Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba

Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 21 février 2020 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 80 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (37 317ème position).
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Les Braconniers

L'environnement est devenu une préoccupation généralisée en Amérique et en Europe. On veut sauver la planète à tout prix sans que nos habitudes ne se modifient. On tient à son auto et ses électros qui n'existeraient pas sans l'exploitation des richesses non renouvelables comme le pétrole. On veut protéger la nature, mais on s'en sert pour s'enrichir honteusement. Les coupes à blanc continuent de dénuder les forêts, menaçant ainsi l'habitat naturel des animaux, Pis encore, des braconniers envahissent les espaces verts pour piéger tout espèce rentable sur le marché mondial. La vésicule biliaire des ours est fort appréciée pour ses soi-disant bienfaits aphrodisiaques. Quand la connerie triomphe au pays des ignares, tout est permis.

La narratrice du roman de Gabrielle Filteau-Chiba raconte les ravages que subit la sauvagine que l'auteure définit comme « l'ensemble des peaux les plus communes vendues par les chasseurs sur les grands marchés de la fourrure ». Vendre des pelleteries n'est pas un crime en soi. Le Canada doit son existence à ce troc avec les premières nations. Le problème vient de ceux qui se moquent des lois s'appliquant à la protection de la faune et de la flore. Ces derniers ne respectent pas les quotas pour les captures et les permis qui donnent accès à la chasse. Comme des psychopathes de la nature, l'extinction des espèces leur importe peu et les milieux protégés encore moins. Ils se croient tout permis. Le gouvernement québécois nomme des agents forestiers en nombre trop limité pour patrouiller un aussi vaste territoire que représente la région de Kamouraska s'étendant du fleuve Saint-Laurent à la frontière américaine.

La narratrice, Raphaëlle Robichaud, occupe justement cet emploi. Descendante d'une tribu autochtone originaire de la Gaspésie, elle habite dans une caravane délabrée au milieu de la forêt. Elle préfère cet abri au tintamarre des villes. Comme le veut la tendance actuelle, on se cherche une cabane au fond des bois à l'instar de la chanson de Line Renaud. Vêtue de son uniforme, elle voit au respect des règlements. Ce rôle exige d'être myope si l'on tient à sa sécurité. Les illégaux ne lésinent pas sur les moyens d'intimider les gardes-forestiers pressés de les faire marcher aux pas.

Marco Grondin est l'un de ceux-là. Il est issu d'une famille influente de Saint-Bruno-de-Kamouraska. Gare à ceux qui s'opposent à leurs manières cavalières. Ce braconnier déploie un arsenal impressionnant pour capturer ses prises, voire des pièges interdits qui causent une mort horrible aux bêtes. Raphaëlle refuse de s'en faire imposer par un hors-la-loi. Elle en paie le prix, mais la vengeance est douce au cœur de l'Indien.

Ainsi le roman se transforme en un suspense bien huilé. Réussira-t-elle à vaincre son féroce adversaire? Il faudra atteindre la dernière page pour le savoir. Le dénouement, entouré de mystère, fait éclater une histoire d'amour saphique. Même si l'on vit loin de la civilisation, on n'est pas la seule âme esseulée. De plus, elle se fera amie d'un agent de la faune retraité chez qui elle peut se réfugier. Grâce à lui et sa compagne, Raphaëlle concocte son plan machiavélique pour débarrasser la nature d'un indésirable, plan que d'aucuns n'appuieront pas.

Cette œuvre est un cri du cœur en faveur de la protection de l'environnement, en particulier un formidable plaidoyer à la défense de la faune qui peuple la forêt boréale. L'auteure se dévoile une bonne avocate. Ce qu'elle raconte est très révoltant et d'une grande crédibilité. Son combat se double d'une histoire d'amour, qui trace un beau profil psychologique d'une héroïne gaspésienne, perdue dans la chaîne des Appalaches. Les scènes d'intimité sentent la guimauve, mais la trame amoureuse est bien tissée et écrite dans une langue compréhensible pour tous.

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chasse pêche nature et trahison

8 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 74 ans) - 12 avril 2022

Un roman passionnant mais porteur d’un message ambigu. Dommage, car il s’agit d’une belle ode à la nature, doublée d’une merveilleuse histoire d’amour entre deux femmes liées par un même désir de fuir une civilisation broyant l’individu, qu’il soit humain ou animal. Raphaëlle Robicheaud, la narratrice, a quitté sa compagne pour vivre en pleine nature dans une roulotte, au sein de cette région du Kamouraska tant vantée par Anne Hébert. Elle est garde-chasse, ou plutôt, selon la terminologie en cours, agente de protection de la faune. Un euphémisme lorsqu’on sait que la trappe, véritable sport national au Canada, consiste à piéger, en toute légalité, des animaux sauvages, pour les écorcher et vendre ou collectionner leur fourrure immaculée. De professionnelle à l’origine, cette activité est devenue le loisir préféré de maints canadiens, persuadés qu’ils communient ainsi avec la nature et, pire encore, croient assurer son équilibre. Mais le temps où Davy Crockett était un héros national est révolu, et la trappe est devenue un fléau pour de nombreuses espèces telles que le lynx ou le caribou, sans compter les majestueux ours et orignaux (élans). Sur ce plan l’auteure reste muette, considérant le piégeage comme une activité saine et profitable à la nature lorsqu’il est effectué raisonnablement (sic !). Elle va cependant avoir affaire à un individu peu recommandable, grand piégeur devant l’Éternel, qui n’hésite pas à enfreindre les quelques restrictions qui existent dans la législation québecoise, protégé par sa famille et ses amis haut placés, pour effectuer une véritable carnage. Et lorsqu’elle s’aperçoit qu’il la filme en caméra cachée lorsqu’elle fait sa toilette et force sa porte en son absence, lorsqu’elle se penche aussi sur le cas de cette jeune femme portée disparue et dont le corps n’a jamais été retrouvé, elle prend alors une grave, très grave décision. La dernière partie du roman laisse un goût amer malgré la beauté de l’écriture et des paysages qu’elle décrit, les sensations au contact de la nature et des êtres aimés, et il faut un certain courage pour aller jusqu’au bout et braver sa répulsion. Mais qu’a donc voulu suggérer l’auteure comme solution finale au problème des prédateurs sexuels ? Décidément, j’aurai toujours autant de mal avec certaines mentalités nord-américaines…

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