Les dragons de Jérôme Colin

Les dragons de Jérôme Colin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Pascale Ew., le 25 février 2024 (Inscrite le 8 septembre 2006, 57 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (22 992ème position).
Visites : 515 

Fenêtre sur le passé

Jérôme, quinze ans, est en décrochage scolaire, se drogue. Lorsqu’il cogne son père, une juge l’envoie dans une maison pour jeunes. Il ne voit pas le sens de la vie et se révolte contre celle que ses parents et la société veulent lui imposer. Habité par cette révolte, il intègre le centre plein de désillusions, mais tombe instantanément sous le charme d’une adolescente suicidaire.
Jérôme parviendra-t-il à affronter ses monstres, apprendre à faire confiance et s’apaiser dans ce centre ?
Il raconte cet épisode quinze ans plus tard, alors qu’il est à nouveau amoureux et que Léa voudrait un enfant, mais lui pas.
L’auteur alerte sur les détresses adolescentes, en crue. Il raconte comment les mots (dans les livres et l’écriture) l’ont délivré du silence des non-dits trop lourds, des sentiments non-communiqués. Il écrit dans un style direct, mâtiné de belles maximes.

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Ici sont les dragons

9 étoiles

Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 45 ans) - 10 avril 2024

Le thème est dur, violent, tragique. Et pour le rendre d'autant plus percutant, l'auteur s'implique, s'engage, se mêle à sa fiction en introduisant des bouts de lui-même. La limite est floue, peu importe. La réalité, même dans la fiction, se porte, se cajole, se respecte.

Le couple de Jérôme est fragilisé, Léa s'en va, même si elle l'aime, parce qu'aller de l'avant est bien trop dangereux pour lui mais qu'elle, elle veut plus. Le risque de se laisser piéger dans les ornières d'un monde où tout passe par la maison, le mariage, l'enfant, le terrifie. L'avenir illusoire. Cette crise, cette peur de perdre, fait renaître l'histoire de ses quinze ans. Celle qu'il avait promis de raconter.

Jérôme à quinze ans, c'est plus qu'une crise d'adolescence : c'est une colère monstrueuse qui déferle sur ses nuits, qui le rend violent, englué dans l'incompréhension d'un monde où il ne trouve aucune place. Un débordement, une agression du père, et le voilà en séjour forcé dans une maison d'adolescent dont il compte bien s'enfuir aux premières lueurs de sa rébellion interne. Il ne supporte pas le petit monde étriqué auquel ses parents le destinent, leur voiture, son odeur, et Hotel California.

Au départ, même les autres jeunes de son âge l'insupportent : il ne connaît pas leur histoire, leur souffrance, leur passé. Pas encore. Et puis il y a Colette, qui surgit au milieu de nulle part, la mise à distance au regard, les cicatrices couturant ses bras, la mutilation du cœur timidement mais sauvagement exposée. Son regard noir. Il tombe amoureux. Elle chasse les monstres rien que parce qu'elle existe. Colette qui a déjà tenté d'arrêter de vivre maintes fois, sans jamais y parvenir. Mais, cette fois, c'est pour bientôt et il ne lui dira pas qu'elle ne doit pas mourir, OK?

Aux tréfonds de ce livre, il y a l'appel, l'insoutenable constat : les adolescents souffrent. De plus en plus.
Ils perdent pied, parce que la société "préfère soutenir ses banques que ses jeunes". Parce qu'il n'y a pas d'avenir qui en vaille la peine : l'horizon n'est que brouillard terrifiant.

Pour Jérôme, il y a eu les livres et leurs mots qui ont exprimé bien mieux que lui le maelström qui l'habitait. John Steinbeck et son air triste. Mais parfois, malgré le désespoir et la résignation, les plans les mieux conçus des souris et des hommes finissent tout de même par se réaliser...

J'ai été profondément touchée par ce livre, par les nombreux échos avec ma propre adolescence. Il n'y a pas d'échelle au drame du sentiment de non-appartenance... Et pourtant, c'est en rencontrant l'autre, en prenant nos errances et nos douleurs à bras-le-corps, en oubliant, en explorant, en ignorant pour mieux apprendre, que la vie se crée, se construit et nous offre le meilleur terrain de jeu pour aimer. Bien. Mieux.

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