Sa préférée de Sarah Jollien-Fardel

Sa préférée de Sarah Jollien-Fardel

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bernard2, le 19 septembre 2022 (DAX, Inscrit le 13 mai 2004, 75 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (12 669ème position).
Visites : 1 392 

Roman choc

Jeanne, personnage principal du roman, vit son enfance dans le Valais, au sein d’une famille où le père, d’une extrême violence, la frappe, ainsi que sa sœur et sa mère.
Mais Jeanne se rebelle. Son père la blesse à un point tel qu’il faut appeler le médecin de famille. Celui-ci comprend la situation, mais feint de ne rien voir.
Poursuivant ses études, grâce à une complicité afin que son père ne s’y oppose pas, Jeanne quitte le foyer familial. Mais comment effacer de sa mémoire un tel passé… Toute sa vie, notamment sentimentale, s’en trouve affectée. Peut-elle arriver à pardonner, son père d’abord, mais également sa mère qui n’a pas su la défendre et qui a accepté cette condition de femme battue ?
Un roman relativement court, mais poignant, à l’écriture puissante, renforçant l’aspect dramatique d’une situation insoutenable, et qui nous place face à nos propres lâchetés. Comment aurions-nous réagi en pareilles circonstances ?
Prix du roman Fnac 2022, et en lice pour le Goncourt. Premier titre de Sarah Jollien-Fardel, qui d’entrée de jeu impressionne par son talent.

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histoire émouvante superbement bien écrite

9 étoiles

Critique de CHALOT (Vaux le Pénil, Inscrit le 5 novembre 2009, 76 ans) - 14 janvier 2023

Sa préférée
roman de Sarah Jollien-Fardel
200 pages
août 2022
Editions Sabine Wespieser

un premier roman superbement bien écrit

Jeanne, la narratrice, nous parle de sa vie.
Née en Suisse, pas loin du lac de Lausanne, dans un petit village en Valais, elle est écorchée vive.
Son enfance s'est déroulée dans une famille dirigée par un père violent qui frappait et humiliait sa femme et se conduisait brutalement avec ses deux filles.
Tout le monde savait dans le village ce qui se passait dans ce foyer.
Le médecin de famille, vénérable et respecté, a constaté des violences et il n'a rien dit parce qu'à cette époque-là, c'était la loi du silence ou plutôt le règne du père de famille tout puissant.
Pour Jeanne, la représentation de l'homme qu'elle en a comme adolescente et toute jeune adulte, c'est ce père, violent et ce médecin veule qui détourne la tête et ne dénonce pas des violences physiques....
C'est dur, très dur, insupportable.
Elle ne comprend pas que sa mère reste.
La narratrice passe du présent, de ses choix d'adulte, de son entrée dans l'enseignement notamment à des retours vers ce passé douloureux et même dramatique avec le suicide de sa sœur .
Jeanne cherche l'apaisement à Lausanne puis à Paris en changeant de profession mais il n'est pas possible de se reconstruire sans faire le deuil d'une façon ou une autre de son enfance.
L'émancipation à marche forcée est difficile, voire impossible, même avec l'énergie du désespoir.
Ce roman livre l'indicible de ce qu'on appelle les violences domestiques et montre avec force les dégâts que peuvent causer ces violences et l'attitude lâche de beaucoup de personnes qui détournent la tête....
C'était ainsi, osent dire certains !?
Jeanne n'oublie rien, ne pardonne pas à ce père alcoolique et surtout brutal et indigne.

Jean-François Chalot

UNE CRUAUTE EXEMPLAIRE

9 étoiles

Critique de TRIEB (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 72 ans) - 11 novembre 2022

Les romans qui décrivent des relations familiales marquées par la violence , la terreur, la haine , sont passablement nombreux dans la littérature aussi bien classique que contemporaine .Ceux qui rappellent l’importance de l’attachement à ses racines, à sa terre sont loin d’être rares . Celui de Sarah Jollien-Fardel est à la confluence de ces deux genres .Jeanne est la narratrice , elle relate dès le départ la violence endémique de son père, un homme rustre, sans éducation, , pervers et marqué par un sadisme dévastateur . Sa sœur partage avec elle ces moments fréquents de peur, d’appréhension, durant lesquels elle se demande quel geste il va commettre, tellement il est imbibé par l’alcool : « Moi, je voulais entendre. Déceler un bruit qui indiquerait que cette fois, c’était plus grave. Écouter les mots, chaque mot : sale pute, traînée, je t’ai sorti de la merde, t’as vu comme t’es moche, pauvre conne, je vais te tuer. Derrière les mots, la haine, la misère, la honte. »
Et ce dernier sentiment, la honte, habite la narratrice qui est accablée cette fois par l’attitude du médecin de la famille, le docteur Fauchère. Celui-ci a bien deviné ce qui se passe dans ce foyer, mais il garde un silence complice, il est lâche aux yeux de la narratrice, alors qu’il vient de constater qu’elle a été durement frappée par son père.
Quelle est alors la porte de sortie à cet enfer ? D’abord la fréquentation de l’École Normale d’instituteurs de Sion, période durant laquelle Jeanne connaît un peu de répit.
Son parcours présente des embûches et événements gravissimes : le suicide de sa sœur, qui lui rappelle combien cette violence familiale des origines habite encore sa psyché, sa conscience.
Jeanne trouve des remèdes, des parades dans la nage dans le Lac Léman, activité bienfaitrice et génératrice de sérénité. Elle rencontre à Lausanne une amie Charlotte, mais les équations personnelles de ces deux femmes sont divergentes : trop de sophistication, de snobisme pour Charlotte, qui ne voit que l’exotisme régional dans la personne de Jeanne.
Comment surmonter ce terrible passé ? Jeanne entretient une relation homosexuelle avec Marine, plus sincère, plus à l’écoute, une personne plus authentique. Elle consulte un psy, Paul, noue des relations avec Delphine, une amie journaliste qui lui permet de naviguer sur un bateau. Toutes ces étapes, ces rencontres, ces avancées vont conduire Jeanne à regarder en face ce passé pour enfin le surmonter : « Je repense à mes débuts avec Marine. C’était une évidence. Je révérais son humanité, sa capacité à aimer sans conditions. J’aimais qu’elle pommade mes blessures de ses mots et de ses baisers. Avec Paul, c’était une puissance dorée sans animalité. Était-ce seulement fraternel ? »

La violence familiale est, souvent, un handicap grave pour le déroulement harmonieux d’une vie, pour l’atteinte d’un bonheur personnel. Des rencontres, des relations amoureuses ou amicales, la fidélité à ses origines, à sa région natale, peuvent constituer les voies d’une possible contre-offensive au malheur et à la fatalité, c’est ce qu’illustre ce roman, durement et éloquemment.

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