Le phare, voyage immobile de Paolo Rumiz

Le phare, voyage immobile de Paolo Rumiz
(Il ciclope)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Arts, loisir, vie pratique => Voyages et géographie

Critiqué par Septularisen, le 4 septembre 2022 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 56 ans)
La note : 8 étoiles
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LE VOYAGEUR... IMMOBILE!

Si en France le premier nom qui vient à l’esprit quand on pense à grand «écrivain voyageur», est celui de M. Sylvain TESSON (*1972), les italiens n’ont rien à leur envier avec M. Paolo RUMIZ (*1947).

Et pourtant avec «Le phare, voyage immobile» (très mauvaise traduction du titre italien «Il Ciclope», donc en français «Le cyclope»…), RUMIZ nous offre son livre le plus étonnant. Et oui, en effet pour écrire ce livre, l’écrivain italien s’est isolé trois semaines dans un phare, perché «quelque part dans la mer Méditerranée»… En effet, Paolo RUMIZ, met un point d’honneur à ne jamais nous dire où est exactement cette île, afin de préserver sa nature sauvage et la protéger du tourisme de masse. Mais, par les différents indices qu’il dissémine ici et là dans le livre on comprend qu’il est sur une île en mer Adriatique…

Après quelques recherches (en fait vraiment beaucoup…), j’ai donc découvert qu’il est sur l’île croate de Palagruža. Si, - comme moi -, vous n’êtes pas un expert des phares, et/ou des îles de la mer Adriatique, ce nom ne vous dira sans doute absolument rien…
Alors, attachez vos ceintures, c'est... Au centre de la mer Adriatique, à mi-chemin entre la côte de la Croatie et de l'Italie, il faut deux jour et demi de navigation pour atteindre l’île.. C’est d'ailleurs l’île la plus éloignée des côtes croates, elle mesure 1km de long sur 200 m de large. Le phare dont nous parle l'écrivain, y a été construit en 1875, et est le plus grand bâtiment de ce type de ce côté de la mer Adriatique.
(Un petit dessin, vaux mieux qu'une grande leçon : C’est... ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/…)

Mais, revenons au livre. Sur le style tout d’abord. C’est très bien écrit, avec une écriture simple et fluide. Le livre fait 170 pages et se lit en quelques heures. Il est divisé en 26 tout petits chapitres (des fois 2-3 pages), chaque chapitre reprenant un sujet bien précis ayant un rapport direct avec l’île. On verra donc défiler la faune, la flore, le phare, les vents, la nourriture, le soleil, les gardiens, la météo, etc etc…

Sur le fond. C’est tout d’abord un grand voyage en «solitude», en effet si l’on fait exception des deux gardiens de phare, il n’y a personne sur l’île. C’est une réclusion volontaire dans un espace très limité. C’est aussi une introspection profonde en soi même, puisque l’auteur se retrouve sans téléphone et sans internet, avec la radio et la télévision qui se captent très mal. Mais l’auteur l’avoue lui-même, il ne s’est pas ennuyé une seule minute… Il en profite d’ailleurs pour nous faire découvrir toute l’étendue de son savoir, de son érudition, et de sa culture. Cuisine, mythologie histoire, archéologie, géographie, navigation, astrologie, botanique, etc etc… Tout y passe! Sans oublier la poésie bien sûr, Paolo RUMIZ étant un grand admirateur de vers du poète de Sainte-Lucie, Derek WALCOTT (1930 - 2017) (1).
C’est aussi un hymne à la nature par un écologiste convaincu, l’auteur nous décrivant p. ex. dans le détail ses pérégrinations sur l’île pour chercher des plantes comestibles, ou bien la disparition de plus en plus rapides des ressources naturelles de la mer Méditerranée.

Mais le plus beau est sans doute l’écriture de l’auteur, qui n’a pas son pareil pour vous décrire le phare où il habite, le vent qui souffle, la tempête qui fait rage, les vagues qui frappent l’île, le lever et le coucher du soleil, les cris des goélands, les rares animaux qui vivent sur l’île, les bateaux qui passent au large… C’est simple, on s’y croirait! Il n’y a qu’à lire, et à fermer les yeux, et vous vous retrouvez au beau milieu de la mer Adriatique… On pourrait presque entendre les cris des goélands!.

Je termine très agréablement surpris par la beauté de ce livre. Assurément un livre et un auteur à découvrir.

P.S. : Rappelons que «Le phare, voyage immobile» a été le livre lauréat du Prix Nicolas Bouvier 2015.
Je ne résiste pas encore une fois à vous montrer où sont cette île et son phare : https://plovput.hr/en/aids-to-navigation/…
Des fois que vous chercheriez une destination originale pour vos prochaines vacances…

(1) : Cf. : Ici sur CL: https://critiqueslibres.com/i.php/vcrit/17101

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Les éditions

  • Le phare, voyage immobile [Texte imprimé] Paolo Rumiz préface inédite traduit de l'italien par Béatrice Vierne
    de Rumiz, Paolo Vierne, Béatrice (Traducteur)
    Gallimard / Folio
    ISBN : 9782072714634 ; 7,80 € ; 18/04/2019 ; 176 p. ; Poche
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