Un gratte-ciel, des gratte-ciel de Guillaume Decourt

Un gratte-ciel, des gratte-ciel de Guillaume Decourt

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 20 mai 2019 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 8 étoiles
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Tableaux en prose

J’ai traversé ce recueil de cent-dis-huit poèmes en prose, tous presque identiques dans la forme, quatre lignes en général trois parfois, seulement quelques phrases très dépouillées pour dépeindre un tableau, parfois une nature morte, parfois un paysage, parfois un scène avec personnages, …, comme on visite une galerie de peintures dans un musée. J’ai même entendu la musique de Moussorgski. Chacun des textes de Guillaume Decourt représente une scène de la vie, de sa vie, sa vie à Paris comme cette scène de rue que j’ai choisie car je suis souvent passé par ce quartier pour rejoindre la gare où j’arrivais à Paris et le lieu où nous nous réunissions pour parler de choses sérieuses.

« Une jeune femme habite maintenant tout près du parc Montsouris. Nous devons nous éviter pour ne pas repartir de zéro. Le buraliste de la place de Rungis me prend pour quelqu’un que je ne suis pas. Un personnage célèbre. »

Je n’ai pas connu la dame mais j’ai lu dans le parc cet j’ai traversé la place un certain nombre de fois. Guillaume évoque aussi son séjour dans les îles. Ses poèmes chantent l’Océan Indien entre Madagascar et les côtes du Mozambique où il passé une tranche de sa vie.

« Ils se rencontrent à Lourenço Marques. Elle porte des chaussures en pneu de camion militaire. Simonov est bulgare. Une femme qui n’a plus de lait tend son enfant mort. Me voici. Les Russes mangent autour de la piscine. »

Toute la misère de ce pays est contenue dans ces quelques mots. Et il raconte avec la même concision, la même précision, son séjour en Grèce.

« C’est le début du mois de juillet. La grand-mère est morte. Vassili Karistinou, née en 1912 à Céphalonie, veuve pendant cinquante ans, je n’ai pas baisé son front dans l’église. Ses yeux me faisaient peur. »

Ces textes sont de véritables épures, ils sont à la littérature ce qu’un exercice sur la poutre est à la gymnastique. Ils ne comportent que les quelques mots nécessaires pour faire vivre le tableau qu’ils évoquent, tous les mots sont nécessaires aucun ne peut être rejeté. Ces poèmes d’une grande pureté et d’une grande élégance peuvent se lire comme des haïkus en respectant la même scansion, leur chute est tout aussi éloquente. Ce sont des petites histoires dont on peut imaginer les couleurs et la musique en laissant les yeux vagabonder sur la page et l’imagination courir sur les lignes.

LansKine

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