Double blanc de Yasmina Khadra

Double blanc de Yasmina Khadra

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers , Littérature => Arabe , Littérature => Francophone

Critiqué par Darius, le 1 octobre 2003 (Bruxelles, Inscrite le 16 mars 2001, - ans)
La note : 9 étoiles
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Polar sur la corruption meurtrière dans l'Algérie actuelle

La littérature policière n’est plus l'apanage des pays industrialisés. Grâce à ce roman rédigé par Yasmina Khadra (un pseudo féminin pour cet ex-officier de l’armée algérienne, exilé sous d'autres cieux, dont le nom véritable est Mohammed Moulessehoul), le lecteur de roman noir y trouvera son compte tout en s’enrichissant d'une page de la situation politique en Algérie.
L’auteur évoque de façon bouleversante, avec une telle précision clinique, l'Algérie de l'intégrisme islamique et des massacres, qu’il est impossible d'imaginer l'engendrement de semblables textes autrement qu'à partir d'un vécu terrible. Pour ainsi écrire, il fallait forcément avoir vu, avoir soi-même été pris de nausée en remontant la piste sanglante de la barbarie.
L'auteur fait parler un policier, le commissaire Llob, un flic macho et cynique. Ce qui fait agir, parler, souffrir le commissaire, c'est son idéalisme : c'est un incorruptible, épris de justice. Et en cela il fait figure de dinosaure dans l'Algérie des années 90. Il est seul contre tous et glisse très rapidement du simple instrument de la justice vers le justicier, car personne ne vient prendre le relais de l'enquête. D'ailleurs, celle-ci commence par un petit fait d'apparence anodine, puis se termine dans des magouilles d'influence.
L'auteur décrit une société où le banditisme et le crime sont devenus le mode de fonctionnement de toutes les couches sociales, à travers règlements de comptes et autres épurations. Mais il nous apprend surtout qu'il y a des alliances contre nature propres à engendrer des situations inextricables
Dans ce roman (mais il y en a d'autres) c'est le monde des affaires qui est visé. Le commissaire Llob l'a bien compris, lui qui raconte l'histoire suivante : « Il était une fois un homme riche dont la cupidité n'avait d'égale que sa boulimie. Il était doué pour les affaires et avait une passion inouïe pour les magouilles. Seulement, il vivait dans un pays où les initiatives lucratives étaient excessivement rationnées, sinon arbitrairement avortées par un socialisme bidon savamment corruptible. Le richard devait se livrer à des acrobaties souvent humiliantes pour préserver sa vocation. Il avait beau s'acheter des amis dans la nomenklatura, il n'était jamais à l’abri des textes en vigueur et des tracasseries idéologiques. (..) Un jour, le pays contracta l'épidémie intégriste. Une tragédie certes, mais une sacrée aubaine pour une certaine minorité friquée. Une occasion inestimable pour fermer enfin sa grande gueule au socialisme de pacotille qui empêchait les initiatives de féconder des fortunes. Pour cela, il fallait entretenir les foyers de tension, jeter de l'huile sur le feu pour désaxer le pays afin de mieux le couillonner. Il devenait impérieux d'amener le Pouvoir piégé, à négocier sa grâce, à renoncer à ses principes prolétaires, à faire d'importantes concessions. (..) »
Et voilà comment le capital vide un pays de toute sa substance socialiste en utilisant non seulement le nationalisme religieux comme bouc émissaire mais en l’employant à son profit.
Côté style, notre auteur ne manque pas d’humour, les dialogues sont caustiques à souhait, les situations décrites valent leur pesant d’or : Le commissaire Lob :« J'ai passé la nuit à ceinturer mon oreiller. Depuis le matin, crevé d'insomnie, je n’arrive pas à décider si je dois me raser ou bien me foutre dans le bidet et tirer la chasse. J'ai du cafard, de quoi peupler dix caniveaux »
Description du salon d'un potentat local « Il y a même un tigre du Bengale, la gueule rugissante, qui semble surgir de sous un rouleau compresseur pour proposer aux semelles sa peau aplatie »
Petits dialogues désopilants entre le commissaire intrépide et ses suspects potentiels : le suspect : "- Qui t’a fait entrer ? le commissaire : - Le courant d’air."
le suspect : "- Je porterai cette affaire au plus haut niveau !
le commissaire : "- Je vous lancerais volontiers mon ascenseur personnel."

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