Le Salut par les Juifs de Léon Bloy
Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Spiritualités
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Shalom.
Il ne m'est pas aisé de formuler une critique sur Léon Bloy et notamment sur ce livre.
Il l'a écrit en réponse à la France Juive de Drumont. C'est très daté évidemment.
Il n'empêche que lire Bloy est une bonne bouffée d'oxygène que je recommande.
Il trace ici le portrait du peuple juif, de son histoire, de son rôle dans l'Histoire, de son attitude face au Christ et de ce qui en découle.
Une phrase qui résume assez bien le livre est : « L'histoire des Juifs barre l'histoire du genre humain comme une digue, pour en élever le niveau».
Voilà c'est dit, je recommande sa lecture.
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Un pamphlétaire flamboyant et virulent, un catholique ardent et exalté, et un antisémite aussi abject que paradoxal
Critique de Eric Eliès (, Inscrit le 22 décembre 2011, 51 ans) - 30 mars 2026
Me trouvant à Hambourg, l’an passé, j’eus, à l’instar des voyageurs les plus ordinaires, la curiosité de voir le marché des Juifs. La surprenante abjection de cet emporium de détritus emphytéotiques est difficilement exprimable. Il me sembla que tout ce qui peut dégoûter de vivre était l’objet lucratif de ces mercantis impurs dont les hurlements obséquieux m’accrochaient, me cramponnaient, se collaient à moi physiquement, m’infligeant comme le malaise fantastique d’une espèce de flagellation gélatineuse. (...) Je me souviendrai longtemps de ces trois incomparables crapules que je vois encore dans leurs souquenilles putréfiées, penchées fronts contre fronts, sur l’orifice d’un sac fétide qui eût épouvanté les étoiles, où s’amoncelaient, pour l’exportation du typhus, les innommables objets de quelque négoce archisémitique.
Pourtant, ce livre (écrit en 1892 et révisé en 1906) se présente comme une défense des juifs contre le pamphlet d’Edouard Drumont, « La France juive », publié en 1886 et qui avait alors connu un immense succès de librairie. En fait, l’antisémitisme de Léon Bloy (qui méprise Drumont et tous ses épigones avides de faire de l'argent en calomniant les juifs) est très paradoxal. Pour Bloy, catholique ardent et exalté, presque illuminé, Jésus est le Pauvre absolu, privé de tout, privé de biens, privé d’amis et privé de lui-même puisque Dieu lui-même l’abandonna sur la Croix, et la vraie dignité de l’homme réside dans la pauvreté et la souffrance. Les titres des livres les plus connus de Léon Bloy sont éloquents : « Le désespéré », « La femme pauvre », « Le mendiant ingrat »… Pour Bloy, qui vomit le confort bourgeois et la soif de lucre de ses contemporains, l’homme qui n’a pas connu la mendicité n’est pas tout à fait digne d’être appelé un homme. En conséquence, les Juifs, dans leur misère, leur indignité et même leur abjection, incarnent pour lui une forme de proximité avec Dieu. En réalité, pour Bloy, ils sont le peuple de Dieu (puisque, par Jésus, Dieu s'est incarné dans une chair juive) et le peuple du Verbe, qu’ils ont crucifié sur la Croix : ils expient leur faute tout en incarnant le salut de l’homme car eux-seuls ont le pouvoir de déclouer le Verbe divin. Et c’est parce qu’ils sont le peuple de Dieu, qui les a marqués comme il a marqué Caïn après le meurtre d’Abel (meurtre nécessaire pour que puisse se faire entendre le cri du sang d’Abel), qu’ils sont invincibles et immuables (rien ne les change et n’a prise sur eux) et que, malgré leur indigence, ils ont su résister à toutes les tentatives pour les exterminer.
Leur chair triste, réfractaire à tout mélange pendant un si grand nombre de siècles, nous avertit surabondamment de leur prodigieux état d’exception dans l’humanité. C’est la souche de notre Seigneur Jésus-Christ.
La fin du livre de Bloy, symboliquement constitué de 33 paragraphes, résonne d’un souffle prophétique plein de puissance et de mystère, qui m’a fait songer au Victor Hugo de « La fin de Satan », où s’accomplit la réconciliation de Dieu et de Satan. Bloy évoque lui aussi la fin des temps. Quand l’Esprit Saint – le Paraclet - reviendra sur Terre pour le Jugement dernier, les Chrétiens connaîtront à leur tour le sort des Juifs car ils renieront l’Esprit Saint (que Bloy amalgame à Lucifer, tant les Chrétiens le considéreront comme l'Ennemi !) ainsi que les Juifs ont renié le Christ. Mais les Juifs reconnaîtront le Paraclet comme le vrai Messie, celui qu’ils ont attendu depuis des millénaires et au nom duquel ils ont renié Jésus. Alors, ils pourront libérer le Verbe. Dans ce chapitre 33, vibrant d'une malsaine fièvre mystique, Bloy donne voix à Israël, qui parle depuis l'abîme et prophétise ce qui adviendra :
La Passion recommencera, non plus au milieu d’un peuple farouche et détesté, mais au carrefour et à l’ombilic de tous les peuples, et les sages apprendront que Dieu n’a pas fermé ses fontaines, mais que l’Evangile de Sang qu’ils croyaient la fin des révélations était, à son tour, comme un Ancien Testament chargé d’annoncé le Consolateur de Feu.
Ce Visiteur inouï, attendu par moi quatre mille ans, n’aura pas d’amis et sa misère fera ressembler les mendiants à des empereurs.
Il sera le fumier même où l’indigent Iduméen raclait ses ulcères. On se penchera sur lui pour voir le fond de la Souffrance et de l’Abjection.
A son approche, le soleil se convertira en ténèbres et la lune en sang : les fleuves superbes reculeront en fuyant comme des chevaux emportés : les murs des palais et les murs des bagnes sueront d’angoisse.
Les charognes en putréfaction se couvriront de parfums puissants achetés à des navigateurs téméraires, pour se préserver de sa pestilence, et, dans l’espoir d’échapper à son contact, les empoisonneurs des pauvres ou les assassins d’enfants diront aux montagnes de tomber sur eux.
Après avoir exterminé la pitié, le dégoût tuera jusqu’à la colère, et ce Proscrit de tous les proscrits sera condamné silencieusement par des magistrats d’une irréprochable douceur.
Jésus n’avait obtenu des Juifs que la haine, et quelle haine ! Les Chrétiens feront largesse au Paraclet de ce qui est au-delà de la haine.
Il est tellement l’Ennemi, tellement l’identique de ce LUCIFER qui fut nommé Prince des Ténèbres, qu’il est à peu près impossible – fût-ce dans l’extase béatifique – de les séparer…
Que celui qui peut comprendre comprenne.
Je n’ai pas pour habitude de critiquer les autres critiques mais la critique initiale, presque mensongère par omission, ne reflète pas du tout l’ouvrage. Il ne s’agit en aucun cas d’une bouffée d’oxygène, ni d’un portrait ou d’une histoire des Juifs, mais d’un cri de douleur, de répulsion et de colère poussé par un illuminé catholique dégoûté par ses contemporains, y compris ses coreligionnaires (le livre est plein d’imprécations contre les chrétiens qui rejettent les mystères et confondent la Bible avec un fade traité de morale), qui regrette la foi sincère du Moyen-âge (y compris dans tous ses excès sanglants) et rêve à la fin des temps, et voit dans les Juifs, qui pourtant le dégoûtent absolument (sa description du marché juif de Hambourg est proprement hallucinante par la minutie de sa description d'une horreur immonde et quasi-indicible, à tel point que j’ai songé à Lovecraft !), la preuve que le Dieu caché attend son heure pour se révéler dans le feu et le sang. J’en viens à me demander si l'auteur de la critique initiale a réellement lu ce livre terrible, au-delà des premières lignes et d’un résumé tronqué. La citation sur les juifs barrant l’humanité comme une digue est un des extraits communément donnés sur internet pour présenter l’ouvrage (c'est elle qui m'a donné la curiosité de lire l'ouvrage) mais elle ne reflète pas le véritable ton du livre, à la fois révoltant et fascinant par sa ténébreuse ferveur, sa verve et sa fièvre mystique (qui confine à un fanatisme religieux permettant de comprendre que le livre soit aujourd'hui interdit de publication dans son texte intégral).
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