Lust de Elfriede Jelinek
( Lust)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Mieke Maaike, le 31 octobre 2006 (Bruxelles, Inscrite le 26 juillet 2005, 49 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (46 700ème position).
Visites : 4 369  (depuis Novembre 2007)

Un roman expérimental ?

« Lust », titre que les traducteurs ont renoncé à traduire afin que chacun y puise la connotation qu’il y décèle : plaisir… désir… volupté… luxure…

Et pourtant, ce livre ne contient ni plaisir, ni désir, ni volupté, ni luxure. Juste la description jusqu’à écoeurement d’actes sexuels en termes les plus bruts, grossiers, mécaniques, chirurgicaux, voire saugrenus, d’un patron d’une papeterie qui règne en patriarche sur ses ouvriers, sur son fils, sur tous les habitants de la petite ville autrichienne et sur sa femme qui, elle, se réfugie dans l’amour filial, dans l’alcool et dans l’illusion de bonheur que lui laisse entrevoir un amant, pour fuir la violence de son mari et l’inintérêt des tâches ménagères.

Si la trame, bien classique au demeurant, se résume à ces quelques lignes, l’intérêt principal de ce roman se situe au niveau de son écriture. Il y a à la fois une violence certaine de par la crudité des mots et des mises en scènes, et quelque chose à la limite du gag par les métaphores utilisées et les rapprochements osés : « La femme attend que son mari se mette comme il se doit en route pour le bureau. Le mari attend de pouvoir faire un dernier raid dans son sillon, avant de la laisser à ses fourneaux où elle se gardera au chaud pour lui » ; « Tous boivent à la régalade, mais force est de constater que la queue de Michael reste une rigolade ».

On ne peut qu’être admiratif devant la façon dont Jelinek (prix Nobel de littérature en 2004) a étalé ces descriptions alliant sexe, sordide, critique du pouvoir et décalage, sur près de 300 pages, en se renouvelant à chaque scène et chaque paragraphe. Néanmoins, ce roman est assez indigeste, ne procure que très peu de plaisir de lecture et ne tient pas du tout en haleine. Il a clairement quelque chose de l’ordre du roman expérimental, ce qui le rend plutôt difficile d’accès.

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Le dominé et le dominant

7 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 43 ans) - 21 août 2012

Lire Elfriede Jelinek est une expérience unique. On descend profondément dans la conscience d'une femme révoltée, désabusée, dure qui se plaît à "démasquer l'idéologie véhiculée par les modèles collectifs" comme elle le dit. Elle décortique nos comportements et dénonce les mécanismes de nos sociétés.

Dans ce roman, Jelinek pose comme postulat de départ que le monde est soumis à l'idée de domination : un dominé et un dominant. Hermann, directeur d'une usine de papeterie, est mariée à Gerti, femme qui illustre parfaitement les idées du prix Nobel de littérature. Tous deux ont un enfant comme toutes les familles normales. Hermann est l'homme, sa femme est par conséquent sa possession, la dominée. Elle devient l'objet des plaisirs de monsieur qui manipule sa femme tel un jouet. On a souvent taxé ce roman de pornographique, pourtant si la pornographie émoustille le lecteur, ici ce n'est pas le cas. L'acte sexuel ressemble souvent à un viol, Gerti semble se soumettre aux désirs animaux de son mari. Jelinek ne cesse d'être ironique et parfois grossière, elle ainsi souligne la bestialité des rapports charnels qui manquent totalement de sensualité ici. Elle use même de termes comiques parfois pour décrire certains actes sexuels !

Jelinek a un regard sur le monde assez pessimiste. Les rapports humains reposent sur des rapports de force ( Hermann domine son épouse, il domine aussi les ouvriers qui domineront à leur tour leur propre épouse ... ), critique les autrichiens, le regard des parents sur leurs enfants, l'absurdité des codes sociaux ... Elle défend aussi la condition féminine car la femme annihile sa liberté au profit égoïste de l'époux, présenté souvent comme un porc.

La langue de Jelinek est très travaillée. Elle dit elle-même qu'elle a utilisé la langue d'Holderlin pour évoquer les dominés et le langage publicitaire et proverbial pour les dominants. Elle use de nombreuses images et alterne phrasé poétique et vocabulaire familier. Bien plus qu'un simple roman, il s'agit d'un roman à thèse. Le lecteur a le sentiment de pénétrer dans l'esprit du narrateur qui délivre sa vision du monde dont le couple Gerti/Hermann ne serait qu'une simple illustration.

Je dois reconnaître que ce roman demande une grande concentration. Il m'a été difficile de lire plus de 20-30 pages à la fois. Jelinek a un talent certain, mais peut décontenancer par sa manière de passer d'un sujet à l'autre et parfois par ces remarques hermétiques.

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