Suite française de Irène Némirovsky

Suite française de Irène Némirovsky

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Monito, le 18 octobre 2004 (Inscrit le 22 juin 2004, 45 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 44 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (106ème position).
Discussion(s) : 4 (Voir »)
Visites : 13 963  (depuis Novembre 2007)

pas de fin malheureusement

L'histoire de ce manuscrit mériterait à elle seule un autre roman. Inconnu pendant plus de 60 ans, ce roman d'Irène Némirovsky voit le jour comme un hommage qu'une fille peut rendre à sa mère, comme un témoignage dont l'humanité et les Français particulièrement ne sauraient se passer.
Roman et verbatim historique, cette Suite Française, découverte récemment, perturbe. En pleine débâcle, en pleine occupation, directement menacée, Irnèe Némorovsky dépeint ces moments de notre histoire sous un angle d'une humanité touchante, d'une humanité dégoutante.
La galerie de portraits de ces femmes et de ces hommes jetés sur les routes de France au moment de l'exode, à une deuxième partie qui dépeint davantage les deux premières années d'occupation, tout nous confirme que nous fûmes sans doute 40 millions de pétainistes...
De cette période plus que trouble où l'auteure va perdre la vie, elle ne perd pas une miette de la société qui l'entoure. Du couple simple aux grands bourgeois en passant par quelques paysans, cette francoscopie est bouleversante autant qu'écoeurante.
La veulerie, la mesquinerie, l'égoisme et le chacun pour soi ressortent crument de la première partie.
Dans un second temps, nous nous réconcilions avec la nature humaine, nous quitttons un manichéisme facile. La finesse d'analyse de cette femme menacée dans sa chair parce que juive, sur les rapports entre hommes et femmes qu'ils fussent français ou allemands est une promesse: la promesse que dans ses pires moments, l'Homme peut quand même faire preuve de grandeur...non d'humanité.
Enfin, le style d'I Némirovsky: un vocabulaire riche, un amour de la langue perceptible dans les moindres détails, donnent à cet ouvrage contemporain, parce que lu pour la première fois 60 ans après avoir été écrit, une véritable originalité: on écrit plus comme cela...

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Un coup de coeur

10 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 45 ans) - 10 août 2017

J'ai lu ce livre en quelques jours, certes j'ai le temps, je suis en vacances mais quand même. L'ouvrage m'a happée. Je ne connaissais presque rien de la débâcle pendant la guerre, ni de l'exode. Que de mesquineries, de coups bas, de traîtrises! Un livre comme celui-là nous met face à notre propre humanité et à notre propre lâcheté. Aurions-nous été meilleurs, plus héroïques, plus courageux? Sans doute pas. A lire absolument, à conseiller aussi!

Un roman dans un roman

7 étoiles

Critique de Valotte (, Inscrite le 31 décembre 2011, 53 ans) - 17 juillet 2016

Le roman a été écrit pendant la période même qu'il décrit, dans une simultanéité qui confère à l'oeuvre une qualité documentaire et historique, mais qui surtout nous fait penser en permanence au destin de l'écrivaine, à sa vie interrompue brutalement en même temps que l'histoire qu'elle raconte. On ne connaîtra pas la fin de l'histoire d’Hubert, de Lucile, des Michaud et tous les autres. On connait celle de l'auteur, et au fil de la lecture, on sait qu'approchent son arrestation, son arrachement à sa famille et sa déportation.
L’histoire du manuscrit retrouvé est elle-même digne d'un roman. Elle est racontée dans l'introduction, complétée des correspondances qui attestent des efforts collectifs pour sauver Irène, puis, l'espoir de la sauver étant perdu, pour assurer un avenir à ses filles.
J'imagine qu'Irène Némirovsky n'aurait pas apprécié qu'on qualifie de chef-d'oeuvre son roman incomplet. Mais on peut rêver au chef-d'oeuvre qu'elle aurait pu écrire, à tous les suivants, et à la vie qu'elle aurait pu vivre.

Hommage.

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 7 février 2016

Sur le thème de la seconde guerre mondiale, la fille d'Irène Némirovsky retravaille un manuscrit écrit par sa mère.
Le livre se présente en deux parties : D'abord "Tempête en juin" qui raconte l'invasion allemande et l'exode de ceux qui fuient. L'aspect le plus marquant est la description d'une guerre à deux vitesses. Celle des pauvres et celle des riches. Cette vision donne une perception oubliée de ces moments troubles.
La seconde partie c'est "Dolce". Un village français occupé, les logements réquisitionnés par les officiers et par la force des chose les contacts entre des gens qui se haïssent. C'est très habilement présenté, avec beaucoup de pudeur.
Le texte reste inachevé mais l'essentiel a sans doute été écrit.

Irène Némirovsky, née le 24 février 1903 à Kiev, morte le 17 août 1942 à Auschwitz.

Magnifique !

10 étoiles

Critique de JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 49 ans) - 14 juin 2015

Comment ne pas être ébloui par cette vision (écrite à chaud et pourtant déjà pleine de recul) du début de la deuxième guerre mondiale en France ?

Ce roman, hélas inachevé, pour cause d'arrestation et de déportation de l'écrivain, comprend 2 parties achevées sur les quatre projetées par Irène Nemirovsky.

La première partie est relative à la débâcle de juin 1940 à travers le destin de plusieurs familles ou personnages représentant plusieurs milieux de la société parisienne. Ça prend vraiment aux tripes, c'est terriblement réaliste et d'une grande richesse psychologique.

La deuxième partie raconte le début de l'occupation un an plus tard, dans un petit village. Les personnages principaux ont été croisés dans la première partie (ils ont hébergé une partie des protagonistes de la première partie lors de leur exode de juin 1940).

On devine à la fin de cette seconde partie que l'auteur souhaitait poursuivre sa narration par l'arrivée à Paris d'un jeune paysan du village qui cherche à échapper à la traque de l'occupant après avoir tué un officier allemand et à rejoindre la résistance.

Je suis particulièrement intéressé par la guerre quarante (notamment par la débâcle et l'occupation) de par sa proximité temporelle (mes parents les ont connues) et par ce qu'elle peut révéler de la nature humaine. J'ai été comblé par ce grand roman.

Un dernier mot sur le style d'Irène Nemirovski qui est splendide, tout à la fois précis, poétique et d'une grande densité psychologique. On est très loin du manichéisme souvent de mise dans les récits concernant cette époque.

C'est d'autant plus poignant quand on sait que l'écrivain est morte en déportation après avoir été arrêtée en 1942 en laissant ce roman inachevé...

Le premier versant de la deuxième guerre mondiale

9 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 44 ans) - 1 janvier 2015

Nous avons tous étudié la deuxième guerre mondiale et connaissons les grandes étapes. Mais la littérature et le cinéma nous ont surtout présenté l’occupation avec la Résistance puis la Libération. Cet ouvrage apporte un éclairage sur la première phase : la débâcle, de façon tragique et réaliste loin de l’image grand-guignolesque de la 7ème compagnie, puis les débuts de l’occupation.

Dans la première partie, nous voyons la débâcle vécue par différents protagonistes issus de différentes couches de la société, montrant comment ce choc a pu être vécu de l’employé de bureau aux derniers représentants de l’aristocratie. La seconde partie se déroule dans un petit village : de nombreux hommes sont morts ou encore prisonniers, les femmes font tourner les fermes comme elles peuvent, une brigade allemande stationne. Comment sont-ils accueillis, considérés, comment les relations se mettent en place pour le maire, les notables, les commerçants… Dans les deux parties, c’est étonnamment juste psychologiquement, à peine appuyé pour bien camper chaque personnage et chaque situation, avec les lâchetés, les arrangements, les compromissions puisqu’il faut bien vivre avec la réalité.

Le roman est d’autant plus juste qu’il a été écrit entre 1941 et 1942, achevé juste avant qu’Irène Némirovsky ne soit déportée à Auschwitz, pas modifié à la lumière des événements qui ont suivi. C’est donc une fresque peinte sur le vif, un regard porté par une observatrice incisive et lucide, parfois ironique, un témoignage écrit par petites touches dans un français très pur qu’il faut absolument avoir lu.

Un autre regard

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 50 ans) - 24 mai 2014

Qu'il est dommage qu'Irène Némirovsky n'ait pas eu le temps de terminer ce projet d'écriture, à savoir 5 tomes.

"Tempête en juin", première partie de cet ouvrage, m'a beaucoup plu par son rythme d'écriture. Cette partie dépeint l'histoire de nombreux personnages au cours de l'exode, leurs réactions, leurs craintes, leurs déboires et malheurs. Pour certains, le destin est dramatique. Pour d'autres, on peut imaginer, et d'ailleurs on l'apprend par le biais des annexes jointes à "Suite française", qu'on aurait pu les retrouver au cours des prochains tomes.

"Dolce" m'a paru beaucoup plus lent. Ce roman se passe pendant l'occupation, les allemands s'installent chez les habitants, s'imposent et disposent de presque tout. Que cette période a dû être pénible ! On sent ce sentiment de gêne tout au long de l'histoire. Lucile m'a inquiétée, beaucoup, au fil des pages je me demandais où elle allait, comment elle réagirait, ce qui se passerait ensuite. Pas de réel suspense, mais un intérêt certain pour cette jeune femme courtisée par l'Officier allemand qui vivait dans sa demeure.

De grands regrets sincères que cette oeuvre soit inachevée. Elle offre un autre regard sur la seconde guerre mondiale en France.

Ils connaissent pas la vie

8 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 20 mai 2014

Le thème principal du roman est la différente perception de la guerre au niveau des classes sociales et le contrastes entre les visions globales de groupe et les agissements personnels, « sans prendre parti ».

Dans tempête de juin, la première partie retraçant l’exode de plusieurs familles, les notions de biens et de possessions passent au-delà des valeurs morales ou patriotiques. (page 56 « qui pensait aux malheurs de la Patrie ? Pas ceux-là, pas ceux qui partent ce soir. La panique abolissait tout ce qui n’était pas instinct, mouvement animal frémissant de la chair. »)
L’important pour les aristocrates, au-dessus de la notion de survie, reste, de ne pas se mélanger avec les autres classes sociales. Sur le chemin de l’exode, ils ne partagent leur pain qu’avec une personne de niveau égal. Ceci vaut aussi pour le peuple: «On ne devrait pas prendre une fille de l’Assistance, on ne sait pas d’où ça vient. Ce qu’il imaginait, ce qu’il redoutait ce n’était pas quelque ascendance d’alcoolique ou de voleuse, mais cela, ce sang bourgeois qui la faisait soupirer : Ah ce qu’on s’ennuie a la campagne ! page 273)
L’anarchie et le manque de repères est magnifiquement orchestrée avec la mort du curé Philippe chapitre 25. La révolte des enfants sans famille envers ce prêtre de remplacement, représentant l’autorité mais aussi la bonté gratuite, qui en ces temps de guerre, ne sont pas les bienvenus.


Dans Dolce, la seconde partie décrivant les trois mois d’occupation d’un village par les soldats allemands, les valeurs morales patriotiques sont remplacées par l’avidité des intérêts individuels de chacun. Le soldat allemand n'est pas représenté comme le symbole du nazisme ou un barbare sauvage mais comme un être humain, un homme, cultivé ou bien élevé. Contraste entre la propagande ou d'autres oeuvres de l'époque, Irène Némirovsky choque peut-être, mais elle "approfondit la vie quotidienne, affective et surtout la comédie que cela présente" (annexe)
La couturière par exemple, qui a une relation avec un soldat allemand, justifie son choix par le fait que sans la guerre, elle n’aurait jamais eu la possibilité de côtoyer un jeune homme de cette classe « C’est un garçon des villes, il est soigné comme le sont pas les gars d’ici, il a une belle peau et des dents blanches. Quand il embrasse, il a le souffle frais, ça ne sent pas l’alcool comme les gars du pays. » (page 302). Ou Lucile, qui finalement ne veut seulement être libre de ses choix et simplement heureuse. Page 346, elle se rebelle contre « l’esprit de ruche » et l’esclavage « cela vaut mieux qu’un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maitre. Ils ne sont pas conscient de leur esclavage »
Enfin, Dolce démontre les différentes réactions par rapport à la défaite française : la vicomtesse qui accepte totalement l’occupation et l’utilise à son escient, ou les petits mouvements de résistance qui commencent à se former. Dans les annexes et ses notes manuscrites, l’auteur note « Mon Dieu ! que me fait ce pays ? Puisqu’il me rejette, considérons-le froidement, regardons-le perdre son honneur et sa vie. ». Mission accomplie.


Le style d’Irène Nemirovsky est très précis, les descriptions rappellent un genre de Zola, mais de la haute société. Ici, une image parfaite d’une certaine classe française est retracée : les bourgeois, les paysans sont présents. Les ouvriers comme Jules (Chap 15) sont au front et les écrivains comme Corte sont riches. Un acte de résistance est ébauché. Dans la population, les juifs ou étrangers sont complètement évincés. Dans les notes à la fin du livre, on trouve une explication à ce choix page 398 « si je veux faire quelque chose de frappant, ce n’est pas la misère que je montrerai mais la prospérité à côté d’eux ». J’apprécie particulièrement que le style des dialogues est adapté à chaque personnage, du patois ou langage particulièrement châtié.

J’ai attendu, dans une première partie portant le nom de tempête, une activité frénétique, et j’ai été assez déçue. Assez lent au niveau de l’action, les personnages sont présentés l’un après l’autre… pour finalement disparaitre. Charles Langelet n’a fait qu’une brève apparition, tout comme Gabriel Corte. Dans Dolce, on ne retiendra que les Pericaud, Les Michaud et les Angellier.
Je note quelques réflexions philosophiques qui laissent pensive, comme le soldat allemand qui quitte le village et essaie de démontrer qu’il ne représente pas la vision de la nation allemande et qu’il doit exécuter les ordres comme un soldat français, sans en avoir le choix, et qui décrit le soldat sans âge, si jeune et déjà mort, page 308, enfermé dans le village comme dans une tombe.

Tout au long du récit et plusieurs fois, Irène Nemirovsky note « que l’humanité était laide et basse ! » (page 271 par exemple). Ces paroles sont exprimées par la vicomtesse ou les bourgeois observant le monde. Mais, comme dit Aline page 99, « ce n’est pas qu’ils soyent méchants. Ils connaissent pas la vie »

Toutes les références de pages se rapportent à l’édition Denoël de 2004.

DOLCE

7 étoiles

Critique de Pieronnelle (un petit hameau quelque part, Inscrite le 7 mai 2010, 69 ans) - 19 mai 2014

Cette chronique d'un village à l'heure allemande où chaque catégorie sociale de ce microcosme est décrite avec minutie et beaucoup de talent, n'aurait rien de particulièrement originale si ce n'était le fait qu'elle a été écrite en pleine période d'occupation. Le parti-pris d'Irène Némirovsky est clair pour moi ; mettre face à face l'allemand et le français dans le quotidien de la vie. Il semble bien qu'au départ le premier n'arrive pas en monstre sanguinaire ; il s'agit de l'armée allemande qui vient en vainqueur. L'impression ressentie, tout au moins en ce qui me concerne, c'est que cette occupation du pays n'est pas vécue comme un véritable traumatisme et l'allemand, d'une façon générale, s'il vient déranger les habitudes des villageois par son intrusion dans les maisons et les rouages du fonctionnement de cette petite communauté, n'est pas ressenti comme véritablement un ennemi (sauf par certains anciens ayant connu la guerre précédente). Il y a comme une sorte de logique, d'évidence même, à ce que cette armée allemande occupe puisqu'elle a été victorieuse. Il semble donc qu'Irène Némirosvsky ait choisi de se servir de cet état d'occupation pour décrire les comportements et états d'âme des villageois tels qu'elle les a , elle, ressentis. Description fouillée, parfois assez stéréotypée , comme si l'auteur avait voulu réunir au niveau de ce petit bourg les mœurs et mentalités des français : l'aristocratie et la bourgeoisie catholiques, le petit peuple, les paysans... Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne sent pas d'empathie pour ce peuple. A côté le portrait du soldat allemand ressort presque grandi grâce son désir de rester correct envers la population, parfois raffiné et cultivé. Irène Némirovsky a sans doute été déçue par les français, elle n'est pas tendre avec eux ; mais pourquoi aurait-elle due l'être ? Il est vrai qu'étant apatride, et le gouvernement français lui ayant refusé la nationalité française, le sentiment national n'était pas pour elle une évidence.

« Mon Dieu ! Que me fait ce pays ? Puisqu'il me rejette, considérons-le perdre son honneur et sa vie. Et les autres, que me sont-ils ? Les Empires meurent. Rien n'a d'importance. Si on le regarde du point de vue personnel, c'est tout un. Conservons une tête froide. Durcissons-nous le cœur. Attendons » (Annexe )

Mais en aucun cas, ce village, tel qu'il est présenté par l'auteure, ne peut prétendre représenter un témoignage ; ce que manifestement on a voulu faire croire ; sans doute Irène Némirovsky a t-elle choisi de montrer les différents aspects des comportements en période d'occupation allemande en fonction de son état d'esprit du moment et de certaines réalités constatées, mais surtout de la construction de son roman. Car il s'agit réellement d'un roman comme le confirment les notes annexes de l'auteure, d'ailleurs particulièrement émouvantes, et qui, je crois , reflète, au travers des personnages, les tourments, les doutes, les déceptions d'Irène Némirovsky sur l'humanité, et cette période que malheureusement elle a vécue et terminée dramatiquement , en a été le révélateur ;
Ce qui est intéressant, et là les notes annexes et les correspondances sont importantes, et on ne peut dissocier, à mon avis, la personnalité d'Irène N. de l' œuvre, c'est que cette dernière est écrite « en direct » ; même si l'auteure, en sa qualité de romancière, manipule les personnages en fonction de la dramaturgie,  le déroulement des événements réels va influer directement sur l'histoire du roman :

« Gare au danger : oublier les modifications de caractères. Évidemment, le temps écoulé est court. Les trois premières parties, en tous les cas, ne couvriront qu'un espace de trois ans. Pour les deux dernières, c'est le secret de Dieu et je donnerai cher pour le connaître. Mais à cause de l'intensité, de la gravité des expériences, il faut que ces gens à qui ces choses arrivent soient changés (..) »(Annexe ).

Ce qui est le mieux décrit, à mon avis, sont les états d'âme féminin où elle excelle dans l'introspection. Elle installe parfaitement les lieux, les atmosphères, les senteurs, les états d'âme ; le fait de décrire justement ce que peuvent ressentir certains personnages (en particulier la première scène superbe entre l'officier allemand et Lucile) de manière indirecte, par les yeux d'un autre personnage, là une petite fille, est une belle trouvaille littéraire ; il règne dans ce village une sorte de paix qui permet au soldat allemand et aussi à la population de faire une pause (d'où le titre « Dolce »). Irène Némirovsky condamne la guerre , subie par l'armée allemande (non nazie) constituée d'hommes avant tout , et apparemment mais beaucoup moins, par la population en dehors du problème du rationnement. Il y a aussi comme une sorte de délectation à faire ressortir le mauvais côté des personnages. Loin de contester cet aspect qui est certainement souvent réel , l'impression générale reste que si humanité il y a dans les portraits de ces villageois, elle n'est pas empreinte d'humanisme mais plutôt d'amertume. Irène Némirovsky n'avait sans doute pas beaucoup foi en l'homme et sa condition de juive, même si rejetée par elle-même, ne pouvait certes pas lui permettre d'en avoir. Malgré un milieu social riche, où elle avait vécu une vie facile , le traumatisme du non-amour d'une mère égoïste est, à mon avis, à l'origine certainement de ce doute et pessimisme envers la nature humaine. Mais autour de cette sorte de bulle troublante, amoureuse et magique dans laquelle se trouvent Lucile et l'allemand, et qui à elle seule montre l'absurdité de la guerre, les autres personnages sont assez caricaturaux, les paysans sont presque des bêtes, l'aristocrate est vilaine et méchante, la vieille bourgeoise est parvenue et près de ses biens, les enfants jouent avec des soldats allemands gentils mais un peu bébêtes dans une sorte de grand parc d'attractions qu'est devenue la maison occupée...

Il reste le talent littéraire incontestable, que l'on retrouve dans d'autres œuvres, et qui est un peu faussé, à mon avis, dans le Dolce de « Suite française ». Son ressentiment qui peut tout à fait se justifier, envers la France qui l'abandonne (voir les lettres annexes où l'on peut constater la situation dramatique dans laquelle elle et sa famille se trouvent) la pousse à condamner avant tout le comportement des français au lieu de celui des allemands. Cela me semble néanmoins assez incompréhensible même si, retirée un peu loin de tout, dans ce bourg, elle ne pouvait avoir réellement une vue d'ensemble sur la réalité de l'occupation. Les lois anti-juives étaient pourtant explicites et renier cette identité juive, ce qui était d'ailleurs parfaitement son droit, ne pouvait être suffisant pour s'en sortir ce que apparemment, elle a cru (voir lettres annexes dans lesquelles elle fait bien ressortir le caractère anti-juif de ses principaux romans).
On ne peut s'empêcher de penser aux villages détruits (comme dans le Vercors), aux populations violentées par des soldats allemands bien différents de ceux de Dolce. Pourtant il ressort de certaines phrases que l'auteure avait connaissance des exactions . On sait qu'elle avait, d'après ses notes, prévu une suite « captivité » où il aurait été question des camps de concentration et de la collaboration.
Personnellement si cette « pause » , au plaisir littéraire certain, me laisse un sentiment de malaise c'est parce que moi , lectrice, je sais ce qui s'est passé par la suite mais pas Irène Némirovsky qui a pu vivre un moment dans l'espoir de peut-être échapper à la persécution finale... allant jusqu'à effectivement écrire dans des revues antisémites et adopter la religion catholique , ce qui ne servira pourtant à rien ; et c'est là où ce livre justement prend un aspect particulièrement émouvant et d'une ironie dramatique c'est lorsqu'on connait cette terrible fin dans un camp de la mort, camp organisé par cette Allemagne nazie qui avait envahi la France, selon Irène Némirovsky, en « douceur »...

Si forte et si fragile.

10 étoiles

Critique de Amalia (Cagnes sur Mer, Inscrite le 3 mai 2013, 62 ans) - 26 mai 2013

Quoique bouleversante et me plongeant dans l’admiration cette lecture me fut parfois laborieuse. Ce que j' explique ainsi : une écriture maîtrisée, trop parfaite, sans doute le résultat de l'excellente éducation que reçut Irène Némirovsky. J'avais parfois l’impression d’être dans la France de Mauriac avec des personnages comme Lucile, une belle âme mais d’une compassion trop molle.

Bien sûr il s’agit d’un roman inachevé et dans les notes en fin de volume, Irène Némirovsky décortique son ambitieux projet d’écrire Le Roman de la France qui irait de l’Exode à la fin de la guerre. Elle commente également les pages déjà écrites qu'elle devra modifier pour gommer le côté "mélo" de certaines figures : "pas de chichis. Raconter ce que deviennent les gens et voilà tout" (note d'avril 1942).

Beaucoup de commentaires confirment la qualité de ce roman, et j’y adhère vraiment, cependant deux réactions me tiennent à cœur :

Irène Némirovsky, issue d’une sphère privilégiée par l'argent, tandis qu’elle décrit très bien la conduite « discutable » de certains français, ne peut traduire complètement l’état de la France à partir de Juin 40. En finira-t-on avec deux idées reçues ? La France d’alors c’était quarante millions de pétainistes, et seuls les Résistants, communistes ou pas, se sont engagés et sacrifiés avec héroïsme. Non, il y eut dans cette France beaucoup de gestes spontanés pour sauver, par exemple les élèves juifs des écoles et lycées, non tout le monde ne dénonçait pas son voisin à la Kommandantur. Oui, il y eut des foyers, de tous milieux, d’où sont partis spontanément dans la clandestinité des jeunes gens pour rallier, au péril de leur vie, par leurs simples moyens, les forces de Charles de Gaulle .

Enfin je dois dire que je suis sidérée par la polémique autour d’Irène Nemirovsky, certains de ses coreligionnaires l’accusant d’avoir renié sa religion et de s’être fait baptiser pour fuir la menace nazie, lui reprochant de décrire dans « Dolce » l’occupant allemand avec charme. Même si cela était, Irène Némirovsky dont la dynastie avait fui les pogroms de Kiev, puis la Révolution Russe, n’aurait-elle pas eu le droit, la légitimité de tout faire pour se sauver elle, son mari et ses enfants ? Est-ce que parce qu’elle était née juive elle aurait dû, alors qu’elle n’avait pas la foi, subir délibérément le martyre. Cette querelle est désarmante et abjecte. Irène Némirovsky fut un écrivain ô combien talentueux, et une femme d’une sensibilité et d’un courage énormes. Oui, si forte et si fragile.

Si possible, faites lire à nos ados Suite Française, ce roman qui témoigne de notre histoire récente. Ils auront peut-être l’idée de transposer les faits à notre époque actuelle, se demandant quels seraient alors les comportements des uns et des autres.

TOUT SIMPLEMENT DECUE

6 étoiles

Critique de Esblandin (colomiers, Inscrite le 11 novembre 2011, 35 ans) - 1 février 2012

Ayant dévoré "Le malentendu" je voulais retrouver la patte de l'écrivain, j'ai trouvé au contraire un roman fouillis, on sent bien qu' Irène déportée en cours d'écriture n'a pas eu le temps d'aboutir ce livre.
La première partie, récit de l'exode, de la fuite des grandes villes vers les campagnes, ce chacun pour soi qui caractérise l'être humain dès qu'il est en danger. Cette partie aurait mérité d'être un peu plus liée, finalement on suit un certain nombre de personnages, qui ne se rejoignent qu'au dernier chapitre de cette première partie, comme si finalement l'auteur ne savait plus quoi en faire.
Puis une deuxième partie l'occupation allemande, où on se demande qui est victime qui est bourreau. On retrouve la grandeur d'esprit de l'auteur de ne pas rendre l'allemand, le peuple allemand dans sa totalité responsable de l'horreur perpétrée au nom d'Hithler, surtout quand on sait qu'au moment où elle écrit ces mots elle ne sait pas encore qu'elle sera victime de cette guerre.
En définitive, un roman long, désordonné, je me suis même demandée si j'allais aller au bout, mais j'ai tenu bon et je ne regrette pas même si c'est quand même une déception.

question embarassante

1 étoiles

Critique de Deashelle (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 8 ans) - 11 juillet 2010

Symphonie inachevée, la cathédrale a une nef et un chœur, ce sera tout. Mais que d’échos résonnent, que de voix murmurant la triste condition humaine, si fragile, dans ses vanités, sa mesquinerie, ses lâchetés, si dure dans son égoïsme et ses violences. En contrepoint, il y a la compassion, belle comme des fleurs de chemin, un été au zénith de sa gloire, des parfums envoûtants, de l’amour parfois…

Cette fresque du chacun pour soi et de la violence tapie en chacun de nous n’épargne aucun membre de la société, du banquier à l’auteur à succès, au collectionneur, aux pauvres, aux ouvriers, aux fermiers et commerçants hypocrites. Avarice, cupidité, les péchés capitaux font rage. Le meurtre est là : orchestré par une bande d’orphelins, le bouc émissaire est un prêtre jeune, beau, idéaliste et amoureux de la raison autant que de la grâce. Introduction musicale: avec l’assassinat de deux beaux lézards bleus et gris mis à mort pour rien et à la vitesse fulgurante de jets de pierre. Incompréhension.

Un magnifique chat pitre est consacré au chat Albert, et à ses jouissances perverses… . Cela rime avec... . Ni vraiment complaisante ni hargneuse, l’écriture classique est magnifique, au dessus de la mêlée, aristocratique, elle a la précision d’un entomologiste, le ravissement de planches botaniques, et la beauté d’esquisses musicales au parler fleuri. Certaines phrases sont de purs alexandrins. Toute une richesse langagière… un essai de confondre le mal absolu et révéler l’humanité ? Celle qui aussi est en chacun de nous.
Mais le livre est inachevé, comme la symphonie, et le troisième volet est indicible. Ainsi l‘a voulu le Destin.

Néanmoins, la deuxième partie porte un drôle de titre, Dolce… Dolce vita ? Il est vrai que la France ‘libre’ jouit d’un climat fort doux…et certains mangent encore des desserts. Mais les conditions de vie, la faim, les menaces perpétuelles de mort, les carnages, les rafles, tout cela passé sous silence ? Par peur du bolchevisme ? C’est trop pour moi. Quelle est cette rage de présenter l’envahisseur de façon si positive ? Et j’ose poser la question: L'auteur se cache-t-elle derrière une écriture collaboratrice pour éviter le pire ? La question est ouverte. Comment peut-elle feindre d'ignorer ce qui se passe depuis 1933?

"Les loups sont entré dans Paris, soit par Issy, soit par Ivry..." comme le chante Serge Reggiani des années plus tard car il se souvient. La ville d'Issy, justement, où a séjourné Irène Némirowsky. Manichéisme à rebours: regarder autour d'elle et dire que tous les français étaient pétainistes… et de toutes façons les seuls 'bons' me semble une profonde injure à tous ceux qui dans l’ombre ou dans la folie patriotique ont offert leur vie pour la liberté. Cela ne concorde absolument pas avec les récits de ma famille. Je frissonne à chaque fois que quelqu’un me dit : ils ont occupé la maison, mais ils étaient si corrects ! La guerre n’est pas correcte. L’agression et l’invasion sont effroyables, et le spectre du fascisme autant de la part des allemands nazis que des collaborateurs français est le mal personnifié, négation de la vie qu’il faut sans cesse débusquer…

Bien sûr même Irène Némirowsky n’a pas échappé aux fours crématoires… et c'est une tragédie atroce, mais le ton de la deuxième partie de son projet de livre m’étonne quand même et me laisse perplexe… Surtout quand on sait qu’elle était juive convertie au catholicisme par convenance à la veille de la guerre et collaboratrice à des journaux d’extrême droite pour assurer son ascension littéraire!

Ce livre aurait été honni à la sortie de la guerre, s’il avait été publié, mais peut-être qu’à force, on oublie…

C'est pourquoi je ne peux donner la moindre étoile.

N’a pas pris une ride

7 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 1 avril 2010

Des scènes fortes dans le premier volet. Nemirovsky est particulièrement douée pour montrer l’égoïsme et la vilenie. Troublant à plus d’un titre, car impossible de dissocier l’œuvre et le destin de l’écrivain.

Critique de Dolce in Suite française d'Irène Némirovski

1 étoiles

Critique de Tush (, Inscrite le 27 octobre 2008, 64 ans) - 28 octobre 2008

Dolce, qui forme la deuxième partie de Suite française, relate le récit de l’invasion calme, correcte, humaine de l’armée allemande dans le petit village de Bussy (France). Les Allemands sont présentés comme des hommes sympathiques qui passent leur temps à draguer les filles du village et à amuser les enfants. Les Français, quant à eux, ne sont que des rustres barbares, mauvais, méchants, hypocrites et lâches. Les envahisseurs finiront par apparaître comme les victimes d’une guerre qui leur aura été imposée bien malgré eux. Et c’est finalement avec regret que les Français les verront partir.
Le récit est construit d’une manière dichotomique. Il y a d’un côté les bons (les allemands, et ceux qui entretiennent des relations d’amitiés et de complicité avec l’occupant) et de l’autre côté les personnages négatifs.
Personnellement je pense qu’écrire un roman dans le contexte des années 1940, représentant des nazis et des collaborateurs d’une manière aussi avantageuse, relève de l’indécence pure. Lisant Dolce, je me suis continuellement demandé ce qui avait dû se passer dans l’esprit d’Irène Némirovsky, à Auschwitz, victime alors de ces hommes auxquels dans son for intérieur, elle vouait tant d’admiration.

La version complète de la critique est disponible ici :

http://critiqueslibres.com/static/divers/…

Absolument magnifique

10 étoiles

Critique de Campanule (Orp-Le-Grand, Inscrite le 10 octobre 2007, 55 ans) - 2 juillet 2008

J'ai adoré ce livre très particulier et très humain. Encore un livre sur la guerre et les déportations mais celui-ci est écrit de façon simple, humaine et pourtant sans détour. J'ai préféré la première partie car la deuxième m'a un peu laissée sur ma faim. Peut-être que l'auteur voulait en écrire plus mais on connait sa fin tragique. J'ai adoré comment elle présentait les personnages et comment les Allemands étaient perçus par chacun. Encore un beau livre à mettre dans les mains des jeunes.

L’exode vécu, l’occupation racontée

9 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 27 janvier 2008

J’ai attendu longtemps avant de lire cette très belle histoire de l’exode raconté dans ce livre, je ne suis pas déçue, loin de là, et peut être avec un recul par rapport à sa médiatisation.

Ce livre en deux parties, dont la première s’intitule « tempête en juin », Irène Némirovsky nous décrit l’exode de certaines familles (parisienne en l’occurrence) avec toutes ses péripéties et les moyens de chacun selon son ‘niveau social’, la description des personnages est formidable, saisissante de vérité et de précision.

La seconde partie « Dolce », l’auteur nous emmène dans un petit village occupé par les Allemands, et là c’est l’attitude de chacun par rapport à l’occupant, en personnage central Lucile dont le mari est prisonnier.

L’auteur voulait écrire son « Guerre et Paix » et comme ce grand chef d’œuvre de Léon Tolstoï, le récit des évènements passe très souvent par l’intermédiaire de ses personnages, ce qui donne toute sa grandeur à cette œuvre.

Je ne ma lasse pas de découvrir cet auteur, et bien d’autres œuvres m’attendent et je vous invite à les découvrir aussi, très bonne lecture.

la croisée des destins

10 étoiles

Critique de Tyty2410 (paris, Inscrite le 1 août 2005, 30 ans) - 13 décembre 2007

Ce livre je l'ai acheté un peu par hasard a la fnac , après avoir vu la 4e de couverture tout l'été . Les deux histoires dans le livre au départ m'ont un peu laissée perplexe mais je pense qu'au final c'est ce qui donne encore plus de force au roman ?
Il existe peu de romans sur l'arrivée des allemands et sur l'occupation allemande c'est pour cela que ce livre est d'autant plus imposant , j'ai été émerveillée par ces caractères si décrits qui sont l'image de la France à cette époque-là , Hubert Pericand m'a bouleversé , le prêtre également et Lucile et Bruno sont un exemple d'un sentiment tout à fait humain mais qui était interdit, tabou , dans ces circonstances ,
Oui ce livre croise des destins, des destins de femmes et d'hommes ordinaires mais qui deviennent par les circonstances , par leurs décisions, leurs caractères, des femmes et des hommes extraordinaires.

Jusqu'à la fin mais...

8 étoiles

Critique de Loras (, Inscrite le 13 juin 2007, 30 ans) - 14 novembre 2007

Qu'il était dur, qu'il était sombre, qu'il était humain et bouleversant ce livre-là...

J'ai aimé ce labyrinthe entre les personnages, j'ai souffert au moment de l'assassinat du prêtre et j'ai avancé jusqu'à la dernière page pour savoir quel dénouement Irène Némirovsky allait pouvoir donner à cet engrenage terrible que tout le monde connaît aujourd'hui grâce à ces témoignages.
Mais cette fin m'a hélas laissé un goût d'inachevé...

pour suite il manque la faim

4 étoiles

Critique de Bertrand-môgendre (ici et là, Inscrit le 9 mars 2006, 62 ans) - 28 mars 2007

Sa fin de vie, fut tragique, et par respect pour Madame Némirovsky j'ai lu jusqu'au bout son dernier ouvrage, un souvenir dénonçant, l'horreur des guerres.
Sous les bombes lors de la débâcle française de 1940, où les malheureux riches convives harassés ripaillent avec démesure d'un peu de foie gras, assurant bon train à l'hôte protégé.
Ce nécessaire besoin de s'entourer de futilités, fait citer Edmond Rostand , par un des protagoniste « c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ». Là c'est difficile à digérer, par mes oncles et tantes qui n'ont pas vécu la même débâcle.
Il est plus facile de méjuger le comportement d'un individu apeuré, enclin parfois à la bassesse et à l'animalité de ces gestes de survie, que de lui tendre la main.
Une leçon d'histoire transcrite avec méthode par l'auteur. La tenue de ce journal garde en mémoire les ignominies des hommes en déroute, des personnes affamées, terrorisées.
Ce témoignage a le mérite d'exister mais sûrement pas d'être glorifié.

Suite française. Un réseau de personnages

7 étoiles

Critique de MaríaGM (, Inscrite le 20 mars 2007, 40 ans) - 27 mars 2007

Le plus frappant et louable du roman est la capacité de l'auteur pour examiner avec une lucidité brillante une guerre qui vient de commencer et dont elle sera victime quelques mois après.
Dans la première partie, dans laquelle l'auteur raconte la fuite de Paris, l'armée envahisseur est à peine mentionnée ; les injustices, les désordres et les outrages proviennent toujours de compatriotes. La guerre ne se montre pas proche, sauf dans quelques scènes. Les français dans sa fuite désespérée, eux-mêmes, sont ceux qui se dégradent comme êtres humains, en volant entre eux les aliments ou l'essence, en abandonnant à son sort les plus défavorisés et en ayant un comportement comme celui des animaux irrationnels. Les personnages sont très bien conçus, naturels. Ils montrent toutes les possibilités de la grandeur et de la bassesse humaine. Les mêmes envahisseurs apparaissent avec une touche d'humanité qui les éloigne de la description de perversité. La description de paysages est aussi ravissante. En résumé, l'auteur décrit les circonstances de personnes concrètes au milieu de la foule, qui souffre la guerre.
En ‘ Dolce ’ la seconde partie, l'histoire se place quelques mois après, quand les troupes allemandes se sont établies dans le pays. La narration se concentre en montrer une coexistence inévitable de gagnants et vaincus qui provoque des situations de nature bien différent : d’un côté des heurts violents, d’un autre côté des personnes qui tombent amoureux avec trop de passion. Lucile Angiller apparaît en scène et c’est évident qu’elle sera un personnage central dans l'oeuvre, qui jusqu'à ce moment était un roman choral. La France envahie est un pays de femmes qui ont leurs fils, frères, pères ou époux prisonniers, morts ou blessés ; elles vont coexister avec des soldats allemands.
Le roman a son meilleur atout dans le sujet qu'il touche, et pas comme œuvre littéraire. Mais c’est un fait que l'auteur était doué pour la création de personnages. Ses personnages vivaient une histoire en temps réel, les événements que l'auteur prétendait raconter se produisaient à ces moments là. Pendant qu’elle écrivait, la France était soumise, pendant qu'elle donnait de la vie à ses personnages, les allemands entraient à Paris.

Destins croisés à cause de la guerre

9 étoiles

Critique de Leticia M. (, Inscrite le 26 mars 2007, 40 ans) - 27 mars 2007

"Suite française", l’œuvre posthume d’Irène Némirovsky (assassinée à Auschwitz en 1942) raconte l’histoire de différentes familles françaises pendant l’occupation allemande de la France dans la seconde guerre mondiale. Dans la première partie, "Tempête en juin", on parle de l’exode de ces familles (leur fuite de Paris avant l’occupation des nazis) et de leurs réactions et sentiments, à travers leurs destins croisés. D’abord les Péricand, une famille bourgeoise qui fuient avec tout le luxe possible (leurs domestiques, les bijoux, l’argenterie, le linge…) et dont leur grand tracas c’est l’héritage du grand-père; après l’écrivain Corte et sa maîtresse en titre Florence; les Michaud, très modestes, qui essaient sans succès de rejoindre leur patron M. Corbin à Tours, toujours inquiets car ils n’ont pas de nouvelles de son fils; M. Corbin et sa maîtresse Arlette, et l’égoïste Charles Langelet, dont ses porcelaines sont son unique souci et qui trouve la mort d’une façon un peu ridicule. Des histoires très touchantes, de différentes façons de faire face à un même problème et, quelques fois, des dénouements inattendus.
La deuxième et dernière partie, "Dolce", montre l’occupation allemande dans un petit bourg, Bussy, au moyen de la réaction de leurs habitants: les paysans, les bourgeoises, les enfants… Dès la haine et la froideur des uns (comme madame Angellier ou Benoît Sabarie) à même la tendresse ou l’amour des autres envers l’ennemi (comme Lucile Angellier). Il ne faut pas oublier les enfants qui, fascinés et loin de connaître la cruauté de cette guerre, profitent le temps de l’invasion. D’autres, comme la vicomtesse de Montmort, qui fait semblant d’être scandalisée avec le comportement des Allemands mais elle essaye de se bénéficier de cette situation. D’autre côté ce sont les Allemands, surnommés Boches par les gens du bourg, des soldats qui seulement font leur travail et qui rêvent à rentrer chez eux avec leurs familles.
Un roman bouleversant et touchant que j’ai bien aimé et que je recommande à tout le monde.

DE L'EXODE À LA COLLABORATION

9 étoiles

Critique de Anushka (, Inscrite le 24 mars 2007, 68 ans) - 26 mars 2007

La publication de cette oeuvre- que l'auteur ne parviendra pas à achever, car elle sera déportée et mourra assassinée à Auschwitz en 1942- a une histoire semblable à un miracle: Dans leur fuite, puisque les Allemands les recherchaient, les deux filles d'Irène Nemirovsky emportent toujours avec elles la valise contenant le dernier manuscrite de sa mère. C'est ainsi que grâce à elles ce bouquin a pu se sauver et faire surface maintenant.
L'oeuvre intitulée "SUITE FRANÇAISE", qui devrait être composée de cinq parties, en comprend, hélas! seulement deux. Elle n'aura plus le temps.
La première partie, "TEMPÊTE EN JUIN", est une chronique romancée d'une "tranche" de l'histoire. Elle dépeint le désordre tragique des familles françaises lors de l'exode de juin 1940 qui touche toutes sortes de personnes, des plus huppées aux plus modestes. Celles-ci fuient les bombardements de Paris et s'engouffrent sur les routes chargées de l'argenterie, des matelas, des voitures toujours en panne d'essence et montrent toute une sorte de portraits. Des personnes avec leurs petites bassesses, mais aussi avec leurs élans de générosité parfois.
Dans une seconde partie: "DOLCE", l'auteur narre comment réagissent les habitants d'un petit bourg, Bussy, face à l'arrivée de l'occupant allemand et nous montre que malgré la méfiance, la haine, les relations parfois troublantes, l'amour peut naître. On peut réussir à force d'égards, de bon procédés à établir entre envahisseurs et vaincus des relations humaines. Après tout, ils sont des hommes comme les autres qui font seulement leur métier.
C'est une vraie étude psychologique qui nous dévoile la grandeur de l'homme capable, même, de pardonner à l'ennemi. On ne doit pas s'en vouloir de cela.
Bref, un livre d'une humanité touchante, à tenir compte.

Une symphonie inachevée

8 étoiles

Critique de Garcesius (Huesca - Espagne, Inscrit le 6 mars 2007, 67 ans) - 22 mars 2007

Ce roman est l’œuvre posthume de l’écrivain russe en langue française Irène Némirovsky, dont la hasardeuse histoire nous est expliquée par Myriam Anissimov dans la préface. Pendant l’année 1941-42, consciente que la situation va devenir une tragédie, Irène entreprend le projet de la « Suite française », un livre ambitieux, conçu à la façon d’une symphonie en cinq parties. Mais elle ne réussira pas à le finir. Le 13 juillet 1942 elle est arrêtée par les gendarmes et déportée à Auschwitz, où elle est assassinée. Son mari l’y suivra un peu plus tard. Leurs filles seules furent épargnées et c’est grâce à elles que le manuscrit a été sauvegardé caché dans une valise.
L’œuvre est composée de deux parties, des cinq prévues. La première, «Tempête en juin » raconte, avec un rythme cinématographique, la fuite de Paris, devant l’occupation nazie, d’une série de personnages : un banquier et sa maîtresse, un écrivain et sa maîtresse en titre, un collectionneur d’art qui emporte sa précieuse porcelaine sur le siège arrière au lieu de sa maîtresse, et une famille bourgeoise avec un grand-père paralytique, qui sera oublié dans une des étapes du voyage. C’est la narration d’une désertion, non exempte de ridicule, des classes dirigeantes qui n’ont pas su défendre la France. Seul un couple modeste, les Michaud, garde sa dignité.
La deuxième partie, « Dolce », narre l’occupation allemande dans un milieu rural. Les attitudes des Français à l’égard des occupants sont explorées ; ou plutôt, avec les hommes au front ou prisonniers, celles des Françaises envers les Allemands qui sont dépeints avec bienveillance : des gens polis et même distingués, au cas des officiers, dont la tenue et les manières sont délicates et élégantes. Irène Némirovsky est très intéressée par la description des classes sociales. La vicomtesse de Montmort, un des personnages de la deuxième partie, avait beau être une ardente patriote, elle arrivait à se féliciter de la présence de l’ennemi, une barrière efficace contre le penchant bolchevique des paysans, et c’est parce que Mme de Montmort sait que « ce qui sépare ou unit les êtres, ce n’est pas le langage, les lois, les mœurs, les principes, mais une manière identique de tenir son couteau et sa fourchette » Toute une amère leçon d’histoire vécue.

A lire au moins une fois dans sa vie

10 étoiles

Critique de Morphée (, Inscrite le 7 décembre 2005, 37 ans) - 3 janvier 2007

Dans ce livre, Irène Némirovsky dépeint avec talent l'atmosphère de l'exode de juin 1940 et de l'occupation allemande.
Dans une première partie, l'auteur nous fait vivre l'exode de différentes familles toutes classes sociales confondues. On découvre alors aussi bien les faiblesses humaines que la solidarité qui peut exister durant une période aussi pénible.
Dans une seconde partie, Irène Némirovsky s'intéresse à l'occupation allemande. Elle décrit avec impartialité le vécu de cette occupation aussi bien du point de vue allemand que de celui des Français. Ressortent alors des sentiments d'amour mêlés à des sentiments de culpabilité. L'auteur décrit parfaitement la difficulté humaine à accepter l'autre à la fois comme une personne et comme un ennemi.

Ce livre est une réussite. Je le conseille à tous ceux qui désirent plonger un moment dans ce contexte de guerre afin de mieux comprendre ce qu'ont pu ressentir les gens pendant cette période. A lire au moins une fois dans sa vie.

Vae Victis !

10 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 81 ans) - 6 novembre 2006

Je joins ma voix au concert de louanges qui salue ce roman exceptionnel et je salue aussi les critiques précédentes qui ont si bien dit tout le bien qu'on pouvait penser de ce chef-d'œuvre :
l'originalité du récit, le choix des personnages, la qualité extraordinaire de leur analyse psychologique, la beauté du style...

Il est intéressant de remarquer que l'auteur(e), dans ses notes, invoque Tolstoï et La Guerre et la Paix. Elle nous dit qu'elle relisait le maître russe pendant qu'elle rédigeait son roman.
Comme lui, elle écrivait "sur le tas", c'est à dire au moment où se passaient les événements, ce qui leur donne "à posteriori" une intensité exceptionnelle. Et elle se proposait d'attendre le cours des événements pour donner une orientation à ses prochains volumes.

Ailleurs encore, elle nous dit qu'il faut laisser parler l'Histoire sans faire de jugement : "quand Tolstoï porte un jugement, dit-elle, il fait tout tomber d'un seul coup". (C'est tellement vrai, qu'il existe, paraît-il, des éditions de La Guerre et la Paix sans les jugements personnels de l'auteur !).
Aussi Irène Némirovsky se garde bien de juger les événements et particulièrement l'invasion et l'occupation allemandes. Mais, un peu comme dans La Guerre et la Paix, le récit des circonstances passent le plus souvent par l'intermédiaire de ses personnages, ce qui donne à son récit ce côté narratif d'une qualité incroyable.

C'est le genre de livre qu'on relit presque entièrement, en laissant passer les heures de la nuit, au moment d'en faire la critique, tellement c'est beau !

Quelqu'un, dans une critique précédente, parle de cette tentative de baiser à Lucile ...un grand moment de littérature, en effet !
Moi je suis tombé en arrêt sur le passage où la promenade des amoureux est racontée par une toute jeune adolescente qui les observe ...une narration vibrante de sensualité ...un véritable régal ! Et c'est écrit dans un style "comme on n'en fait plus". On peut parler de perfection !
En fait, pratiquement tous les passages de cet extraordinaire roman valent la peine d'être relus.

Et puis la consternation d'apprendre que ce sont les deux premiers épisodes d'un livre qui devait en contenir cinq !
On l'a dit, l'auteur(e) a été assassinée à Auschwitz ...Un assassinat, doublé d'un crime contre le patrimoine artistique de l'humanité !



Les deux destins

10 étoiles

Critique de Bolcho (Bruxelles, Inscrit le 20 octobre 2001, 69 ans) - 8 octobre 2006

Encore et toujours encourager ceux qui ne l’ont pas encore fait à lire ce superbe livre qui fait le portrait de destins individuels et collectifs dans la France battue de la Seconde guerre mondiale.
L’auteur écrit dans l’événement, engluée dans la matière de l’Histoire au point d’en mourir, mais capable aussi d’un recul intellectuel hors norme, ce qui donne une résonance particulière à tout son récit.
Dans la seconde partie, par exemple, elle évoque les rapprochements amoureux avec l’armée d’occupation et l’un de ses personnages se fait la réflexion suivante : « C’était déplorable, mais personne ne le saurait demain. Ce serait une de ces choses que la postérité ignorerait, ou dont elle se détournerait par pudeur ». Si elle avait écrit ce passage après la guerre, il aurait été très différent : sans doute que les futures « tondues », exhibées lors de séances empreintes d’une joie ignoble, auraient été évoquées autrement. C’est finalement de ces scènes infâmes que la postérité s’est détournée, honteuse.
Que de passages on a envie de mettre en exergue !
Je choisis celui-là.
La bourgeoise de province emploie la même personne à demeure depuis 27 ans, mais elle fait en sorte que cette domestique ne se sente pas chez elle : « [Elle] mettait tous ses soins à ce que Marthe n’oubliât jamais qu’elle n’était pas dans sa propre maison, mais chez autrui, qu’elle pouvait être forcée à chaque instant de quitter ses plumeaux, ses casseroles, son fourneau, comme le fidèle doit, d’après les rites de la religion chrétienne, se souvenir sans cesse que les biens de ce monde ne lui sont accordés qu’à titre temporaire et peuvent être retirés du jour au lendemain par une fantaisie du Créateur ».
En une seule phrase, passer ainsi du très particulier au très général, de l’individu au communautaire…

A propos de son livre en cours, Irène Némirovsky note le 2 juin 1942 (elle sera arrêtée le 13 juillet et assassinée le 17 août) : « ne jamais oublier que la guerre passera et que toute la partie historique pâlira. Tâcher de faire le plus possible de choses, de débats…qui peuvent intéresser les gens en 1952 ou 2052 ».
Elle a incontestablement réussi à donner à son récit une portée qui dépasse de loin les événements qu’elle décrit.

Son œuvre est incomplète ? C’est vrai qu’elle souhaitait lui donner une autre ampleur et que certains des personnages présentés dans la première partie paraissent comme suspendus dans le temps, mais – elle le dit elle-même dans ses notes sur son livre en cours – « le livre (…) doit donner l’impression de n’être qu’un épisode…ce qu’est réellement notre époque, comme toutes les époques bien sûr ».
Et elle précise, à propos de ce jeu qu’elle élabore entre le destin des individus et celui du monde : « Le salut, c’est qu’en général le temps qui nous est dévolu est plus long que celui dévolu à la crise (…), le destin communautaire est plus court que celui du simple individu ». Mais elle corrige aussi – et en cela elle va à la rencontre de son propre destin – : « nous ne nous intéressons qu’aux secousses ; les secousses, ou bien elles nous tuent, ou bien elles durent moins que nous ».

la symbiose

9 étoiles

Critique de Orchidée (, Inscrite le 26 septembre 2006, 68 ans) - 26 septembre 2006

Il est étonnant de voir quand un envahisseur arrive sur ton domaine ou ton terrain comment certaines personnes si fragiles dans leur âme à cause de la peur s'adaptent aux conditions de l'envahisseur.

livre très subtil. dans ces descriptions de la vie quotidienne.

les annotations annexes de l'auteur et la rédaction des télégrammes de son mari Michel Epstein m'ont très impressionnée.

Symphonie inachevée

8 étoiles

Critique de Soili (, Inscrit le 28 mars 2005, 44 ans) - 17 septembre 2006

Irène Nemirovski est un écrivain très célèbre avant guerre, étant juive elle se trouve dans les tourments de l'histoire de la 2 ème guerre avec de nombreux déplacements forcés, cette période troublée lui inspire ce roman. Ce livre demeurera inachevé car Irène sera déportée et mourra assassinée à Auschwitz en 1942.

Ce livre se déroule sur 2 périodes :

D'une part l'exode en racontant de façon alternée l'histoire de différentes familles qui fuient les bombardements de Paris .

D'autre part, la collaboration dans un petit village qui voit l'arrivée de l'occupant allemand. Dans cette partie nous retrouvons par moment les protagonistes de la première partie.

Ecrire ce roman dans le feu de l'histoire révèle un grand courage car cela n'était pas sans danger mais cela permet aussi une chose essentielle, c'est que ce livre n'est pas "corrompu" par les diverses analyses qui n'ont pas dû manquer après guerre.
Irène Nemirovski a également su éviter l'écueil de rendre l'occupant allemand totalement sanguinaire et a réussi la prouesse de séparer l'histoire du soldat allemand de base et l'Histoire avec un grand H, gardons toujours à l'esprit les circonstances particulières de l'écriture de ce livre.

Il est fort dommage que ce livre n'ait pas pu être mené à son terme, il aurait dû contenir 4 à 5 parties au lieu des 2 restantes , Irène étant rattrapée par le triste cours de l'histoire.

Il faut préciser que les annexes sont fort passionnantes , on y trouve d'un côté les notes d'Irène Nemirovski sur son livre et d'autre part la correspondance poignante et les recherches de son mari suite à sa disparition, ces annexes donnent quelques ébauches de ce qu'auraient pu être les autres parties , il convient de préciser que les parties manquantes n'enlèvent pas la force du livre et qu'il suffit de prendre ce livre comme une chronique romancée de la guerre prise sur le vif.

Bouleversant

9 étoiles

Critique de Chrisair (Yvelines, Inscrite le 13 septembre 2005, 40 ans) - 13 juin 2006

je suis sortie complètement bouleversée de cette lecture, mais frustrée de ce roman inachevée.
Comment ne pas penser à tout ce qu'a vécu Irène Nemirovsky.
Petit bémole cependant, j'ai trouvé qu'il y avait trop de personnages surtout dans la 1ère partie.
Mais dans Dolce, quelle bonheur. Comment ne pas être sensible à la douce Lucille et à son histoire d'amour avec un beau soldat allemand.
J'avais déjà adoré le bal, je vais continuer à lire l'oeuvre de cette grande romancière

pas une page d'ennui

10 étoiles

Critique de Prince jean (PARIS, Inscrit le 10 février 2006, 43 ans) - 31 mars 2006

une merveille, je ne saurais dire mieux que notre ami belge, Jules.

c est un livre à lire ! sans aucun doute, j'ai été très touché par le personnage (stendhalien) de Lucile !
le moment où Bruno tente de l'embrasser... grrr...

les paysans sont hypocrites, les bourgeois mesquins et avares, et les nobles hautains.
en fin de compte, il semble qu'Irène Nemirovski semble avoir de l'admiration pour les soldats allemand... elle décrit le pouvoir érotique que ces jeunes soldats véhiculent auprès des jeunes filles du village.

le chapitre de la fuite du chat, et sa découverte des odeurs du "vrai monde" est une perle !

bonne lecture .

Manuscrit inestimable

10 étoiles

Critique de Gilou (Belgique, Inscrite le 1 juillet 2001, 69 ans) - 23 janvier 2006

J'ajoute mon éloge aux vôtres. Ce livre nous a parlé.

Mon enfance a été bercée d’anecdotes de l’Exode de mai-juin 1940 ainsi que du récit (bribes par bribes) de mon père prisonnier de guerre dans un stalag. C’est dire que ce livre émouvant m’a un peu ébranlée.

Irène Némirovsky a été déportée et est morte en 1942. Elle n’a pas pu finir son roman.
Ses documents et ébauches de son futur roman ont heureusement été sauvés et mis en lumière par sa fille, en 2004.
Les petites bassesses de chacun, pendant cette période mouvementée de l’histoire y sont décrites si naturellement, comme pour une rédaction scolaire. Des mots simples et compréhensibles par chacun des lecteurs. Son écriture est naturelle.
J’ai apprécié la partie « Annexes » du livre. Quelle minutie dans ses notes et dans la recherche de véracité des faits. Elle n’a rien laissé au hasard. Elle avait encore beaucoup de choses à dire.
Elle laisse entendre cependant qu’elle ne survivrait pas à son manuscrit ! Comme une prémonition !

Un extrait de ses notes : Annexes p.535-536.
< 2 juin 42 – Commencer à me préoccuper de la forme qu’aura ce roman terminé ! Considérer que je n’ai pas encore fini la 2ème partie, que je vois la 3ème ? Mais que la 4ème et la 5ème sont dans les limbes et quels limbes ! C’est vraiment sur les genoux des dieux puisque ça dépend de ce qui se passera. Et les dieux peuvent s’amuser à mettre 100 ans d’intervalle ou 1.000 ans comme c’est à la mode de dire : et moi je serai loin. Mais les dieux ne me feront pas ça. Je compte aussi sur la prophétie de Nostradamus.
1944 Oh ! God. >

Son message : elle a simplement voulu mettre l’accent sur l’égoïsme et le chacun pour soi, exacerbés pendant cette période de misère et de famine. La véritable nature humaine dépeinte avec justesse. Elle écrivait admirablement bien. Beaucoup d’écrivains ont écrit sur la guerre 40-45, l’exode etc… mais ce roman a une valeur inestimable pour sa famille et pour nous.
A lire pour les amateurs de cette période historique.

A lire absolument

10 étoiles

Critique de Jemangeleslivres (, Inscrite le 25 mai 2004, 44 ans) - 4 novembre 2005

"Suite française" est une oeuvre passionnante et bouleversante à bien des égards, le genre de roman auquel on pense longtemps après l'avoir refermé. L'image d'Irène Némirosvsky en couverture du livre, son regard doux et un peu triste (comme si elle pressentait l'horreur de son destin) m'ont poursuivie plusieurs jours après la lecture. L'écriture de "Suite française" et l'histoire de son auteur (déportée et assassinée en 1942 à Auschwitz) sont intrinsèquement liées, et c'est sans doute un des éléments qui confère à ce roman une place particulière dans la littérature. Sa qualité, incontestable de mon point de vue, est aussi une raison essentielle (la meilleure sans doute) pour ne pas passer à côté de sa lecture. Dans la première partie, intitulée "Tempête en juin", I. Némirosvky s'attache à dépeindre les comportements de ses contemporains après la défaite de 1940. Les allemands sont aux portes de la capitale et nombreux sont les français qui tentent de fuir. De sa belle écriture classique, l'écrivain dresse alors toute une série de portraits, saisissants de vérité et de précision. Les Michaud, les Corte, les Péricand sont plus vrais que nature et le lecteur les visualise sans aucun mal: leurs faiblesses, leurs mesquineries, mais aussi leurs élans de générosité parfois, sont décrits avec une objectivité étonnante, sans complaisance mais sans hargne non plus. Pour Irène Némirovsky, l'individu n'est ni noir ni blanc, et ses personnages, loin de tout manichéisme facile, se rapprochent davantage du gris. Cette tendance se confirme dans la seconde partie, "Dolce" qui traite plus précisément de la collaboration. Là encore, l'analyse psychologique est d'une acuité remarquable. Les relations entre occupants et occupés sont quelquefois troubles: l'amour qui naît entre la jeune Lucile et le soldat allemand Bruno fait apparaître l'envahisseur comme un homme avant tout, capable d'aimer, et aspiré lui aussi par une guerre effroyable. Cette absence de parti pris est d'autant plus étonnante qu'elle est celle d'une femme juive, qui sait que ses jours sont comptés. "Suite française" restera malheureusement inachevé mais ce qui a pu être sauvé, grâce à Denise, la fille d'Irène, constitue un magnifique témoignage historique (le dossier annexe, passionnant, est à lire absolument: en effet, il restitue cette époque douloureuse et les conditions d'écriture difficiles de ce roman) et permet de découvrir enfin, après soixante années d'oubli, une femme de lettres exceptionnelle.

Suite tragique

8 étoiles

Critique de Jpoix27 (saint-Etienne de tulmont, Inscrit le 27 septembre 2005, 48 ans) - 30 septembre 2005

Même si l'on essaye durant la lecture de ce roman de ne pas y penser, il est indéniable qu'en connaissant la destinée tragique de l'écrivain après avoir écrit ces 400 pages, le lecteur ne peut qu'être captivé par cette tranche d'histoire, qu'Irène Némirovsky n'a malheureusement pas eu le temps de terminer. Ce roman est plein de portraits de la population de l'époque face à l'invasion allemande, et on sent qu'Irène Némirovsky avec une lucidité extraordinaire sur son temps et sur ce qui allait se dérouler par la suite, se range du coté des pauvres, des paysans, des ouvriers, ceux qui vont tout perdre, et qui pourtant rentreront en résistance. Cela aurait pu être son Guerre et Paix mais elle fut déportée en juillet 42 et n'a pu écrire que 2 des 5 parties qui devaient composer un seul et unique roman. Cela, on l'apprend en lisant les annexes, qui sont une correspondance que tenait Irène Nemirovski durant son exode. Ces notes et les courriers du mari de l'écrivain sont à lire absolument car non seulement ils sont très émouvants mais sont aussi d'une richesse historique pour comprendre cette époque barbare. Dans la dernière partie de son roman, l'occupant allemand est décrit avec une humanité incroyable, et Irène Némirovsky nous fait comprendre l'inévitable tragédie qui allait se dérouler, nous emportant au cœur de la bêtise humaine.

Quelle découverte !

10 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 22 septembre 2005

Je peux dire la même chose que Dirlandaise (c'est d'ailleurs grâce à elle que j'ai découvert ce roman) : j'ai été touché par cette femme et par son oeuvre et ce n'est pas évident de mettre des mots sur cette émotion.

La préface est passionnante, on y relate les péripéties de ce manuscrit qui vient seulement d'être publié. On apprend que Irène Némirovsky, une juive ukrainienne née en 1903, dut fuir la Russie pour s'exiler en France. Dès son premier roman elle s'impose dans le monde littéraire. Ensuite c'est la guerre, Némirovsky est déportée et assassinée par les nazis en 1942. Elle était en train d'écrire un grand roman et le manuscrit fut presque miraculeusement sauvé par sa fille pour refaire surface seulement maintenant. Sa situation difficile au début de la guerre, alors que la plupart des français se détournent d'elle, explique en partie ce roman dans lequel elle dresse un portrait sans concession du peuple Français.

La première partie se situe en pleine débâcle, en juin 1940 : les fuyards s'entassent sur les routes pour fuir les bombardements. Par une série de petit portraits, des gens du peuple, des bourgeois, un écrivain célèbre et vaniteux, l'auteur réussit une magistrale évocation de cette époque du chacun pour soi et du sauve qui peut ou, à de rares exceptions près, la lâcheté et la mesquinerie dominent. Pour sortir un chapitre du lot, je dirais que l'histoire du prêtre et de ses orphelins m'a coupé le souffle. La seconde partie raconte l'occupation d'un petit village, c'est tout aussi amusant à lire et vraiment intéressant de par le point de vue sur les allemands et sur la collaboration presque générale qui s'installe naturellement. La postface est tout à fait intéressante car on a accès aux notes de l'auteur sur son projet : elle voulait en fait faire une saga en cinq partie mais elle n'aura le temps de faire que les deux premières parties. Disons cependant que les deux parties se suffisent à elle-même. Ce qui est très intéressant c'est qu'on comprend que la construction de l'histoire répond à un plan, ce dont on ne se rend pas toujours compte en le lisant.

J'ai été ébloui par ce livre : le récit est captivant, magistralement écrit et construit, et il constitue un témoignage d'une femme hors du commun sur une époque

Un véritable enchantement

10 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans) - 28 juillet 2005

Je viens de terminer ce livre admirable et j'essaie bien humblement de trouver les mots pour décrire ce que j'ai éprouvé à sa lecture. Premièrement, la biographie de l'auteure m'a profondément touchée. Décidément, la guerre nous aura fait perdre beaucoup d'oeuvres en devenir. Quel dommage que ce livre n'ait pas été terminé. Quel perte pour les lecteurs avides de belles lectures poétiques et profondes ! Enfin, on n'y peut rien. Irène Némirovsky est issue d'un milieu privilégié et ça transparaît dans son écriture. C'est une lettrée doublée d'une aristocrate et son oeuvre est à la hauteur de ses origines et de son éducation. Elle fait preuve d'une incroyable sensibilité et d'une lucidité hors du commun dans la description des comportements humains face à la guerre, l'exode et l'occupation. Les personnages sont authentiques et vrais dans leurs faiblesses et leurs basses mesquineries. Dans la première partie du roman, je tiens à souligner le chapitre 20 qui est à lui seul une vraie petite merveille; il met en scène un seul personnage, le chat Albert. La deuxième partie m'a particulièrement touchée car je suis originaire d'un petit village et j'ai reconnu beaucoup des choses décrites: les maisons, la rue principale, les fermes, les habitants, les réjouissances, la méfiance, l'hypocrisie, les drames, les jalousies, les médisances, les jugements...
Ne vous privez pas d'une telle lecture !

Destins croisés.

7 étoiles

Critique de THYSBE (, Inscrite le 10 avril 2004, 60 ans) - 23 mai 2005

Ce qui donne toute la force à cet ouvrage, c’est justement qu’il ne soit pas terminé. Cet ouvrage est avorté, tout comme la vie d’I. N. et de tant d’autres personnes de l’époque.
Les annotations en fin de livre de l’auteur pour construire son roman donnent toute la profondeur aux personnages, aux évènements et aux émotions. Ces correspondances insistent sur cet avenir incertain, sur le peu de temps pour réagir.
Je lui ai trouvé quelques longueurs, mais aussi quelques belles phrases toutes puissantes comme celle-ci par exemple :
« Les évènements graves heureux ou malheureux ne changent pas l’âme d’un homme, mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant d’un coup les feuilles mortes révèle la forme d’un arbre ; ils mettent en lumière ce qui était laissé dans l’ombre ; ils inclinent l’esprit dans la direction ou il croîtra désormais.
Quant à son prix littéraire, que serait-il s’il n’était sorti à une autre date que celle de la commémoration du génocide juif et où l’antisémitisme n’était pas tant d’actualité. Mais, bon, même si l’on sent une petite manipulation commerciale, il n’en reste pas moins pour une bonne cause et un bon livre.

Tableaux de l'Exode vers la Collaboration

10 étoiles

Critique de Rotko (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 43 ans) - 5 mars 2005

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Le titre l'indique, "la suite francaise" est un roman musical, initialement prévu en deux mouvements : "Tempête en juin", allegro con bio comme dans "la Pastorale" de Beethoven, et Dolce, Andante con moto.
.
L'Histoire encadre ces deux mouvements d'un prologue et d'une suite tragique : la préface de Myriam Anissimov, et les Annexes, tant les notes manuscrites d'Irène Nemirovsky que la Correspondance 1936-1945. Préface et postface à lire absolument, et qui se passent de commentaires.
L'Exode met à nu ceux qu'il met sur les routes. Incrédulité, étonnement, puis décisions pragmatiques des différents couples et personnages de ce feuilleton. Les situations sont parfois cocasses, mais l'auteur ne force pas le trait. On peut s'attendrir sur des personnages, on voit surtout des personnalités étroitement insérées et prisonnières de leurs classes sociales : grands bourgeois, petits bourgeois, artistes ou hommes d'argent, chacun suit sa pente, mais ce n'est guère en montant !
"Ce qui sépare ou unit les êtres, ce n'est pas le langage, les lois, les moeurs, les principes, mais une manière identique de tenir son couteau et sa fourchette !"
Plutôt que d'emprunter la caricature flaubertienne, souvent pesante, l'auteur joue du contraste comique, de la réflexion ingénue, du comportement instinctif, pour "croquer" les personnages.
Une petite vignette animalière, utilisant fréquemment le chat, caractérise et épingle les protagonistes. Le chat retombe toujours sur ses pattes, la danseuse mondaine aussi ; les Péricand sont à l'heure des choix : "Un chat tenait avec circonspection entre ses dents aiguës un morceau de poisson parsemé d'arêtes : l'avaler lui faisait peur, le cracher lui donnerait des regrets".

Le deuxième mouvement, "Dolce", présente une Province qui s'habitue peu à peu à l'Occupation. On prend ici à contrepied "le silence de la mer" de Vercors. Lucile se laisse peu à peu séduire par le jeune occupant, et à quelques exceptions près, une vie commune avec l'ennemi serait finalement, faute de mieux, envisageable. Dans le labyrinthe des sentiments et des réactions, l'auteur fait des analyses qui ont la drôlerie et la finesse proustienne.
L'épisode historique précis prend alors une portée générale :
"Les évènements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant d'un coup les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre ; ils mettent en lumière ce qui était resté dans l'ombre ; ils inclinent l'esprit dans la direction où il croîtra desormais". p 207
"On sait que l'être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. c'est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l'avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci" p 386

Enfin le troisième mouvement, Préface et Annexes : le nazisme à l'état brut(e).


Un témoignage qui sort du commun

9 étoiles

Critique de Apostrophe (Bruxelles, Inscrit le 11 février 2001, 56 ans) - 9 février 2005

Ce que je trouve tout à fait incroyable et intéressant dans ce roman, je parle de la 2e partie, c'est la fascination qu'exerce le régiment allemand sur les villageois français et les femmes en particulier ; c'est assez hallucinant de lire une femme juive qui décrit de façon aussi surprenante les qualités de ces soldats du Nord ; jeunes, beaux, bien bâtis, joyeux, frais, pleins de séduction et de bonne éducation. Elle insiste très souvent là-dessus. Si on avait écrit ça après la guerre, on aurait taxé le romancier de pronazi ; on n'aurait peut-être même pas publié. Ce qui n'aurait été qu'un bon documentaire, car la 1ère partie est pour moi un peu faible, devient un témoignage assez unique et pour le moins osé ; c'est très fort.

SUITE FRANCAISE

8 étoiles

Critique de Nounours (FLEVILLE DVT NANCY, Inscrite le 27 janvier 2005, 51 ans) - 8 février 2005

Ce roman est d'autant plus touchant que l'on connait les circonstances dans lequel il a été écrit, que l'on sait qu'il n'est pas fini, que l'on sait ce qu'il est advenu de l'auteur. Et à mon sens, c'est ce qui en fait son succès et son émotion.

Les personnages y sont décrits sans fard, tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs craintes et leurs émotions. Il n'y a pas un héros beau, riche et intelligent mais une multitude d'individus, dont on aurait pu être... et qui peut dire ce que nous aurions fait ?

A lire, ne serait-ce que pour éviter que l'oubli n'enterre cette période du XXe siècle.


remarquable !

8 étoiles

Critique de Ninon (Namur, Inscrite le 11 avril 2004, 64 ans) - 6 février 2005

Comment ne pas être émue, ne pas frissonner en découvrant ces "tranches" de vie de ces êtres si bien observés, si bien dépeints dans leur "humanité"...
Trés belle écriture, je me suis laissée emporter, curieuse de la suite, frustrée par l'inachèvement...et combien touchée par le destin que l'on sait de l'auteure.

Une différence !

10 étoiles

Critique de Jules 2 (, Inscrit le 11 mai 2004, 73 ans) - 21 décembre 2004

je souhaiterais attirer l'attention de Cuné sur le fait que Némirovski écrit ce livre en pleine guerre, décrit les Allemands sous un jour qui semble pour le moins très objectif alors qu'elle fait plus que se douter du terrible sort qu'elle risque de subir par eux !...

Rien que cela me semble une terrible différence ! Quelle force de caractère et quelle force d'âme !...

Plaisant mais pas une découverte

6 étoiles

Critique de Ulrich (avignon, Inscrit le 29 septembre 2004, 42 ans) - 21 décembre 2004

Plaisant mais pas une découverte

Petit tableau, petite scène de la vie dans une période hors norme : la débâcle de juin 1940 et le début de l’occupation par les Allemands.
Ces petits tableaux nous montrent avec justesse la nature humaine. Humain, trop humain dans l’horreur, l’individualisme et le sauve qui peut.
Ce livre sonne juste. Mais il n’est pas une révélation. Juste des histoires d’hommes et de femmes, là où bien souvent l’Histoire nous parle chiffres.
Les Allemands étaient humains, capables de sentiments. Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, encore moins dans ces périodes troublées. Alors ne feignons pas de le découvrir dans ce livre. Nos vieux nous le racontent souvent.
La débâcle est décrite admirablement : tous sont concernés, toutes les catégories sociales. Les réactions sont différentes mais toutes empruntent la même voie, légitime : survivre et pour cela on est prêt à tout. Mais là aussi, pardonnez-moi, je connais le concert de louanges sur ce livre, mais on a déjà lu. Ce n’est pas une découverte. L’histoire de la guerre a déjà été souvent « admirablement » décrite.
Alors, est-ce que livre peut être extraordinaire parce qu’écrit dans le flot de l’histoire, en 41-42 ? Est ce suffisant ?
Alors, est-ce qu’un tableau est magique parce qu’il est une rupture dans l’Histoire de l’Art ? Est ce suffisant ?
Dans les deux cas, c’est remarquable mais pas suffisant pour en faire un chef d’œuvre.
Ce livre me fut plaisant mais jamais frissonnant.

La France, au delà du pays, ce sont les français....

10 étoiles

Critique de Cuné (, Inscrite le 16 février 2004, 50 ans) - 14 décembre 2004

Prix Renaudot 2004, ce roman est un éblouissement. Il m'est même difficile de dénouer ce qui m'a le plus touchée, de l'histoire elle-même avec un petit ou un grand H, de celle du manuscrit, de celle de l'auteure ou des ajouts au roman.

Tentons d'expliquer tout ça.

Le roman est en 2 parties, d'abord Tempête en Juin, (description de l'exode en France pendant la 2° guerre mondiale. Tableaux très parlants, scènes insupportables de la nature humaine quand elle panique.) puis Dolce (récit du début de l'occupation jusqu'à l'entrée de la Russie dans la guerre, avec des portraits psychologiques ahurissants de perfection). Malheureusement ça s'achève là.

En préface, Myriam Anissimov nous raconte la vie et le destin d'Irène Anissimov, de sa famille. On apprend ainsi que le manuscrit de Suite française a longtemps dormi auprès de sa fille Denise, jusqu'à ce qu'elle trouve le courage et l'envie de l'offrir au public.

En post-face, les notes d'écriture d'Irène Nemirovsky; passionnantes, elles décortiquent les méthodes d'écritures employées, envisagées, ce qu'elle souhaitait faire ressortir de tout ça, son envie d'écrire là une symphonie en 5 temps de 1000 pages, ce qu'elle vivait, un peu.

Enfin, les correspondances échangées pendant toute cette période par l'écrivaine, son mari, leur entourage de l'époque. Poignant.

Tout cela forme vraiment un ensemble parfait, INDISPENSABLE à lire, à mon avis, mais l'écriture elle-même d'Irène Nemirovsky justifierait tout à fait le prix Renaudot.

Une romancière que je découvre, avec émerveillement, dont je lirai toute l'oeuvre, assurément !


Une vraie merveille !

10 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 11 novembre 2004

Irène Némirovsky est Juive et née, en 1903, en Russie d'un père riche banquier et d'une mère seulement préoccupée de son aspect physique, des fêtes et de ses nombeaux amants. Une haine terrible naîtra entre les deux femmes. Suite à des pogroms la famille quitte la Russie pour s'installer en France où le père dirigera ce qui était une filiale de sa banque. Irène publie onze romans entre 1927 et 1940. Entretemps, elle s'est mariée avec Michel Epstein et a deux filles, Elisabeth et Denise. La guerre éclate, la France tombe et en juillet 1942 Irène est arrêtée. Envoyée d'abord à Auschwitz, puis à Birkenau, elle y est assassinnée quelques semaine plus tard. Son mari suivra le même chemin et sera gazé dès son arrivée à Auschwitz. Ses deux filles, confiées à une dame, survivront et seront très fortement aidée par Albin Michel et d'autres personnes. denise avait religieusement conservé l'original de ce livre et s'est réfusée pendant des années à le remettre à un éditeur. Enfin, ce livre a vu le jour !

Et heureusement pour la littérature et pour la mémoire d'Irène Nemirovsky, car c'est une vraie merveille !

Une merveille d'écriture d'abord, de finesse et d'humanité ensuite.

La première partie est pleine de bruit et de fureur: c'est l'exode sur les routes de France. La pagaille totale et on y retrouve de tout: la peur, la haine, l'avarice, l'amour, l'intérêt, la lâcheté, l'envie, la gentillesse, l'âpreté etc.

La seconde partie, comme dans un concerto, se déroule bien plus dans le calme. Les troupes allemandes occupent les villages et on y passe de la haine à la compréhension. Quoi ? ... On finit par les connaître ces occupants... Ils sont devenus plus que des occupants ou des boches, ils sont aussi Bruno, Hans, Werther, Wolfgang ou Kurt. Après tout, c'est la guerre, ils font leur métier et toutes les armées du monde ne sont-elles pas les mêmes ?

Et puis, qu'ils soient fermiers, bourgeois ou nobles, les habitants du village ne sont-ils pas aussi quasiment tous pétainistes ? Il a aussi bon dos Pétain, car cette occupation c'est aussi pour tous le moyen de se faire de l'argent sur le dos de l'ennemi et là ils sont tous d'accord !... La lâcheté est toujours là et l'âpreté au gain règne comme aux plus beaux jours.

C'est ici qu'Irène Nemirovsky nous dévoile ses plus grandes qualités ! Elle nous brosse des tableaux psychologiques nombreux et parfaits, d'une exceptionnelle finesse d'analyse. Elle réussit, malgré qu'elle se doute de son tragique destin, à ne pas nous faire hâïr ces occupants, tout au contraire. Ce sont, sous sa plume, des hommes tout à fait comme les autres. Crispants parfois, autoritaires souvent, mais aussi tellement humains ! Des hommes séparés de leur mère, de leur femme ou de leurs enfants. des hommes qui peuvent aussi être envoyés mourir Dieu sait où demain...

Je ne peux résister à l'envie de citer ici une phrase des carnets qu'elle tenait pour ce livre:

"Je fais ici serment de ne jamais plus reporter ma rancune, si justifiée soit-elle, sur une masse d'hommes quels que soient races, religion, conviction, préjugés, erreurs. Je plains ces pauvres enfants. Mais je ne puis pardonner aux individus, ceux qui me repoussent, ceux qui froidement nous laissent tomber, ceux qui sont prêts à vous donner un coup vache. Ceux-là... que je les tienne un jour.'

Pas de responsabilité collective, ils sont manipulés, mais bien une responsabilité individuelle !

Et encore ces quatre vers écrits par elle dans les carnets de ce livre:

" Pour soulever un poids si lourd
Sisyphe, il faudrait ton courage,
Je ne manque pas de coeur à l'ouvrage
Mais le but est long et le temps est court"

Ne manquez surtout pas ce livre, découvrez le grand art de cet auteur, vivez avec les Michaud, les Corte, les Péricand, les Montmort, les Géllinier, Lucile et Bruno... Vous ferez un tour complet de l'humanité...

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