L'oiseau d'Amérique / L'oiseau moqueur de Walter Tevis
( Mockingbird)
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Fantasy, Horreur, SF et Fantastique , LittĂ©rature => Anglophone
Moyenne des notes :
(basée sur 8 avis)
Cote pondérée :
(3 342ème position).
Visites : 8 558 (depuis Novembre 2007)
Triste avenir pour l'humanité...
Ce livre nous présente une vision mécanisée, robotisée et inhumaine de notre société. L'homme est devenu tellement dépendant de ses robots qu'ils l'ont presque réduit en esclavage en l'assommant de pilules anxiolytiques et contraceptives. La loi du chacun pour soi domine, tout contact interhumain est interdit et puni, la lecture et les livres n'existent plus depuis longtemps... L'humanité se meurt, diminution de la population, suicides à répétitions...
Seuls réagiront un robot, le plus intelligent de tous, qui se rendra compte de cette décadence, ainsi que deux humains, un homme et une femme, qui rejetteront ce systÚme et réapprendront à lire et à s'aimer normalement en redécouvrant les valeurs de notre société actuelle...
Vive critique des dangers de la modernitĂ© et de l'Ă©goĂŻsme grandissant de notre sociĂ©tĂ©, ce livre, au-delĂ des aventures des protagonistes, nous propose d'intĂ©ressantes rĂ©flexions sur l'Ă©volution et l'avenir de l'humanitĂ©... Et mĂȘme si le ton est d'un pessimiste dĂ©primant, l'auteur nous montre que cette Ă©volution dramatique n'est pas inĂ©luctable, mais qu'au contraire tout dĂ©pend de notre volontĂ© et de nos convictions, et les passages pleins d'espoirs sont lĂ pour nous le rappeler...
Un trĂšs bon roman d'anticipation...
Les éditions
L'oiseau d'Amérique [Texte imprimé] Walter Tevis traduit de l'américain par Michel Lederer préface d'André-François Ruaud
de Tevis, Walter Ruaud, André-François (Préfacier) Lederer, Michel (Traducteur)L'oiseau moqueur
de Tevis, Walter Lederer, Michel (Traducteur)ISBN : 9782351787748 ; 10,40 ⏠; 07/01/2021 ; 336 p. Broché
Les livres liés
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série
Les critiques suivantes (7) » Enregistrez-vous pour publier une critique !
Un monde régi par les robots
Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans) - 6 février 2021
Lâune des grandes singularitĂ©s du roman, câest le rĂŽle accordĂ© aux robots et, en particulier, Ă lâun dâeux nommĂ© Robert Spofforth. Oui, un nom dâhumain pour un robot, dâautant plus quâon a affaire Ă un spĂ©cimen de classe 9, autrement dit lâĂ©lite de ces crĂ©atures. Lâaction du roman se situe aux Ătats-Unis, Ă New-York et autres lieux, en lâannĂ©e 2467. Or les robots, nous fait comprendre le rĂ©cit, ont Ă©tĂ© construits bien longtemps auparavant et leurs concepteurs les ont perfectionnĂ©s de plus en plus, jusquâĂ ce niveau de classe 9, un niveau oĂč les robots ont Ă©tĂ© conçus, voulus, Ă lâimage de lâhomme. En somme, lâhomme sâest mis Ă la place de Dieu, crĂ©ant des crĂ©atures Ă son image Ă lui.
Or, Ă partir de ce moment-lĂ , tout sâest dĂ©rĂ©glĂ©, le monde sâest engouffrĂ© dans une logique folle et suicidaire. On a certes cessĂ© de construire des robots, mais le mal Ă©tait fait. Et, dans le monde tel que lâa imaginĂ© Walter Tevis, les robots ont pris toute la place. Ils gouvernent tout, font tout, contrĂŽlent tout. Mais ils sont Ă la fois forts et faibles. Ils peuvent sâen prendre Ă un humain insubordonnĂ©, voire lâarrĂȘter, mais sont limitĂ©s par leur propre programmation. Il leur arrive aussi de tomber en panne, tout en Ă©tant capable de sâautorĂ©parer. Pour un robot de classe 9 comme Spofforth, la crĂšme des robots, les concepteurs sont allĂ©s aussi loin quâils le pouvaient en intĂ©grant dans son systĂšme le schĂ©ma de connaissances dâun cerveau humain. Spofforth semble mĂȘme avoir des sentiments, mais il peut aussi ressentir une fatigue telle quâil voudrait en finir et se suicider. Comment faire cependant quand on a Ă©tĂ© programmĂ© pour vivre sa vie de robot sans jamais en finir ?
Câest en lien avec Spofforth que se situent les deux autres personnages principaux du roman : Paul Bentley et Mary Lou. Tous deux, prĂ©cisĂ©ment, empruntent des chemins qui les marginalisent par rapport aux normes que les robots sont chargĂ©s de faire appliquer. Dâune part, parce que, dans un monde oĂč les livres sont interdits et oĂč, de ce fait, on nâapprend mĂȘme plus Ă lire, Paul et, Ă sa suite, Mary Lou dĂ©couvrent, par leurs propres moyens, en autodidactes pourrait-on dire, le bonheur dâapprendre Ă lire afin dâĂȘtre lecteur et lectrice. Des livres, en effet, ils rĂ©ussissent Ă en trouver dans des lieux oĂč ils sont cachĂ©s. Non seulement des livres dâailleurs, mais aussi des films muets des dĂ©buts du cinĂ©ma, films qui, pour ĂȘtre compris, obligent Ă savoir lire les intertitres. Câest un monde disparu, câest une somme immense de connaissances, qui datent dâavant ce que, dans le monde gĂ©rĂ© par les robots, lâon appelle « la mort de la curiositĂ© intellectuelle », que, mĂ©dusĂ©s, dĂ©couvrent les deux humains. Ils le font Ă leurs risques et pĂ©rils car les robots veillent et, bientĂŽt, les font arrĂȘter, juger (ce qui donne lieu Ă des pages Ă la fois effrayantes et cocasses, effrayantes du fait des moyens dont on se sert, cocasses parce quâil faut, au prĂ©alable, par exemple, nettoyer un juge plein de poussiĂšre) et condamner. Câest surtout Paul qui paye les pots cassĂ©s, au point quâil Ă©cope de six ans de prison, dont deux de travaux forcĂ©s. Mais, bien dĂ©cidĂ© Ă ne pas demeurer prisonnier sur une aussi longue durĂ©e, Paul rĂ©ussit Ă sâĂ©vader, ce qui donne lieu Ă des pages parmi les plus captivantes du roman. Il sâagit, en effet, pour le fugitif, de survivre dans un environnement hostile quasiment vide dâhumains, si ce nâest une Ă©trange communautĂ© dâhommes et de femmes qui se dĂ©clarent « chrĂ©tiens », ce qui donne lâoccasion Ă Paul de faire valoir, Ă la surprise gĂ©nĂ©rale, ses capacitĂ©s de lecteur. Il faut noter, Ă ce propos, que, parmi les livres trouvĂ©s par ce dernier, figure une Bible, quâil essaie de dĂ©crypter et de comprendre, lui Ă qui lâon nâavait jamais enseignĂ© quâil pouvait y avoir un Dieu.
Quant Ă Mary Lou, restĂ©e seule avec Spofforth, quâelle appelle volontiers Bob, il se passe en elle, dans ses entrailles, quelque chose de totalement inattendu : elle est enceinte ! Pour en mesurer la surprise, il faut savoir que, dans le monde tel que lâa imaginĂ© le romancier, non seulement la population terrestre a considĂ©rablement chutĂ©, mais, de plus, il nây a plus de naissance depuis une trentaine dâannĂ©es. Les humains sont dĂ©sormais stĂ©riles, pour une raison qui trouve son explication au cours du rĂ©cit. Tous, sauf Mary Lou ! Mais que peut devenir lâenfant Ă naĂźtre, dans un monde oĂč le genre humain tout entier est en pĂ©ril (plus dâun, dâailleurs, prĂ©fĂ©rant se suicider plutĂŽt que dâattendre la mort inĂ©luctable).
Je nâen dis pas davantage afin de ne pas trop dĂ©voiler les nombreuses, passionnantes, trĂ©pidantes aventures contĂ©es dans ce roman. Un roman qui parvient admirablement Ă concilier les pĂ©ripĂ©ties et les questionnements de fond. Un roman qui, sous couvert dâanticipation, nous interroge, nous, les humains du XXIĂšme siĂšcle, sur ce que nous construisons et programmons, en particulier quant aux multiples avancĂ©es scientifiques et Ă leur potentiel vertigineux. Walter Tevis lâĂ©crit : des sociaux-ingĂ©nieurs ont « tout programmĂ© dans le passĂ©, inventant un monde censĂ© ĂȘtre sans pauvretĂ©, sans maladie, sans dissension, sans douleur (âŠ), un monde rendu possible par les pouvoirs de la technologie et de la compassion. » Or, dans ce monde aseptisĂ©, il manque lâessentiel, ce que Paul Bentley rĂ©sume ainsi : « Ce que je voulais, ce que je dĂ©sirais, ce que jâavais toujours dĂ©sirĂ©, câĂ©tait ĂȘtre aimĂ©. Et aimer. Et ce mot, on ne mâavait mĂȘme pas appris quâil existait ».
Robots et compagnie.
Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 55 ans) - 12 août 2009
Lecture vite faite, lecture bien faite
Critique de Jean Meurtrier (Tilff, Inscrit le 19 janvier 2005, 51 ans) - 12 juin 2007
Il est louable de prĂ©senter les livres comme remĂšde Ă la dĂ©chĂ©ance. Mais lâauteur prĂȘte beaucoup de vertu Ă une forme de communication prise indĂ©pendamment de son contenu. Je ne mâexplique pas lâĂ©moi quâa pu provoquer chez Paul un simple manuel de jeu dâĂ©checs.
Il y a dâautres raisons dâĂȘtre sceptique, comme le sevrage rapide des drogues. Et comment expliquer que cette sociĂ©tĂ© anesthĂ©siĂ©e ne soit pas soumise Ă une dictature ou au mieux Ă une Ă©lite (humaine) bienveillante? Ce livre suppose la disparition consciente de lâambition. Je ne peux pas imaginer les concepteurs de robots sophistiquĂ©s se dire «VoilĂ nous avons terminĂ©. Prenons quelques sopors, perdons toute luciditĂ© et rejoignons le peuple dans son hĂ©bĂ©tude.»
Si je ne crois pas un instant Ă lâhypothĂšse de base, lâhistoire est correctement dĂ©veloppĂ©e, bien que globalement prĂ©visible. «Lâoiseau dâAmĂ©rique» se lit sans difficultĂ© mais soulĂšve dâautres questions que celles attendues.
Enfin
Critique de Klein (, Inscrit le 16 octobre 2004, 62 ans) - 26 janvier 2007
Car n'est-ce pas le meilleur des mondes que de ne pas ĂȘtre importunĂ© par son prochain, de ne pas souffrir, de vivre pour soi ???
Enfin Ă©galement un livre de spĂ©culative-fiction (SF oĂč l'on transpose dans le futur une problĂ©matique d'aujourd'hui, ici l'isolement des ĂȘtres humains, le trop grand confort et la dĂ©natalitĂ©) ...
L'agonie de l'Humanité n'a-t-elle pas commencé ?
En un mot : superbe !
Merci Kristophe d'avoir mis cette critique.
L'oiseau moqueur
Critique de POOKIES (MONTPELLIER, Inscrit le 16 août 2006, 49 ans) - 11 novembre 2006
Enfin un livre qui propose une rĂ©elle rĂ©flexion sur nos conditions humaines sans ĂȘtre rĂ©barbatif.
Ce roman est Ă lire d'urgence, mĂȘme pour les moins fĂ©rus de littĂ©rature.
Mort programmée
Critique de Dr. Jack (, Inscrit le 23 juillet 2006, 36 ans) - 23 juillet 2006
Spofforth, lui, ne peut sâoffrir ce luxe. LâandroĂŻde le plus intelligent construit par lâhomme, plus humain que ses crĂ©ateurs, ne dĂ©sire que mourir, mais cela lui est impossible. Administrateur de New York, ville quasiment dĂ©serte, lui seul arrive encore Ă faire tourner toutes les mĂ©caniques nĂ©cessaires Ă lâhomme. Mais est-ce bien vrai ? Et le veut-il vraiment ?
Mais tout nâest peut ĂȘtre pas perdu : dans un dernier sursaut, un homme et une femme grĂące Ă la lecture, redĂ©couvrent lâamour et la vie Ă deux.
Nâest-il pas dĂ©jĂ trop tard ?
Dans la lignĂ©e dâun 1984 de George Orwell, Walter Tevis brosse pour lâhumanitĂ© un futur qui est, mine de rien, beaucoup plus noir que ce dernier. Ici, aucune dictature sanguinaire et de surveillance omniprĂ©sente : Lâennemi de lâhomme dans ce roman, câest lui-mĂȘme, prisonnier de son cocon soyeux. MĂȘme si le rythme du rĂ©cit est parfois un peu lent, on se rend compte quâil sert plutĂŽt bien une histoire tout en longueur oĂč lâauteur sâattache Ă dĂ©crire la psychologie des personnage, et surtout leurs Ă©volutions.
Vingt ans aprĂšs Lâoiseau tombĂ© du ciel, Tevis nous pond un deuxiĂšme chef-dâĆuvre, un roman assez semblable au premier, mĂ©lancolique et dĂ©sabusĂ©, et bien que les deux sujets ne prĂ©sentent que peu de ressemblance, on ne peut sâempĂȘcher de retrouver dans Lâoiseau dâAmĂ©rique le mĂȘme dĂ©sespoir que ressent un ĂȘtre face Ă un monde qui ne lui correspond pas, ou qui le lasse. Part dâautobiographie ? Qui sait, mais aprĂšs avoir lu ces deux livres, on ne peut que regretter que lâauteur nâait eu le temps dâen publier plus.
HYMNE A LA LECTURE
Critique de Channe01 (, Inscrite le 21 juin 2005, 72 ans) - 28 août 2005
Un livre qui devrait ĂȘtre Ă l'honneur dans toutes les bibliothĂšques publiques.
On peut poursuivre sur cette thĂ©matique avec "Un cantique pour Leibowitzâ et la suite "l'hĂ©ritage de saint Leibowitzâ de Walter M. Miller chez DenoĂ«l ou chez folio SF. Ainsi qu'avec "Chronique du pays des mĂšres" de Elisabeth Vonarburg en Livre de poche.
Toujours sur le thÚme de la transmission de la mémoire, la trace de l'histoire...
Forums: L'oiseau d'Amérique / L'oiseau moqueur
Il n'y a pas encore de discussion autour de "L'oiseau d'Amérique / L'oiseau moqueur".


haut de page