Saint Jean-Baptiste 01/07/2020 @ 10:03:56
De Tzvetan Todorov, « Les abus de la mémoire »
Voilà un excellent conseil de lecture – merci Shelton – en ce temps où il est si difficile de se faire une opinion sur « les excuses du Roi Philippe » exigées par tant de gens et les déboulonnages des statues de Léopold II.

Shelton
avatar 02/07/2020 @ 06:55:45
« L’été c’est fait pour lire » et rien n’interdit les ouvrages philosophiques durant l’été… Rien ! Alors, certes, il vaut mieux choisir ceux qui sont accessibles au plus grand nombre, ceux qui ne nécessitent pas trop d’explications complémentaires et ceux qui sont disponibles en version poche… Heureusement, ils ne manquent pas et parfois ils peuvent même nous aider à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui… Car la philosophie n’est pas si théorique que cela, elle nous parle de nos vies, de nos vraies vies !

Certains semblent étonnés, en France mais aussi ailleurs, de la violence qui peut apparaitre lors de certaines manifestations… Je ne parle pas ici des violences calculées et préparées par certains casseurs professionnels mais bien de la violence « ordinaire » qui prend naissance dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos cerveaux et qui peut devenir dramatique…

Incompréhensible ? Il faudrait que certains se replongent dans les textes fondamentaux de la philosophie, de la métaphysique, de l’éthique… Il faudrait commencer avec Platon et venir tranquillement jusqu’à nos jours… Je vous conseillerai même une pause conséquente chez Hannah Arendt…

Dans son ouvrage « Du mensonge à la violence », elle montre bien que face au mensonge il n’y a pas beaucoup de façons de réagir. La violence semble aller de soi presque… même s’il existe d’autres réactions possibles comme la désobéissance civile…

Quand on ment au peuple à répétition, sans vergogne, sans limite… le peuple peut basculer dans la violence !

Or, ne nous y trompons pas, la démocratie telle qu’elle est incarnée actuellement en occident est un système où le mensonge est roi. Il est souvent le mécanisme essentiel de l’élection… Demain, on changera tout ! Demain, on vous considérera mieux ! Demain, il n’y aura pas d’exclu ! Et ainsi de suite… Et demain, finalement, tout le monde descendra dans la rue, tout le monde sera aigri, agressif, violent ! Pire, plus un régime donne des signes de fatigue et plus les citoyens sont poussés à utiliser la violence pour le remplacer… Cela fait d’autant plus peur (et la peur est mauvaise conseillère) que nos démocraties après avoir beaucoup menti semblent aussi considérablement affaiblies…

Je sais bien qu’un tel texte, modeste et peu diffusé, ne changera rien au monde mais en relisant Hannah Arendt ce matin j’avais quand même envie de rappeler que parfois la philosophie nous a déjà tout dit et même depuis longtemps !

Alors, comme l’été c’est fait pour lire, n’est-il pas concevable de replonger dans quelques ouvrages simples et accessibles ? Platon, Cicéron, Sénèque, Montaigne, Montesquieu, Simone Weil ou Hannah Arendt ne seraient-ils pas de bons compagnons estivaux ?

Quelques pistes simples : Ethique à Nicomaque d’Aristote, L’esprit des lois de Montesquieu, Notes sur la suppression générale des partis politiques de Simone Weil, Du mensonge à la violence d’Hannah Arendt… Bref, vous avez le choix et comme « l’été c’et fait pour lire », bonne lecture à tous, belle réflexion et à très vite !

Shelton
avatar 03/07/2020 @ 06:48:24
Vendredi 3 juillet

« L’été c’est fait pour lire » et puisque le magazine Télérama a traité à sa façon de la bibliothèque idéale osant lister les classiques incontournables, j’avoue avoir été heureux de trouver dans la liste des auteurs – autrices même dans ce cas-là – Anne Ernaux. Je n’aurais peut-être pas choisi le même titre s’il ne fallait en garder qu’un mais j’ai toujours dit que chez elle j’avais plutôt tendance à tout lire et tout garder. Pour moi, elle a réellement créé une œuvre !

Annie Ernaux ? Pour ceux qui la découvriraient je dirais la romancière Annie Ernaux mais ceux qui la connaissent, qui l’ont déjà lue, diraient plutôt reportrice de la vie quotidienne. En effet, Annie Ernaux relate, raconte, fait vivre des personnages et des situations directement sorties de sa vie avec son père, sa mère, sa sœur, son amant, son nouvel amant… et tout cela se passe à la maison, dans son village, dans sa Normandie ou dans son hypermarché de Cergy…

Je sais bien que de telles perspectives peuvent dégouter le lecteur qui a l’impression de s’ennuyer, que rien ne se passe, qu’il perd son temps dans de tels ouvrages qu’on les appelle romans, documentaires, nouvelles ou autres… Moi, à l’inverse, je trouve cela étonnant et agréable de voir une véritable femme de lettres qui met ses mots sur des situations connues, qui nous fait rêver en partant d’un étal de poissonnier, de boucher ou de boulanger, même si c’est dans un hypermarché, surtout si c’est dans un hyper, c’est-à-dire le lieu qui est si éloigné de la littérature et des mots…

Attention, il ne s’agit pas du tout d’un salmigondis verbal ou idéologique, plutôt d’une harmonie textuelle que certains n’hésiteraient pas à nommer poésie.

De la poésie ? Oui, j’ai le sentiment d’être dans la poésie du quotidien et, pour moi, c’est la plus humaine, la plus profonde, la plus forte ! Chanter, de préférence avec talent, la nature quand on est en face d’une cascade dans les Alpes, n’est pas à la portée de tous, certes, mais cela me semble accessible. Le faire quand on est la caisse de son Auchan, me semble plus délicat, voire même un légèrement surréaliste ! Non ? Ecoutez un peu :

« A la caisse du Auchan, devant moi, une femme dont le visage semble obstinément tourné vers la caissière. Je vois seulement le voile chamarré de vert et d’argent qui descend de la racine des cheveux au bas des reins… Ses gestes ne sont pas lents mais imperceptiblement retardés, hésitants. Elle ouvre un porte-monnaie, en tire un billet, des pièces, qu’elle pose sur le tapis. La caissière compte les pièces, en réclame une autre, encore une autre. Elle met un peu de temps. Elle s’en va, avec le lourd sac de baguettes à la main. Elle n’a pas dit un mot durant la transaction. J’ai pensé à l’épreuve que devait représenter d’aller, seule, à Auchan, et qu’elle n’avait pas assez de tous ses voiles pour la supporter… »

En lisant ces phrases, la femme en question a pris consistance, s’est incarnée dans ma tête, a rappelé des souvenirs de caisse dans ces hyper de cette enseigne ou d’autres, car nous en avons tous vécu de telles scènes ! La seule différence c’est qu’Annie Ernaux en a fait des phrases, des scènes écrites, des récits et, moi, j’aime beaucoup !

Annie Ernaux nous raconte ses courses à l’Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines, en région parisienne. Ses visites sont espacées sur une année. On retrouvera donc les grands classiques avec Noël, les soldes, les promotions, les dégustations, les jours surchargés, les soirs avant fermeture… Une autre façon de regarder nos vies, le consumérisme, notre société… D’ailleurs, n’est-il pas question de changer le monde d’avant dès que se terminera ce confinement ? Voici donc une lecture pour se préparer au grand changement !

Dans Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux ne donne pas de leçon, ne critique pas, ne donne pas de règle à suivre, elle décrit tout simplement avec ses mots et nous fait rêver, en tous cas, me fait rêver et nous pousse à regarder le monde autrement à défaut de le changer instantanément !

J’espère que certains d’entre vous apprécieront ce type de littérature, qu’ils auront envie de lire ou relire les grands textes d’Annie Ernaux, comme La place, La femme gelée, L’usage de la photo ou L’autre fille… Ou, comme Télérama le fait, on peut conseiller Mémoire de fille… Et comme « L’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous et portez-vous bien !

Shelton
avatar 04/07/2020 @ 08:38:42
Samedi 4 juillet

« L’été c’est fait pour lire » et la bande dessinée fait bien partie de mes lectures estivales. Seulement, voilà, les sorties sont très nombreuses et il n’est pas si simple de trouver chaussure à son pied ou, plus exactement, la bédé de qualité que l’on veut lire à l’instant présent. Dans la bande dessinée, rappelons-le, il y a tous les genres ou presque et donc il y en a pour tous les goûts, toutes les humeurs, tous les instants d’une vie… Aujourd’hui, je souhaite vous inviter à découvrir un petit bijou, le nouvel album d’une série peu connue mais qui mérite bien d’être mis sous l’éclairage de notre été en bulles…

C’est un peu par hasard, lors du festival Lyon BD, que j’ai découvert la librairie L’introuvable, que j’ai rencontré Lucia et Max, que je suis entré dans cet univers fascinant et que j’ai été touché par ces intrigues et ces personnages, surtout par ces personnages… Librairie, livres, libraire, lecteurs, collectionneurs… Bref, je pense que je ne suis pas le seul à pouvoir succomber à de tels charmes…

Ce fut l’occasion aussi de découvrir une maison d’éditions pas comme les autres, dirigée par des passionnés, des auteurs, des acteurs de la BD qui proposent de la qualité, sur le fond comme sur la forme… Car ces enquêtes de la librairie « L’introuvable » sont présentées dans des livres atypiques et figurez-vous que le format à l’italienne a des effets magiques quand on le tient en mains…

Alors, je me suis mis à suivre cette série avec délectation et sans excès car les albums ne sont pas si nombreux que cela. Chacun apporte sa richesse, sa spécificité, sa profondeur, sa connaissance des personnages… Et le dernier sorti, Le collectionneur, est une petite merveille, tout simplement…

Je dirais même que les auteurs font encore un pas en avant en qualité, en maturité, en maitrise technique et en humanisme… Pourtant, comme l’album est sorti en juste avant la crise sanitaire, comme les librairies ont fermé, comme les salons ont disparu… il se pourrait bien que ce diamant vous ait échappé quelque peu… Tentons de corriger cela sans vous en dire trop…

Comme il s’agit d’enquêtes, vous l’aurez bien compris, on va donc se transporter dans une ambiance policière. Je dis bien « ambiance » car on ne peut pas dire qu’il s’agisse là d’un véritable récit policier. Mais, il y a bien un véritable mystère, une enquête bien réelle et une vérité qui fera progressivement sa place au grand jour !

Tout commence, je ne suis pas en train de vous casser le suspense, par le pauvre Alberto qui fait un malaise dans la librairie de Lucia et Max. Juste avant de perdre connaissance, il a le temps de marmonner quelque chose dans l’oreille de Max… mais ne comptez pas sur moi pour trahir Alberto…

Cette phrase susurrée au moment de sombrer dans l’inconscience va bouleverser la vie de nos amis et l’enquête sera rude, dans les livres mais aussi en Espagne… Ce que j’aime beaucoup c’est que les livres prennent toujours une place importante dans la recherche de la vérité… Collection de BD, auteur de BD, fanzines disparus… Mais cela n’est pas juste un prétexte mais bien une façon d’aller découvrir un passé et des racines pour mieux vivre le présent… C’est aussi une façon de parler du passé pour montrer que la politique, la religion, les états autoritaires peuvent nuire grandement aux êtres humains… Et le tout fait une belle histoire signée Alep…

Mais pour faire une belle histoire en bédé, il faut une bonne, que dis-je, une excellente narration graphique, un dessin solide et un trait qui donne vie aux personnages. Deloupy, le dessinateur, a réussi à rendre ces personnages vivants, crédibles, profonds… On a envie de les côtoyer, de les fréquenter, de leur parler, de vivre avec eux… J’ai même le sentiment que nous avons-là le meilleur épisode de la série tant par la force de l’histoire que l’aboutissement graphique…

Je sais que même si les librairies ont rouvert leurs portes il ne sera pas facile de trouver « Le collectionneur » d’Alep et Deloupy édité par Jarjille, la maison stéphanoise qu’il ne faudra jamais oublier, mais faites un effort et vous ne serez pas déçus. On peut lire cet album sans avoir lu les précédents mais comme « l’été c’est fait pour lire », vous pouvez aussi commander et lire la collection entière, il n’y a que quatre titres ! Donc, bonne lecture à tous et à très vite !


Shelton
avatar 04/07/2020 @ 08:39:40
Pour aller plus loin dans la connaissance de Zac Deloupy...

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/54571

Shelton
avatar 05/07/2020 @ 05:40:24
« L’été c’est fait pour lire » et dans ma chronique précédente je vous parlais d’un dessinateur, Deloupy, dont j’appréciais beaucoup le travail. Or, durant le confinement que nous venons de vivre, j’avais osé proclamer avec un peu d’humour que le confinement c’était fait pour lire… Lui, il a mis en application un autre principe, le confinement c’est fait pour dessiner… Tous les jours, sur sa page Facebook, nous avons vu ainsi des dessins arriver, des dessins qui nous plongeaient dans un monde angoissé, « Covidland »…

Je vous calme tout de suite ! Non, Deloupy n’a pas fait cela pour gagner plein d’argent sur le dos d’un confinement, d’une pandémie ou des angoisses de ses lecteurs… La preuve, ses petits dessins ne se sont retrouvés que sur un petit fascicule autoproduit à 180 exemplaires et déjà tous écoulés… Non, il l’a fait comme une sorte d’obligation morale et circonstancielle. Il était comme enchainé à sa planche de dessin, comme incapable de ne pas prendre ses crayons…

Ce n’est pas à proprement parler une histoire, avec un scénario, des personnages, des rebondissements… Cela ressemble plus au dessin de presse ou plus exactement à une sorte de méditation métaphysique graphique… Oui, ça n’existe peut-être pas encore dans les rayons de librairie mais il vient d’en dessiner les contours…

Le covid-19 est ainsi devenu un personnage à part entière, une boule rouge qui change la vie des hommes, interagit avec eux et ne leur laisse que fort peu de liberté… Enfin, fort peu, c’est peut-être exagéré car Deloupy nous montre que l’être humain peut toujours retrouver une forme de liberté même dans la pandémie…

Vivre avec ce covid n’est possible que si nous arrivons à prendre de la distance avec cette angoisse, avec la maladie, la contagion, la mort… Que si ce covid n’entame pas notre humanité, que si nous acceptons de penser… Ces différents dessins, tous d’une façon ou d’une autre, nous stimulent, nous touchent, nous font sourire, pleurer, réfléchir… A ce titre, l’auteur devient guide sans nous contraindre, il nous distrait sans nous avilir, nous sort de la mélodie angoissante des médias sans pour autant sous-estimer cette petite boule rouge qui peut être mortelle…

Je savais depuis longtemps que Deloupy était un artiste profondément humain que l’on a eu beaucoup de plaisir à lire dans Love story à l’iranienne, Algériennes 1954-1962 et Pour la peau… Je savais qu’il pouvait rendre une petite affaire policière passionnante et profonde comme il le fait avec Alep dans « L’introuvable »… Mais, là, je trouve une dimension supplémentaire dans son « Covidland », un petit opus qui le fait accéder à un autre niveau, celui d’un auteur profond et talentueux, pétri d’humanisme et au regard incisif… Bravo !

Alors, chers amis, vous n’allez probablement pas pouvoir trouver l’ouvrage « Covidland » mais vous allez quand même pouvoir découvrir ses dessins sur sa page Facebook… Et il n’a pas cessé car après « Covidland » le voilà dans le monde d’après… Vous savez celui où plus rien ne devait être comme avant… Enfin, c’est ce qui se disait… Là, c’est en dessin !

Oui, « l’été c’est fait pour lire », mais on ne lit pas que des livres en papier, on peut aussi, que dis-je, on doit lire des dessins sur Internet, cela fait aussi grandir !

Dans tous les cas, bonne lecture à tous et à très bientôt !

https://www.facebook.com/deloupy.zac

Frunny

avatar 05/07/2020 @ 09:51:46
Jeudi 25 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et rien n’empêche de lire un petit essai de BHL pour se mettre en forme en ce début de saison estivale…


Oh non........... pas lui !
Un affreux nombriliste.

Frunny

avatar 05/07/2020 @ 09:56:29

Dans son ouvrage « Du mensonge à la violence », elle montre bien que face au mensonge il n’y a pas beaucoup de façons de réagir. La violence semble aller de soi presque… même s’il existe d’autres réactions possibles comme la désobéissance civile…

Quand on ment au peuple à répétition, sans vergogne, sans limite… le peuple peut basculer dans la violence !



La Force des... Faibles !

Shelton
avatar 06/07/2020 @ 08:22:58
Lundi 6 juillet

« L’été c’est fait pour lire » et parmi mes lectures estivales j’ai glissé cette année quelques romans de M. C. Beaton. En effet, si je suis resté pour le moment assez hermétique à la série Agatha Raisin, malgré son succès en librairie et à la télévision, je suis assez sensible à la série Hamish Macbeth même si je m’abstiendrais de faire des comparaisons entre ce détective d’un petit village écossais et le célèbre Hercule Poirot…

Marion Chesnay est née en 1936 à Glasgow et c’est sous le pseudonyme de M.C. Beaton qu’elle est maintenant connue. Ce n’est pas parce que l’on traduit et publie aujourd’hui certains de ses livres qu’elle serait encore vivante car elle est décédée en décembre 2019… Après avoir été libraire puis critique de théâtre, journaliste et éditrice, elle a finalement pris la plume pour devenir une autrice à succès fulgurant en 2011 et 2012 en troisième position des auteurs les plus lus de Grande-Bretagne.

On pourrait croire que cette Ecossaise a mis du temps à être en librairie en France à cause de la distance qui la séparait du pays d’Exbrayat (je prends cette référence pour rester dans le domaine policier mais aussi parce que leurs romans semblent avoir quelques points communs). En fait, oublions la distance car cette femme habitait entre son Ecosse natale et Paris !

Hamish Macbeth est un petit policier du petit village de Lochdubh et il n’est habité que par une petite ambition… Tout semble donc petit dans sa vie et c’est de ce petit que l’autrice va faire une grande série qui ne compte pas moins de quatorze romans !

Hamish n’est de toute façon pas un grand détective et il n’est d’ailleurs pas là pour déclencher l’admiration. En fait, il est là d’abord pour permettre à MC Beaton de raconter l’Ecosse profonde avec ses habitants, ses traditions, sa géographie, ses monstres et ses fantômes… Dès le premier roman on commencera par une immersion dans la pèche à la mouche au saumon sauvage… et qu’importe si l’un des participants à ce stage intensif se fait assassiner !

D’ailleurs, durant le première moitié du roman, il n’y a pas d’assassinat, par d’aspect policier, seulement un stage de pèche dont nous suivons paisiblement le déroulé… Certes, comme on va faire connaissance avec tous les participants, y compris les deux animateurs, y compris de la victime… Probablement même de la personne qui est criminelle, mais là il vous faudra être perspicace pour trouver son nom avant les spécialistes écossais qui sont arrivés en catastrophe pour palier à la faiblesse d’Hamish… D’ailleurs, qui ne dit pas qu’Hamish pourrait bien coiffer tout le monde sur le poteau puisque le roman policier est bien un jeu… Celui qui remporte la partie est toujours celui qui trouve le coupable, ses motivations, voire même son processus criminel…

J’avoue avoir été séduit par cette écriture légère, être tombé sous le charme d’Hamish et de sa relation locale, Priscilla Halburton-Smythe, enfin avoir refermé le roman en me disant qu’il me tardait d’en lire un autre…

Je ne vous promets donc pas de la grande littérature ni même un roman policier sophistiqué, mais « Qui prend la mouche » est un roman qui fait passer un bon moment, qui est parfaitement adapté à la période estivale, une aventure, une enquête, qui rappelle certains très bons romans de Charles Exbrayat et donc, puisque « l’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous, bonne pèche et à très bientôt !

Shelton
avatar 07/07/2020 @ 07:10:46
Mardi 7 juillet

« L’été c’est fait pour lire » mais si certains continuent bien de lire du papier d’autres depuis maintenant une décennie se sont mis à fréquenter, plus ou moins assidument, les écrans. Précisons bien, d’ailleurs, que cette fréquentation n’inclut pas de façon systématique l’abandon du papier, le lecteur sachant rester varié dans de nombreuses situations…

Durant le confinement récent, et même depuis ce déconfinement non abouti définitivement, il nous faut prendre acte que de nombreux reclus – mais pas que – prennent les réseaux sociaux pour divulguer leurs confabulations sans se rendre compte qu’ils les confient ainsi à des crieurs publics plus efficaces que ceux qui naguère éructaient à la cantonade…

Occasion de préciser que le fait de tenir son journal intime – mais en le rendant public, sur le net ou via l’édition, reste-t-il intime – est une caractéristique bien française. En effet, il se dit que les Français seraient bien les plus nombreux au monde à tenir une telle narration personnelle et, heureusement, beaucoup de ces textes ne connaissent qu’un ou deux lecteurs, le frère qui a volé la boîte à secrets de sa sœur ou l’acheteur d’une brocante qui trouve ce cahier par hasard…

Attention, tout n’est pas à jeter, sur le net comme sur les cahiers jaunis, d’aucuns touchent au vérisme et méritent une certaine admiration pour ce témoignage de vie. D’autres cheminent, cahin-caha, entre varia de qualité et fatrasie… Certes, à lire ces salmigondis, galimatias et autres amphigouris on peut sourire, rarement rire ou réfléchir, c’est ainsi, il nous faut faire disette de bons mots.

Attendez, je ne dis pas qu’avant de livrer ses pensées il faudrait systématiquement pourpenser toute une nuit, mais j’avoue que mon père m’enseigna jadis un principe de base : avant de cliquer et éditer, tourne ta main sept fois dans ta poche… du moins si ma mémoire ne flanche pas trop après tant de jours d’exil…

Soyons quand même reconnaissants à tous ceux dont les journaux intimes – certes souvent épurés avant l’édition publique – sont arrivés dans nos bibliothèques… Je pense à Augustin, Rousseau, Gide… « Les confessions » du premier, Augustin d’Hippone, sont à la fois la liste des fautes qu’il a commises dans sa jeunesse mais aussi le cheminement qu’il le pousse vers Dieu. Il se confesse au sens chrétien et proclame aussi sa foi. C’est un très beau témoignage intérieur et on peut le lire par petits épisodes sans être obligé de tout lire…

Quant à Jean-Jacques Rousseau, on peut dire que ses « Confessions » sont bien dans la lignée de celles d’Augustin même si elles ne sont pas chrétiennes au sens propre du mot. Il avoue ses fautes et tente de construire un portrait positif de lui… Aveux, regrets, justifications mais surtout un très beau texte autobiographique qui m’a beaucoup marqué durant mes études… D’ailleurs, je vous l’avoue, je me suis offert un jour une collection des œuvres complètes de Rousseau datant de la Révolution française… Oui, il s’agit bien d’un auteur qui m’accompagne souvent et pas seulement durant l’été…

Enfin, j’ai découvert sur le tard le journal d’André Gide, un auteur considéré comme sulfureux chez mes parents. En lisant ce texte magnifiquement bien écrit, on comprend que cet homme ne fut pas toujours heureux coincé qu’il était dans sa culture familiale – le puritanisme protestant – et son homosexualité, en particulier son amour des jeunes garçons… Et j’ai compris ce qui gênait mes parents…

Bon ! Ventre Saint Gris ! Restons calmes et buvons frais, cette petite pasquinade n’était qu’une façon d’évoquer les journaux intimes et vous donner envie de découvrir, qui sait, les meilleurs puisque « l’été c’est fait pour lire » ! Alors, bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 08/07/2020 @ 06:03:45
Mercredi 8 juillet

« L’été c’est fait pour lire » et, après avoir parlé des journaux intimes, il m’a semblé important de traiter, au moins rapidement, des ouvrages de la littérature fortement imprégnés du vécu des auteurs. Rien qu’en disant cela je pense immédiatement à Antoine de Saint-Exupéry, Joseph Kessel, André Malraux et ma liste n’est pas du tout exhaustive. Aujourd’hui, ce sera donc Joseph Kessel…

Joseph Kessel est un homme qui a d’abord été un aventurier, plus exactement un homme qui a d’abord agi avant de réfléchir, avant de vouloir écrire, avant de devenir un académicien, c’est-à-dire un homme figé dans l’éternité. Tout au long de sa vie active, il n’a jamais eu peur d’expérimenter, de prendre des risques, d’oser ! C’est ainsi que lors de la Première Guerre mondiale, il s’est retrouvé dans l’une des premières escadrilles de chasse de l’armée française. Ces unités aériennes étaient composées de soldats, d’aventuriers et de fins observateurs. C’est d’ailleurs cette combinaison qui leur permit, du moins pour certains, de survivre… C’est aussi au cœur d’’une de ces unités que nous retrouvons Joseph Kessel, en 1918, dans les premières pages de cet ouvrage «Les temps sauvages»…

Avec «Les temps sauvages», Joseph Kessel nous emmène au bout du monde pour une aventure peu commune, voir aux limites de l’absurde. En 1918, la guerre change considérablement de figure. Ce n’est plus la confrontation de fantassins et d’artillerie dans l’entre tranchées, il s’agit maintenant de poursuivre les Allemands jusque chez eux pour qu’ils ne reviennent plus ! Les risque ne semblent plus les mêmes, l’aventure tire à sa fin…

Soudain on cherche des volontaires pour rejoindre une unité internationale que l’on crée en Sibérie pour prendre les Allemands à revers. Joseph Kessel parle russe, aime ce pays, le voilà donc qui se porte volontaire… L’appel de l’inconnu, un péril de plus à vaincre, la sortie du ronron quotidien…

Il embarque à Brest, le 11 novembre, le jour où les cloches de tout le pays résonnent pour annoncer le retour de la paix avec cette première étape qu’est la signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne… Pourtant, les volontaires pour la Sibérie partent bien dans ce vaisseau américain…

Ils vont d’abord rejoindre New York, puis San Francisco en train, puis Vladivostok en bateau de nouveau. Beaucoup d’interrogations sur le devenir de cette force alors que la paix s’installe… Pendant la traversée en bateau, Joseph joue et perd sa solde mais aussi celles à venir… Aux États-Unis, ils sont célébrés par le peuple comme des soldats victorieux, ils sont bien les premiers combattants à rentrer d’Europe… A Vladivostok, ils sont abandonnés dans un cloaque innommable, dans une inorganisation inimaginable !

Joseph Kessel va y rester quelques semaines où il alternera travail, découverte de la ville et nuits blanches noyées dans la vodka. Ce récit est centré sur la vie de Lena… mais je vous laisse découvrir les grandeurs et les misères de cette pauvre femme russe…

Pour Joseph Kessel, une parenthèse sauvage se referme, un temps court dont il aurait pu ne jamais revenir et qu’il a voulu transformer, plusieurs années après en un récit fort et très bien écrit, tout à fait représentatif de son écriture, de son style, de sa vie, aussi. Peur de rien, curieux de tout et envie de tout nous dire pour nous faire peur, nous dépayser… mais jamais nous faire la morale !

Quand l’épisode se referme, quand ces temps sauvages s’éloignent, quand les nuits redeviennent un temps de repos… Joseph Kessel revient à la vie ordinaire et il attendra assez longtemps avant de raconter ce chapitre de sa vie qui, comme souvent chez lui, est plus dense que la meilleure page de fiction… Oui, chez lui le vécu fait plus rêver que le roman !

Je sais que Kessel n’est plus trop à la mode mais justement, la lecture n’est pas une affaire de mode et donc je ne peux que vous conseiller ces textes, souvent courts, denses, bien écrits et très vivants… et comme « l’été c’est fait pour lire », comme Kessel existe en format de poche, bonne lecture et à très bientôt !

Shelton
avatar 09/07/2020 @ 06:21:43
Jeudi 9 juillet

« L’été c’est fait pour lire » et on ne se lasse jamais de lire et relire Joseph Kessel, du moins en ce qui me concerne, bien sûr ! Alors, prolongeons la présentation d’hier avec un regard sur les reportages de Kessel…

Joseph Kessel a été durant toute sa vie un homme d’action, un grand reporter et un homme de lettres. La question n’est pas tant de savoir s’il a été plus l’un que les autres, s’il a été ou pas un grand écrivain, mais il faut comprendre que pour moi il a été un tout indissociable et aller à la rencontre de cet homme c’est prendre le temps de lire ses romans comme ses textes journalistes. Aujourd’hui, je vous invite à plonger dans l’Afghanistan de 1956, celui qui va l’inspirer à la foi pour un reportage, un film puis, plus tard, pour un roman, Les cavaliers…

S’il n’a pas toujours été aisé de trouver ces fameux reportages de Kessel qui ont été regroupés dans les années soixante par l’éditeur Del Duca-Plon, nous avons maintenant la chance de pouvoir y accéder en version de poche dans la collection Texto de chez Tallandier. On peut y voir-là une réelle invitation à voyager avec l’un des plus grands des voyageurs, reporters, journalistes de son temps… Car ne nous y trompons pas, quand Kessel partait du bureau de son rédacteur en chef, aucun des deux ne pouvait avoir la certitude qu’ils se reverraient. Les voyages étaient réellement dangereux. Joseph Kessel est allé en Sibérie au contact de soldats désespérés qui trouvaient refuge dans la vodka, il a croisé les trafiquants d’esclaves qui étaient prêts à tuer un journaliste trop bavard, il a été dans l’Irlande au bord de l’insurrection, il a voulu partager la vie des colons d’Israël, il a décidé de filmer des femmes musulmanes en Afghanistan… Oui, même s’il n’a pas tout réussi, il y était !

En 1956, il va aller en Afghanistan, un pays encore très refermé sur lui-même. C’est passionnant de le suivre dans ce voyage car on va découvrir que cette terre et son peuple n’ont peut-être pas tellement changé en cinquante ans… En plus, il va y aller pour réaliser un film alors que le cinéma n’est connu là-bas que par quelques privilégiés de Kaboul… Enfin, dans les attractions fondamentales de cet ouvrage, notons que Kessel est accompagné pour son film de quelques techniciens dont un certain Pierre Schoendörffer qui n’est encore qu’un des militaires qui a vécu Dîen Bîen Phu à l’âge de 26 ans. Mais, lors de cette défaite, il filmait pour les armées… Plus tard, il sera le réalisateur de La 317ème section, du Crabe-tambour… En 1956, il est encore jeune et il accepte de partir à l’aventure avec Joseph Kessel d’autant plus que c’est en lisant le roman Fortune carrée qu’il a décidé de mener sa vie à fond…

Je ne vais pas vous donner toutes les péripéties du tournage de ce documentaire sur l’Afghanistan. Ce serait d’une part trop long et d’autre part cela vous priverait de l’envie de lire ce récit qui est authentique, passionnant et instructif. J’ai choisi de garder trois éléments car ils me semblent importants et éclairants pour comprendre le travail de Kessel et l’âme de ce pays que par ailleurs je ne connais pas du tout.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que ce récit doit être pris comme le reportage préparatoire au roman Les cavaliers et le making off d’un documentaire cinématographique. Je donne ces précisions car j’ai lu que certains lecteurs des Cavaliers trouvaient que Kessel n’avait pas pris le temps de prendre conscience des beautés de ce pays, qu’il ne parlait pas assez des statues de Bouddha… C’est en lisant ce reportage que l’on comprend que ces critiques sont complètement infondées car tout y est. Certes, tout ne restera pas dans le roman car les deux ouvrages n’ont pas le même but. Pour revenir aux fameuses statues de Bouddha, voici quelques lignes qui en diront plus qu’un long discours :

« Il était environ midi quand notre voiture pénétrait dans la gorge au fond de laquelle coulait la rivière de Bamyam. Alors, subitement, parut s’embraser… Cette gorge était en vérité le seuil qui convenait à la sublime vallée des divinités mortes, à cette oasis immense qui s’étalait à plus de trois mille mètres d’altitude parmi les massifs sauvages et déserts… Et, au fond de cette ouverture géante, un Bouddha veillait qui avait la hauteur d’une maison de sept étages… »
Et déjà en 1956 Kessel est obligé d’écrire : « Elle avait beau ne pas avoir de visage – les conquérants musulmans l’avaient mutilé à coup de canon – le front colossal vivait dans la pénombre et le cou et le torse et les membres géants »…

D’ailleurs, c’est à travers des ce type de remarques que l’on comprend que les haines d’aujourd’hui ne datent pas d’hier mais prennent bien naissance dans les siècles avec les tensions qui ont agité ces terres d’Asie Centrale balayées par les invasions une fois des Mongols, une autre fois des combattants d’Allah…

Le second point de ce récit que je vais garder en tête est la description d’un sport particulier excessivement populaire en Afghanistan, le bouzkachi. Il faut vous dire que quelques semaines avant de lire ce roman, « Les cavaliers », je ne savais même pas que cette activité sportive existait. Un reportage du journal L’Equipe a donné un jour la liste des sports les plus insolites. On y trouvait le bouzkachi et c’est le moment où je lisais « Le jeu du roi ». J’ai donc eu les descriptions de Kessel et les photographies des journalistes sportifs, ce fut parfait pour comprendre la violence de ce jeu…

Difficile d’expliquer tous les éléments de ce sport national dont Kessel vous donnera toutes les phases en détail mais, pour ceux qui n’auraient pas lu le reportage de L’Equipe, je vais vous résumer sommairement la partie en disant : imaginer une grande plaine, soixante cavaliers, une carcasse de bélier sans sa tête placée à quelques centaines de mètres, deux poteaux au loin et un cercle dessiné sur le sol devant le public… Au top départ, tous les cavaliers se précipitent sauvagement vers la carcasse qu’il faut attraper en restant sur sa monture, puis se précipiter vers le premier poteau, puis le deuxième et revenir vers le cercle où le vainqueur déposera – en fait lancera – la carcasse ou ce qu’il en restera. En effet, durant toute la partie les cavaliers s’attaquent pour s’arracher la carcasse et le vainqueur est le dernier qui l’aura eu en main et qui la mettra au cœur du cercle… Sport rude, violent et ancestral que les Afghans pratiquent comme les Espagnols la corrida… Kessel va réussir à filmer deux parties, une première en province spécialement organisée pour son film, une autre à Kaboul, plus officielle, en l’honneur du roi, d’où le titre du reportage, « Le jeu du roi » !

Enfin, un dernier point à mettre en exergue dans ce très bon reportage, la condition des femmes. Dès le départ, Kessel et son équipe veulent filmer des femmes afghanes. Comme c’est impossible dans les rues où elles sont voilées – ça ne date pas d’aujourd’hui – ils imaginent créer des facilités en demandant en province – plus accessible que la capitale – une cérémonie de mariage où l’on pourrait filmer une danse de femmes… C’est traditionnel et même s’ils comprennent la difficulté ils finissent par imaginer que cela va pouvoir se faire… Un gouverneur les aide, le roi donne son soutien, les ministères poussent à la réalisation de ce film qui sera un bon ambassadeur du pays… mais rien n’y fera, la séquence n’aura pas lieu.

« Réfléchissez à la révolution intérieure qu’il faudrait pour que les femmes acceptent de se montrer, le visage nu, devant vos appareils énormes, entourés de nous tous… »

Mais ce ne sont pas les femmes qui refusent, ce sont des « saints » hommes qui prennent la décision pour elles…

Voilà, je vais m’arrêter ici en vous conseillant de prendre le temps de lire ce texte que j’ai beaucoup aimé et qui montre le talent de Joseph Kessel, grand reporter littéraire que l’on devrait relire plus souvent pour comprendre le monde d’aujourd’hui… et, puisque « l’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 10/07/2020 @ 07:00:57
Vendredi 10 février

« L’été c’est fait pour lire » et je vais continuer à vous parler de Joseph Kessel… Oui, d’abord parce que j’aime cet auteur et que lorsque l’on aime on ne compte pas ! Mais aussi parce qu’il a fait sa rentrée dans la collection prestigieuse La Pléiade et même si ce n’est aucunement une référence absolue et un passage obligé, c’est pour moi une belle occasion de présenter des livres que j’aime… Mais, c’est aussi l’occasion d’aborder la vie des pilotes, l’histoire de l’aéronautique… et au moment où l’avion connait une crise énorme – il disparaitra peut-être – c’est aussi une façon de rendre hommage à tous ceux qui ont participé à le faire grandir… On ne parlera donc pas, ici, de pollution. C’est dit, une fois pour toute !

Bien sûr, ceux qui me connaissent et m’écoutent à la radio ou me lisent sur Internet savent depuis longtemps que j’ai une admiration particulière pour ces journalistes écrivains grands reporters qui ont traversé le monde de part en part pour nous en rapporter, non des descriptions longues et soporifiques, mais, des portraits vivants qui nous transportent durablement en compagnie d’êtres merveilleux… Joseph Kessel en est ! Que ce soit avec ses récits ou ses romans, dès que je commence une page je suis hors du temps, hors de moi et je me fais de nouveaux amis dans une autre vie… Quel talent, quel génie, quel écriture !

« Vent de sable » est un récit fascinant qui a été écrit en 1929 par un homme qui découvre la vie quotidienne de ces pilotes qui sont prêts à tout pour acheminer le courrier par avion vers le sud… Joseph Kessel va expérimenter ces voyages aériens jusqu’à Dakar. Avec des grands noms comme guides, comme pilotes… Ce pourrait être presque banal, si ce n’est qu’il parle, entre autre, d’un certain Antoine de Saint-Exupéry, un pilote, qui sort la même année, chez le même éditeur, un récit de sa vie sur cette fameuse ligne, « Courrier Sud » ! C’est probablement ce texte qui donne envie à Kessel d’avoir de plus près cette ligne, ces avions, ces pilotes, ce courrier…

Les deux ouvrages sont portés par les mêmes élans et besoins d’aventures, mais l’un est un témoignage romancé d’une vie (Courrier Sud) tandis que l’autre est un reportage fidèle marqué par l’expérience d’une tempête de sable et rendu dramatique par la disparition d’un équipage quelques jours après le passage de Kessel (Vent de sable). Je suis intimement convaincu qu’il faut lire les deux, voire même pour certains d’entre vous relire celui que vous connaissez et découvrir immédiatement après celui que nous n’avez pas encore ouvert… Une expérience passionnante car deux belles écritures, des destins hors normes, l’histoire de l’aviation en direct comme si on y était, un dépaysement total et, enfin, dans les deux cas, une recherche d’absolu étonnante…

C’est Emile Lécrivain qui va piloter Joseph Kessel dans sa découverte de la route du courrier vers le Sud et quelques jours après ce voyage ensemble, Emile Lécrivain et son radio Pierre Ducaud, quittent Agadir pour Casablanca où ils n’arriveront jamais… La radio recueillera le dernier message de l’équipage que Kessel cite en fin d’ouvrage : « Pilote trop occupé pour vous répondre »… et on ne retrouva que la carcasse de l’avion fracassé par les flots atlantiques sans les corps partis au paradis des aviateurs de cette époque conquérante…

Vous l’avez bien compris, pendant la tempête de sable, j’étais moi-même accroché aux sacs de courrier en transpirant à grosses gouttes et quand j’ai senti l’avion toucher le sol j’ai retrouvé le goût de la vie… Exagéré ? Non, à peine tant les phrases de Kessel nous font vivre chaque instant, chaque événement, chaque danger avec passion, précision, dynamisme… Nous y sommes, même quand fatigué l’équipage prend sa petite bière dans un bouiboui sans nom au cœur du désert, là où règne un officier espagnol sans cœur…

Un livre que je vous conseille comme d’ailleurs de nombreux autres ouvrages de Joseph Kessel, un journaliste reporter écrivain à découvrir dès maintenant, y compris dans de vieilles éditions de poche que certains d’entre vous apprécient… Ne nous privons pas du talent à l’état brut et comme « l’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous !

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