Ville noire, ville blanche de Richard Price

Ville noire, ville blanche de Richard Price
(Freedomland)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Heyrike, le 20 juin 2006 (Eure, Inscrit le 19 septembre 2002, 55 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 267ème position).
Visites : 4 903  (depuis Novembre 2007)

Dans la chaleur de la nuit

Il fait très chaud ce jour là. Lorsque Brenda, la blanche, traverse la cité noire d'Armstrong en provenance du terrain vague situé à la frontière de Gannon (la blanche) et de Dempsy (la noire). Hébétée, les mains en sang, elle marche en titubant sous le regard goguenard des jeunes désœuvrés du quartier, contents du petit moment de distraction qu'elle leur offre sans le savoir. Elle échoue au centre médical. Un homme noir, vient de lui voler sa voiture, son fils dormait sur la banquette arrière.

En quelques heures, la nouvelle fait le tour de la ville, un noir vient d'enlever un enfant blanc. Aussitôt les forces de police de Gannon encerclent et verrouillent tous les accès d'Armstrong. La nuit promet d'être longue et chaude. Ce drame ne peut qu'exacerber la tension ordinaire qui subsiste depuis fort longtemps entre les deux communautés. Le frère de Brenda est un flic de Gannon. Au moindre dérapage c'est l'explosion.

Lorenzo, le noir, est un flic compétent, il est chargé de l'enquête. Il sait que les premières heures dans une affaire d'enlèvement sont déterminantes. Autrefois esclave de l'alcool et de la drogue, il a réussi à s'en libérer non sans en avoir payé le prix fort. Son couple part en miette, un de ses deux fils est en prison pour braquage et l'autre refuse de lui adresser la parole. Il est trop tard pour songer à sombrer dans des regrets. Aujourd'hui il s'accroche à son boulot de flic. Devenu un grand frère au sein de la cité d'Armstrong, il est respecté par tous. Même les trafiquants et les petites frappes savent qu'il faut compter avec lui. Suffit de ne pas franchir la ligne jaune, du moins pas de manière arrogante et provocatrice. Lorenzo aime bien cette cité, sa cité. Il veille sur elle affectueusement, œuvrant sans relâche pour lui éviter toute confrontation avec le monde situé de l'autre côté de la frontière, tout en veillant à ce qu'elle n'implose pas, lorsque des accès de violence la transpercent de part en part. Il doit retrouver le coupable au plus vite et empêcher Gannon de mettre le feu à Armstrong. Avec cette chaleur accablante, propre à faire fondre les cervelles, tout peut arriver même le pire.

Jesse, la blanche, est une journaliste qui connaît bien son métier. Elle a appris à être patiente, à attendre que ses confrères, tel des loups possédés par une âme de moutons grégaires, aient achevé de dépiauter la carcasse encore fumante du moribond. Il ne lui restera plus qu'à rassembler les précieux éléments susceptibles de faire un bon article que les loups, dans leurs hâtes à noircir leurs feuilles de choux, auront tous négligés. Elle décide de tout faire pour s'accaparer l'exclusivité de cette affaire ultra médiatisé, quitte à devenir l'amie de Brenda.

A travers le prisme du polar - excellent observatoire de la société, pour autant qu'il soit bien employé, ce qui est le cas dans ce roman - l'auteur s'efforce d'identifier les processus qui définissent les relations conflictuelles entre deux communautés aux antagonismes forcenés, qui s'épient par delà la frontière qui les sépare, cet horizon inconnu, presque effrayant, où se profile des existences trop souvent perçues comme une menace.

L'auteur nous parle d'un passé qui n'en finit pas de passer, de tous ces préjugés et ces peurs que rien ni personne n'a encore réussi à abolir. Il le fait sans manichéisme, parvenant même à insérer des coins de lumière dans ce bloc immense d'incompréhension et de désespoir, dans une ville où les habitants éprouvent chaque jour le sentiment que rien ne commence et rien ne finit véritablement, que tout demeure.

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Une atmosphère lourde et prenante

8 étoiles

Critique de Undodu (, Inscrit le 3 août 2011, 46 ans) - 7 août 2011

Brenda, femme blanche, déclare, en état d'hébétitude, à l'inspecteur Lorenzo qu'elle s'est fait agresser et voler sa voiture dans le ghetto noir d'Armstrong. Avec son enfant de 4 ans dans le véhicule...

Sur la foi de ces déclarations, la police envahit les quartiers noirs et traite avec la population de façon brutale.

C'est à travers ce fait divers que l'auteur installe une atmosphère noire, lourde, pesante, course poursuite contre le temps pour retrouver un enfant dont les chances de survie s'amenuisent avec le temps. Le romain est porté par des personnages incroyablement humains et attachants. D'abord, Lorenzo, responsable de l'enquête, respecté de tous, les connaissant tous. Puis Jesse, la journaliste avide d'informations, mais respectant son travail, et avec une certaine éthique. Brenda, la victime, dans un total état de choc. Et une galerie impressionnante de seconds rôles particulièrement soignée.

Si le début du romain peut paraitre lent, c'est que petit à petit, l'auteur nous plonge dans ce ghetto, par petites touches, fait monter la pression sur ces personnages, et sur le lecteur.

Magistral !

Le blanc et le noir

10 étoiles

Critique de Poignant (Poitiers, Inscrit le 2 août 2010, 56 ans) - 19 avril 2011

Dempsy, New Jersey, banlieue de New York. Une soirée d’été étouffante.
Brenda Martin, jeune femme blanche, erre dans un état second dans le quartier noir et pauvre d’Armstrong, les mains en sang.
Elle vient de se faire braquer sa voiture, mais son fils de 4 ans, Cody, dormait allongé sur la banquette arrière…
Lorenzo Council, inspecteur de police noir, est chargé de l’affaire.
Jesse, femme journaliste en recherche d’un scoop, fait jouer ses relations avec un flic en manque de notoriété pour s’incruster auprès de Brenda.
Le bouclage du quartier et l’intervention brutale de policiers blancs vont provoquer une situation de tension raciale explosive…
Ce roman est la subtile dissection de l’affaire et des relations raciales et sociales dans l’Amérique moderne, où s’entrecroisent les vies ternes et ratées de Brenda, Jesse et Lorenzo. Sur un rythme lent à la David Lynch, la difficulté des trois personnages à trouver un sens à leur vie s’amalgame au climat oppressant, pour produire un roman puissant, riche et profond.
Richard Price, scénariste de cinéma habitué aux succès (la couleur de l’argent…), s’essaie avec maestria au roman noir. Le résultat est envoûtant et passionnant.
A lire sans craindre le nombre de pages.

Psychologie et analyse sociale pour un grand roman noir

8 étoiles

Critique de CptNemo (Paris, Inscrit le 18 juin 2001, 49 ans) - 30 juin 2010

Dans une banlieue New-Yorkaise une jeune femme blanche affirme avoir été attaquée par un jeune noir qui lui a volé sa voiture. Voiture à l'intérieur de laquelle se trouve son enfant. Mais cette agression a-t-elle vraiment eu lieu, l’inspecteur Lorenzo Council va tenter de tirer tout cela au clair dans une ambiance électrique, les flics mettant la cité en quarantaine pour retrouver l’enfant. Le roman assez épais se déroule en fait sur quelques jours et l'incident de départ va faire monter la pression dans le quartier et l'intensité du roman ira crescendo. Un huis-clos à l’échelle d’une cité.

L’écriture sobre et dense passe alternativement par deux points de vue celui d’un flic noir issu du quartier et celui d'une journaliste blanche. Car plus que l’intrigue ce qui importe ici c’est la confrontation de la cité habitée en large majorité par des noirs et la ville blanche d’à côté . Amateurs de thriller palpitant passez votre chemin, ici le cœur du roman ce sont les personnages à la psychologie fouillée et le portrait sociologique d'une cité sous pression. Les personnages toujours au bord de la césure sont très attachants, terriblement et tristement humains . Le personnage de la mère est spécialement réussi, totalement bouleversant.

Bien construit, admirablement écrit, avec des personnages forts et crédibles, on est ici face à un grand roman noir. Le livre trouvera même une certain résonance avec les questionnements sur les banlieues en France.

Entre polar et peinture sociale.

8 étoiles

Critique de Grégoire M (Grenoble, Inscrit le 20 septembre 2009, 47 ans) - 11 février 2010

Brenda débarque dans un hôpital de banlieue, les mains en sang et avec un lourd aveu: on vient de lui voler sa voiture dans laquelle son enfant de 4 ans était endormi. Les répercussions de cet enlèvement seront multiples du bouclage de Jefferson, la cité dans laquelle l’enlèvement a eu lieu à l’emballement médiatique autour de la recherche de l’enfant.
De ce fait divers Richard Price crée un roman très riche, réalisant une peinture psychologique subtile de ses personnages : Brenda en mère recluse dans sa peine et ses remords et qui n’a peut-être pas dévoilé toute la vérité, Lorenzo, policier en charge de l’enquête, enfant de Jefferson dont il essayera de contenir la rage, Jesse, reporter locale et bien d’autres encore. Le livre est aussi une peinture sociale prenante, celle de Jefferson, cité noire déshéritée et de sa rivalité avec Ganon la banlieue blanche voisine.

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