Sans un cri de Siobhan Dowd

Sans un cri de Siobhan Dowd
(A swift pure cry)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Enfants => 12-15 ans

Critiqué par Cyclo, le 4 décembre 2020 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 78 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 2 472 

l'Irlande profonde

J’avais déjà lu il y a quelques années deux romans de Siobhan Dowd, qui m’avaient enthousiasmé par leur réalisme social. Une fois encore, cette grande romancière anglo-irlandaise m’a séduit par un roman d’une dureté, d’une âpreté inouïes : ce fut son premier roman. Mariée à un bibliothécaire, elle mourut prématurément.

Ici encore, on est en pleine réalité. Les êtres de papier qu’elle nous présente vivent intensément. Nous sommes dans l’Irlande rurale. Shell, l’héroïne, quinze ans, s’occupe de la maison, de son frère Jimmy et de sa petite sœur Trix, depuis le décès de leur mère. Le père a sombré dans la religiosité et l'alcoolisme. Il a cessé de travailler et mendie, fait la collecte pour la paroisse, mais garde une partie de l’argent pour sa consommation d’alcool et donne à Shell très peu d’argent pour assurer la survie de la famille. Shell s’efforce de garder son courage et le moral pour faire face. Il lui arrive de sécher le collège. La pauvreté, la faim, la saleté, les injonctions bigotes du père n’empêchent pas une certaine joie de vivre. Shell n’a qu’une seule amie de classe, Bridie, plus délurée qu'elle, mais elles se brouillent pour un garçon, Declan, qui passe de l’une à l’autre, puis disparaît.

Tout va aller de mal en pis : le père est de plus en plus souvent absent, Shell tombe enceinte et dissimule sa grossesse. Il n’y a guère que la religion qui l’aide à tenir, et surtout le nouveau et jeune prêtre supplétif, le père Rose, pour qui elle a une véritable vénération. Shell garde une innocence absolue, malgré les péripéties dramatiques dans lesquelles elle plonge. La description de la vie au village, avec ses petites mesquineries, la solitude effroyable de l’adolescente, qui heureusement, se sent soutenue par sa mère défunte (elle en a des visions), sont évoquées avec finesse et beaucoup de justesse, même si on se dit que trop, c’est trop : mais après tout, la misère est implacable, pourquoi la dissimuler ?

Ce qui étonne, c’est la publication de ce roman dans une collection jeunesse, Scripto. Peut-être parce que l’héroïne est une jeune fille de quinze ans. Après tout, on peut peut-être le lire dès treize ans, à condition d’être bon lecteur et surtout bonne lectrice, et peut-être que les parents l'aient lu aussi, pour pouvoir en discuter. Car certaines scènes sont atroces et d’un réalisme très dur, d’une crudité extraordinaire, et même pour des adultes, il faut s’accrocher. Mais c’est une œuvre superbe, quoique très noire. L’espoir demeure, il y a aussi des braves gens dans le village. Toutefois, le père Rose, effrayé des choses qu’il voit et pressent, moins endurci que le prêtre titulaire, finit par être sur le point de perdre la foi… C’est dire qu’on n’est certes pas dans le roman idéaliste. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Déconseillé aux ennemis de la religion, car elle est omniprésente, on est en Irlande.

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