Psaume, passant de Marc Dugardin, Antoine Dugardin

Psaume, passant de Marc Dugardin, Antoine Dugardin

Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone , Théùtre et PoĂ©sie => PoĂ©sie

Critiqué par DĂ©bĂ©zed, le 2 mai 2022 (Besançon, Inscrit le 10 fĂ©vrier 2008, 79 ans)
Critiqué par DĂ©bĂ©zed, le 2 mai 2022 (Besançon, Inscrit le 10 fĂ©vrier 2008, 79 ans)
La note : 8 étoiles
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Mots joueurs

Avec Psaume, Marc Dugardin propose un recueil de poĂ©sie en prose d’une Ă©criture contemporaine, Ă©lĂ©gante, fluide, crĂ©ative et Ă©videment poĂ©tique, constituant un texte trĂšs littĂ©raire, luxuriant, chatoyant. Il convoque les mots pour les faire chanter, Ă©voquant la musique et les musiciens et les couleurs qui prennent une place essentielle dans sa poĂ©sie. Ces mots ne sont pas jouets, ils sont joueurs : « Je ne joue pas avec les mots. Ce sont les mots qui me dĂ©jouent ».

Il a intitulĂ© ce recueil « Psaume » car il se rĂ©fĂšre rĂ©guliĂšrement aux sources bibliques, pour chanter la vie, principalement la vie vers sa fin, celle oĂč la solitude, l’ennui, l’abandon assaillent le poĂšte sĂ©chant lamentablement sur sa feuille blanche, hantĂ© par la peur de vieillir, la crainte des affres de la vieillesse et de la dĂ©chĂ©ance des corps. Le Psaume, c’est le chant de la fin, le chant d’éloge pour ceux qui sont partis, ou qui vont partir, le chant pour dĂ©jouer l’aigreur affleurante, la pointe de dĂ©sabusement Ă©mergeante. « Psaume, c’est seulement ce battement Ă  ma tempe. / C’est ce qui, en moi, est plus fragile encore que moi. Et plus fort que ma solitude ».

Psaume pour la petite vieille dĂ©cĂ©dĂ©e sans que personne ne s’en prĂ©occupe, psaume pour le vieil homme qui fume ses cigarettes au coin de la fenĂȘtre, vieillissant de plus en plus, semblant attendre sa fin, psaume pour la mĂšre dĂ©cĂ©dĂ©e depuis longtemps. Et, peut-ĂȘtre, surtout psaume pour l’auteur lui-mĂȘme qui, Ă  travers la vieillesse des autres, semble sentir son propre dĂ©clin Ă©merger. « Entre les deux, rien, un voile, un rideau, la vent, une feuille de papier oĂč s’inscrit la perte
 »

L’auteur s’immerge complĂštement dans sa poĂ©sie. « Notre rencontre n’est consignĂ©e nulle part. / Elle est vraie sur cette page oĂč vivre prend acte ». Il semble se rĂ©fugier dans ses mots pour attendre la mort qu’il Ă©voque souvent. « La mort a frappĂ©. Intransigeante. Hier, un vieux poĂšte a parlĂ© de l’ñme. Je n’ai pas cru ce qu’il disait
 ». La mort qu’il voudrait rĂ©futer, rĂ©cuser, repousser, la mort qui se glisse dans l’espace laissĂ© de plus bĂ©ant par la vie qui rĂ©trĂ©cit. « En fait, c’est la zone de la vie qui rĂ©trĂ©cit
 ». Cette zone que le poĂšte voudrait remplir avec ses mots pour que la mort ne l’envahisse pas trop vite. « Puis des mots viennent dans l’espace que la mort n’a pas encore occupĂ© ».

Cet espace dont il concĂšde quelques morceaux Ă  Antoine Dugardin pour les remplir de ses magnifiques photos parfaitement en harmonie avec l’élĂ©gance du texte.
Et pour conclure, je voudrais citer l’éditeur qui a inscrit sur la quatriĂšme de couverture ces quelques mots que je trouve tellement en rĂ©sonance avec le texte du recueil : « Marc Dugardin 
 recueille des fragments de paroles et de silences, parfois l’écho d’une musique ».

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Les éditions

Psaume, passant
de Dugardin, Marc Dugardin, Antoine (Illustrateur)
Le chat polaire
ISBN : 9782931028193 ; 12,00 € ; 10/03/2022 ; 82 p. BrochĂ©
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