Partir en fumée de Mohsin Hamid

Partir en fumée de Mohsin Hamid
(Moth smoke)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique , Littérature => Anglophone

Critiqué par Septularisen, le 6 avril 2020 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 53 ans)
La note : 8 étoiles
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LE FRUIT DEFENDU DE L’AMITIÉ

Au début de l’histoire nous sommes à Lahore au Pakistan en 1998. Nous faisons la connaissance de deux amis de la bourgeoisie de la ville, Daru (de son vrai nom Darashikoh Shezad) et Ozi (de son vrai nom Aurangzeb Shah). Ils ne sont pourtant pas tout à fait du même milieu. Ozi est un nouveau riche qui profite sans complexe de la fortune de son père – ancien gouverneur militaire à la retraite -, acquise par la corruption. Daru, lui est issu d’une famille pauvre, son père est mort à la guerre, et il survit péniblement dans la modeste maison que lui ont légué ses parents.

Les deux ne s’étaient pas vus depuis des années, en effet, Ozi était parti faire ses études dans une des plus grandes universités américaines et vient de rentrer au pays, après avoir vécu plusieurs années à New York. Il n’est pas revenu seul, il est maintenant marié à une superbe femme Mumtaz et à un fils Muazzan. Sa vie se résume à «blanchir» l’argent de son père et à participer aux nombreuses fêtes données par la jet set locale.

Daru lui, privé de ressources, a dû se contenter de faire des études au Pakistan, il n’est qu’un modeste employé de banque, qui gagne tout juste de quoi survivre, mais il en tire une sorte de fierté. Il n’a jamais eu à recourir à la corruption et à la compromission pour en arriver là!

Malheureusement pour lui, renvoyé par la banque où il exerçait, à cause d’un client qui s’est plaint de lui, il n’a plus de ressources. Entre deux joints, commence pour lui une lente descente aux enfers, d’autant plus que, suite à un grave accident, il est fâché avec Ozi, qu’il ne considère plus comme son ami...
Il n’a dès lors plus aucun scrupule à lui «voler» sa femme. En effet, l'épouse de son riche ami, la belle et énigmatique Mumtaz, femme révoltée et libre, qui se sent trop prisonnière dans le carcan du mariage, de la maternité et des traditions, n’est pas insensible à son charme...

«Partir en fumée» est le premier livre de Moshin HAMID (*1971). Si le schéma de l’histoire paraît conventionnel, - le mari, la femme et l’amant -, il ne rentre pas vraiment dans ce cadre! C’est en effet, un roman polyphonique, et sous la forme de témoignages, dès les premiers chapitres, le lecteur reconstruit et connaît peu à peu toute l’histoire. Si le style de l’auteur est toujours aussi impeccable et son écriture toujours aussi belle, le livre souffre malheureusement justement de cette construction polyphonique très originale, mais très (trop!) linéaire et beaucoup trop prévisible. Franchement, il n'y a que Ozi qui ne comprends pas que Shuja lui tend un piège au chapitre 11, et il ne marche pas, il court!
C’est le seul bémol, que j’ai pu relever, et qui m’a un peu gâché ma lecture. Ainsi, vers la fin du livre (trop précipitée à mon goût…), l’intérêt à lire l’histoire «s’émousse» peu à peu, puisqu'on sait déjà ce qui va arriver. Le seul intérêt restant est donc le pourquoi et le comment de toute l'histoire. mais- encore une fois, c’est trop prévisible et on s’en doute très très vite!

C'est une image assez convenue, attendue et «classique», que l’on se fait (nous les occidentaux…) du Pakistan (et des pays asiatiques en général), que Mohsin HAMID nous donne à lire. On y rencontre tous les «maux» classiques qui gangrènent ces pays: Corruption généralisée partout et à tous les niveaux (notamment en politique et dans l’armée…) ; pauvreté endémique ; passe-droits nombreux et divers, surtout si on a de l’argent ; népotisme ; nouveaux riches qui méprisent les autres classes ; jeunesse dorée qui n’en a rien à faire de retourner au pays pour aider au développement de celui-ci…

Mais cette franchise féroce et sans concessions, qui ne nous épargne rien, à nous le lecteur, est peut-être le point le plus intéressant du livre, parce qu'elle nous confronte avec la réalité de nos propres sociétés occidentales, qui, - si on gratte un peu sous notre couche de vernis «moralisatrice» -, ne sont guère différentes!..

Je ne peux donc que recommander la lecture de ce livre et la découverte de cet auteur…

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