pas simples et parfois même débordants d’une certain violence…

Puis il y aura Selen, la petite fille. Héli la rencontrera grâce à un chat et ensemble ils devront affronter leurs peurs pour devenir des grands, des adultes… Du moins, c’est ce que le lecteur peut se dire en parcourant cet ouvrage qui reste plein de mystères. Effectivement, quand on est dans le domaine de l’onirisme, tout est possible et toutes les interprétations sont légitimes !

Il y a aussi dans cette histoire, la quête de la vérité. La question n’est pas de savoir si la vérité existe ou si l’homme peut la découvrir, le point capital est d’aller la chercher, d’être en quête de cette vérité. C’est cette démarche, me semble-t-il, qui fait grandir !

Je ne vais pas chercher ni à tout vous raconter ni prétendre avoir tout compris. Je crois que pour cet album de qualité chaque lecteur va se construire sa vérité, sa perception, son sens des évènements et c’est ce qui rend « Après le monde » profondément grave et grand. Les grandes œuvres littéraires sont celles que chaque lecteur peut comprendre avec ce qu’il est et ce qu’il a vécu. A ce titre, indiscutablement, « Après le monde » est un grand livre !

Comme Timothée Leman est à la fois le scénariste et le dessinateur, comme la narration graphique est aussi réussie que l’écriture de cette histoire, comme cet ouvrage permet la détente, la réflexion, l’introspection et la progression humaine… vous avez mille et une raisons de le lire vite ! Mais, il en est une autre, du moins pour les lecteurs de la région chalonnaise, car Timothée Leman sera très bientôt à Chalon-sur-Saône, invité par la librairie L’antre des bulles, le vendredi 4 septembre à partir de 15h… Une rencontre à ne pas manquer !

En attendant, très bonne lecture à tous et à très vite !

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