Le syndicalisme dans l'enseignement de Louis Bouët

Le syndicalisme dans l'enseignement de Louis Bouët

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Jemo76, le 2 juin 2021 (Yainville, Inscrit le 11 février 2013, 86 ans)
La note : 9 étoiles
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Un utile rappel historique

En 1924, Louis Bouët, un des pionniers des débuts du syndicalisme enseignant a rappelé, dans une petite brochure introuvable aujourd’hui ce que furent les débuts du syndicalisme . Rééditée à l'initiative de J. F. Chalot, on la retrouve enrichie d’une mise en perspective historique, d’une évocation de la vieille revue syndicale et pédagogique « L’école émancipée » et de brèves biographies de quelques-uns et quelques-unes des compagnons de lutte de l’auteur.
Le syndicalisme, de nos jours, a mauvaise presse. Pour certains, on ne se syndique que lorsqu'on a besoin d'un soutien pour une promotion ou une mutation, le syndicalisme étant conçu comme une assurance ou une garantie; pour d'autres, les syndicalistes sont perçus comme des « chiens de garde de la bourgeoisie », trop bien insérés dans le « système ». Pourtant, en dépit de son institutionnalisation, le rassemblement des travailleurs dans des organisations pérennes est la condition d’une défense efficace de leurs intérêts. Les premiers instituteurs syndiqués l’avaient compris, au début du siècle précédent et ils ont payé cher leur volonté de militer aux côtés de la classe ouvrière. Il est vrai qu’ils étaient, en quelque sorte, des prolétaires de l’enseignement, originaires le plus souvent du petit peuple des campagnes plus encore que des villes.
Le droit syndical des fonctionnaires, réel, reconnu et codifié aujourd'hui a été difficilement arraché. Les institutrices et les instituteurs ont été à la pointe de ce combat. Enseignants, attachés à leur mission éducative auprès des enfants du peuple, défenseurs de l'école laïque, ils refusaient le triple joug qu'ils supportaient ; celui des potentats locaux, celui de l'Église encore puissante et enfin celui des directeurs d'école dont l’autoritarisme était souvent insupportable – faut-il rappeler qu'en ces temps-là, un instituteur adjoint logé à l’école ne pouvait sortir le soir qu'avec l'autorisation de son directeur !
Au début du siècle dernier, plusieurs centaines d'institutrices et d'instituteurs se sont constitués en syndicats, demandant leur rattachement aux bourses du travail, c'est à dire à la CGT. La répression gouvernementale fut alors très forte et des syndicalistes ont été révoqués. Malgré les risques encourus, les syndiqués ont tenu bon et la Fédération nationale des Instituteurs, regroupant au début de 1912, cinquante syndicats départementaux et trois mille adhérents a continué à se développer.
Alors que la grande majorité de la profession adhérait aux « amicales », respectueuses des pouvoirs en place, c'est une minorité active de syndicalistes révolutionnaires qui allait défendre le droit syndical, les intérêts moraux et matériels des enseignants, leur indépendance dans le respect des programmes nationaux d’enseignement. Il faudra attendre la fin de la première guerre mondiale pour que les amicales se constituent en syndicats.
La presse de l’époque, le seul média existant, très influente, profitera de la création, au cours du congrès d’août 1912, d’une œuvre d’entraide au syndiqués mobilisés, « le Sou du soldat » pour lancer une vigoureuse campagne contre les instituteurs syndiqués jugés coupables non seulement d’antimilitarisme mais d’antipatriotisme. Dès le 23 août 1912, le ministre de l'Instruction publique donnera l’ordre aux préfets de dissoudre les syndicats d’instituteurs.
C’est alors que Louis et Gabriel Bouët, du syndicat de Maine et Loire, appelleront tous les syndicats de France à la résistance. Un « manifeste des instituteurs syndiqués » sera contresigné en un temps record par 800 instituteurs et institutrices à une époque où le courrier était de fait le principal, voire l’unique moyen de contact.
Les enseignants poursuivis profiteront de la loi d'amnistie accompagnant l'élection de Raymond Poincaré à la présidence de la République qui annulait de facto les procédures des tribunaux correctionnels.
La syndicalisation des fonctionnaires sera tolérée à partir de 1924. Les amicales d’institu-teurs transformées en syndicat vont cohabiter avec les syndicats révolutionnaires dans une C.G.T. profondément divisée qui éclatera en 1921, à la suite de la scission du Parti socialiste donnant naissance au Parti communiste...
À la lecture de ce petit livre, on se rendra compte de la somme de sacrifices que coûta aux pionniers du syndicalisme enseignant la volonté de se défendre aux côtés de la classe ouvrière dont ils étaient les instituteurs.

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