Le maître de Colm Tóibín

Le maître de Colm Tóibín
( The master)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Eireann 32, le 5 octobre 2005 (Lorient, Inscrit le 7 novembre 2004, 70 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 317ème position).
Visites : 2 191  (depuis Novembre 2007)

Un homme, un écrivain

Colm Toibin est journaliste et écrivain déjà auteur de 5 romans traduits en Français.
Biographie romancée de Henry James, nous le suivons sur 5 années de sa vie. N’ayant jamais lu Henry James, je ne suis pas forcément le mieux placé pour en parler ? Ce livre commence en 1895, James vient de subir un échec cuisant au théâtre. Wilde lui triomphe. Henry James part en Irlande, des évènements graves semblent se profiler à l’horizon, mais la gentry britannique danse. Wilde chute, James se remet au travail.
Puis nous partons avec l’auteur dans ses périples à Londres, dans la campagne anglaise, puis en Italie. Sa vie de tous les jours, très ordinaire, les problèmes de déménagement, les employés de maison qui boivent etc. Ses ennuis de santé aussi. Mais surtout sa solitude, comme si le choix était «La vie ou la carrière».
Les personnages de ce livre sont James lui-même, ses souvenirs de jeunesse aux Etats-Unis, sa famille ou ce qu’il en reste. Le dernier épisode sur la venue de son frère en Europe est un des plus beaux avec les passages concernant la guerre de Sécession américaine. Les classes artistiques et aisées des anglo-américains résidant en Europe font partie de ses connaissances. Mais ses intimes sont rares, la mort de sa sœur et la disparition tragique de son amie Constance Fenimore sont des étapes dans sa vie qui l’isolent un peu plus.
Contance est un personnage magnifique, écrivain, américaine, elle aura une relation ambiguë avec Henry James pendant des années, son suicide laissera des traces. James est seul, sa vie parait terne, l’écriture uniquement semble lui procurer un plaisir certain, comme s’il vivait par l’entremise de ses personnages imaginaires qu’il puise souvent dans ses fréquentations.
Une écriture de qualité, très dépouillée et de lecture aisée. A noter que Henry James étant un amoureux de Venise, la superbe couverture qui s’imposait : Un tableau de Turner : San Benedetto (Venise). Pour moi une très bon livre, mais j’attends l’avis des spécialistes de Henry James.

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Les éditions

  • Le maître [Texte imprimé] Colm Tóibín traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson
    de Tóibín, Colm Gibson, Anna (Traducteur)
    R. Laffont / Pavillons (Paris. 195?)
    ISBN : 9782221102091 ; EUR 22,00 ; 01/08/2005 ; 427 p. ; Broché
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Un bel enterrement

6 étoiles

Critique de Granada (Bruxelles, Inscrit le 26 avril 2008, 53 ans) - 26 mai 2008

Si l’on compare le livre de Colm Toibin et celui de David Lodge sur un sujet identique, Henry James bien sûr mais en plus de la même période, je dirais que celui de Lodge donne vraiment envie de (re)découvir Henry James, en le considérant comme un auteur plaisant et vivant.
Toibin est sans doute plus fiable historiquement mais on s’y ennuie souvent. Par moment, il semble presque pasticher James, tenter de retrouver son style et sa vision des choses. Dans ses remerciements, il note : « Je tiens à préciser que j’ai émaillé le texte d’expressions et de phrases tirées des écrits de Henry James et de sa famille ». C’est très perceptible dans ce roman, un peu trop peut-être tant le rythme est languissant et funèbre, un peu pesant comme peut l’être le portrait d’un Maître ancien. Un bel enterrement en fait…

L’occasion rêvée ...

7 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 25 mai 2008

de comparer deux bouquins sur le même thème, deux fictions biographiques dédiées à Henry James, sorties en 2004 à quelques mois d’intervalle : Le Maître de Colm Toibin et L’Auteur ! l’Auteur ! de David Lodge.

Chaque chapitre est dédié à un thème, par exemple l’achat de la résidence Lamb House, l’amitié avec Constance, le parfum de scandale autour d’Oscar Wilde, la jeunesse de James avant son départ pour l’Angleterre.

James est un solitaire, il fuit les regards indiscrets des autres et les situations conflictuelles. Il prend ses distances comme s’il voulait se préserver d’un trop lourd engagement. Mais il y a là une ambivalence, James n’est pas un ermite, car il glane dans son entourage des scènes qui lui servent comme source d’inspiration ; d’autre part, il est sensible à l’accueil réservé à ses romans.

Tout est dans l’allusion, le détail, les non-dits lorsque Toibin évoque le supposé penchant homosexuel de son héros, conjugué à sa peur de qu’en dira-t-on. Cet aspect est abordé avec subtilité et pudeur. On lit sur Wikipedia que Toibin est gay. Mais, à mon avis, cela reste anecdotique pour la compréhension du roman.

Une écriture en filigrane qui développe lentement sa séduction. La comparer au roman de D. Lodge, voilà une belle piste de réflexion. On trouve des épisodes presque identiques, comme l’amitié avec Constance. Quant aux différences, elles sont très nombreuses. L’amitié et la concurrence avec Du Maurier sont absents du roman de Colm Toibin ; tandis que la complicité avec le jeune sculpteur Andersen ou les ennuis avec les domestiques sont absents du roman de Lodge.

L’Auteur l’Auteur est écrit dans un registre plus accessible. J’ai surtout apprécié la réflexion sur le succès momentané d’une oeuvre confronté à sa valeur pérenne.

David Lodge a été bouleversé par la situation de concurrence avec Colm Toibin. Le Maître est sorti six mois avant L’Auteur L’Auteur, a reçu les meilleures critiques et a été nominé pour le Booker Prize. Lodge avoue sa déception dans un recueil d’essais intitulé Dans les coulisses du roman.

Portrait d'Henry James

8 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans) - 7 mars 2008

A signaler la parution chez 10/18 de la version poche de cet ouvrage (8 euros) sous l'ISBN 2264043164 (avec Venise, aussi, en photo de couverture).

"Guy Domville" est un échec retentissant dont Henry James, son auteur, ne se relève pas. Il fuit l'Angleterre, se réfugie en Irlande où il aspire à une tranquilité réparatrice et à un retour de l'inspiration.
Ce sont ces années que Colm Toíbín narre et réinvente pour nous, dressant le portrait d'un homme blessé qui reprend le dessus.
Colm Toíbín connaît l'oeuvre de James, il l'apprécie et ça se sent dans ce roman biographique. Une admiration qui passe aussi par une certaine forme de remontrance, il n'hésite pas à brocarder le dramaturge et en accentuer les défauts, tout en lui témoignant parallèlement une véritable affection et une profonde reconnaissance.
Il y a des personnages étonnants et de très beaux passages, une implication totale de l'auteur dans on sujet, au point qu'on finit par confondre les deux et ça offre au lecteur la possibilité de s'immerger complètement dans l'histoire, en dépit d'une avalanche de détails parfois superflus et de certaines longueurs.
C'est également l'occasion de se (re)plonger dans cette ambiance culturelle londonienne, l'agitation des salons et des théâtres, les apparences et l'hypocrisie qui accompagnent le tout.

Une fiction biographique

7 étoiles

Critique de Bluewitch (Quelque part sous les étoiles, entre Bruxelles et Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 38 ans) - 1 octobre 2006

Un roman déroutant, laissant une sensation ambivalente de qualité et d’ennui. Une écriture irréprochable, narrative, certes, mais totalement dans le ton du récit. Une structure complexe, faite de flash-backs et de bonds en avant, mais gardant pourtant une certaine fluidité.
En résumé, un livre bien écrit, au contenu intéressant mais malheureusement non dépourvu de longueurs… Beaucoup de digressions, l’auteur s’étend souvent, avec lenteur, sur des événements anodins, sur des caractéristiques qui, tout en nous informant davantage sur le « personnage James » et n’étant pas fondamentalement inutiles, alourdissent un récit déjà bien consistant.
Je ne cacherai pas qu’il m’a fallu du temps pour en venir à bout, mais jamais un instant l’idée ne m’a effleurée d’abandonner. Et je ne pense pas que ce soit du masochisme… car Tóibín maîtrise et conte, et ça, c’est déjà très bien.

Un homme et son temps

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 12 janvier 2006

Sans être un pré-requis, il est en effet probablement préférable d’avoir lu quelques œuvres de Henry James, surtout « Le tour d’écrou », avant d’entreprendre la lecture de cette courte période de la vie de l’écrivain américain, justement alors que James travaillait sur cette histoire subtile de fantômes, révélatrice de ses humeurs à l’époque.

D’emblée je dirais que, comme un jardin anglais, il s’agit de quelque chose de joli, mais aussi de bien tranquille. Le portrait mélancolique d’un homme solitaire qui évolue dans une bourgeoisie puritaine. L’intérêt provient de la justesse du ton. Toibin n’a évidemment pas connu Henry James, mais tout au long de son récit, j’ai eu l’impression de partager son intimité. De même, Toibin semble avoir cerné parfaitement le paradoxe de James, appelé par son métier à s’exprimer sur les profondeurs de l’âme humaine et qui pourtant était un personnage renfermé, intérieur et secret, notamment lorsqu’il est question de son orientation sexuelle.

Ce n’est pas un roman haut en couleur, ni enivrant. Cependant, l’écriture est superbe, peaufinée pour faire honneur au Maître dans ce qui est un véritable témoignage d’amour d’un artiste pour un autre.

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