Le martyre de l'obèse de Henri Béraud

Le martyre de l'obèse de Henri Béraud

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Alceste, le 1 avril 2021 (Liège, Inscrit le 20 février 2015, 59 ans)
La note : 9 étoiles
Visites : 372 

Le surpoids tout en finesse

Malgré son titre lacrymogène, ce roman traite des malheurs de l’obésité - ce que notre époque appelle vilainement la "grossophobie » - sur le ton de la légèreté. Ce qui ne l’empêche pas de bien cerner la condition difficile de la personne en surpoids, mais sans l’accent de victimisation auquel nos oreilles contemporaines ne sont que trop habituées. Ainsi, aucun sobriquet, dans quelque langue que ce soit, n’est épargné à notre héros, et tous les clichés qui collent à ce type physique pèsent sur ses épaules , notamment celui qui affirme qu’une personne bien en chair n’éprouve aucun désir physique et en suscite encore moins.
C’est sur ce postulat qu’un mari volage va demander à son ami de surveiller sa jeune épouse pendant qu’elle est seule. Mais la dame s’aperçoit des infidélités du mari et s’affiche avec notre héros pour attiser la jalousie de son mari, tout en se refusant à lui malgré le terrible empire qu’elle exerce sur lui. Dans ce triangle amoureux, notre obèse va jouer un rôle particulièrement ingrat car il faut fuir le mari jaloux dans toutes les capitales du monde, et profiter à peine d’un hôtel où l’on fait chambre à part. Le dénouement offre un coup de théâtre dont je laisse la surprise au lecteur persévérant.
Pour l’agrément de ce dernier d’ailleurs, le romancier a instauré un interlocuteur anonyme à qui notre héros rapporte ses mésaventures, apportant un surcroît de vie à une prose déjà très spirituelle
Trois ans après avoir accordé son prix à Marcel Proust, l’Académie Goncourt couronne, dans un genre assez différent , ce roman aux allures de pièce boulevardière. Même s’il ne touche pas aux profondeurs abyssales de La Recherche, il est très brillant et trouve un regain d’actualité dans son focus sur une « différence ».
Extraits :
« L’obèse est comique jusque dans le trépas. Même le croque-mort, qui gémit sous le poids du client, trouve encore le moyen de plaisanter. Un bossu fait peur, un ventru fait rire, c’est entré dans les mœurs ; désormais, nul n’y pourra plus rien changer.
Ainsi, au théâtre, où les sots prétendent trouver une image de la vie, les gros ne servent qu’à faire rire : une bedaine , messieurs, voilà la dernière ressource de l’amuseur essoufflé. L’action traîne, le public baille, la critique fronce les sourcils, attendez ! Une porte s’ouvre, voici le coïon. »

« Par l’échancrure de son peignoir, qui était couleur de printemps, mes yeux plongeaient dans le demi-jour d’un vert ambré, où ses seins palpitaient ainsi que deux oiseaux sous un transparent rideau de feuillage. Ce que je voyais m’aidait à imaginer le reste, tandis que, chauffé par l’ardeur secrète de son corps, le parfum de la bien-aimée s’exhalait avec plus de finesse et de force capiteuse.
L’homme est ainsi fait que ses sens, malgré lui, se piquent entre eux d’une constante émulation. La vue se réjouissait, l’odorat se délectait ; le toucher voulut bientôt sa part en affaire. J’allongeai doucement le bras le long du canapé. Ma main contournait une épaule demi-nue ; bientôt, avec une tendre douceur, je tâtais, sous la soie, l’un de ces objets que la nature a moulé, croirait-on , pour la main de l’homme.
Pour un succès, ce fut un succès. La gifle… »

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