Les partisans de Aharon Appelfeld

Les partisans de Aharon Appelfeld
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Catégorie(s) : LittĂ©rature => Moyen Orient

Critiqué par Poet75, le 2 avril 2025 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
Critiqué par Poet75, le 2 avril 2025 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 69 ans)
La note : 9 étoiles
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Un témoin de 17 ans

Sans Ă©crire, Ă  proprement parler, d’autobiographie, Aharon Appelfeld (1932-2018) s’inspira de ce qu’il vĂ©cut durant les annĂ©es de guerre pour Ă©crire chacun de ses romans, chacune de ses nouvelles. Ayant connu le ghetto, puis l’internement dans un camp, puis, aprĂšs s’ĂȘtre Ă©vadĂ©, la vie aventureuse dans les forĂȘts d’Ukraine oĂč il se cacha en compagnie d’autres marginaux, enfin un refuge chez des paysans qui acceptĂšrent de l’abriter et de le nourrir en paiement du labeur qu’il effectuait, Aharon Appelfeld, hantĂ© sa vie entiĂšre par ces Ă©vĂ©nements, ne cessa d’y puiser pour alimenter ses nombreux rĂ©cits.
Conteur de premier ordre, Appelfeld donne la parole, dans Les Partisans, Ă  Edmund, un garçon de dix-sept ans ayant rejoint une section de rebelles bien dĂ©cidĂ©s Ă  en dĂ©coudre non seulement avec l’occupant allemand mais aussi avec leurs collaborateurs ukrainiens. C’est, entre autres, l’occasion, pour l’écrivain, de rectifier un certain nombre de prĂ©jugĂ©s sur les Juifs, tels qu’ils se transmettaient du cĂŽtĂ© autant du peuple que des soldats. Ces idĂ©es toutes faites s’expriment en particulier dans la bouche d’un mĂ©decin ukrainien rĂ©quisitionnĂ© de force pour soigner les partisans blessĂ©s et les rĂ©fugiĂ©s que ceux-ci rĂ©ussissaient parfois Ă  dĂ©livrer des trains de la mort. Pour Kranitzki, le mĂ©decin, les Juifs ne peuvent pas faire de bons soldats, d’une part parce que « c’est contraire Ă  leur caractĂšre », d’autre part parce qu’ils sont rĂ©putĂ©s pour accepter « leur destin en silence ». Or, Ă  son Ă©tonnement, rien de tout cela ne se vĂ©rifie dans le groupe des partisans qui le contraignent Ă  servir leurs intĂ©rĂȘts.
Combatifs, valeureux, intrĂ©pides, les partisans osent des incursions pour combattre l’ennemi. Mais un grand nombre de leurs coups de main consistent Ă  investir une maison ou une ferme pour se fournir, par la force s’il le faut, en vivres et en produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, parfois aussi en mĂ©dicaments. Cependant, le rĂ©cit rĂ©serve une belle surprise lorsque, Ă  l’occasion d’une de ces razzias, ce sont des livres que l’on dĂ©couvre et que l’on ramĂšne au camp. Heureuse trouvaille pour Kamil, le chef de ce groupe de partisans, pour qui « vivre privĂ© de livres Ă©quivaut Ă  une mutilation ».
C’est un des aspects les plus remarquables de ce roman que la description de quelques-uns des personnages qui composent l’équipe des rebelles. Å commencer par Kamil, prĂ©cisĂ©ment, homme certes plein de courage et de vaillance au combat, mais Ă©galement homme instruit et homme de foi aimant la Bible et la littĂ©rature hassidique tout en demeurant fonciĂšrement libre, au point qu’il se dĂ©finit comme un « anarchiste religieux ». C’est un chef controversĂ©, dont les discours Ă  connotation religieuse dĂ©plaisent aux communistes purs et durs, mais, en fin de compte, apprĂ©ciĂ© par ses hommes.
Se dĂ©tachent aussi Felix, l’adjoint du commandant, excellent guide dans les combats, homme par ailleurs plutĂŽt mutique et puisant sa sensibilitĂ© dans la musique. Des femmes font Ă©galement partie du groupe, entre autres la vieille Tsirel, femme Ă©tonnante, mĂ©moire du groupe des combattants, conseillĂšre et inspiratrice qui prĂȘche inlassablement l’amour : « Aimez et enseignez l’amour, dit-elle. Dans ce monde Ă©phĂ©mĂšre, nous ne possĂ©dons rien d’autre que l’amour. »
Edmund est le tĂ©moin Ă©veillĂ© et actif de ce groupe, de ses membres, de ce qui s’y passe, de ce qui s’y exprime. Lui-mĂȘme, parfois, songe Ă  sa propre histoire, Ă  sa passion dĂ©vorante pour Anastasia, une fille qu’il connut au ghetto et aima au point de dĂ©laisser ses propres parents. Dans le groupe des partisans, plus d’un, sans doute, tout comme Edmund, a de quoi ressentir de la culpabilitĂ©. Mais le plus important, n’est-ce pas le testament de Tsirel, les mots qu’elle prononce avant de mourir : Soyez misĂ©ricordieux, et dĂ©cuplez la misĂ©ricorde. »

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Les éditions

Les Partisans
de Appelfeld, Aharon
Points
ISBN : 9782757882863 ; 8,70 € ; 15/10/2020 ; 336 p. Poche
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