Shelton
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21/06/2025 @ 07:20:49
L’étĂ© c’est fait pour lire et voici donc que ma chronique estivale reprend vie, Ă  la radio et sur internet. Pour ceux qui ne connaissent pas encore prĂ©cisons d’emblĂ©e, et sans surprise pour les autres, qu’il ne s’agit nullement d’envisager de ne lire que l’étĂ© ! Non, juste imaginer et se motiver pour prendre un peu plus de temps pour lire grĂące aux journĂ©e plus longues, Ă  la douceur de la tempĂ©rature, la fraicheur des forĂȘts, des cours d’eau ou des hautes altitudes
 On a tous une petite rĂ©serve de livres « pour quand on aura un peu de temps » et ce moment est arrivĂ© !

Alors pour certains ce sera le nouveau volume d’une sĂ©rie adorĂ©e, pour d’autres un essai dont ils ont entendu parler sur un plateau de tĂ©lĂ©vision, enfin ce sera un livre reçu en cadeau qui nous attend sur la table de nuit
 On se rĂ©jouit d’avance, on sent dĂ©jĂ  le goĂ»t, on imagine les premiĂšres phrases, on se rĂ©gale dĂ©jà


Mais il y a aussi ceux qui ont tout lu ce qui attendait et qui souhaiteraient bien avoir une petite idĂ©e avant d’entrer en librairie, Ă  la bibliothĂšque ou dans un magasin d’occasion
 LĂ , je peux peut-ĂȘtre faire quelque chose pour vous


Certes, en si peu de temps, je ne vais pas analyser, dĂ©cortiquer et critiquer un livre de façon exhaustive. En prolongeant l’image culinaire, je dirais qu’il s’agira de susciter une envie, de vous allĂ©cher et de vous aider Ă  choisir votre plat. Attention, pas de vous apprendre Ă  cuisiner ni vous conseiller pour votre santĂ©. D’ailleurs, lire maintient en bonne santĂ©, point barre !

Pour arriver Ă  mon objectif, vous donner envie de lire quelques livres, je prendrai la libertĂ©, comme chaque annĂ©e, de varier les plaisirs en n’hĂ©sitant pas Ă  mĂ©langer les genres, les grands classiques avec les livres jeunesse, les polars avec les bandes dessinĂ©es, la poĂ©sie avec l’histoire, les romans avec la politique, les documentaires avec les nouvelles
 Tout ne vous plaira pas et c’est normal, il en faut pour tous les goĂ»ts !

Vous aurez mĂȘme la possibilitĂ© de choisir les livres dont je ne parlerai pas. Par exemple, quand je parlerai de Balzac et de La femme de trente ans, vous pourrez lire ou relire n’importe quel roman de la ComĂ©die humaine y compris celui que vous avez dĂ©jĂ  lu au collĂšge, enfin si vous l’aviez lu
 AprĂšs tout, comme le dit trĂšs bien Pierre Bayard, on peut parler d’un livre que l’on n’a pas lu
 surtout au collĂšge !

Mais comme l’étĂ© c’est fait pour lire, c’est bien le moment de s’y mettre et pourquoi pas du Pierre Bayard ou du Balzac !

Bonne lecture !

Saint Jean-Baptiste
21/06/2025 @ 10:48:09
Plus d’hĂ©sitation, nous sommes bien en Ă©té !
Voici la chronique de Shelton.
;-))

Shelton
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22/06/2025 @ 06:22:09
L’étĂ© c’est fait pour lire et avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais insister encore sur quelques Ă©lĂ©ments formels. En effet, dĂšs que l’on parle « livres » certaines expressions fleurissent dans nos discussions comme de belles fleurs dans les champs d’étĂ© : livres de gares, navets, histoires Ă  l’eau de rose, littĂ©rature Ă  deux balles, romans pour femmes, sous-littĂ©rature et j’en passe et des meilleures
 C’est contre ces clichĂ©s et ces idĂ©es reçues que je souhaiterais m’insurger aujourd’hui. Pour moi, dans la bibliothĂšque estivale idĂ©ale, les catĂ©gories aussi nĂ©gatives n’ont pas leur place : un bon livre est celui qui te convient de lire Ă  un moment donnĂ© !

Pour certains, un livre dit facile peut devenir impossible Ă  ouvrir, Ă  lire, Ă  terminer
 et ce n’est pas grave ! Quel mal y aurait-il Ă  lire une romance ou un roman jeunesse Ă  l’ombre de son vieux chĂȘne ou sur un banc public dans un parc municipal. Pourquoi devrait-on se « limiter » Ă  des livres inaccessibles, Ă  des textes abscons ou des dĂ©lires d’un autre temps ? Parfois, la simplicitĂ©, la sĂ©rĂ©nitĂ© ou la bonne vulgarisation, la romance ou le cosy mystery peuvent avoir des effets grandement positifs sur notre moral, nos vies, nos relations, nos proches


Occasion de rappeler d’ailleurs que certains « grands auteurs » ou « classiques » ont laissĂ© derriĂšre eux des romans proches de ces romances ou romans lĂ©gers
 Je pense Ă  George Sand, Emile Zola ou Agatha Christie


DeuxiĂšme Ă©lĂ©ment dans cette rĂ©flexion, ne vous laissez jamais abuser par un panneau « publicitaire » ! On vous indique « bande dessinĂ©e », trĂšs bien mais de quoi parle-t-on ? Aventure, humour, autobiographie, reportage, tĂ©moignage
 Un livre jeunesse peut-ĂȘtre un roman d’apprentissage, un roman historique, un livre dĂ©couverte, un texte drĂŽle, de la poĂ©sie
 Une Ɠuvre philosophique sera un ouvrage de recherche fondamentale, une vulgarisation ou un ouvrage beaucoup plus confidentiel
 Et Ă  chaque fois, le plaisir de la lecture sera diffĂ©rent !

Il y a enfin les livres que l’on nous oblige de lire durant nos Ă©tudes
 Parlons-en ! Est-on obligĂ© de les aimer ? Et si nous avions le choix y compris de ne pas les lire ou d’oublier de les terminer ? Mon premier contact avec Germinal de Zola fut assez catastrophique. Mais, plus tard, en prĂ©pa, j’ai dĂ» le relire, l’étudier, l’analyser du dĂ©but Ă  la fin
 Cette annĂ©e-lĂ , j’ai dĂ©couvert une vĂ©ritable pĂ©pite qui reste pour moi avec « L’éducation sentimentale » de Gustave Flaubert, un des grands romans du XIX° siĂšcle !

D’ailleurs, comme l’étĂ© c’est fait pour lire, pourquoi ne pas inscrire ces deux romans sur votre liste estivale ?

Bonne lecture !

Shelton
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23/06/2025 @ 11:19:59
L’étĂ© c’est fait pour lire et il est toujours difficile de choisir les livres que je vais vous proposer de lire ou relire cet Ă©tĂ©. Nous allons commencer cette pĂ©riode estivale par une bande dessinĂ©e d’un grand de la bande dessinĂ©e. En 2012, il reçoit le Grand prix de la ville d’AngoulĂȘme. Je sais bien que ce grand prix Ă©tait critiquĂ© Ă  l’époque car octroyĂ© par des « potes pour des potes » tandis qu’aujourd’hui le processus d’élection par les auteurs est accusĂ© de ne pas ĂȘtre assez transparent et de laisser trop de place aux magouilles
 Il n’en demeure pas moins que Jean-C Denis fait partie de ceux qui ont eu ce privilĂšge, cet honneur, cette opportunitĂ©. Pour moi, c’est un grand auteur de bande dessinĂ©e !

Reste Ă  mesurer le talent, le bonheur de la lecture pour le lecteur, la qualitĂ© de la narration graphique
 Plus complexe, bien sĂ»r, car il s’agit de notions trĂšs subjectives. Je vais m’appuyer essentiellement sur deux albums que j’aime beaucoup et que je n’hĂ©site pas Ă  relire rĂ©guliĂšrement, « Quelques mois Ă  l’AmĂ©lie » et « La beautĂ© Ă  domicile ». Ce ne sont peut-ĂȘtre pas les plus connues et apprĂ©ciĂ©es mais ce sont celles qui montrent ce que pourrait ĂȘtre la vie selon Jean-C Denis : une vie oĂč les rencontres rythment la vie, imposent des choix, mettent l’acteur principal, lui, en quelque sorte, au cƓur du mouvement sans qu’il ait Ă©mis au dĂ©part un vĂ©ritable choix
 Et si l’humain Ă©tait un pion ballotĂ© par les rencontres qui tentait de survivre comme il pouvait ? Allez savoir !

D’ailleurs, il est parfois difficile chez lui de comprendre quel est le principal personnage. Par exemple, dans « La beautĂ© Ă  domicile », album de 2004, on a au dĂ©part deux personnages, Jeff, narrateur, et Angela. On croit ĂȘtre dans une banale histoire de couple, d’amour
 Puis, Ă  la suite d’un Ă©vĂšnement factuel, on croit basculer dans une histoire psychologique voire psychiatrique
 Puis on croise Philippe, enfin on n’est pas Ă  les seuls Ă  le croiser, et on a le sentiment de basculer dans un triangle amoureux classique


En fin de compte, il ne faut pas se laisser piĂ©ger. Le cƓur de l’album est la vie, une vie marquĂ©e par de nombreuses rencontres, anodines au dĂ©part, mais qui donnent du sens, de la dynamique et de l’envie aux personnages
 Les personnages ne sont que diffĂ©rentes incarnations de cette vie cĂ©lĂ©brĂ©e par Jean-C Denis !

Il me semble important de relire ce type d’album sans rester enfermĂ© dans des clichĂ©s. Certes, Jean-C Denis est nĂ© en 1951, il est entrĂ© aux Arts-DĂ©co en 1971, a Ă©tĂ© marquĂ© par mai 1968 et les annĂ©es qui ont suivi avec recherche de la libertĂ© sous toutes ses formes, mais il est fondamentalement humaniste ce qui rend son Ɠuvre, osons le mot, totalement crĂ©dible et accessible aujourd’hui
 Elle n’est pas si marquĂ©e par le temps et je peux vous en conseiller la lecture sans trop de risques


Et comme l’étĂ© c’est fait pour lire, bonne lecture Ă  toutes et tous !

Shelton
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24/06/2025 @ 06:28:55
L’étĂ© c’est fait pour lire et relire et, donc, pourquoi ne pas prendre le temps de plonger ou replonger dans Balzac ? Je sais, pour certains, Balzac fut avant tout un pensum scolaire dont ils ne sont mĂȘme pas venus Ă  bout. Oui, combien d’élĂšves ont vĂ©ritablement lu EugĂ©nie Grandet, Le PĂšre Goriot ou Le lys dans la vallĂ©e en entier ? Et je n’oserais mĂȘme pas envisager de compter ceux qui ont aimĂ© !

Pourtant, je suis intimement persuadé que Balzac renferme quelques beaux secrets, des perles rares et précieuses, des pages à lire et relire
 Alors, prenons le temps de repartir à sa découverte et, comme on dit, plus si affinités !

Alors, pour commencer, car il faut bien reprendre les choses Ă  la genĂšse, je vous propose une halte Ă  la Maison de Balzac dans le XVI° arrondissement. Bien sĂ»r, ce n’était pas rĂ©ellement sa maison, il en Ă©tait locataire et seulement durant les dix derniĂšres annĂ©es de sa vie et il n’y rĂ©sidait pas en continu
 Oui, il est bien vrai qu’il n’y a que trĂšs peu d’objets de Balzac dans ce logement puisque l’on peut essentiellement voir son bureau, son siĂšge et sa cafetiĂšre ! Enfin, mĂȘme la maison a changĂ© depuis que HonorĂ© n’y est plus, un Ă©tage a Ă©tĂ© enlevĂ©, le toit refait, l’accĂšs Ă  la rue de dessous entiĂšrement modifié  Et, pourtant, cela pourrait ĂȘtre une bonne introduction Ă  une lecture ou relecture de certains de ses romans : oui, soyons clairs, je ne vous invite pas Ă  tout relire Balzac, c’est-Ă -dire les plus de quatre-vingts romans qu’il nous a laissĂ©s !

En effet, Balzac Ă©tait persuadĂ© que les lieux oĂč l’on vivait nous marquaient profondĂ©ment. Ici, dans cette maison, il a Ă©crit de nombreux textes, les a relus et corrigĂ©s moultes fois et la prĂ©sentation des corrections d’un texte par Balzac est fascinante et instructive : Il corrigeait ses romans pas moins d’une dizaine de fois ! Oui, petit message subliminal Ă  tous les Ă©lĂšves et Ă©tudiants qui pensent que les relectures son inutiles ! Par ces lieux, on entre dĂ©licatement dans l’univers de Balzac, La ComĂ©die humaine. D’ailleurs, de nombreux Ă©lĂ©ments, gravures, statues ou plaques qui ont servi Ă  reproduire les gravures dans la presse et les livres, permettent de prendre conscience de ces personnages dont certains sont presque entrĂ©s dans notre langage : Grandet, Pons, Beatrix, Vautrin, Goriot


Alors, l’idĂ©al, puisque l’étĂ© c’est fait pour lire, serait de visiter la Maison, puis de s’installer dans le jardin (il y a des tables et des bancs), de boire un bon cafĂ© (la boisson prĂ©fĂ©rĂ©e de Balzac), et de reprendre en main un de ses romans pour le commencer sur place
 Moi, je vous propose La femme de trente ans, un roman dont nous prendrons le temps de reparler prochainement


TrĂšs bonne lecture !

Vince92
(Je lis...)
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24/06/2025 @ 08:26:13
Je vais suivre ton conseil et lire Les Chouans cet été une fois terminées mes lectures en cours.

Saint Jean-Baptiste
24/06/2025 @ 11:37:58

 et moi c’est dĂ©cidĂ©, je vais relire un Cousin Pons ou un PĂšre Goriot, peut-ĂȘtre mĂȘme certaines briques, les Courtisanes ou Les Illusions perdues.
Le plus difficile sera de les retrouver dans mon capharnaĂŒm


Shelton
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25/06/2025 @ 07:37:41
L’étĂ© c’est fait pour lire et rien de tel qu’un bon polar de NoĂ«l balayĂ© par la neige et le vent froid quand il fait une chaleur torride et estivale
 Je rigole un peu, mais j’avoue que lire des romans qui se dĂ©roulent en plein Ă©tĂ© au milieu de l’hiver, ou un roman dans lequel les personnages sont frigorifiĂ©s alors que je suis Ă  l’ombre d’un grand arbre en pleine transpiration est une situation assez jubilatoire
 Je l’avoue sans aucune honte !

Donc, ouvrons ensemble « Petits meurtres Ă  Endgame » d’Alexandra Benedict, une autrice britannique. Je vais commencer par casser l’image que l’éditeur semble vouloir donner. En effet, il parle d’un cosy mystery
 Alors, s’il vaut dire par lĂ  que l’enquĂȘte est menĂ©e par Lily Armitage qui n’est pas policiĂšre, je peux presque l’entendre
 Mais, car il y a bien un mais, je voudrais dire ici que nous sommes beaucoup plus prĂšs d’un thriller que d’un roman policier gentillet et qu’il ne faudrait pas que certains plongent dans cette histoire qui est presque angoissante alors qu’ils imagineraient lire un roman avec Agathe Raisin comme enquĂȘtrice
 Bien sĂ»r, aucun jugement de valeur dans cette remarque prĂ©alable mais juste un avertissement pour celles et ceux qui ne supportent pas les thrillers !

En fait, il s’agit d’un roman, plutĂŽt proche de l’esprit d’Agatha Christie. Une jeune femme, Lily Armitage est invitĂ©e aux fĂȘtes de NoĂ«l dans la propriĂ©tĂ© familiale d’Endgame House. Mais tout va se dĂ©rouler de façon Ă©trange, surprenante, puis sanglante et angoissante
 Une compĂ©tition est ouverte entre les hĂ©ritiers potentiels de la propriĂ©tĂ©, un jeu de piste avec des rĂšgles Ă©crites et prĂ©parĂ©es depuis longtemps par la tante dĂ©funte
 Mais au fur et Ă  mesure du jeu, les personnages vont se retrouver en danger, les meurtres se produiront, le passĂ© resurgira avec violence


C’est un roman plutĂŽt agrĂ©able Ă  lire mĂȘme si une partie de l’énigme semble Ă  portĂ©e de main du lecteur
 Le « qui » sera dĂ©couvert avant les derniĂšres pages, cependant le « pourquoi » risque d’en surprendre quelques-uns quant au « comment » il y aura plusieurs surprises avant la fin du roman. Pour moi, c’est donc bien un bon roman de vacances et, pourquoi, ne pas mettre les pieds dans la neige durant cet Ă©tĂ© ? AprĂšs tout, vous aurez bien le temps d’aller sur une Ăźle ensoleillĂ©e durant l’hiver prochain


Je ne peux que vous souhaiter un bon sĂ©jour dans cette vieille masure anglaise d’Endgame et trĂšs bonne lecture !

Shelton
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25/06/2025 @ 07:39:32
Je ne peux qu'encourager ceux qui ont décidé de prendre ou reprendre Balzac en main dÚs cet été mais nous reparlerons de cet auteur encore quelques fois car c'est indiscutablement un grand romancier français !

Shelton
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26/06/2025 @ 08:17:48
L’étĂ© c’est fait pour lire et c’est trĂšs bien comme cela, les jours sont plus longs donc pas besoin de trop d’électricitĂ©, il fait chaud et donc pas trop envie de courir partout, moins de bruit dans les grandes villes et donc plus de calme pour se concentrer, pas d’école et donc plus de petits-enfants attentifs Ă  nos lectures
 Un peu comme un avant-goĂ»t de paradis avec calme et sĂ©rĂ©nitĂ© !

Donc, vous l’avez bien compris, aujourd’hui, place Ă  une lecture pour la jeunesse
 Enfin, presque ! Oui, je dis une lecture pour la jeunesse car cet ouvrage, « Une vie exemplaire » de Floc’h en a l’aspect, l’odeur et la saveur
 C’est indiscutable. D’ailleurs, si je le mets dans les mains d’un de mes petits-enfants, disons un de ceux qui ont moins de cinq ans, il va le regarder et comme c’est essentiellement un livre d’images, il va commenter Ă  sa façon
 Ce pourrait alors ĂȘtre d’ailleurs enrichissant pour le petit lecteur comme le grand-pĂšre (n’oublions jamais que les adultes peuvent apprendre beaucoup des plus jeunes !).

Mais Floc’h, artiste lumineux que j’aime depuis ses dĂ©buts – la sortie de la bande dessinĂ©e « Le rendez-vous de Sevenoaks » en 1977 avait Ă©tĂ© pour moi un choc Ă©motionnel intense – accompagne ses beaux dessins – un par page – d’une courte lĂ©gende qui devrait permettre au lecteur adulte d’aborder avec l’enfant lecteur les sujets les plus importants de la vie


On parlera de la famille, de la confiance, de la dĂ©couverte, de l’échange, des saisons, de la lecture
 mais aussi de la mort ! Tout est en dĂ©licatesse, jamais avec des morales ou leçons qu’il faudrait retenir et mettre en application, jamais avec des connaissances philosophiques ou mĂ©taphysiques impliquant des croyances religieuses ou des bases intellectuelles inaccessibles
 En quelques mots, en quelques traits et coups de pinceau, il ouvre une porte, tout simplement. Si l’adulte et l’enfant entrent, c’est gagnĂ©, s’ils passent leur chemin, ce sera simplement pour une autre fois les enfants aimant (vous le savez bien) les relectures Ă  l’infini !

Alors, mĂȘme si ce petit opus est « rĂ©servĂ© » Ă  la jeunesse, bien qu’il ne paye pas de mine au premier regard, je ne peux que vous conseiller de le prendre, de l’ouvrir, de l’adopter et d’en tirer profit avec vos plus jeunes lecteurs
 car les vacances ne sont pas seulement rĂ©servĂ©es au temps de lecture mĂȘme si l’étĂ© c’est fait pour lire, c’est le moment de prendre le temps de dialoguer et d’échanger en famille
 Ne l’oubliez pas !

TrĂšs bonnes lectures estivales !

Shelton
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27/06/2025 @ 07:07:13
L’étĂ© c’est fait pour lire et les romans font traditionnellement partie des lectures estivales. Bon, je le concĂšde, le roman du jour est peut-ĂȘtre plus un conte qu’un roman traditionnel mais on peut quand mĂȘme parler d’un roman Ă  cause de sa taille et du fait que l’autrice, Françoise Dorner, mĂȘme si elle part d’un sentiment bien rĂ©el et d’un vĂ©cu indispensable, nous offre lĂ  une fiction jubilatoire forte et Ă  la saveur romanesque
 Enfin, c’est ce que je pense profondĂ©ment !

L’histoire peut sembler banale au premier coup d’Ɠil. En effet, une jeune femme, Lucie, connait deux semaines d’amour fou durant l’étĂ© avec Charles. Elle se retrouve enceinte et Charles disparait
 Elle devra Ă©lever son fils avec l’absence du pĂšre, elle devra vivre au quotidien avec un vide certain qui met son Ă©quilibre en danger


Françoise Dorner, actrice et romanciùre, ne va pas se limiter à cette base, elle va construire un conte que l’on pourrait qualifier de psychologique, sentimental et humain plus que philosophique
 Encore que


Tentons de donner quelques Ă©lĂ©ments sans pour autant casser le suspense. Le lecteur a le droit Ă  la surprise et Ă  la magie de ce trĂšs beau texte. Charles, le pĂšre absent, Ă©tait un musicien, violoniste, dans un orchestre qui Ă©tait sur le lieu de vacances de Lucie. Quand il a disparu soudainement et de façon inexplicable, il a laissĂ© son instrument de musique. Elle a alors imaginĂ©, quand son fils François « arrive », de crĂ©er une sorte de prĂ©sence artificielle du pĂšre (je vous laisse dĂ©couvrir comment !). C’est cet ersatz de pĂšre qui est Ă  la fois comique et dramatique, source de pathos mais aussi de duperie des uns et des autres
 Françoise Dorner est trĂšs forte pour jouer avec les lecteurs, pour les surprendre et les faire sourire (ou mĂȘme rire) aux moments les plus inattendus


L’écriture de ce roman est dĂ©licate, fine, travaillĂ©e et trĂšs agrĂ©able Ă  lire. Certes, ce n’est pas complĂ©ment de la poĂ©sie mais c’est une prose poĂ©tique sans aucun doute. Il y a une musicalitĂ© de la phrase chez Françoise Dorner indiscutable qui donne une grande force au texte et c’est finalement bien normal quand on parle de violon, de musicien et d’orchestre

Enfin, je voulais signaler qu’une fin facile Ă©tait jouable mais ce n’est pas ce qui va arriver et c’est ce qui va Ă  la fois porter l’aspect le plus humain et le plus philosophique mĂȘme ce qui fait que finalement, contrairement Ă  ce que j’avais affirmĂ© au dĂ©part, on Ă©tait peut-ĂȘtre dans un conte philosophique
 Qui sait ?

C’est en lisant « L’amour ne tient qu’à un fil » que vous prendrez la mesure de ce trĂšs beau livre et comme l’étĂ© c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
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29/06/2025 @ 20:09:51
Comme j'étais à Bruxelles pour le grand déjeuner annuel Critiques Libres, c'est un comme si les chroniques avaient été bloquées durant mon absence...

Shelton
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29/06/2025 @ 20:11:10
L’étĂ© c’est fait pour lire et bien souvent je vous invite Ă  lire des ouvrages historiques. Mais pourquoi ? En effet, on dit, parfois dans la mĂȘme discussion et sans frĂ©mir, que l’histoire ne se rĂ©pĂšte jamais et que pour comprendre le prĂ©sent il faut connaitre le passé  Mais si les choses ne rĂ©pĂštent pas Ă  quoi peut bien servir l’étude du passĂ© ? Probablement que dans la rĂ©alitĂ© les deux adages se complĂštent et s’enrichissent
 Le prĂ©sent est bien le fruit du passĂ©, les alliances, les haines, les luttes d’aujourd’hui sont bien les consĂ©quences de ce qui s’est dĂ©roulĂ© hier et mĂȘme avant-hier
 Mais, rien n’est jamais jouĂ© d’avance, les mĂȘmes causes ne produisent pas systĂ©matiquement les mĂȘmes effets et heureusement comme cela il reste toujours un peu d’espoir que les choses finissent par s’arranger
 au moins un peu !

Il n’en demeure pas moins vrai que l’ĂȘtre humain est parfois bien surprenant. Jean-Baptiste Duroselle, grand historien spĂ©cialiste de la diplomatie et des relations internationales, disait que « Tout empire pĂ©rira » et, il est bien vrai que l’histoire lui donne plutĂŽt raison. Les empires finissent toujours par s’écrouler, parfois dans de gros conflits avec l’extĂ©rieur, parfois en implosant sous l’effet des forces d’opposition intĂ©rieures. On ne sait jamais quand ni comment, mais l’issue semble incontournable
 Pourtant, il y a toujours des humains pour tenter leur chance en construisant un nouvel empire
 Aujourd’hui, dans notre monde contemporain, on voit bien ces empires qui tentent de survivre, au besoin en dĂ©truisant, ou en essayant de le faire, les autres empires
 Ce qui semble un peu nouveau c’est l’illusion portĂ©e par certains leaders de ces empires de croire pouvoir s’entendre avec un autre empire pour Ă©liminer un troisiĂšme
 Mais si on regarde l’histoire sereinement, ce n’est pas si nouveau que cela


Pour illustrer cela, je vous propose une premiĂšre lecture estivale, mais il y en aura d’autres d’ici quelques jours. Nous allons commencer par un ouvrage collectif sous la direction de Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, La fin des empires. Chaque auteur participant vous invite Ă  dĂ©couvrir la chute d’un de ces grands empires. On les connait tous de nom – d’Alexandre le Grand Ă  l’URSS – mais Ă  chaque fois on dĂ©couvre que nos connaissances Ă©taient bien incomplĂštes voire superficielles. Il sera mĂȘme question des Etats-Unis, du moins ceux d’avant Trump II, et il ne sera jamais question dans cet ouvrage de 2016 de faire des prophĂ©ties hasardeuses


Il n’empĂȘche que la lecture de ce livre magistral est trĂšs Ă©clairante pour comprendre le prĂ©sent, les tensions entre les empires, les risques de chacun (et ils finiront bien par mourir !) avec une question lancinante qui ne peut que se poser au lecteur sĂ©rieux de la « vieille Europe » : L’Europe est-elle un empire qui se meurt ou un empire en devenir qui mourra plus tard ?
Bon, il ne vous reste plus qu’à lire ce livre pour vous faire votre propre idĂ©e de la question et construire votre rĂ©ponse. En attendant, puisque l’étĂ© c’est fait pour lire, bonne lecture et Ă  demain !

Shelton
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30/06/2025 @ 11:40:08
L’étĂ© c’est fait pour lire mais lire en Ă©tĂ© ne signifie pas ĂȘtre intellectuel, hyper sĂ©rieux et triste. Donc, on peut lire des ouvrages curieux, lĂ©gers et mĂȘme drĂŽles comme c’est le cas de « Les + croustillantes anecdotes Ă  boire et Ă  manger » de Marc Pasteger. Cet auteur Ă©tait un journaliste belge dont les talents de conteur Ă©taient fascinants. Il a Ă©crit de nombreux ouvrages collationnant des histoires plus ou moins rĂ©elles, curieuses et parfois trĂšs comiques. Je l’ai dĂ©couvert, par hasard, en achetant cet ouvrage d’occasion en raison de son titre et grand bien m’en a pris !

Il s’agit donc de faits divers, de brĂšves sur le thĂšme du boire et du manger, classĂ©s par ordre alphabĂ©tique. Je ne vais pas tenter de vous les rĂ©sumer toutes ni mĂȘme d’en raconter une en entier, mais plutĂŽt vous donner quelques catĂ©gories de rĂ©cit pour vous aider Ă  comprendre de quoi il s’agit


Tout d’abord, pour moi, c’est le livre idĂ©al Ă  laisser trainer dans une salle d’attente, dans des toilettes, dans une boĂźte Ă  livre ou dans un compartiment de train. C’est un ouvrage Ă  ouvrir au hasard pour lire une histoire qu’elle soit longue – certaines font jusqu’à trois ou quatre pages – ou courte – certaines ne s’étalent que sur quatre Ă  cinq lignes. Le titre n’est parfois pas significatif du contenu rĂ©el. Par exemple, pour le chapitre « Asperges », l’aristocrate des lĂ©gumes, on aura cette brĂšve qui nous apprendra qu’un journaliste de Radio Toulouse a traduit un jour « Asperges me, Dominum » par « Les asperges me dominent » 
 Amusant mais pas suffisant pour acheter un tel ouvrage
 mais suffisant pour oublier un mal de dent chez un dentiste !
L’histoire du vieil homme Ă  la mĂ©moire vacillante qui tombe en panne d’essence en rase campagne, celle de la femme qui prĂ©pare Ă  son mari des plats aphrodisiaques avant qu’il se rende chez sa maitresse, le prĂ©sident Pompidou qui invite Thierry Le Luron pour Ă©gayer un repas ministĂ©riel, les deux dĂ©laissĂ©s qui se rencontrent par hasard et dinent ensemble pour ne plus se quitter sans oublier la remarque cinglante et surprenante de l’épouse de Thiers
 voici autant d’anecdotes pour vous distraire et ĂȘtre racontĂ©es par la suite Ă  vos convives et amis


Car, disons-le clairement, ce livre n’est pas une somme intellectuelle ou artistiques pour dĂ©fendre une thĂšse en sciences sociales mais bien une collation de petites histoires qui ne demandent qu’à continuer leurs vies par le rĂ©cit oral au coin du feu
 Bon, mĂȘme s’il n’y a plus de feu de nos jours, on peut quand mĂȘme se parler, raconter et captiver son auditoire dans le salon, sur la terrasse, Ă  la plage, Ă  l’ombre d’un gros chĂȘne ou les pieds dans la piscine !

Alors comme l’étĂ© c’est fait pour lire, comme c’est aussi le moment de prendre le temps de se parler paisiblement, je pense que cet ouvrage pourrait vous faire rire et apporter du plaisir autour de vous


Bonne lecture !

Patman
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30/06/2025 @ 15:13:14
Ah, Marc Pasteger... encore un parti trop tĂŽt. Une sorte de Pierre Bellemare Ă  la belge qui racontait des jolies histoires. Merci Shelton de nous le faire revivre un peu.

Shelton
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01/07/2025 @ 07:41:19
L’étĂ© c’est fait pour lire et pourquoi ne pas profiter de cette pĂ©riode pour rĂ©viser un peu notre histoire nationale, pas par esprit nationaliste mais plutĂŽt pour nous souvenir d’oĂč nous venons


C’est vrai que, parfois, la rĂ©alitĂ© peut se rĂ©vĂ©ler fort diffĂ©rente des savoirs enseignĂ©s Ă  l’école ou dans la famille. Chez nous, il y avait un mĂ©lange ambiant de catholicisme et de monarchisme bon teint. Le roi de France Ă©tait dĂ©crit comme le reprĂ©sentant de Dieu dans le royaume mĂȘme si la conversion rĂ©publicaine avait bien eu lieu sous LĂ©on XIII et son ralliement. Il n’en demeure pas moins que l’on ne parlait ni des maitresses des rois, ni des assassinats familiaux, ni des trahisons perverses, ni des divorces royaux et encore moins des remariages
 Et je ne parle pas des dĂ©penses excessives, des guerres, des colonies, de l’esclavagisme ni surtout de la valeur humaine de la femme Ă  la cour de France
 Une femme n’était qu’un utĂ©rus en puissance, la loi salique exigeait mĂȘme que les enfants soient des mĂąles
 Le « reste » Ă©tait sans importance !

Alors oui, relire l’histoire de France pourrait ĂȘtre une bonne rĂ©solution estivale et je vous propose de commencer par une sĂ©rie de bandes dessinĂ©es scĂ©narisĂ©e par Jean-Pierre PĂ©cau, La couronne de France. Il y aura cinq album et trois sont dĂ©jĂ  sortis. Dans chaque album, deux rĂ©cits complets, deux portraits, deux aventures mĂȘme car avouons que la vie de Philippe Auguste ou celle de Charles VIII sont bien des grandes aventures dignes d’un rĂ©cit en bande dessinĂ©e ! L’auteur a choisi de traiter des monarques ayant rĂ©gnĂ© entre 1165 et 1774, soit environ 500 ans d’histoire ! On ira ainsi de Philippe II dit Philippe Auguste Ă  Louis XV le Bien aimĂ©. C’est aussi une façon de passer d’un roi qui reçoit un royaume petit et fragile Ă  un roi qui hĂ©rite d’un grand royaume prĂȘt Ă  sombrer dans la RĂ©volution
 Une grande boucle


J’ai beaucoup aimĂ© cette sĂ©rie et en particulier ce premier album qui s’ouvre sur le rĂ©cit de la vie de Philippe Auguste. Ce roi dont on connait beaucoup plus le nom que sa vie, fut un monarque actif, guerrier, et Ă  la vie privĂ©e assez complexe
 Il finira d’ailleurs par provoquer l’interdit pontifical sur le Royaume de France car devenir bigame aux yeux de l’Eglise n’était pas acceptable pour le pape
 Philippe Auguste ce fut aussi une croisade, une guerre perpĂ©tuelle contre Richard CƓur de Lion et la fameuse grande bataille de Bouvines, celle que l’on nous prĂ©sentait jadis comme le symbole de l’unitĂ© française face aux ennemis europĂ©ens


On pourra complĂ©ter cette lecture par la biographie de John Baldwin (Philippe Auguste) ou celle de RĂ©gine Pernoud (Richard CƓur de Lion), deux façons d’enrichir notre mĂ©moire sur cette France naissante
 Alors, comme l’étĂ© c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
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02/07/2025 @ 06:13:38
L’étĂ© c’est fait pour lire et j’avais dit que je reviendrai trĂšs vite en compagnie d’HonorĂ© de Balzac, me voici donc de retour en sa compagnie, plus exactement de ses livres et de sa ComĂ©die humaine.

Lorsque j’ai visitĂ© la Maison de Balzac, avec une excellente visite-confĂ©rence, un des points forts avait Ă©tĂ© l’exposition temporaire sur le mariage au XIX° siĂšcle. Il faut avouer que lorsque l’on Ă©tudie Balzac en seconde, pour moi durant l’annĂ©e scolaire 1972-1973, le mariage n’est pas le sujet principal. Loin de lĂ . Pourtant, sans faire de Balzac ni un contemporain, ni un fĂ©ministe, ni un homme attentif Ă  toutes les anomalies de son temps, avouons que cet Ă©crivain est assez ouvert Ă  la condition de la femme, Ă  la rĂ©alitĂ© du mariage bourgeois, au manque drastique de libertĂ© de ces Ă©pouses qui se retrouvent ligotĂ©es par le « lien sacrĂ© du mariage ».

Dans cette exposition, en partant de phrases des romans de Balzac et de gravures du XIX° siĂšcle, on entre dans la rĂ©alitĂ© de la vie des femmes bourgeoises du siĂšcle. Attention, je dis femmes bourgeoises car on ne parle pas dans cette exposition des femmes qui travaillaient dans des usines, qui se tuaient Ă  Ă©lever des enfants ni des quelques femmes artistes. Ici, on parle de la bourgeoisie, des femmes qui faisaient l’objet de mariages de raison avec des hommes globalement plus ĂągĂ©s
 Parfois mĂȘme des femmes vendues au plus offrant


Balzac Ă©tait si fin et attentif Ă  la situation de ces femmes qu’il osa utiliser une expression qui depuis est devenu classique : le viol au sein du couple. D’ailleurs, il recommandait aux jeunes hommes qui souhaitaient crĂ©er un couple de ne surtout pas commencer par un viol
 C’est dire !

Alors, a-t-il laissĂ© une trace de cette vision de la femme dans ses romans ? Oui, c’est Ă©vident mĂȘme s’il ne faut pas s’attendre Ă  une modernitĂ© totale et un fĂ©minisme absolu. Par exemple, dans La femme de trente ans il raconte la vie de Julie de Chastillon qui commence par un mariage calamiteux
 Souvent, surtout de son temps, on a critiquĂ© la construction de ce roman, son Ă©criture, son manque de clarté  En fait, il est truffĂ© de moments forts et essentiels mais probablement encore trop inaudibles du vivant de Balzac. Aussi, la vie de Julie qui subit la violence sexuelle, la frustration par manque d’orgasme, le mari trompeur et fier de l’ĂȘtre
 pire, alors qu’un jeune lord anglais tombe amoureux d’elle, elle rĂ©sistera Ă  l’envie par respect des rĂšgles de la biensĂ©ance provocant ainsi la mort de l’Anglais ! DerriĂšre, ce constat, on sent bien que Balzac souhaiterait un monde meilleur dans lequel les femmes seraient mieux prises en compte, seraient Ă©duquĂ©es et prĂ©parĂ©es Ă  cette vie en couple et oĂč les hommes seraient en quelque sorte plus humains, tout simplement


La femme de trente ans n’est pas mon roman le plus cher de la ComĂ©die humaine mais, puisque l’étĂ© c’est fait pour lire, c’est une façon de dĂ©couvrir Balzac en dehors de certains clichĂ©s


Shelton
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03/07/2025 @ 07:15:25
L’étĂ© c’est fait pour lire et rien de tel qu’un bon roman policier pour une pause lecture en plein Ă©tĂ© ! Seulement, voilĂ , le choix n’est pas si aisĂ© que cela car il y a de trĂšs nombreux genres (ou types) de romans policiers et on n’est surtout pas obligĂ© de tous les lire, de tous les aimer
 Polars classiques, thrillers, cosy mysteries, whodunit, romans policiers historiques, polars psychologiques, romans noirs, romans rouges (catĂ©gorie personnelle dont j’ai dĂ©jĂ  parlĂ© et que j’aborderai encore prochainement), romans policiers sociaux
 Bref, il y en a pour tous les goĂ»ts, sans aucun doute, et je vais prendre le temps tout au long de l’étĂ©, de vous en proposer beaucoup car je pense que le polar estival, sans ĂȘtre une catĂ©gorie officialisĂ©e par les Ă©diteurs et les libraires, n'en demeure pas moins une rĂ©alitĂ© pratiquĂ©e !

Aujourd’hui, nous allons ouvrir un roman que l’on pourrait ranger dans la boĂźte des cosy mysteries ou dans celle des romans hommage Ă  Agatha Christie (encore une pseudo catĂ©gorie que je me permets d’instaurer cet Ă©tĂ© !). Tout d’abord un cosy mystery car l’enquĂȘteur principal est un groupe de quelques amateurs de romans policiers. C’est Alicia Finlay qui en est l’instigatrice car elle est lassĂ©e depuis trop longtemps par son club de lecture qui ne s’intĂ©resse pas assez (du moins Ă  son goĂ»t) au roman policier. Elle arrive donc Ă  crĂ©er son club et Ă  dĂ©cider tout le monde de se pencher comme premier roman sur « Les vacances d’Hercule Poirot ». On comprend bien dĂšs lors qu’il s’agit aussi d’un roman hommage Ă  Agatha Christie. C. A. Larmer, la romanciĂšre, est nĂ©e en Papouasie-Nouvelle GuinĂ©e, installĂ©e aujourd’hui en Australie, propose avec « Ils Ă©taient sept » le premier roman d’une sĂ©rie (cinq romans sortis en langue française Ă  cette date) qui mĂ©rite tout l’attention des lecteurs qui aiment les policiers classiques basĂ©s sur la question fondamentale : qui a tuĂ© ?

Mais comme dans ce premier roman, on a un membre du club qui est victime d’une tentative d’assassinat puis un autre qui disparait, nos amateurs de romans policiers vont se lancer dans l’enquĂȘte. C’est lĂ  que C A Larmer sera subtile : faire agir ses hĂ©ros sans exagĂ©ration et en les laissant acteurs efficaces pour que le roman et l’enquĂȘte restent passionnants. Je crois pouvoir dire qu’elle y arrive plutĂŽt bien pour une premiĂšre tentative, ce sera mĂȘme meilleur avec les romans suivants mais on aura le temps d’en reparler, promis !

CĂŽtĂ© des personnages que l’on retrouvera rĂ©guliĂšrement dans cette sĂ©rie, il n’y a pas que cette jeune femme Alicia Finlay, il y a Lynette sa sƓur. Les deux sƓurs vivent dans la mĂȘme maison et elles ont un chien, Max. Quant aux membres que vous dĂ©couvrirez en mĂȘme temps que Lynette et Alicia, il y aura Perry, Claire, Anders, Missy
 et le jeu sera bien sĂ»r de trouver l’énigme plus rapidement qu’eux avec les mĂȘmes indices !

La traduction est plutĂŽt bonne, la lecture aisĂ©e et agrĂ©able, le tout pouvant ĂȘtre glissĂ© dans la valise de vacances sans aucun souci ! Alors, comme l’étĂ© c’est fait pour lire, partez en Australie avec ce club d’amateurs de romans policiers !

Shelton
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04/07/2025 @ 08:13:02
L’étĂ© c’est fait pour lire et le roman est certainement une des formes les plus apprĂ©ciĂ©es durant cette pĂ©riode estivale. C’est pour cela que je tente d’en trouver rĂ©guliĂšrement en portant mon attention sur la variĂ©tĂ© des thĂšmes et du traitement. Cette fois-ci, avec le dernier de Laure Manel, Nos Ă©toiles filantes, nous allons Ă  la fois voyager dans la psychĂ© humaine et dans l’espace. En effet, nous aurons deux Ă©lĂ©ments diffĂ©rents, le deuil que devra rĂ©aliser Fanny et la dĂ©couverte du Canada


Sans dĂ©voiler tous les dessous de ce trĂšs beau roman, disons que Fanny Ă©tait sur le point de se marier avec Hadrien quand un grave accident fait qu’elle se retrouve seule : son chĂ©ri et ses meilleurs amis disparaissent, elle est la survivante. Elle est alors atteinte de ce questionnement bien connu de tous ceux qui ont survĂ©cu Ă  un drame : pourquoi suis-je encore lĂ  ?

Elle doit donc commencer un long pĂ©riple intĂ©rieur pour pouvoir, ce qu’espĂšrent ses proches, reprendre sa vie, se reconstruire. Sa mĂšre en particulier souhaiterait retrouver sa fille d’antan
 L’important, pour elle, c’est qu’elle n’est pas morte !

Ce chemin, aprĂšs le moment de la colĂšre et de la dĂ©sespĂ©rance, passera par un mariage posthume – dĂ©marche particuliĂšre – et un voyage pour le Canada, un projet initiĂ© par Hadrien de son vivant
 C’est donc ainsi qu’aprĂšs son « mariage », elle prend le chemin du QuĂ©bec avec un visa spĂ©cial un PVT (Permis vacances travail) valable deux ans
 Ce sera les deux ans de la reconstruction !

Durant ces deux annĂ©es, Fanny va retrouver le sens de la vie, elle va dĂ©couvrir la nature avec sa force et son Ă©nergie, elle va mĂȘme comprendre que la vie pourrait un jour reprendre. Attention, pas comme avant, mais comme aprĂšs
 Une nouvelle Fanny en quelque sorte.

Attention, ici, on n’est pas dans un roman « bisounours » oĂč redeviendrait merveilleux avec une vie qui serait toujours positive et constructive, sans aucun questionnement, sans aucun doute
Les doutes sont toujours lĂ  et Fanny n’est pas dans un paradis terrestre, elle est dans la vie, la vraie vie, tout simplement
 C’est pour cela que la romanciĂšre, Laure Manel, propose une fin particuliĂšre que chacun pourra Ă©crire selon son inspiration, son humeur, son instinct
 Les deux ans, symboliquement, marqueront la fin du deuil mais ouvrirons un nouveau chapitre et j’ai beaucoup aimĂ© l’idĂ©e que ma « fin » ne soit pas nĂ©cessairement la mĂȘme que pour d’autres lecteurs
 Mais, je ne vous en dis pas plus.

J’ai beaucoup aimĂ© le style de l’autrice, j’ai pris beaucoup de plaisir Ă  lire ces Ă©toiles filantes et je crois important que nous ayons tous quelque part nos propres Ă©toiles filantes pour nous protĂ©ger, nous aider, nous accompagner
 Une belle histoire estivale et donc, comme l’étĂ© c’est fait pour lire, bonne lecture !

Shelton
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05/07/2025 @ 11:26:42
L’étĂ© c’est fait pour lire et bien souvent je vous invite Ă  lire des ouvrages historiques. Mais pourquoi ? En effet, on dit, parfois dans la mĂȘme discussion et sans frĂ©mir, que l’histoire ne se rĂ©pĂšte jamais et que pour comprendre le prĂ©sent il faut connaitre le passé  Mais si les choses ne rĂ©pĂštent pas Ă  quoi peut bien servir l’étude du passĂ© ? Probablement que dans la rĂ©alitĂ© les deux adages se complĂštent et s’enrichissent
 Mais si vous vous souvenez bien, c’est un sujet que j’ai dĂ©jĂ  abordĂ© et si j’y reviens encore c’est qu’il est grandement d’actualité 

J’ai lu il y a quelques semaines, Ă  cause des interventions internationales de ce cher prĂ©sident Donald Trump, le « Munich 1938, la paix impossible » de Maurizio Serra. Le livre date de 2024, donc trĂšs rĂ©cent et il est signĂ© du premier Italien Ă  entrer dans l’AcadĂ©mie française (Ă©lu le 9 janvier 2020). Cet ouvrage revient sur une pĂ©riode dont on parle beaucoup depuis quelques annĂ©es mais ce qui est important c’est de bien comprendre l’état d’esprit d’un certain nombre d’acteurs politiques de ces annĂ©es d’avant-guerre et de voir comment les choses semblent se rĂ©pĂ©ter
 Se « rĂ©pĂ©ter » ne signifie pas que tout est semblable, que tout se finira de la mĂȘme façon mais cela devrait pousser certains Ă  prendre conscience que parfois les mĂȘmes causes provoquent les mĂȘmes effets, ce qui, dans le cas de la Seconde guerre mondiale, n’est peut-ĂȘtre pas trĂšs rĂ©jouissant

Je pointe quelques points avec modestie et simplicitĂ©, chacun devant se faire son idĂ©e aprĂšs lecture et rĂ©flexion
 Le premier point, pour moi, c’est d’oublier quand on parle de paix, voire de partage de territoire, de convier autour de la table tous les acteurs concernĂ©s. Comment pouvait-on imaginer que les absents donnent leur accord Ă  des actes qui les privaient de tout ce qui fait une nation libre : un peuple, un territoire reconnu et protĂ©gĂ©, une paix durable, un avenir « radieux ». Comment aujourd’hui, Trump et Poutine peuvent imaginer que l’Ukraine pourrait accepter une paix construite sur son dĂ©membrement au profit des Russes dĂ©cidĂ© en leur absence, sans Ă©couter leurs dolĂ©ances ? Parfois les grandes nations, les empires, ne se rendent pas compte que le monde est un ensemble de trĂšs nombreuses nations qui ont des droits inaliĂ©nables Ă  l’existence, Ă  la paix, Ă  la liberté 

Lors de cette pĂ©riode de la fin des annĂ©es trente, des nations ont fait les frais de cette « gourmandises » des empires
 Autriche, TchĂ©coslovaquie, Pologne
 Mais souvent, un certain nombre d’acteurs ont montrĂ© leur faiblesse, leur manque de courage, leur vision Ă  court terme
 Un peu comme aujourd’hui vis-Ă -vis de l’Ukraine, la Palestine, le Soudan
 On veut bien signer un texte de colĂšre verbale mais pas s’engager complĂštement
 On veut bien donner du matĂ©riel de guerre mais pas mourir pour Kiev
 et tout cela rappelle malheureusement cette pĂ©riode d’avant-guerre et jamais le sous-titre du livre de Maurizio Serra n’a Ă©tĂ© aussi vrai et actuel : La paix impossible !

Puisque l’étĂ© c’est fait pour lire je ne peux donc que vous conseiller de vous replonger dans cette pĂ©riode de Munich 1938 mĂȘme si cela peut affecter un peu votre moral !

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