Une joie féroce de Sorj Chalandon

Une joie féroce de Sorj Chalandon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 25 septembre 2019 (Inscrite le 22 novembre 2016, 56 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 174ème position).
Visites : 1 459 

Une joie féroce

Sorj Chalandon est une valeur sûre, j'ai toujours été touchée par la force de son écriture ; de courtes phrases bien nettes qui percutent, qui touchent.

Visiblement ce roman divise son lectorat, j'ai voulu me faire ma propre opinion et je suis conquise.

C'est vrai que Chalandon a pris des risques et nous emmène ailleurs qu'à son habitude. Je trouve que c'est chouette de se renouveler ainsi, d'oser écrire dans un genre qui n'est pas le sien mais pourquoi pas...

Voici pourquoi j'ai apprécié :

C'est la toute première fois que l'auteur se met dans la peau de femmes et en fait ses personnages principaux. Il nous dresse en effet le portrait de quatre femmes qui sont unies par la maladie qu'elles combattent.

Jeanne, la libraire, première femme dont il nous parle qui nous narre le récit. Elle découvre son cancer du sein. C'est avec brio qu'il nous fait ressentir ses émotions, ses doutes, ses interrogations, ses peurs et il nous fait vivre son combat. C'est juste, c'est émouvant.

Jeanne nous parle de l'effet que ce "crabe", " de son camélia" a sur sa vie, sur son couple. Il est vrai que celui de Jeanne a déjà vécu beaucoup d'épreuves et son mari n'en peut plus, c'est celle de trop ! Affronter la maladie, voir sa femme perdre ses cheveux, il a un comportement ignoble , il est dans le déni et dans la fuite. C'est souvent le cas dans la vraie vie, la maladie détruit souvent beaucoup de choses, de couples.

Soudain, on change de cap et c'est ce que je trouve génial, on devine dans le tout premier chapitre que Jeanne et trois autres femmes ont fait une très grosse bêtise...

Cela nous donnera trois autres portraits féminins, ceux de Brigitte, Mélody et Assia. Trois femmes unies par le même mal qui se rencontreront lors des séances de chimio.

Rassurez-vous, même si le sujet est grave, c'est loin d'être triste, il y a de la solidarité, de l'espoir qui les poussent à vivre et à commettre des actes insensés .... on frôle alors avec la comédie un peu burlesque diront certains, mais moi je trouve que c'est l'originalité du récit, ce changement de registre.

Un roman qui parle de la maladie, du regard des autres, de la façon de la vivre, de la ressentir. Il parle de résistance, de guerre et de bien d'autres choses. Je n'ai pas envie de vous en dire plus mais pour ma part j'ai aimé cette prise de risques par Chalandon d'oeuvrer dans un registre qui n'est pas le sien, d'oser être différent.

Et vous ?

N'hésitez pas à venir me dire ce que vous en avez pensé !

Ma note : 8/10


Les jolies phrases

Je me suis dit que j'étais en guerre. Une vraie. Une bataille où il y aurait des morts. Et que l'ennemi n'était pas à ma porte mais déjà entré. J'étais envahie. Ce salaud bivouaquait dans mon sein.

Et je n'imaginais pas mon crâne offert à tous. Les cheveux ne protègent pas seulement la tête.

Brigitte était bretonne, nièce d'un pêcheur de Roscoff. Elle a comparé le cancer du sein au gros temps et la chimio au grand large.
- Entrer dans la salle d'attente, c'est comme arriver au ponton pour l'embarquement. Ce qui reste à terre reste à terre.

Je ne savais pas s'il me quittait comme deux corps se déchirent, ou s'il me demandait de le retenir. de lui dire que sans lui, mes yeux cessaient de voir. Et ma peau de frissonner. Et mes lèvres de dire. Et mon coeur d'espérer.

Mon destin m'échappe, c'est la première leçon du cancer.
Se réapproprier rageusement son destin est la deuxième leçon.

Et aussi la librairie. Jamais cet endroit ne m'avait paru aussi paisible. Ici, contrairement à la vraie vie, les hurlements, les pleurs, les rires, les cris, les joies, les drames étaient prisonniers des pages. Le tumulte ne s'offrait qu'à celui qui les ouvrait.

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La dame au camélia

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 62 ans) - 12 avril 2021

Jeanne Hervineau est libraire. Elle mène une vie assez solitaire, mariée à Matthew, homme peu loquace, égocentré, toujours en rendez-vous ou en déplacement. La mort de leur petit garçon a agrandi le fossé entre eux. L’annonce d’une tumeur cancéreuse va non seulement être un choc pour Jeanne, mais va lui permettre de mesurer l’égoïsme monstrueux de son époux.
Dans la salle d’attente de la chimio, une femme lui tend la main, Brigitte Meneur. Elle aussi cancéreuse, elle lui présente sa compagne Assia, puis une autre jeune femme perdue et malade aussi, Mélody.
Jeanne débarque dans un autre monde, une autre dimension du temps, rythmé par les séances de chimio, des regards différents…"Je m’appelais Jeanne Hervineau, j’étais une fille honnête et travailleuse. La même aujourd’hui qu’avant ma maladie. Rien n’avait changé. Pourquoi fallait-il que je me sente à part ?"

Jeanne va aussi découvrir l’amitié, le soutien auprès de ces femmes.
Car ce n’est pas un livre sur le cancer, mais sur la sororité, sur les valeurs humaines qui existent encore, dans des moments difficiles que ce soit en prison ou face à la maladie.
"Mon destin m’échappe, c’est la première leçon du cancer. Se réapproprier rageusement son destin, c’est la deuxième leçon."
On sourit, on rit, on s’émeut, on s’indigne, on fulmine, jusqu’à l’émouvante et magnifique fin.

Pendant quelques pages, je trouvais peu légitime pour un homme d’endosser le "rôle" d’une femme, qui plus est avec un cancer du sein. (Réflexe que j’essaie de combattre !) C’était sans compter sur le talent de l’auteur. Un auteur qui fait du premier homme de ce roman un quinquagénaire abject, (heureusement compensé par le beau rôle masculin de Perig Le Gwenn) puis des portraits de femmes superbes dans un roman capable d’alterner les passages les plus graves avec le burlesque.


Braver la maladie, bouffer la vie

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 30 janvier 2020

Un cancer du sein, infiltrant, grade 3. Il semble à Jeanne que la mort qui lui avait déjà enlevé son jeune fils, telle un animal prédateur, furète, la guette, l'attend . Aucun soutien à attendre de son époux « C'est trop difficile pour lui ». Monsieur prend le large …..
Lors de la première séance de chimiothérapie, elle rencontre Brigitte, affable et bienveillante qui l'introduit dans son groupe de 3 femmes, « lumineuses, puissantes et déroutantes, qui n'attendent plus rien du dehors » et font la nique au cancer. Elles l'accueillent dans leur appartement communautaire, où elle va apprendre à braver la maladie, à « bouffer » la vie, faire fi des convenances, notamment à revendiquer sa «chauvitude », premier stigmate difficile à assumer pour une cancéreuse .
C'est au sein de cette phalanstère de femmes libres qui veulent « se réapproprier leur destin » qu'elle va se trouver entraînée dans le braquage d'une bijouterie prestigieuse de la Place Vendôme dont l'auteur nous fait suivre en détail toutes les étapes .

Je dois avouer que vers le milieu du roman, je me suis sentie un peu déstabilisée . L'histoire prend une nouvelle tournure , celle d'un polar  avec pour héroïnes un gang de filles , des filles que la vie – et pas seulement la maladie -a sérieusement écorchées, dont le lecteur découvre en même temps que Jeanne le lourd passé .
Mais, comme Jeanne, je me suis laissée embarquer dans leur odyssée . Car elles sont sacrément pêchues, ces nanas ! Et, j'en ai eu, des surprises ! Car Sorj Chalandon sait ménager le suspense, surprendre son lecteur .

Le roman, s'il est poignant n'est jamais larmoyant .
De l'émotion mais pas de pathos. La thérapie contre le cancer, l'antidote au désespoir, dans ce gynécée, c'est la parole, le partage des bons moments : on rit, on chante, on fume, on boit . Pour les mauvais moments, ( car ils existent, les effets secondaires des traitements ) c'est la douceur, la tendresse, le maternage .

UNE JOIE FEROCE c'est aussi le roman de la transformation de Jeanne au contact de ses « sœurs de larmes » devenues « ses sœurs d'armes » . Jeanne, « la polie, la convenable, la respectable, la décente », qu'on avait un moment surnommée « la bourgeoise » se change en guerrière, redresse la tête, fait face et ne se retourne pas .

Ce nouveau Chalandon surprend. Ses personnages féminins sont des femmes, de véritables héroïnes dans tous les sens du terme, et il faut bien reconnaître que les hommes n'y ont pas le beau rôle.
J'ai retrouvé dans cette nouvelle cuvée les arômes corsés et charpentés des romans précédents, le regard plein d'humanité sur les victimes d'un destin , sur des personnages blessés, en colère. Et puis, cette écriture énergique, nerveuse, aux phrases courtes, souvent nominales et juxtaposées qui dégringolent par à-coups en claquant . Un roman choc, dédié à une femme .
A lire, A offrir, aussi peut-être …...

le gang des cancéreuses

10 étoiles

Critique de Jfp (La Selle en Hermoy (Loiret), Inscrit le 21 juin 2009, 72 ans) - 5 janvier 2020

Jeanne, la narratrice, atteinte d’un cancer du sein, s’est associée à trois copines de galère médico-chirurgicale pour offrir à l’une d’entre elles, la charmante et timide Melody, la possibilité de récupérer sa fille, enlevée par son père, le méchant russe Arseni qui lui réclame pour la récupérer la bagatelle de cent mille euros. Derrière ce synopsis digne des "Pieds Nickelés" se cache un merveilleux roman, tout en sensibilité, qui décrit la force des femmes face à l’adversité, qu’il s’agisse de la maladie, des hommes ou de la société. Un roman féministe écrit par un homme, et pourquoi pas ? Il y a bien eu des précédents, avec Maupassant et quelques autres. Mais Sorj Chalandon va nettement plus loin et vous fera découvrir, à travers les aventures rocambolesques de nos quatre novices de la cambriole, toute la diversité et l’insoupçonnable complexité du psychisme féminin.

Le cancer traité de manière originale

9 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 53 ans) - 20 décembre 2019

Quel roman particulier !
Jeanne apprend qu’elle a un cancer du sein. Son fils est mort enfant il y a cinq ans et son mari Matt et elle ne s’en sont pas remis. Matt s’est éloigné d’elle. Alors quand le cancer apparaît, Matt s’enfuit pour de bon. Heureusement, Jeanne rencontre des sœurs d’infortune à l’hôpital, trois amies qui suivent également un traitement de chimio...
Grâce à sa maladie, Jeanne réussit à exprimer sa colère et à sortir de son carcan de femme gentille, qui s’excuse d’exister et se laisse marcher sur les pieds.
L’auteur exprime dans ce roman le droit à la révolte face aux injustices perçues, sur fond de solidarité féminine. Puisque la maladie les pousse dans leurs retranchements, ces femmes sortent du désespoir en cassant leurs carcans.

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