Tijuana mon amour de James Ellroy

Tijuana mon amour de James Ellroy

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Ciceron, le 24 avril 2008 (Toulouse, Inscrit le 21 août 2007, 72 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 712ème position).
Visites : 3 857 

Chantages people et bédouins jihadistes à Hollywood.

Ce dernier opus est un recueil d’articles et nouvelles essentiellement publiées dans le magazine américain GQ.

Il y a un petit côté lassant chez Ellroy pour celui qui en a lu 2 ou 3000 pages. Depuis 20 ans, difficile d’ouvrir un roman sans tomber sur le quintet fatal Lana (Turner), Johnny (Stompanato), Frankie (Sinatra), Ava (Gardner), et Mickey (Cohen).

C’est le cas dans la première partie du récit, mais il y a un vraie originalité : le rédac chef de la revue à scandales “L’indiscret“ Daniel Getchell, un héros inénarrable et déjanté.

Et surtout, notre polarmaker favori joue gaiement une musique des mots où l’allitération systématique fait penser à Nougaro, Gainsbourg ou à Boby Lapointe, le côté mariole décontracté a également un cachet de la série TV “Funky Cops“.

Il s’engage avec jubilation sur le freeway du chantage, du sexe, des scandales, des substances illicites, du crime et de la corruption, sans limitation de vitesse.

La deuxième partie, avec téléphones portables et internet, ça change des années 50, est un enquête criminelle, qui l’eut cru, dans le milieu arabo-musulman islamisé de Los Angeles. Traité avec un zeste d’humour “sièges en poil de chameau“, ça vaut de détour.

Il ne manque que la bande son, comme chez Pélécanos et Ken Bruen.

Bonus. Une citation du maître.
“J'écris des livres obsessionnels et je veux qu'ils vous obsèdent

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Les affabulations d'un affabulateur fabuleux

8 étoiles

Critique de AmauryWatremez (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 51 ans) - 28 mai 2013

Ce livre recense des articles de l'écrivain concernant des meurtres commis à Hollywood et plusieurs histoires qui ont pour fil conducteur le journal à scandales imaginaire que l'on trouve dans toute son oeuvre « l'Indiscret », dont les articles sont majoritairement rédigés par Danny Getchell, le héros de deux épopées grotesques et violentes qu'il nous raconte lui-même suivies de l'histoire d'un détective du LAPD amoureux des pitbulls et surtout d'une star déchue depuis longtemps, Donna Donahue, avec qui il entretient une relation compliquée de haine et d'amour, de répulsion et de fascination, histoire où l'on retrouve un héritier illégitime des textes et dossiers de Danny G., Gary Getchell, minable fouineur quant à lui contrairement à son prédécesseur qui était un démon capable de grandeur révélant les turpitudes des vedettes et stars de l'écran.

On croise lors de son épopée Sinatra et Sammy Davis jr., Robert Taylor, homosexuel et réactionnaire selon Danny G. et Lana Turner en compagnie de son amant dangereux. Danny Getchell aime se vautrer dans le stupre et le lucre des vedettes par procuration et parce que c'est un scopophile compulsif qui ne croit pas que le bien ou le mal existent, ou plutôt pour lui, surtout le mal et la bêtise de l'homme mêlée à d'immenses vanités. L'Amérique des années 50 qui est décrite dans les aventures du rédacteur en chef de « l'Indiscret » est bien loin des jolies peintures de Norman Rockwell, elle ressemble à l'univers d'Hopper, il y a quelque chose caché derrière cette apparente prospérité sereine de pères fondateurs enrichis, quelque chose de dangereux et d'horrible.

L'Amérique des années 2000 qu'Ellroy met en scène est marquée par le 11 septembre, par la peur, elle est repliée sur le passé et sur elle-même. Comme cette femme qui aurait dit à Marjane Satrapi à Salt Lake City que la lune n'est visible que d'Amérique. Les américains semblent encore rêver d'ailleurs de cette « americana » fantasmée et parfaitement imaginaire des années 50.

C'est peut-être pour cela qu'Ellroy se penche sur deux meurtres non résolus de ces années là pour montrer, nous forcer à comprendre que la conscience humaine n'a pas du tout changé depuis ces temps soi-disant bénis. Le meurtrier et le détective, « Rhino » Jenson mis en scène ont en commun avec l'écrivain son fétichisme, Ellroy s'introduisait lui aussi dans des maisons pour dérober des objets privés à leurs propriétaires, et ses obsessions morbides, « Rhino » est amoureux fou de Donna parce qu'elle ressemble à Stéphanie, la victime d'un crime de 65 jamais résolu, tout comme pour Ellroy, l'assassinat du Dahlia noir et celui de sa mère se rejoignent. Personnellement, j'aime beaucoup me plonger dans cette Amérique cauchemardée, que l'on retrouve dans les mémoires de quelques fous mégalomaniaques et géniaux comme Orson Welles ou Darryl F. Zanuck, ou David O. Selznick.

Enfin, ce livre n'est pas un polar, il plonge dans l'inconscient de ce que l'on appelle la modernité alors que ce n'est encore qu'une manifestation de notre avidité, de nos penchants au mal et à la cruauté. Il révèle la profonde hypocrisie de ce que nous appelons sans trop réfléchir notre civilisation. Et ce n'est pas un auteur de polars, c'est un classique instantané...

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