Le pays des autres - Première partie: la guerre, la guerre, la guerre de Leïla Slimani

Le pays des autres - Première partie: la guerre, la guerre, la guerre de Leïla Slimani

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Veneziano, le 5 juillet 2020 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 43 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (24 347ème position).
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France et Maroc : le choc des culture entre deux guerres

Mathilde, Alsacienne, épouse Amine, Marocain ayant combattu pour la France. Le couple s'installe à Meknès, et Mathilde tente de s'habituer à son nouveau territoire d'accueil, aux coutumes et usages de sa belle-famille, qui doit aussi s'acclimater de ses repères et réactions. Leur fille naît de ce choc de cultures, à la fois richesse et confrontation constante, là où l'indépendance se profile, avec les tensions qui l'accompagnent. Cette rencontre de deux mondes entre deux conflits ne se déroule donc pas de la manière la plus apaisée et constitue donc un livre rude, assez violent, mais également dense, qui mérite d'être médité pour en profiter pleinement.

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Les éditions

  • La guerre, la guerre, la guerre [Texte imprimé], roman Leïla Slimani
    de Slimani, Leïla
    Gallimard
    ISBN : 9782072887994 ; 13,81 € ; 05/03/2020 ; 368 p. ; Broché
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La décolonisation du Maroc à travers l'histoire d'une famille mixte

8 étoiles

Critique de Nav33 (, Inscrit le 17 octobre 2009, 73 ans) - 21 juillet 2021

La guerre d'Algérie m'étais connue à travers un certains nombres d’œuvres littéraires , de films , de documentaires. Comme beaucoup sans doute j'ignorais l'histoire de la décolonisation du Maroc. Ce roman comble une lacune en montrant , qu'il ne s'est pas s'agit d'une transition paisible non plus. Le couple franco marocain au cœur de ce conflit tente de vivre sans prendre vraiment parti dans des conditions difficiles et dangereuse. Les deux époux, malgré leurs efforts , n'échappent pas aux tensions interculturelles finalement leurs torts sont partagés entre la femme française trop rêveuse par rapport à la réalité et le mari qui n'échappe pas complètement au comportement patriarcal. La femme vit mal également les attitudes méprisantes de nombreux européens et elle est terrorisée par l'engagement ultra violent de son beau-frère dans la rébellion. Un seul personnage est paré de toute les vertus : il s'agit d'un ami médecin juif réfugié au Maroc . On comprends cette exception en consultant la biographie de Leila Slimani. Ce roman est en partie autobiographique : les grands parents maternels de Leila Slimani se sont rencontrés en Alsace pendant la guerre comme le couple du roman. C'est leur fille , la mère de Leila qui est devenue médecin ORL. Il semble donc qu'il y ait un jeu de transpositions assez proches.

Bien imaginé, mais un peu poussif.

5 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 85 ans) - 30 mars 2021

La page 4 couverture nous parle d’une grande fresque qui nous ferait revivre la révolte du peuple marocain contre le protectorat français dans les années cinquante. Mais je n’ai jamais vu la grande fresque en question. Tout au plus quelques reportages de type journalistique sur ces événements qui surviennent par-ci par-là comme toile de fond dans le roman.

Ce roman est avant tout l’histoire d’un couple mal assorti : une Française avec un Marocain. Ils tiennent une ferme au Maroc et, évidemment, tout se passe au plus mal. Alors les malheurs succèdent aux malheurs et l’auteur(e) ne manque jamais d’imagination pour en accabler chacun des personnages tout au long du roman ; mais, si la lecture de tant de malheurs est éprouvante, le récit reste toujours à la surface des choses et le lecteur n’est jamais enclin à compatir.

Beaucoup de personnages font leur apparition dans le roman. Ils ont droit chacun à une courte biographie d’un genre très convenu ; je pense qu’ils sont censés représenter quelques personnages type du Maroc de ce temps là. Mais rien n’est jamais approfondi, la description des personnages, comme le récit des événements, restent toujours très superficiels et c’est raconté à la manière des faits divers.

Cela donne un récit bien imaginé et qui n’est jamais ennuyeux à lire, à condition d’être indulgent autant pour le style que pour l’histoire. Sans être vraiment mauvais, ce roman n’atteint jamais la consistance d’un « grand roman » et surtout pas d’une « grande fresque » de quoi que ce soit.
Je me suis amusé à lire ce livre, mais je l’ai surtout aimé quand j’ai vu arriver le mot fin.

un roman social et féministe

9 étoiles

Critique de CHALOT (, Inscrit le 5 novembre 2009, 73 ans) - 10 février 2021

« Le pays des autres »
roman de Leïla Slimani
éditions Gallimard
366 pages
février 2020


Amine et Mathilde se sont connus et aimés en France, lui était soldat marocain durant la deuxième guerre mondiale,
combattant dans l'armée de libération, elle, jeune alsacienne.
A la libération le couple s'installe à Méknès au Maroc.
C'est une nouvelle vie qui commence pour cette jeune femme, ivre de lecture, amoureuse de son homme mais inquiète de se retrouver dans ce pays très différent dont elle a entendu parler.

Amine est un agriculteur qui travaille d'arrache-pied et construit son « entreprise » avec sérieux et opiniâtreté.

Il y a ce lien très fort qui unit ces deux êtres mais aussi un monde qui les sépare, des coutumes, une vie familiale où les femmes sont murées dans un rôle bien spécifique qui les attache aux tâches domestiques.

La famille s'agrandit, l'amour continue à lier ces deux êtres.

La vie est difficile et Mathilde qui retourne au pays, dans son Alsace natale, à l'occasion de la mort de son père se confie à sa sœur pour lui « faire comprendre ce que c'était de vivre dans un monde où elle n'avait pas de place, un monde régi par des règles injustes et révoltantes, où les hommes ne rendent jamais de comptes, où l'on n'a pas le droit de pleurer pour un mot blessant. »
Elle revient au Maroc après la succession pour continuer à vivre avec sa famille.
Rien n'est facile pour elle.
Amine l'aime mais arrive à être violent, comme le sont beaucoup d'hommes.
Nous sommes en 1955, 10 ans de vie commune, en période troublée .
C'est l'indépendance du Maroc et des haines entre les colonisés et les colonisateurs et ce rejet réciproque entre des familles qui se côtoyaient et parfois se fréquentaient.

L'auteure traite ici avec justesse et humanité une question sociale et sociétale qui immerge dans ces années de luttes pour l'indépendance et qui est aujourd'hui encore au centre de la problématique de l'universalisme.

Le combat féministe n'est pas un long chemin tranquille.

Jean-François Chalot

Une histoire rude

5 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 54 ans) - 29 janvier 2021

A la libération, Mathilde, Alsacienne, s’éprend d’Amine, un soldat marocain, et l’épouse. Elle le suit quelques mois plus tard dans son pays où il a hérité de terres qu’il compte cultiver. Le labeur est dur sur cette terre isolée et l’adaptation pour Mathilde aussi. Le couple a deux enfants, Aïcha et Selim. L’aînée, avec son apparence de métis, a du mal à se faire accepter dans l’école catholique de blanches, malgré son intelligence.
Mathilde encaisse toutes les difficultés et le lecteur se demande quand il va se passer quelque chose de définitif, mais ce n'est jamais le cas, et l’amour subsiste malgré tout, dans le non-dit. Tout se déroule sur fond de révolte nationaliste. Ce couple mixte tangue sans cesse entre leurs deux versants, dans un équilibre très fragile et très solitaire. Ils ne font pas de politique et tentent de se faire discrets.
Je n’ai pas été passionnée par cette lecture. Leïla Slimani décrit la situation d’une femme de son temps, qui n’a pas beaucoup de choix devant elle, qui subit beaucoup ou qui assume ses choix. Rien de très réjouissant…

Leïla Slimani dans un autre registre

7 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 56 ans) - 13 décembre 2020

Si les deux premiers romans de l’autrice manifestaient un style narratif puissant et prenant par le suspense et la tragédie qui s’en dégageaient, dans ce nouvel opus, elle change totalement de registre et de mode littéraire en abordant une période de l’histoire peu connue, soit les dernières années du protectorat exercé par la France sur le Royaume du Maroc.

C’est à travers la saga de Mathilde, une jeune Alsacienne qui suit Amine, un spahi de l'armée de libération française, et voulant ainsi échapper à un destin incertain d’une vie dans l’Est de la France à la sortie de la seconde guerre mondiale qu’elle nous conte l’histoire du Maroc entre 1947 et 1956.

Arrivée dans le Moyen Atlas, elle est confronté à une culture, des mœurs, et une rudesse qui est loin de la vie espérée, soit celle d’épouse de « gentlemen farmer » se promenant à cheval sur un domaine riche et verdoyant. On est bien loin du compte, lorsqu’il faut se contenter de maigres récoltes sur cette terre aussi caillouteuse qu’ingrate.

Un passage de la page 226 du roman qui se situe lors d’un bref retour de Mathilde en France à l’occasion du décès de son père résume à lui seul le ressenti de cette femme vivant dans un pays qui n’est pas le sien et qui n’est pas encore celui de ses habitants, d’où le titre du livre.

Extrait : « Elle tenta de lui faire comprendre ce que c’était de vivre dans un monde où elle n’avait pas sa place, un monde régi par des règles injustes et révoltantes, où les hommes ne rendent jamais des comptes, où l’on a pas le droit de pleurer…. Elle se mis à sangloter en évoquant la longueur des journées et l’immense solitude, la nostalgie ….et de sa propre enfance. Elle n’avait pas imaginé ce que c’était que l’exil. A présent elle se fichait de jouer un rôle, celui d’apparaître comme une femme vieillie par l’échec et la désillusion, une femme sans fierté. »

Pour le reste même si une série de personnages sont attachants comme Aïcha, le fille de Mathilde, brillante enfant, Selma, sa jeune belle-sœur ou dans une moindre mesure, l'ami de la famille, le docteur Dragan Palosi, médecin d’origine hongroise installé à Meknès, ce roman manque un peu de souffle et d’originalité hormis le thème abordé.

Un bon moment de lecture tout de même.

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