La finitude: (La haine de soi) de Iris (H)

La finitude: (La haine de soi) de Iris (H)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Sourcedo, le 24 décembre 2022 (Paris, Inscrit le 9 juin 2019, - ans)
La note : 9 étoiles
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Iris entre la haine de soi et l'estime de soi

Iris signe son troisième roman qu'est "La finitude (La haine de soi)", et qui nous raconte le destin de Tilelli, une jeune fille confrontée à un drame personnel. Elle est meurtrie mais entière, docile mais libre, condamnée par une société patriarcale mais portée vers l’espoir. Tilelli, dont le nom signifie liberté en kabyle est la naïveté personnifiée, mais son destin bascule au détour d’un drame familial complexe, d’abord la longue maladie de la mère, le désespoir du père, puis l’irréparable : ce dernier rentre ivre abuse de sa fille. Cet inceste entraîne la perte de l’hymen, cette idole d’une société où la femme doit rester scellée. Tilelli se retrouve obligée de quitter le domicile familial pour se reconstruire. Le roman nous raconte cette quête passionnante vers la dignité, qui passe aussi par l’amour, celui d’un journaliste venu faire un reportage en Kabylie. La finitude (La haine de soi) est le troisième roman d’Iris, le nom de plume de Mohand-Lyazid Chibout, après "Traduire un silence" et "Amoureux-nés". On pourrait voir dans ce nouveau livre une parabole, dans laquelle l’héroïne incarne une Kabylie contemporaine tyrannisée dans sa chair mais résolument tournée vers la conquête de sa liberté, c’est aussi un roman psychologique et un récit initiatique.

Tout se déroule intérieurement quand les faits dans leurs actions s’avèrent vains. Le courage de Tilelli et sa dignité avec lesquels elle entre dans l’univers et l’hiver de la vie, les mots qu’elle choisit et qu’elle dorlote afin de les faire revenir, le moment propice, à son secours, sont ses ingrédients de premier choix et ses condiments de première nature. Ayant toujours souhaité vivre autrement et mener des relations saines avec ses semblables, voilà que le hasard ait rudoyé son parcours après s’être déchirée intimement suite à une ébriété de trop de son père, celui-ci rongé par la solitude et les soucis après les alitements répétés de sa femme. Se voyant comme un papillon de nuit attiré par la flamme de l’espoir où elle se précipitait afin de bruler ses ailes, Tilelli se retrouve à la fin isolée et rejetée par la société, les déchirements moraux venus accentuer ses déboires humiliants : où avancer en s’efforçant les yeux bandés, ou reculer en s’effaçant dans l’irréparable, la corde au cou. L’existence en filigrane. Le visage fermé. La crevasse. Le néant. Le destin brisé. Les malheurs ostentatoires auxquels se livre sa conscience vertigineuse. Les déceptions tout genres. Les lendemains incertains évoquant une existence sans repères… Sa mère dans son intime souffrance, celle qui devrait être à ses rescousses, comme à l’accoutumée, a choisi l’autre voie du silence. Tilelli, dans ses maintes quêtes de soi à la recherche de sa personne et de l’homme-espoir qui viendrait changer, à la racine, le courant monotone de son quotidien et celui de sa vie misérable, se voit telle une vipère acculée : dans son champ de vision, sa queue mordue et son propre venin inoculé.

Iris vient dans ce roman psychologique signer l’exemplarité en frôlant l’absurde et le sensé. En écartant le ridicule, il met en avant la sagesse dans toute son intégrité et intégralité face à l’ignorance happant les innocences dans leur sommeil. Le monde concret dans lequel il nous invite est un antre infâme décevant et avilissant, nous qui le croyions franchissable et réalisable. En relatant les affres vécues dans le désespoir par Tilelli, il relaie les paradoxes en les juxtaposant par des alternatives : difficile d’afficher sa pensée et pire si la parole vient à manquer. L’attente n’est pas à décevoir car sa plume nous promet comme elle nous permet de voir l’envers du décor et tout ce qui se fomente en secret. C’est cela, en somme, que nous fait découvrir la singularité d’une plume : oser sans contraindre est le verbe qui nous range du côté de la raison et du raisonnable. Enfoncer une porte ouverte, certes, sort de l’ordinaire, et il est un choix personnel si toutefois un tel penchant vient ressusciter les bourgeons atteints de nécrose, car bousculer une habitude et créer est une manière de clamer et d’éclore un fantasme étouffé, ce style nommé à son fruit, comestible, sensible, pur et aérien.

Partir au bout de soi, choisir son chemin pour à la fin se retrouver en désaccord avec ses obligations et engagements, telle a été la bévue commise quand la naïveté se mêle et s’emmêle aux frustrations de sa personne plongée dans le désespoir en se sentant déchirée de l’intérieur par ce poison du système politique qui tue à petites doses. Nés morts, on rate des choses dans notre vie factice, et ce, à force d’espérer et de trop attendre ; les réalisations se concrétiseraient peut-être de l’autre côté. Les libertés bafouées, la patrie en deuil, et l’avenir doublement hermétique. La léthargie continue…

L’écriture est recherchée et énigmatique dans ces espoirs et attentes cloisonnés. Elle est un état d’âme qui peine à force de constater les changements s’opérant à son insu. En restant soi, Iris affiche sa liberté d’écriture et sa virtuosité singulière.

La finitude (La haine de soi), par Iris. Editions Edilivre, 372 pages, 25 euros.

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