Paul Verlaine de Stefan Zweig

Paul Verlaine de Stefan Zweig

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Alceste, le 30 août 2015 (Inscrit le 20 février 2015, 56 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (31 432ème position).
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Si faible face au poids du destin

Le tout jeune Stefan Zweig consacre dès 1905 une biographie à celui qui est encore l’idole de toute la jeunesse européenne moins de dix ans après sa mort : Paul Verlaine.

Bien sûr, il s’agira davantage d’un hommage d’un écrivain à un autre qu’une étude richement documentée. Dans un style très fleuri, Zweig s’interroge sur ce qui explique le destin hors du commun du « Pauvre Lélian ».

Il invoque pour ce faire des notions telles que la faiblesse, la vulnérabilité, voire la féminité.

Et de décrire l’univers féminin dans lequel Verlaine a d’abord baigné, entouré de sa mère et de sa cousine Élisa. La mort de cette dernière, puis la vie au pensionnat, constitueront une rupture. Là, il apprendra le contact rude avec les garçons et avec l’alcool.

Une fois diplômé, Verlaine se tourne vers l’école parnassienne, et publie son premier recueil, que Zweig considère comme mineur : les Poèmes saturniens. Avec un second recueil plus réussi, Les Fêtes galantes, Verlaine semble s’engager dans la voie confortable que connaîtront un Anatole France ou un François Coppée, si le destin n’avait pas bousculé cette trajectoire toute tracée.

Après son mariage d’amour avec la douce Mathilde, qui lui inspire le recueil le plus réussi selon Zweig, la Bonne chanson, la guerre de 1870 constituera le premier choc : malencontreusement engagé aux côtés des Communards, il perd son poste à l’Hôtel de Ville ; s’ensuivent les scènes de ménage, les crises de boisson et les coups… Puis le destin s’engouffre dans cette brèche avec l’irruption de Rimbaud. L'enchaînement infernal est connu : l’errance, la prison, le divorce, l’impossible retour à la vie normale.

Zweig note que selon lui l’artiste est mort bien avant l’homme, l’inspiration catholique vers laquelle il se tourne à sa sortie de prison ayant stérilisé son art.

Zweig juge également avec beaucoup de scepticisme la ferveur des jeunes générations qui se servent de Verlaine pour donner des coups de boutoir contre la vénérable Académie. Verlaine laisse dire complaisamment mais rien de plus bourgeois que l’idéal Verlaine, rien de moins révolutionnaire, de moins bohème. C’est l’alcool qui l’a constamment réduit à cet état social de marginal, de « poète maudit ».

De cette vie tristement achevée dans une mansarde parisienne, Zweig notera qu’elle fut dépourvue d’héroïsme certes, mais jamais d’humanité.

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un ton un peu démodé mais Zweig voit juste

8 étoiles

Critique de Bunny (, Inscrite le 29 novembre 2009, 60 ans) - 15 février 2016

Livre qui porte la marque de son époque, (trop) peu factuel, psychologisant, parfois verbeux, très marqué par le déterminisme issu de Taine -sur lequel Zweig a fait sa thèse (les trois « forces primordiales »). Mais il voit juste, parle vrai et n’enjolive pas.

On est « allemand » donc lyrique. Rimbaud a le vice du « sang gaulois ». Verlaine devient au pensionnat un « gamin de Paris » donc roué, désinvolte et obscène. Sa « nature féminine » est passive et sans énergie…

Verlaine est une « masse molle dénuée de force » et de volonté, dont la vie ne sera que déchéances successives après l’épisode Rimbaud. Zweig n’occulte ni le naufrage dans l’alcool, ni les mauvais vers, ni son cabotinage devant une jeunesse qui l’admire, ni son recueil de poésie posthume « répugnant ».

J’ai apprécié que Zweig replace Rimbaud dans sa vrai nature, une « force primitive», un être « sous tension », « héros de la liberté intérieure » et « sacrilège ». Il est poète presque par inadvertance, la poésie n’est pour lui qu’un épisode de trois ans et une des multiples moyens de déverser son « trop plein d’énergie ». Le terme de « gyrovague », le moine errant, souligne l’austérité et l’instabilité chez Rimbaud.

Quant à l’homosexualité , Zweig signale qu’on l’ignore et que de toute façon il lui semble inconvenant de vouloir le découvrir.

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