Shelton
avatar 21/06/2020 @ 06:47:49
Dimanche 21 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et pour ceux qui me suivent depuis longtemps c’est tout simplement le nom de ma chronique estivale et livresque… Chronique car comme je l’ai déjà dit de très nombreuses fois il ne s’agit pas de porter sur les livres un jugement sec et abrupt, une critique rude et tombée d’on ne sait où. Je ne suis qu’un lecteur, un lecteur certes passionné mais surtout amoureux des livres, des auteurs et de la lecture… je ne cherche qu’une chose : partager avec vous – via Internet et la radio – mes lectures, les sensations sur ces livres qui remplissent ma vie depuis si longtemps…

Livresques et non littéraires ou universitaires car mes chroniques ne cherchent pas à vous entretenir de la « grande littérature » ou des « classiques » inoubliables. Car finalement, qu’est-ce qu’un grand livre ? Qu’est-ce qu’un classique ? Chaque livre vient déposer dans nos mémoires une expérience, un souvenir, un plaisir de lecture, un questionnement… Le même ouvrage, à plusieurs années d’intervalle, peut déclencher des sentiments différents voire même opposés, contraires… C’est ainsi que relire un ouvrage que l’on a aimé dans sa jeunesse ou apprécié durant une période forte de sa vie (décès, choc amoureux, déception, trahison, période de guerre…) présente un risque : découvrir que cet ouvrage ne nous parle plus, reste muet, nous laisse indifférent voire même nous révolte totalement… Et, pourtant, relire, c’est aussi grandir, s’enrichir, ouvrir de nouvelles perspectives…

Livresques aussi car comme chaque été je présenterai des livres forts différents, du livre jeunesse à la poésie, de l’essai au roman, du polar à la biographie historique, de la bande dessinée au livre philosophique ou spirituel, du beau livre à l’ouvrage politique… Oui, toutes les formes de livres, tous les genres de contenu peuvent trouver leur place dans cette chronique car l’objectif n’est pas de constituer un corpus absolu d’ouvrages qu’il faudrait avoir lu mais bien de proposer des lectures dont chacun pourra s’enrichir… Si chacun de mes lecteurs, de mes auditeurs, pouvait trouver au moins un ouvrage à son goût durant cet été, alors j’estime que cette opération serait une réussite… Heureusement, sur environ quatre-vingt dix propositions cela reste possible… D’autant plus que j’arrive même à vous proposer de temps en temps des ouvrages illustrés sans texte… Oui, il en faut pour tous !

Cette année, de par la conjoncture pandémique, certains ont commencé leur été de lecture dès le printemps avec un exercice délicat, lire à partir de sa propre bibliothèque, les librairies et bibliothèques étant fermées durant presque trois mois… Alors, on aurait pu se donner comme objectif de chroniques de vous donner envie d’aller en librairie pour redonner un peu de tonus et de dynamisme à un secteur sinistré… Oui, mais comme chaque année, je me refuse à faire de la lecture une marchandise banale et à me limiter à des « nouveautés » comme si la qualité des livres devait être seulement fonction d’un calendrier éditorial… Donc, il y aura bien des nouveautés, des livres encore disponibles en librairie mais aussi des choses plus anciennes voire même épuisées que vous devrez chercher en bibliothèque ou chez un bouquiniste…

Mais, au début de cet « été c’est fait pour lire », bien sûr, je redis sans état d’âme mon soutien indéfectible aux auteurs, aux éditeurs, aux libraires et même aux bouquinistes qui assurent une seconde ou troisième vie à des ouvrages… C’est une chaine complète du livre, forte et pérenne, qu’il faut avoir dans notre pays si on veut que chacun puisse trouver livre à son goût et si on désire – et c’est bien le minimum – que chaque auteur puisse vivre de son travail d’écriture (ou de dessin !).

Voilà, il ne reste plus qu’à vous proposer des livres tous les jours pour que cet été soit bien marqué par des lectures riches, originales, distrayantes, profondes, à partager avec vos proches, à méditer seul à l’ombre ou les pieds dans l’eau, dans votre salon, dans votre jardin ou au fond de la forêt… A chacun ses livres et à chacun sa façon de lire !

Dès maintenant, je vous souhaite donc un très bon été, de belles découvertes et de très bonnes lectures !

Donatien
avatar 21/06/2020 @ 08:53:31
Merci d'avance.

Shelton
avatar 22/06/2020 @ 05:57:24
Lundi 22 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et comme chaque année c’est toujours un exercice périlleux que de choisir le premier auteur, le premier ouvrage, le premier genre que je vais vous présenter… Trop classique cela pourrait faire peur à certains, trop léger et d’autres fuiraient en courant… En même temps, si le premier compte, les autres aussi et donc je suis obligé depuis quelques semaines de travailler sur un ordre, une programmation, une cohérence… sans, toutefois, me laisser enfermer dans des stéréotypes qui me priveraient de toutes liberté !

J’ai donc décidé de commencer par un auteur, Stefan Zweig. L’envie m’en est venue, reconnaissons-le, en lisant l’introduction à son œuvre de Jean-Pierre Lefebvre dans la collection La Pléiade. En effet, le germaniste, traducteur et spécialiste de Stefan Zweig (entre autres) commence par montrer un paradoxe pertinent : peu d’études de fond sur l’œuvre de Zweig, peu de thèses, peu de commentaires et, pourtant, un auteur que de très nombreux lecteurs français connaissent. Ses nouvelles longues ont su tendre les bras aux voyageurs dans le train mais aussi aux vacanciers sur les plages, aux jeunes qui avaient peur des trop gros ouvrages sans oublier les lecteurs solitaires les jours de pluies…

Est-ce que pour autant, il faudrait transformer les ouvrages de Zweig en littérature de gare, en livres légers, voire même en sous-littérature ? Non, le professeur émérite sait trouver les mots pour démontrer l’importance capitale de cette œuvre… Alors, vous présenter toutes les nouvelles de Zweig qui sont dans ces deux ouvrages de La pléiade me semble impossible aujourd’hui et don j’ai choisi d’en mettre une seule à l’honneur… Vingt-quatre heures de la vie d’une femme !

Quand la bonne société voit une femme partir au bras d’un amant en laissant tout tomber sur son chemin, quand les mauvaises langues commencent à se délier et porter des jugements abrupts et quand on sent que le drame n’est pas très loin… Stefan Zweig commence le véritable récit de la vie de cette femme, plus exactement les fameuses vingt-quatre heures qui l’ont transformée, qui lui permettent de voir le départ de madame Henriette avec d’autres yeux que ceux qui se contentent des apparences…

Ce récit est d’une force incroyable car il permet de voir une femme tomber sous la fascination intégrale d’un homme. Cet homme est aussi un grand «fasciné», il est joueur au casino et l’histoire se passe à Monte-Carlo.

Les pages décrivant le joueur en train de perdre sont étonnantes de force et vérité. Je sais d’autant plus de quoi il s’agit que, durant cinq ans, j’ai passé des heures par semaine à écouter des joueurs en difficulté. Stefan Zweig frappe si juste qu’il a dû jouer ou avoir un de ses proches joueur…

Mais le plus fort est dans les pages qui suivent, quand la femme devient le Saint Bernard du joueur, puis l’obstacle au jeu, quand elle aime au point de se détruire, quand elle est comme convalescente pour retrouver un sens à sa vie… Vingt-quatre heures à Monte-Carlo ont failli l’emporter dans le néant et elle n’en est pas revenue indemne. Par contre, son cœur qui a souffert s’est ouvert et elle est plus à même de comprendre les autres. Ce n’est pas de l’empathie ni de la charité, non seulement une expérience qui lui donne la capacité à comprendre, de façon neutre sans justifier, pardonner ou condamner…

Un auteur d’une force incroyable ! Une nouvelle que je ne peux que conseiller à tous ceux qui ne l’auraient pas encore lue, ou, pour ceux qui l’ont déjà dévorée, un ensemble d’histoires aussi fortes à découvrir par ce géant de la nouvelle, Stefan Zweig…

Voilà bien un démarrage de « l’été c’est fait pour lire » en fanfare avec un grand auteur du vingtième siècle… Alors, bonne lecture à tous et à demain !

Saint Jean-Baptiste 22/06/2020 @ 09:47:31
Comme chaque année, le retour de l’été avec les belles chroniques « l’été c’est fait pour lire », merci Shelton et bon été ! ;-))

Frunny

avatar 22/06/2020 @ 11:28:56
Que du bonheur de retrouver l'été et ... les chroniques de Shelton !

Vince92

avatar 22/06/2020 @ 11:45:11
Bon choix que celui de Stephan Zweig pour première chronique...(auteur que je connais trop peu).
A signaler une bonne série de podcasts sur Zweig (la compagnie des auteurs- France culture) ou il apparaît que l'autrichien est plus apprécié en France que dans les pays germaniques ou il est considéré comme un auteur mineur….

Koudoux

avatar 22/06/2020 @ 17:59:27
Bon choix que celui de Stephan Zweig pour première chronique...(auteur que je connais trop peu).
A signaler une bonne série de podcasts sur Zweig (la compagnie des auteurs- France culture) ou il apparaît que l'autrichien est plus apprécié en France que dans les pays germaniques ou il est considéré comme un auteur mineur….

Oui super choix, je vais le présenter au club de lecture car il est dans notre petite bibli (le prêt inter n'est pas encore possible).
Merci pour tes chroniques Shelton !

Shelton
avatar 23/06/2020 @ 06:06:15
Mardi 23 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire », oui, mais c’est aussi un temps de jeu ! Alors quoi de plus naturel que de trouver, lire et vous conseiller un petit livre consacré au jeu, « Le joueur d’échecs » de Stefan Zweig. Je sais bien que nous avons parlé de Stefan Zweig hier mais l’auteur est si riche que rester avec lui une journée de plus n’est pas un grand problème et, autre avantage, cet ouvrage existe en version poche ce qui ne mettra pas en péril votre budget estival…

Premier constat : si le jeu d’échecs est un jeu dont les parties peuvent sembler longues, la nouvelle de Zweig est courte et se lit d’un seul élan. D’ailleurs, dès que vous êtes sur le bateau New-York-Buenos Aires en compagnie du narrateur, vous ne pouvez plus fermer le livre. C’est comme ça, il faut le savoir et, heureusement, il est court, seulement une centaine de pages…

A bord, un homme est là incognito… C’est le champion du monde d’échec, un certain Czentovic. Pris au piège du jeu, le voilà en train de jouer contre les gentlemen qui voyagent. C’est un amusement, d’ailleurs, il joue plusieurs parties à la fois… C’est l’attraction du voyage…

Un autre homme est là, dans l’ombre, lui aussi perdu dans l’anonymat total, il sera d’ailleurs nommé simplement par ses initiales, MB. Au cours d’une partie, il se laisse aller à donner un ou deux conseils aux joueurs prétentieux qui voulaient affronter Czentovic… et les conseils portent leurs fruits… Tout le monde le croit grand joueur et voilà que se prépare un match « officiel » entre MB et le champion du monde… MB hésite, dit qu’il n’a pas joué depuis longtemps… Rien n’y fait, il devra jouer…

C’est là, au cœur de cette histoire, que se situe la seconde histoire, le récit de la vie, du moins d’une partie de la vie, de MB. En effet, sans tout vous révéler, MB vient d’Autriche, le pays que vient d’annexer Hitler et nous sommes pendant la seconde guerre mondiale. Stefan Zweig, je le précise pour ceux qui ne le connaitraient pas, est mort en 1942, il était Autrichien et s’est suicidé au Brésil avec son épouse probablement écœuré par la victoire du fascisme et la propagation de la guerre à la planète entière…

Il faudra comprendre, aussi, que lors de l’écriture de cette nouvelle Zweig ne connaît pas la réalité des camps de concentration. C’est pour cela que son personnage de MB peut déclarer en comparant son sort à celui des déportés :

« Dans un camp de concentration, il m’eut fallu sans doute charrier des cailloux, jusqu’à ce que mes mains saignent et que mes pieds gèlent dans mes chaussures, j’eusse été parqué avec vingt-cinq autres dans le froid et la puanteur. Mais du moins, j’aurais vu des visages, j’aurais pu regarder un champ, une brouette, un arbre, une étoile… »

Oui, MB est enfermé dans une chambre vide et c’est là, après avoir dérobé un livre de grandes parties d’échecs, qu’il découvre ce roi des jeux. A force de faire et refaire ces parties dans sa tête, sans jeu réel, il devient quelque peu fou… Il s’était promis de ne jamais jouer aux échecs… mais ça été plus fort que lui en voyant Czentovic…

La partie finale d’échecs entre les deux maîtres, le reconnu et celui qui n’a jamais joué que dans sa tête, est une partie d’anthologie. Stefan Zweig décrit avec talent mais aussi un œil exercé toutes les phases d’excitation du joueur pathologique. C’est fascinant… et ça nous renvoie à certains de nos comportements…

Cette belle nouvelle ne dégoute pas du jeu, elle met en garde contre, d’une part, la dictature, d’autre part, le jeu excessif. Oui, le jeu doit rester une activité ludique, non un esclavage… Comme la lecture estivale… Juste un plaisir !

Alors, bonne lecture à tous, puisque « l’été c’est fait pour lire », n’hésitez pas à découvrir ou relire les nouvelles de Stefan Zweig et à demain !

Shelton
avatar 24/06/2020 @ 06:29:10
Mercredi 24 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et le polar fait partie intégrante de cette littérature généralement classée dans la rubrique estivale. J’appartiens aux lecteurs de ce genre et certains connaissent mon attachement réel et confirmé aux romancières britanniques de cette catégorie. Il est donc bien normal que je glisse Agatha Christie de façon très régulière dans mes listes de lectures pour l’été… Mais une Agatha peut en cacher une autre…

En effet, la grande romancière ne s’est pas limitée à des romans policiers, elle a écrit des nouvelles policières, mais aussi des romances et quelques textes presque inclassables ! Le recueil de nouvelles dont je veux vous parler aujourd’hui a été publié une première fois en Grande-Bretagne sous le nom de « Le mystère de Listerdale et autres histoires » en 1934 avant de paraître en France en 1963 sous le nom de « Douze nouvelles » avant, enfin, en 1968, de retrouver son titre original de « Le mystère de Listerdale ».

Agatha Christie, dans cet ouvrage, nous démontre qu’elle n’a pas besoin systématiquement d’un crime pour créer des personnages, pour nous plonger dans une ambiance, pour nous émouvoir, nous faire rêver et nous tenir en haleine… Une histoire, même la plus banale et nous sombrons dans l’angoisse et le vertige le plus dangereux, celui du suspense sur papier. Oui, Agatha n’est pas seulement la reine du meurtre et de l’empoisonnement, elle excelle dans le jeu des mots, celui terrible qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, ou, plus simplement, des assassins pour des innocents et réciproquement…

La première nouvelle, celle qui offre son nom au recueil, voit une brave dame, pauvre et angoissée par l’avenir, trouver une demeure, avec personnel, pour trois fois rien. Sa fille peut ainsi assurer son mariage sans apeurer son fiancé et trouver le bonheur, tandis qu’elle-même se réhabitue à une vie paisible et heureuse… mais que cache cette proposition d’un logement avec maître d’hôtel ? Qu’est devenu, d’ailleurs, le propriétaire, ce fameux Lord Listerdale ?

Chaque nouvelle aurait pu être un roman policier… Enfin, presque, puisque les crimes ne sont pas automatiques… Certaines sont presque belles, enfin au sens de beaux contes et pas des tableaux noircissant l’humanité. Parfois, on y croise des êtres peu sympathiques, pire franchement désagréables ; tandis que certaines personnes, fruits de l’imagination d’Agatha Christie, mériteraient de figurer au Panthéon de l’humanité ou de la littérature.

On peut regretter, dans ce genre d’ouvrage, la taille des histoires. Oui, pour en faire tenir douze dans un espace généralement consacré à un roman policier, l’auteur doit aller à l’essentiel, faire au plus vite… On peut en souffrir, se sentir frustré… Oui, j’aurais aimé, par exemple, que la dernière nouvelle, « Le chant du cygne », soit développée en un roman à part entière. Les personnages l’auraient mérité, sans aucun doute, en particulier cette cantatrice, La Nazorkoff…

Il est à noter que plusieurs nouvelles se terminent par un happy end. C’est un aspect fleur bleue de la romancière que l’on ne perçoit pas toujours dans ses romans. En effet, bien souvent quand on arrive aux dernières pages, il est plus question d’arrêter un coupable que de se préoccuper d’un mariage, d’un amour naissant, d’un avenir à construire… Pourtant, Agatha Christie a écrit six romans, sous le nom de Mary Westmacott où on trouve des sentiments comme amour et jalousie hors d’un contexte criminel… une sorte de littérature plus sentimentale. Mais ces livres eurent beaucoup moins de succès et je ne connais pas beaucoup de lecteurs qui les aient dévorés !

Ce recueil est donc un ensemble cohérent, plaisant à lire, qui saura réconcilier certains lecteurs avec Agatha Christie car, ici, il y a du concis, du précis, de l’efficace… Certains préfèrent cela à des romans plus construits et psychologiques… A vous de choisir mais, comme « L’été c’est fait pour lire », dans tous les cas, bonne lecture à tous et à demain !

Shelton
avatar 25/06/2020 @ 08:28:00
Jeudi 25 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et rien n’empêche de lire un petit essai de BHL pour se mettre en forme en ce début de saison estivale… Oui, je sais bien que parler de BHL, Bernard-Henri Lévy pour ceux qui ne le connaissent pas trop bien, va en énerver plus d’un. Mais, que voulez-vous, je reste fidèle à mes lectures d’adolescent et d’étudiant. Or, c’est ainsi, André Glucksmann, Maurice Clavel et BHL m’ont accompagné dans ma découverte de la philosophie, dans la construction de ma pensée et même si j’ai été parfois en désaccord je continue de suivre BHL, les deux autres étant maintenant décédés. J’ai eu l’occasion d’interviewer longuement Glucksmann, d’écouter longuement avec attention les deux autres et je ne renie rien du plaisir et de la jubilation ressentis à ces moments-là…

Tout cela pour dire que lorsque j’ai su que cet essai « Ce virus qui rend fou » venait de sortir, je me suis précipité dans ma librairie préférée pour l’acquérir toute affaire cessante et pour le lire avec attention… Ce qui fut fait dans l’heure car l’ouvrage est de petite taille mais écrit avec une encre incisive et corrosive… Un petit délice !

Ce que BHL a ressenti, le fruit de sa réflexion qui a suivi, son message principal… tout cela est simple et partagé par de nombreux citoyens : il faut résister à ce vent de folie qui semble balayer le monde ! Il faut dire que de nombreux éléments de ce que nous venons de vivre ont de quoi surprendre, interroger, révolter… Mais, on est anesthésié aussi par le discours ambiant, par ce que l’on nous a imposé, par le quotidien de ces deux mois de confinement somme toute violent !

Comment a-t-on pu nous faire croire que pour vivre il fallait s’enfermer et sortir uniquement pour aller dans des super marchés acheter de quoi manger ? Comment a-t-on pu affirmer que les biens culturels n’étaient pas essentiels à la vie ? Comment peut-on nous imposer de ne plus avoir de gestes d’affection avec nos frères humains ?

Certes, comme le dit très bien BHL on peut, on doit respecter les gestes barrières (quel horrible terme) par respect des autres mais ne nous faites pas croire qu’il s’agit là d’un signe d’humanité fort…

Pour nous expliquer cela, BHL en philosophe (oui, désolé de vous l’affirmer, il s’agit bien d’un philosophe) convoque plusieurs penseurs pour montrer que le confinement, l’isolement, la solitude ne sont jamais des beaux moments d’humanité. Je ne vais pas tous les reprendre mais sachez qu’ils sont presque tous invités à commencer par Michel Foucault, bien sûr !

Mais BHL est aussi un homme de terrain, d’action, de contact et il constate avec amertume et révolte que l’homme occidental s’est confiné, s’est protégé, s’est isolé en oubliant le monde, les migrants, les sans domicile fixe, les guerres qui ravageaient l’univers… Oui, un isolement égoïste pour se protéger soi en oubliant les autres… Quelle preuve d’inhumanité !

Voilà, un petit essai à découvrir et lire car dans tous les cas, même si vous n’aimez pas le personnage, il fait réfléchir, ce qui me semble être un des éléments propres à l’être humain. Ce peut être aussi, puisque « l’été c’est fait pour lire », l’occasion de reprendre certains de ses ouvrages pour mesurer qu’au-delà des apparences, BHL est bien un philosophe qui fait bouger les choses. « La barbarie à visage humain » et « Le testament de Dieu » sont pour moi des ouvrages fondamentaux que j’apprécie relire de temps en temps.

Je ne peux donc que vous souhaiter de lire, de réfléchir et donc de rester humains quoi qu’il puisse arriver sur cette planète et malgré ce virus qui nous rend fou… Bonne lecture à tous et à demain !

Débézed

avatar 25/06/2020 @ 14:18:47
Bon choix que celui de Stephan Zweig pour première chronique...(auteur que je connais trop peu).
A signaler une bonne série de podcasts sur Zweig (la compagnie des auteurs- France culture) ou il apparaît que l'autrichien est plus apprécié en France que dans les pays germaniques ou il est considéré comme un auteur mineur….


J'abonde, Zweig est peut-être mon auteur préféré, je n'ai pas encore assez lu pour l'affirmer mais je le place très haut dans mon panthéon des écrivains. Bartillat a édité au début janvier un recueil de textes inédits qu'il a écrits dans diverses circonstances où il évoque notamment les dangers du nazisme et la nécessité de s'unir pour faire front.
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/57071

Débézed

avatar 25/06/2020 @ 14:22:22
Dimanche 21 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et pour ceux qui me suivent depuis longtemps c’est tout simplement le nom de ma chronique estivale et livresque… Chronique car comme je l’ai déjà dit de très nombreuses fois il ne s’agit pas de porter sur les livres un jugement sec et abrupt, une critique rude et tombée d’on ne sait où. Je ne suis qu’un lecteur, un lecteur certes passionné mais surtout amoureux des livres, des auteurs et de la lecture… je ne cherche qu’une chose : partager avec vous – via Internet et la radio – mes lectures, les sensations sur ces livres qui remplissent ma vie depuis si longtemps…

Livresques et non littéraires ou universitaires car mes chroniques ne cherchent pas à vous entretenir de la « grande littérature » ou des « classiques » inoubliables. Car finalement, qu’est-ce qu’un grand livre ? Qu’est-ce qu’un classique ? Chaque livre vient déposer dans nos mémoires une expérience, un souvenir, un plaisir de lecture, un questionnement… Le même ouvrage, à plusieurs années d’intervalle, peut déclencher des sentiments différents voire même opposés, contraires… C’est ainsi que relire un ouvrage que l’on a aimé dans sa jeunesse ou apprécié durant une période forte de sa vie (décès, choc amoureux, déception, trahison, période de guerre…) présente un risque : découvrir que cet ouvrage ne nous parle plus, reste muet, nous laisse indifférent voire même nous révolte totalement… Et, pourtant, relire, c’est aussi grandir, s’enrichir, ouvrir de nouvelles perspectives…

Livresques aussi car comme chaque été je présenterai des livres forts différents, du livre jeunesse à la poésie, de l’essai au roman, du polar à la biographie historique, de la bande dessinée au livre philosophique ou spirituel, du beau livre à l’ouvrage politique… Oui, toutes les formes de livres, tous les genres de contenu peuvent trouver leur place dans cette chronique car l’objectif n’est pas de constituer un corpus absolu d’ouvrages qu’il faudrait avoir lu mais bien de proposer des lectures dont chacun pourra s’enrichir… Si chacun de mes lecteurs, de mes auditeurs, pouvait trouver au moins un ouvrage à son goût durant cet été, alors j’estime que cette opération serait une réussite… Heureusement, sur environ quatre-vingt dix propositions cela reste possible… D’autant plus que j’arrive même à vous proposer de temps en temps des ouvrages illustrés sans texte… Oui, il en faut pour tous !

Cette année, de par la conjoncture pandémique, certains ont commencé leur été de lecture dès le printemps avec un exercice délicat, lire à partir de sa propre bibliothèque, les librairies et bibliothèques étant fermées durant presque trois mois… Alors, on aurait pu se donner comme objectif de chroniques de vous donner envie d’aller en librairie pour redonner un peu de tonus et de dynamisme à un secteur sinistré… Oui, mais comme chaque année, je me refuse à faire de la lecture une marchandise banale et à me limiter à des « nouveautés » comme si la qualité des livres devait être seulement fonction d’un calendrier éditorial… Donc, il y aura bien des nouveautés, des livres encore disponibles en librairie mais aussi des choses plus anciennes voire même épuisées que vous devrez chercher en bibliothèque ou chez un bouquiniste…

Mais, au début de cet « été c’est fait pour lire », bien sûr, je redis sans état d’âme mon soutien indéfectible aux auteurs, aux éditeurs, aux libraires et même aux bouquinistes qui assurent une seconde ou troisième vie à des ouvrages… C’est une chaine complète du livre, forte et pérenne, qu’il faut avoir dans notre pays si on veut que chacun puisse trouver livre à son goût et si on désire – et c’est bien le minimum – que chaque auteur puisse vivre de son travail d’écriture (ou de dessin !).

Voilà, il ne reste plus qu’à vous proposer des livres tous les jours pour que cet été soit bien marqué par des lectures riches, originales, distrayantes, profondes, à partager avec vos proches, à méditer seul à l’ombre ou les pieds dans l’eau, dans votre salon, dans votre jardin ou au fond de la forêt… A chacun ses livres et à chacun sa façon de lire !

Dès maintenant, je vous souhaite donc un très bon été, de belles découvertes et de très bonnes lectures !


Pour info, Louise Bottu éditions, Jean-Michel Martinez Esnoala, vient de créer une collection destinée à la chronique littéraire, le premier numéro vient de sortir, il présente des chroniques de Philippe Chauché, pilier de la Cause littéraire. Tu pourrais peut-être y publier tes chroniques estivales.
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/58026

Débézed

avatar 25/06/2020 @ 14:27:18
Ca ne m'énerve pas franchement mais il lui il m'énerve passablement. Je l'ai encore vu la semaine dernière, alors qua l'épidémie régresse sérieusement, critiquer ou donner des leçons à tout le monde : politiques, scientifiques, commis de l'Etat, et j'en passe... Lui, il sait tout, après coup c'est tout de même plus facile !!!

Shelton
avatar 26/06/2020 @ 05:38:02
Vendredi 26 juin 2020

« L’été c’est fait pour lire » et comme je vous l’ai dit, je consacrerai régulièrement des chroniques à des ouvrages ayant déjà un peu vécu car il n’y a pas que les nouveautés, même dans le domaine de la bande dessinée. En 2012, sortait un album dans la collection Aire libre des éditions Dupuis, La Grande Odalisque. Il était signé de trois auteurs, Bastien Vivès (28 ans au moment de la sortie), Florent Ruppert (33 ans) et Jérôme Mulot (31 ans). Un trio improbable qui allait nous raconter une histoire incroyable quelque peu surréaliste et folle. Bref, une fiction pure pour passer un beau moment de lecture et parfaitement adaptée aux belles heures estivales…

Deux femmes, Alex et Carole, sont des cambrioleuses de qualité, des professionnelles aguerries et expérimentées. Elles sont si réputées que l’on se disputerait presque leurs services. C’est ainsi qu’elles reçoivent une commande spécifique : aller récupérer La Grande Odalisque au Louvre !

La mission est délicate et après quelques hésitations, les voilà qui se lancent dans la préparation de ce qui sera leur gros coup légendaire… Elles vont avoir besoin d’une personne supplémentaire et ce sera Sam, une autre jeune femme…

Oui, trois garçons trentenaires qui inventent un trio de trois jeunes femmes libérées, cela peut sembler un peu olé-olé mais ne vous laissez pas prendre par les apparences car la situation peut être bien plus corsée que vous ne pouvez l’imaginer à moins que vous apparteniez au club des Vivès-Ruppert-Mulot !

Alors, précisons quelques éléments de cet album. Tout d’abord, si vous n’aimez que les bandes dessinées avec de très longs textes, des explications rationnelles, des comportements de personnages toujours absolument logiques et que toute scène irréaliste ou incohérente vous met dans tous vos états, peut-être serait-il bon de passer votre chemin et de faire une pose un peu plus loin… Qui sait ?

Si les allusions sexuelles et les ambigüités des personnages vous saoulent un peu, si vous avez peur d’un peu de croustillant (mais pas trop), alors passez aussi vitre chemin, il y aura mieux une autre fois…

Enfin, si vous aimez les casses méthodiques, archi préparés scientifiquement, les situations policières stéréotypées, vous risquez d’être déstabilisés et je ne suis pas certain du résultat…

Par contre, si vous êtes au contraire curieux et prêts à suivre Alex, Carole et Sam dans leur aventure délirante mais bien construite par nos trois compères, si vous infiltrer clandestinement dans le Louvre ne vous fait pas peur, si vous acceptez de découper La Grande Odalisque pour la rouler et l’emporter, si la moto, le delta plane et même le saut d’hélicoptère en tenue d’Eve ne vous effraient pas… alors, je vous sens prêts pour lire avec avidité, plaisir et bonheur La Grande Odalisque !

En lisant cette bande dessinée, je me suis souvenu d’une phrase que prononçait Didier Van Cauwelaert quand il s’était lancé dans la bédé après un passage au cinéma et à la télévision : la bande dessinée n’a pas de limite, tout y est possible et cela ne coute pas très cher par rapport au cinéma… Delta plane, hélicoptère, motos… mais que du papier et le talent des dessinateurs !

Alors, comme « l’été c’est fait pour lire », laissez-vous embarquer avec ces trois femmes étonnantes et revenez avec un tableau à admirer… Non ?

Bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 27/06/2020 @ 06:20:51
Samedi 27 juin

« L’été c’est fait pour lire » et puisque dans ma dernière chronique je vous parlais de La Grande Odalisque, il me semblait normal de vous indiquer que les mêmes auteurs, Vivès, Ruppert et Mulot, avaient récidivé avec un second volume consacré aux exploits atypiques d’Alex, Carole et Sam…

Peu d’éléments ont changé entre les deux albums, si ce n’est que l’une des trois semble avoir disparu, que les deux autres veulent continuer leurs parties de monte-en-l’air et que rien n’est si simple dans les faits…

On l’aura bien compris, dans cette histoire tourbillonnante et construite comme un roman feuilleton des années 1850, rien n’est prévisible, les disparitions ne sont pas certaines et peuvent même cacher d’autres éléments encore plus saugrenus de cette intrigue tarabiscotée… En fait, il est très difficile de vous en dire beaucoup plus sur le contenu, si ce n’est qu’après le Louvres on prend la direction du Petit Palais et que cette fois-ci elles vont devoir s’emparer de trois œuvres majeures de la peinture… dont, bien sûr, Olympia de Manet… d’où le titre de l’album !

Pour ce type de littérature – oui, soit dit en passant est clairement annoncé, la bande dessinée est bien une forme littéraire et narrative, ce n’est pas un art mineur, mais bien un art tout simplement et tant pis si cela vous fait ronchonner – donc, disais-je, pour lire La Grande Odalisque comme son prolongement Olympia, il faut se laisser prendre sans résister par le scénario, le texte, le dessin, les personnages… Résister ne servirait à rien, cette œuvre est si jubilatoire que cela vous priverait du meilleur c'est-à-dire du suspense, des rebondissements, de ce pétillement incroyable, de ces scènes et ces réparties démentielles qui font la richesse de cette histoire !

Alors oui, cette bande dessinée n’est pas pour les enfants, oui comme Les fleurs du mal de Baudelaire ou Alcools d’Apollinaire sont des recueils poétiques pour lecteurs avisés, confirmés ou avertis… C’est comme cela, la bande dessinée n’est pas un mode narratif pour les enfants contrairement à certaines idées reçues. Il y a des poésies et des bédés pour tous les âges, tous les goûts, toutes les humeurs, tous les jours d’une vie… C’est ainsi ! Point barre !

Moi, j’ai adoré cette histoire et ces trois femmes d’un genre particulier tandis que d’autres les trouveront folles, déjantées ou sans intérêt ! C’est ainsi ! L’histoire est marquée par du sexe, de la violence, de l’amoralisme, de l’humour, du décalage… Mais pas plus qu’il n’y en a dans la « vraie vie » ! Sauf qu’ici, les auteurs braquent leur projecteur sur ces éléments que bien souvent on veut cacher, dissimuler, minimiser ou dénier… Alors, oui, cette vie de Sam, Alex et Carole peut sembler surréaliste ou alors, tristement banale… rêvée ou subie… Enfin, à vous de choisir !

Ces deux albums constituent une lecture d’été indiscutablement et cela pourrait réconcilier certains avec la bande dessinée. Non, l’Aventure, celle avec un grand A, ne ressemble pas toujours aux albums de votre jeunesse, ceux où l’on croisait Tintin, Lucky Luke, Barbe Rouge ou Blake… Parfois, l’Aventure peut avoir une toute autre allure… Ici, j’oserais dire qu’il y a comme un mélange d’Alexandre Dumas et Arsène Lupin, Philémon et Largo Winch, Rubine et Salvador Dali… Oui, c’est bien improbable et si mes mots ne vous parlent pas assez, alors tentez vous-même l’expérience !

Alors, puisque l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous et à demain !

Koudoux

avatar 27/06/2020 @ 07:05:05

Pourtant, Agatha Christie a écrit six romans, sous le nom de Mary Westmacott où on trouve des sentiments comme amour et jalousie hors d’un contexte criminel… une sorte de littérature plus sentimentale. Mais ces livres eurent beaucoup moins de succès et je ne connais pas beaucoup de lecteurs qui les aient dévorés.

Je viens d'acheter 2 livres en "occasion" de Mary Westmacott !
Je verrai bien mais ma PAL est imposante...

Shelton
avatar 28/06/2020 @ 07:00:14
Dimanche 28 juin

« L’été c’est fait pour lire » et comme chaque année je vais me permettre de présenter quelques ouvrages liés à la cuisine, la gastronomie, l’œnologie ou l’art de vivre tout simplement… Mais avouons-le sans réserve, souvent les ouvrages que l’on range dans cette catégorie présentent deux défaut majeurs : d’une part ils sont chers et pas si facile d’utilisation et d’autre part les produits dont ils parlent sont eux-mêmes coûteux et pas dans nos moyens…

En effet, je peux baver d’envie devant un homard thermidor, une photo magnifique, un verre rempli d’un nectar splendide, des couverts à faire pâlir mes invités… Mais quand je ressors de chez le poissonnier et que j’ai vu les prix du homard breton, quand je sors de chez le sommelier et que j’ai du renoncer à mon « petit » Chassagne-Montrachet et qu’enfin je me retrouve devant mon vaisselier… tous les rêves de banquets se sont envolés… Adieu veau, vache, cochon… comme dirait le cher La Fontaine…

Alors, je vais commencer par un petit livre tiré de la collection « Les tout petits » de chez Marabout qui de plus est consacré à un produit que nous avons tous chez nous, qui est très accessible et que les petits aiment beaucoup d’une façon générale, les coquillettes !

Oui, la coquillette est un ingrédient culte qui pour beaucoup symbolise l’enfance ou le repas vite fait à des enfants ou petits-enfants affamés… Seulement, il se pourrait bien que l’on ne soit pas obligé de cantonner cette petite légende à une touche de beurre ou une demi tranche de jambon sous plastique… Oui, je sais, cette version de la coquillette jambon fait quand même rêver, certains diraient qu’elle replonge en enfance, une version régressive pourrait-on même vous glisser à l’oreille… Il n’en demeure pas moins que coquillette peut aussi rimer avec asperge, saumon, pignon, cumin, crevette, anchois, piment, aubergine, origan… Ce qui est quand même plus attrayant, festif, culinaire, sexy… Non ?

Chaque recette est simple, facile à réaliser, ne nécessite pas trop de temps et cela offre une variété de 30 recettes satisfaisant du végétarien au mangeur de viande, du fan de légumes à l’amateur de fruits de mer, du curieux au gourmand, du salé au sucré, du classique à l’original… Pour les végétarien allez voir du côté du « façon risotto asperge et roquette », pour les amateurs de poisson osez la salade sardines, cumin et citron, tandis que pour les plus gourmands je vous laisserai en compagnie des coquillettes au caramel au beurre salé… Tout un programme mais vous n’êtes pas obligés de manger un repas complet qu’avec des coquillettes ! Enfin, après tout, si c’est votre choix, à vous de voir…

J’ai été particulièrement sensible au fait de trouver dans ces différentes recettes de la sardine, des anchois, du thon, des crevettes, du saumon, c'est-à-dire des produits que j’aime particulièrement et que l’on peut ainsi proposer à des enfants de façon attrayante et sympathique. Je vais d’ailleurs recevoir quelques petits-enfants cet été et cela va me donner de nombreuses idées de menus pour le soir quand on rentrera d’une belle journée en forêt, au lac ou de voie verte… Il faut varier les plaisirs et ce sera bien le cas avec ces recettes que l’on a envie de toutes essayer !

L’autrice, Brigitte Namour, a consacré sa vie entière à l’alimentation car après avoir été attachée de presse pour différentes entreprises alimentaires dont les fraises du Périgord, les prunes corses ou les chocolat de Pierre Koenig, elle s’est lancée dans l’écriture et a fini par ouvrir une librairie-galerie-cantine en Normandie… Le concept fait rêver, en tous cas me fait rêver et me parait en adéquation total avec cette chronique estivale !

Alors, puisque « l’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous, bonne dégustation et à très vite !

Shelton
avatar 29/06/2020 @ 05:53:35
Lundi 29 juin

« L’été c’est fait pour lire » et certains romans se prêtent totalement à cet exercice estival sans pour autant devoir être classés dans une boite infernale, les romans de gare. D’ailleurs, à ce sujet, rappelons que cette catégorie est stupide comme l’est d’ailleurs aussi « livres pour filles » ou « livres jeunesse »… En fait, je pense que l’on devrait tenter de classer les livres que lorsque c’est incontournable ce qui n’arrive pas si souvent… On pourrait dire qu’il y a les fictions, les témoignages, les essais… Après à chacun de classer : les livres que j’ai aimés, ceux qui m’ont touché, ceux qui m’ont laissé indifférent, ceux que j’ai envie de partager, de ce que je veux garder, ceux que j’ai relus… Pour celui d’aujourd’hui, je dirai qu’il est dans la catégorie de ceux que je ne peux pas reposer une fois que je les ai commencés !

On va commencer par dire qu’il s’agit d’un roman, basé sur un petit fait véridique au départ. Mais c’est bien une fiction pure car très rapidement l’auteur prend ses libertés avec l’histoire. C’est un peu comme une uchronie, il y a du vrai mais pas que…

Deuxième élément important de ce roman, il est à la fois scientifique, archéologique et spirituel… Je m’explique. Scientifique car tout part de physique quantique. Certes, il ne faut pas être expert dans cette science pour apprécier le roman mais il ne faut quand même pas être allergique aux sciences physiques si vous ne voulez pas vous lasser au bout de quelques pages…

Archéologique aussi car une partie du roman va se dérouler du côté de Qumran, avec les restes d’un monastère essénien, les grottes des manuscrits de la Mer Morte et l’équipe de dominicains qui travaille à leur traduction… Il n’y aura pas que des dominicains car on aura aussi la jeune Natacha, israélienne et archéologue, très présente et active dans cette histoire et pas dominicaine pour un sous !

Enfin, spirituel car derrière toute la quête autour de la machine Ernetti, il y a l’existence de Dieu, la réalité de jésus, le lien des humains avec le temps… Bref, il s’agit bien de la quête métaphysique et spirituelle même si chacun des personnages ne la conçoit pas de la même façon… Rien de commun entre le pape Pie XII, le père Ernetti, le cardinal d’Amérique du Sud, l’espion des Etats-Unis ou le responsable du Mossad… Mais chacun est dans sa recherche, dans on interrogation, dans sa quête…

Voilà, je vous ai tout dit mais peut-être pas tout quand même… La machine Ernetti est un chrono-viseur. C'est-à-dire une machine qui permet d’aller voir dans le passé… Ce n’est pas une machine à remonter le temps pour aller vivre dans le passé mais seulement d’aller voir ce qui s’est passé… reste à savoir ce que l’on peut voir et les conséquences que cela pourraient avoir sur la vie de l’Eglise, sur les sciences, sur la foi des êtres humains…

Voilà, je complèterai en précisant que la structure du roman est proche du feuilleton classique avec de très nombreux chapitres (99 chapitres, de très nombreux personnages, 445 pages), une fois que l’on est pris par l’histoire, on ne peut pas s’en défaire, c’est écrit correctement mais sans plus, un peu à la manière scénaristique et ce n’est pas surprenant puisque Roland Portiche est réalisateur et auteur de documentaires TV. Mais, on n’est absolument pas surpris qu’un docteur en philosophie et licencié en lettres ait choisi un tel sujet pour son roman « La machine Ernetti » !

Un très bon roman d’été puisque « l’été c’est fait pour lire » et je ne peux que vous souhaiter bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 30/06/2020 @ 07:27:18
Mardi 30 juin

« L’été c’est fait pour lire » et parfois c’est une sorte d’actualité qui nous pousse à parler de tel ou tel livre, de tel auteur ou tel autre… Zeev Sternhell vient de mourir, le 21 juin très précisément, et je dois avouer que si certains auteurs peuvent avoir une grande place dans nos constructions, dans nos pensées, dans nos vies, ce fut bien le cas de cet historien israélien que j’ai eu le plaisir d’entendre et lire avant de le rencontrer et de l’interviewer…

J’avoue que j’ai été séduit par l’homme, par la pensée, par la parole de ce professeur d’histoire des idées, par ce titulaire de la chaire Léon-Blum de science politique à l’université hébraïque de Jérusalem. J’ai été séduit par celui qui ne voulait pas se contenter d’explications simplistes sur les grandes questions politiques. Oui, il voulait fondamentalement comprendre comment l’humanité pouvait avoir connu un tel vingtième siècle, comme on pouvait avoir accepté le fascisme, le nazisme, les totalitarismes terribles qui ont fait tant de ravages humains…

Pour avancer, il a du mettre en cause certaines simplifications comme celles de René Rémond qui pensait que trois droites s’affrontaient auxquelles il donnait des noms issus de l’histoire française, légitimisme, orléanisme, bonapartisme. Mais refuser n’est pas construire. Pour cela il est allé du côté de Maurice Barrès. Il faut dire que ce grand écrivain français avait l’avantage d’avoir été apprécié d’hommes de droite et de gauche, un peu comme s’il était au-dessus des camps politiques. Maurice Barrès, père spirituel et politique d’Aragon, Blum, Montherlant, Mauriac ? D’ailleurs, faites un test avec vos anciens, ceux qui sont nés avant 1940, quand il en reste dans nos familles… Ils connaissent Barrès, ont lu un ou plusieurs textes, parfois ils en relisent !

Alors, Maurice Barrès était-il un homme de droite ? Un nationaliste ? Un fasciste ? Est-ce lui qui a conditionné les policiers français qui se saliront dans la grande rafle de 42 ? Est-ce lui qui inspire, aujourd’hui encore, des politiciens comme Sarkozy, Hortefeux ou Besson ?

Pour bien comprendre le Maurice Barrès politique, il faut indiscutablement le lire mais le resituer dans son histoire. L’histoire de la France avec la Nation issue de la Révolution française, une valeur engendrée par les penseurs du siècle des lumières… Une Histoire de France traversée par Napoléon 1er, les Romantiques, Napoléon III, le général Boulanger, l’Affaire Dreyfus… Mais c’est aussi l’histoire de la Lorraine qui fait partie de l’intimité de Maurice Barrès. En 1870, les Lorrains voient une partie de leur région quitter la communauté pour être rattachée au Reich germanique voisin. C’est un drame terrible renforcé par un phénomène de déplacement de population : tout ce que la Lorraine a de riche et culturel, de scientifique et de religieux, l’élite de la région en quelque sorte, quitte la Moselle pour Nancy qui va devenir en quelques années une ville magnifique et en avance dans tous les domaines. Maurice Barrès, a du mal à se situer politiquement – il se veut socialiste, membre de l’extrême gauche, nationaliste – mais progressivement son nationalisme l’emmène vers l’antisémitisme, l’antidreyfusisme et l’envie de revanche guerrière contre l’Allemagne. Même si dans ses dernières années il va revenir sur certains points en changeant d’avis comme en reconnaissant la grandeur des Juifs français morts pendant la première guerre mondiale, il n’en demeure pas moins comme celui qui va donner des bases à tous ces maux dont la France souffre encore.

Maurice Barrès a été élève de Jules Soury, à la Sorbonne. Ce dernier tente de transmettre à ses étudiants un certain sens des traditions avec au cœur la défense de la nation et de la race. La patrie devient un absolu à garder, à préserver, à sauver quel que puisse être le prix à payer. On comprend mieux, alors, que Maurice Barrès ait accepté que l’on condamne, même injustement, le capitaine Dreyfus, puisqu’il s’agissait pour lui de défendre l’armée, outil incontournable de la défense de la patrie !

En 1899, Maurice Barrès prononce un discours important qui deviendra le fondement de son nationalisme et que Zeev Sternhell prend le temps d’analyser en détail, La Terre des Morts.

Le nationalisme de Barrès est d’autant plus pervers et nocif sur le long terme qu’il est « une synthèse du nationalisme romantique et dynamique, socialisant et quasi-révolutionnaire, et d’un nationalisme socialement et politiquement conservateur… Cette tradition politique renferme en elle, non seulement presque tous les éléments qui composeront le ou les nationalismes français mais aussi les composantes de la révolution conservatrice de l’entre-deux-guerres, cette variété par excellence du fascisme des intellectuels. »

Vous l’aurez bien compris, il s’agit là d’un livre salutaire qui devrait être remboursé par la sécurité sociale tant il agit pour la santé publique… Bon, ne rêvons pas, contentons-nous de le lire et le faire lire, ce sera déjà très bien et comme l’été c’est fait pour lire, bonne lecture à tous !

Shelton
avatar 01/07/2020 @ 08:06:50
Mercredi 1er juillet

« L’été c’est fait pour lire » et parfois le choix de nos lectures est guidé par l’actualité. C’est parce que de nombreux peuples dans le monde sont entrain de réagir face à la mémoire officielle des pays, en particulier sur les questions touchant à l’esclavage et la colonisation, que j’ai choisi de relire un petit opus de Tzvetan Todorov, « Les abus de la mémoire ».

Tzvetan Todorov avait un peu plus de trente ans quand je me suis retrouvé en prépa lettres et ses premiers ouvrages ont été pour moi des révélations fortes, des guides, des outils et, surtout, sources de bonheur… Citons quelques titres qui pourraient bien être des lectures estivales pour certains comme « Introduction à la littérature fantastique » ou « Poétique de la prose »… L’avantage de ces titres c’est qu’ils sont accessibles à beaucoup et de par le contenu et de par le prix puisqu’ils sont disponibles en format poche…

En 2004, Tzvetan Todorov écrit ce texte sur les abus de la mémoire et donc il ne s’agit pas du tout d’une réaction à la volonté de déboulonnage d’une statue d’esclavagiste mais d’une réflexion en profondeur sur la nature de l’histoire, de la mémoire, de l’oubli, de la célébration… Par contre, il explique bien que ces mécanismes de rejets violents ne sont pas des exceptions de notre époque : «l’empereur aztèque Itzcoatl, au début du XVe siècle, avait ordonné la destruction de toutes les stèles et de tous les livres pour pouvoir recomposer la tradition à sa façon»… Plus près de nous, on se souvient de la façon dont la révolution Française a traité le statuaire chrétien et pour ceux qui connaissent la ville de Quiberon, la statue du général Hoche y est peinte de couleur très régulièrement en signe d’opposition au général de la Révolution qui a livré Chouans et Emigrés à la vindicte des Bleus…

Mais le fait que ce soit un comportement récurent ne donne pas pour autant quitus aux exécutants populaires de ces actes. Tzvetan Todorov nous invite à la réflexion de façon large et ouverte. Il ne s’agit pas d’accepter certaines destructions et pas d’autres en fonction de la couleur politique des acteurs. Par contre, l’auteur de ce petit essai nous explique bien que la mémoire implique une forme d’oubli… « La mémoire ne s’oppose nullement à l’oubli. Les deux termes qui forment contraste sont l’effacement (l’oubli) et la conservation ; la mémoire est, toujours et nécessairement, une interaction des deux. »

Il explique bien, mais on l’oublie trop souvent, que la mémoire n’est pas là pour être une forme de culte qui nous ferait oublier le présent et ne pas envisager l’avenir. Le passé, la mémoire et l’histoire doivent nous servir à vivre le présent et construire l’avenir… Se souvenir des massacres d’hier, des pogroms, de l’extermination d’un peuple, de la Shoa… tout cela n’a de sens que si nous stoppons les massacres d’aujourd’hui ! Le « devoir de mémoire » n’est pas là, ne doit pas être là pour nous distraire des massacres et grandes migrations d’aujourd’hui… Penser aux esclaves d’hier, à ces peuples entiers déracinés et transportés de façon inhumaine et criminelle vers le « nouveau monde » mais ne pas agir devant ces migrants d’aujourd’hui que l’on voudrait bien oublier, renvoyer chez eux ou faire disparaitre n’a aucun sens !

C’est là où ce petit opus de Todorov a lui du sens : nous obliger à réagir humainement et comprendre le sens que doit avoir la mémoire si on veut juste rester humain. C’est pour cela que je vous en conseille la lecture durant cet été et comme « l’été c’est fait pour lire », bonne lecture à tous !

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