En attendant les barbares de John Maxwell Coetzee

En attendant les barbares de John Maxwell Coetzee
( Waiting for the barbarians)

Catégorie(s) : Littérature => Africaine , Littérature => Anglophone

Critiqué par Rotko, le 7 octobre 2003 (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 45 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (607ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 5 590  (depuis Novembre 2007)

L'Histoire, cette tragédie !

Le poste frontalier qui donne sur le désert des barbares est administré par un magistrat civil. Bientôt arrive le représentant militaire du Gouvernement, chargé d'une mission officielle : vérifier que les barbares préparent une offensive, et soumettre les prisonniers à la question. Entre les deux hommes naît une collaboration officielle, même si le magistrat civil se doute que le prétendu complot repose sur des mensonges et des méprises évidentes. Qu'est-ce qui peut justifier les interrogatoires et les supplices des prisonniers "barbares"?
Le récit est celui du magistrat civil, complice lâche et silencieux, mais tenaillé par la mauvaise conscience. Il a pour servante-maitresse une jeune barbare, mutilée, avec laquelle il entretient des rapports mêlés de culpabilité, de curiosité, et d'impuissance...
Les rumeurs, entretenues officiellement, justifient des offensives militaires contre des "ennemis" invisibles. La peur et les cauchemars saisissent la population, transforment des conscrits en spadassins, pendant que le pays se ruine et détruit jusqu'à son cadre de vie.
Coetzee propose une histoire angoissante des rapports entre différentes populations ; il crée un univers d'incompréhensions fondamentales, où règnent le conditionnement des masses, et la destruction impitoyable de la personnalité. Cette fable politique (1980) d'un écrivain d'Afrique du Sud - prix Nobel 2003, se prête à de multiples rapprochements et interprétations, qui dépassent de loin les clichés idéologiques convenus.

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En attendant les Barbares

10 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 40 ans) - 8 juillet 2012

Voilà un excellent livre. Je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi solide que ce que j'ai eu. Cette histoire, c'est sur la peur des étrangers et des gens différents. Si elle peut être bien en lien avec l'Apartheid en Afrique du Sud, elle peut aussi s'appliquer à ce qu'ont fait les États-Unis avec l'Irak ou l'Afghanistan. Dans ce livre, on voit que pour les gens au pouvoir, ce n'est pas la vérité qui compte mais bien la réponse que l'on veut entendre. Pour moi, c'est un grand livre.

Chef d'œuvre

9 étoiles

Critique de Rafiki (Paris, Inscrit le 29 novembre 2011, 28 ans) - 16 mars 2012

Quel chef d'œuvre. Coetzee y a mis tout son talent et le résultat est tout simplement formidable. Impersonnel, intemporel, ce roman est une excellente réflexion notre rapport aux autres, la peur de l'inconnu et la haine de la différence. C'est magnifiquement écrit, d'un réalisme à toute épreuve accompagné d'une écriture qui nous prend littéralement aux tripes. Ce que j'adore chez Coetzee c'est sa façon bien à lui de traiter les sujets. Pas de faux romantisme, une vision désenchantée du monde où percent parfois de faibles rayons d'optimisme. Sa poésie ne rapporte pas à quelque chose de foncièrement beau en soi mais sa capacité d'arriver à donner à toute chose une certaine beauté est impressionnante, même dans sa laideur la plus totale. Ce procédé n'est pas impossible loin de là mais Coetzee est celui qui pour moi a le plus abouti ce procédé: sortir d'un ouvrage pessimiste une œuvre humaniste. Je trouve cela formidable

Au delà du style, la tension qu'il impose de bout en bout est mise en place de façon magistrale. On peut être tenté de classer les lauréats du prix Nobel comme des auteurs impossibles à comprendre, trop difficiles d'accès mais celui-ci déroge à la règle. C'est complexe mais fluide et donc agréable à lire, on ne peut qu'être aspiré dans ce livre et n'en sortir qu'après les dernières pages, magistrales soit dit en passant.

Sommes-nous tous des Barbares ?

10 étoiles

Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 48 ans) - 25 mai 2011

Aux portes d'un désert que l'on suppose vaste et inquiétant, se trouve une ville, un avant poste, le dernier avant l'immensité.
Le magistrat de cette ville, gérant les affaires courantes en bon père de famille est confronté à l'arrivé du Colonel Joll et de son armée.
Car un danger plane, les Barbares devraient attaquer.
Les Barbares ce sont les autres, les différents, les nomades hostiles et dangereux, ceux que l'on a rejetés aux confins des montagnes. Etrangers sur leur propre terre.
S'installe un climat oppressant malgré une collaboration de principe entre les deux hommes.
Puis vient le temps des rapts, des tortures, de l'abandon de l'humanité. Cette humanité que certains ont décidé de ne pas voir dans le regard de l'autre. D'ailleurs Joll porte des lunettes de soleil noires, est-ce pour se préserver de l'éclat scintillant de la vérité ?
La scène où les captifs sont présentés dans la cour avec les mains transpercées d'un fil de fer puis passé dans les joues, les obligeant à garder les mains collées au visage est particulièrement atroce et évoque l'impuissance, la parole confisquée, l'homme placé au rang d'animal.
Le livre est imprégné d'un climat de tension palpable et corrosive, les rapports entre les deux hommes symbolisent deux visions du monde. D'un côté l'incompréhension et l'administration de consignes hiérarchiques, ( l'armée) de l'autre l'interrogation au travers des yeux de l'administrateur civil.
Un livre dont il est difficile de rendre compte, Coetzee évoque la raison d'état et la force de l'administration, son aveuglement. Seul un homme s'oppose à cette force destructrice un homme seul, le magistrat de la ville, essayant de comprendre l'incompréhensible.
Difficile de ne pas penser aux guerres de l'Histoire.
C'est l'une des forces du livre, grâce à la métaphore illustrée par cette bourgade, Coetzee évoque aussi bien l'apartheid, que la colonisation, les conquêtes amérindiennes, toutes les guerres d'empire. Couronné par le talent de l'auteur que je ne connaissais pas auparavant.
Un livre court mais dense, un trou noir littéraire. Combien sont-ils ces livres qui ont la capacité d'absorber la réalité, de la transfigurer et dans faire un pamphlet intemporel ( le livre fut écrit en 1980 mais garde toute sa fraîcheur) .
Un grand livre que ce court roman dont l'auteur a digéré la réalité d'une humanité désolante pour en faire un chef d'oeuvre.
Adepte du page-turner passez votre chemin, c'est court mais dense, il faut reprendre son souffle entre les chapitres, savoir se séparer de cette histoire pour ne pas finir hypnotisé.
Je suis le premier à dire que je connaissais pas cet écrivain, comment se fait-il qu'il ne soit pas davantage lu en France ?
A la lecture, difficile de ne pas penser " Au désert des Tartares ", certains passages de désolation me font penser à" La route", d'autres à " Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée ".

Kafka au désert des Tartares

8 étoiles

Critique de Romur (Viroflay, Inscrit le 9 février 2008, 46 ans) - 16 janvier 2010

« Le spectacle de la cruauté corrompt le cœur des innocents »

Aux confins désertiques d’un empire, un Magistrat gère avec bonhomie un petit poste frontière. L’ambiance de départ fait penser au Désert des Tartares de Buzzatti, mais l’impression passe vite. Un jour arrive le colonel Joll (seuls les militaires de l’empire portent un nom) envoyé par le pouvoir central pour enquêter sur un éventuel soulèvement des barbares qui peuplent le désert. Lorsqu’on cherche des preuves on en trouve, surtout lorsque les méthodes les plus brutales et les raisonnements les plus absurdes sont permis. Le colonel reparti, le Magistrat recueille une jeune femme barbare (estropiée par la torture et abandonnée par les siens) avec laquelle il entretient une relation trouble. La vie reprend comme avant, même si le magistrat n’arrive pas à oublier ce qu’il a vu et laissé faire. A la fin de l’hiver il reconduit la jeune femme chez les siens. Au retour de l’expédition, la guerre a été déclarée. Ayant rencontré l’ennemi, il est accusé de trahison et incarcéré. Dehors, les défilés militaires attisent l’enthousiasme et les rumeurs attisent la peur pour asseoir l’autorité de l’état et légitimer la guerre. Mais la lutte sournoise menée par les barbares épuise jusqu’à la déroute l’armée impériale. Tout s’effondre. Le magistrat épuisé par la torture et l’incarcération reprend la gestion de ce qui reste de la ville sous le poids inexorable des saisons et des choses qui reprennent leur cour.

La question au cœur du roman est bien sûr « Qui sont les barbares ? ». Attend-on l’arrivée des peuples du désert ou du 3ème Bureau du colonel Joll ? N’y a-t-il pas aussi une pointe de barbarie dans le cœur de chacun ? Le récit est intemporel et la manipulation implacable des populations, la légitimation de la torture pour obtenir la vérité (que le colonel Joll reconnaît à « l’accent de vérité »), l’enchaînement infernal qui crée la guerre à partir de rien se reconnaissent et se transposent aisément.
D’autres thèmes récurrents chez Coetzee sont esquissés : la vieillesse et la déchéance physique ; l’érotisme et la sexualité ; la culpabilité et la compromission ; la souffrance et la dignité.
En toile de fond, il faut enfin signaler cette nature sauvage et parfois hostile : désert, montagne, marais superbement évoqués et décrits.

Un petit livre très fort, sans vraie conclusion ni message explicite, tout en suggestion pour nous toucher au plus profond de nous même.

Civilisation barbare et barbarie civilisée

8 étoiles

Critique de Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 35 ans) - 16 août 2008

Le Magistrat administre un poste frontière de l'Empire aux limites du désert et des territoires barbares quand le colonel Joll est dépêché depuis la capitale pour enquêter sur une éventuelle révolte des Barbares. Contraint de coopérer avec le colonel, le Magistrat, qui entretient par ailleurs des relations pacifiques avec les Barbares et rejette l'idée d'une révolte, témoigne d'une inimitié envers Joll et ses procédés: torture, extorsion de fausse confession et intimidation envers les Barbares capturés. Après le départ de l'envoyé de l'Empire, le Magistrat entretient une relation pour le moins ambiguë avec une jeune barbare mutilée et presque aveugle, laissée derrière par les siens. A son retour d'un long périple dans le désert pour permettre à cette fille de retrouver les siens, le Magistrat est arrêté par l'armée envoyée à son poste frontière depuis la capitale. La guerre aux barbares a été déclarée en son absence: en se rendant chez l'ennemi, le Magistrat s'est rendu coupable de trahison. C'est Joll, assisté de Mandel, qui sera chargé d'interroger ce fonctionnaire devenu ennemi de l'Empire.

En 1980, alors que l'Afrique du Sud est toujours sous un régime d'apartheid, Coetzee écrit ce grand livre - aux temps et lieu indéfinis - sur la xénophobie et la torture.
La question centrale sur laquelle repose tout le livre nous interroge sur les notions de civilisation et de barbarie. Coetzee a l'intelligence de ne pas opposer les bons Barbares aux méchants civilisés. Tout est bien plus subtil que ça, en réalité les deux se confondent. La barbarie abêtit l'homme, la civilisation le pervertit. Car en même temps que l'homme se développe intellectuellement, qu'il dompte la nature, ses vices, sa violence, sa sexualité se "civilisent" aussi. L'homme civilisé s'amuse à torturer son prochain, sa sexualité n'a plus rien d'animal, elle est une langueur libidineuse, une contrainte même à la fin de livre. Pour éviter ces dérives, la barbarie est-elle une solution? Une existence simple? Non. Car la barbarie c'est la passivité, la captivité, l'ignorance. Finalement, les deux sont-elles si dissemblables? Le Magistrat ne creuse-t-il pas le désert pour retrouver des artefacts de la civilisation barbare? La torture, violence civilisée, ne fait-elle pas du Magistrat, cultivé, civilisé, un barbare ne vivant plus que pour manger, n'aspirant qu'à devenir plus gras et à reposer son corps malade? Coetzee brise la dichotomie barbarie/civilisation. Il expose les liens entre les deux: les barbares sont partout, ils sont tous civilisés et même s'ils sont aux portes de la ville, même si on attend leur attaque imminente, on se rend compte qu'on les a vu opérer depuis le début, de chaque côté du mur de la civilisation.
Derrière une histoire qui peut paraître classique, Coetzee mène donc une réelle, riche et dense réflexion sur ces deux notions et sur le rapport à l'Autre. Waiting for the Barbarians est donc avant tout un roman à thèse. A ce titre, on notera quelques incohérences, quelques ficelles un peu trop grosses (telles que cette clé qui ouvre toute les portes, ou l'alerte qui n'est pas donnée quand un prisonnier s'évade, ou l'amitié que les villageois témoignent au Magistrat, lui reconfiant même la direction de la ville alors que tous le percevaient comme un traître et été prêts à le lyncher peu avant). Mais finalement, on les pardonnera toutes car elles offrent autant de possibilités à Coetzee pour mener ses réflexions sur la déshumanisation d'un homme torturé et capturé, des réflexions d'autant plus intéressantes qu'au lieu de nous asséner des vérités, Coetzee nous interroge, on réfléchit avec lui à travers les prises de conscience du Magistrat.
Certains passages sont magistraux et, devant la richesse des développements, on fera facilement l'impasse ces quelques détails. Waiting for the Barbarians, pour ce qu'il dénonce et pour la réflexion qu'il suscite, est un grand livre.

Belle Histoire

10 étoiles

Critique de Boughkh1 (, Inscrit le 21 février 2005, 47 ans) - 25 juillet 2005

Austère, mais belle. Ca relate la peur d'autrui et de l'étranger! Une peur basée sur l'imagination et fondée sur le néant!
K. Boughardain
Bruxelles
2004

Les civilisés, les Barbares et le désert

8 étoiles

Critique de Janotusdebragmardo (, Inscrit le 5 avril 2004, 63 ans) - 1 juillet 2004

Le récit est vu à travers les yeux du gouverneur civil. Celui-ci est-il lâche ? Peut-être est-il plutôt impuissant devant la force brutale. Même s’il le fit tardivement, il critiquera l’action de Joll et de l’armée, sera emprisonné, torturé- on trouve ici une étude sur la destruction de l’être humain que peut opérer la torture ; il reviendra à la tête de la cité au départ de l’armée vaincue, face à un avenir bien incertain. Son action a toujours été de chercher une cohabitation paisible entre les différentes populations.
Enfin, entre les deux entité principales, les "civilisés" et les barbares, une troisième joue un rôle notable: le désert, qui entoure de son immensité inquiétante la petite cité fortifée.
Le roman aborde les problèmes d’incompréhension entre les êtres, les peuples qui restent étrangers les uns aux autres et se craignent, celui de la réaction des foules devant des menaces plus ou moins réelles, de sa sauvagerie - devant la séance de torture publique, ou l’exposition de prisonniers traités comme des bêtes- bref, un récit à multiples facettes et de portée universelle que rotko a fort bien présenté.

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  Coetzee, plagiaire 8 Bérénice 20 juin 2004 @ 22:07

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