La femme bleue de Claude Donnay
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone , Théùtre et PoĂ©sie => PoĂ©sie
Moyenne des notes :
(basée sur 2 avis)
Cote pondérée :
(26 379ème position).
Visites : 3 535
Le chant des migrants
Quand deux Ă©diteurs particuliĂšrement exigeants se rencontrent que font-ils ? Ils doivent sans doute se raconter des histoires en vers. En lâoccurrence quand Claude Donnay, Ă©diteur chez Bleu dâencre, croise la route de Marie Tafforeau, Ă©ditrice chez Le chat polaire, il lui raconte une histoire de femme bleue quâelle apprĂ©cie et quâelle dĂ©cide dâimprimer. Ainsi aurait pu naĂźtre ce trĂšs joli recueil dont je ne connais absolument pas lâhistoire mais que jâai lu et beaucoup aimĂ©. Claude y raconte le destin dâune femme bleue rĂ©sidant dans un pays ensoleillĂ© trĂšs lointain quâun pauvre tĂ©nĂ©breux attend avec impatience dans des terre beaucoup moins chaudes. « Deux terres. Deux ĂȘtres. / Lâun debout dans le gris, lâautre baignant dans le bleu. / Entre eux une fracture de ciel et de mer. / Un gouffre oĂč rampent des rĂȘves en fusion » . Peut-ĂȘtre que cette femme nâexiste que dans lâimagination du pauvre exilĂ© ? Ou dans celle du poĂšte ?
Alors, suivons le TĂ©nĂ©breux et le poĂšte dans leur quĂȘte de la Femme bleue « ⊠// Il est le TĂ©nĂ©breux, le Veuf, lâinconsolĂ©. // Il rĂȘve Ă la femme aux ailes blessĂ©es, prĂȘte Ă traverser / lâAtlantique pour nourrir ses petits ». Claude a dĂ©jĂ Ă©crit un roman dans lequel il Ă©voque la douleur de la migration, du dĂ©part vers un ailleurs inconnu. Il semble ĂȘtre particuliĂšrement sensible Ă la douleur de ceux qui partent parce quâils ne peuvent pas rester. La Femme bleue est tout aussi dĂ©terminĂ©e que le TĂ©nĂ©breux, elle est animĂ©e de la mĂȘme foi : « Elle veut (re)naĂźtre plus bleue que sa robe. / Et que le tĂ©nĂ©breux lâemporte dans ses turbulences », « Personne ne remarquera quâelle remplit lâassiette de lâabsent ».
Claude a su choisir les mots pour dire le gris pays du TĂ©nĂ©breux, ce pays qui nâest pas le sien, comme il a su choisir les mots tout en couleur pour faire briller le pays de la Femme bleue. Des mots pleins de dĂ©licate sensualitĂ© et dâun Ă©rotisme empli dâamour et de douceur, loin de la vulgaritĂ© et de la trivialitĂ©, proche de la puretĂ© sentimentale qui semble relier ces deux ĂȘtres. Les poĂšmes de Claude sont Ă lâimage de ceux de la femme bleue : « Personne ne peut comprendre les poĂšmes / quâelle enfante dans la douleur pour les confier au vent / ⊠».
Ces peuples du vent nâont pas accĂšs aux rĂ©seaux sociaux, ils sont Ă©pargnĂ©s des calamitĂ©s quâils diffusent Ă foison, mais ils ont les mots, les vers, la poĂ©sie, âŠ, lâamour et la foi en eux : « Non elle nâest pas idiote. Elle sait dans son cĆur, elle sait entre ses cuisses. Les paroles naissent de son ventre. Elle les Ă©crira demain dans son cahier dâĂ©coliĂšre⊠». Leurs sentiments nâont rien de virtuels, ils sont bien rĂ©els et elle sait que demain sera un autre jour et que le TĂ©nĂ©breux reviendra ce dont lâauteur nâa jamais doutĂ© !
« Le dĂ©sespoir nâexiste, se dit-elle que si lâon refuse de croire aux possibles ».
Les éditions
Les livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Les critiques suivantes (1) » Enregistrez-vous pour publier une critique !
La petite musique de l'absence et du rĂȘve
Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 67 ans) - 6 août 2023
"Elle rĂȘve dâune paume oĂč nicher sa joue, de pĂ©piements de doigts sur sa peau."
Car⊠"la peau sait. La peau retient.
Absorbe la nuit et le rĂȘve avortĂ©.
Lâun debout dans le gris, lâautre baignant dans le bleu."
« La femme bleue » prend le train des travailleurs au lever du jour tandis que « le tĂ©nĂ©breux », proche par ailleurs de la terre, des arbres et dâun fleuve, quand il ne marche pas par les nuits sans lune, sâenracine, sâarrime plutĂŽt, Ă son bureau, pour Ă©crire.
Mais "la terre est sĂšche. Nulle chair entre les pierres".
Il Ă©crit pour investir le corps de lâabsente,
nicher dans sa chevelure tel un moineau incessant."
Quant Ă la femme bleue, "Ă lâaube du soir, elle dĂ©compte les heures.
Rien de ce qui lâattache Ă la vie ne rĂ©siste Ă la musique de lâabsence".
MĂȘme sâil emprunte un canevas narratif, câest ici en poĂšte que Claude Donnay, par ailleurs romancier et nouvelliste, nous raconte cette histoire de deux solitudes tendant vers lâune vers lâautre oĂč le rĂȘve, la songerie, lâattente, lâemportent sur la rĂ©alitĂ© des faits, des actes posĂ©s en vue de ce rapprochement.
Pour raconter lâhistoire de la femme bleue, le poĂšte noue des images sans fin au fil de lâintrigue, Câest une prose qui fait feu de poĂ©sie, dont les flammes vives sont des mĂ©taphores Ă©clairantes, saisissantes.
Ă diffĂ©rents indices ou (fausses ?) pistes, on peut se demander, si ces deux ĂȘtres ne cohabitent pas dans le mĂȘme espace et cherchent comment se (re)trouver Ă lâintĂ©rieur de celui-ci, si leur sĂ©paration nâest pas que mentale, si lâun nâa pas inventĂ© lâautreâŠ
Cette indĂ©cision sur ce qui lie ou a liĂ© les protagonistes, sâils se sont dĂ©jĂ vus, rencontrĂ©s ou sont vouĂ©s Ă le faire donne au texte sa polysĂ©mie, invitant Ă plusieurs lectures.
Ce recueil pose par ailleurs tout du long la question : "Que penser des corps tenus Ă distance ?"
Donnay dit lâespoir fou dâune rencontre qui aurait raison de toutes les attentes, de tous les Ă©checs ; il dit les affres et les bonheurs du dĂ©sir endurĂ©, sans cesse remis sur le mĂ©tier du coeur.
Seul le poĂšte qui tient la plume peut se situer Ă mi-chemin de la rencontre et de lâespoir, maintenant, le temps dâĂ©crire ce rĂ©cit, les amants Ă distance de leurs rĂȘves les plus chers.
Forums: La femme bleue
Il n'y a pas encore de discussion autour de "La femme bleue".
En achetant chez nos partenaires, vous nous aidez.
Mais faire vivre les libraires indépendants est important aussi
haut de page