Roman d'un saltimbanque de Jacques Pimpaneau

Roman d'un saltimbanque de Jacques Pimpaneau

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 3 janvier 2019 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 7 étoiles
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Comédien au temps de Ming

Après Monsieur Wu dans « Les quatre saisons de Monsieur Wu » et Saxifrage dans « Mémoires d’une fleur », Jacques Pimpaneau invente un nouveau personnage pour emmener ses lecteurs dans une nouvelle excursion dans la Chine profonde et son histoire. Cette fois, il s’agit d’un intellectuel raté qui a préféré suivre une troupe de saltimbanques plutôt que d’envisager une carrière de lettré dans l’administration vers laquelle le poussait son père. Cette histoire commence quand un riche orphelin chinois reçoit des mains du jardinier d’un monastère un manuscrit racontant la vie qu’il a menée avant de la finir en cultivant des plantes pour les moinses du lieu.

Ce manuscrit commence par cette précision : « Je suis né dans la province du Sichuan la vingt-sixième année du règne de l’empereur Shenzong de la dynastie Ming », l’auteur à la grande mansuétude de préciser que cette année correspond à l’année 1596 de notre calendrier. Le jardinier raconte comment, encore enfant, il a très tôt accompagné son père, conteur réputé ayant construit lui-même son théâtre d’ombres, apprenant ainsi presque toutes les histoires mises en scène par les conteurs de la région. Progressivement son père lui a confié des rôles, espérant le voir un jour prendre sa succession. Mais devenu jeune homme, il a préféré voir du pays, il est parti chercher un emploi de conteur qu’il n’a jamais trouvé. Il est devenu successivement serveur dans un restaurant puis homme de confiance d’une riche commerçante en thé avant de suivre une troupe de théâtre comme manœuvre et cuisinier avant d’obtenir des rôles de plus en plus importants jusqu’à ce que les Mandchous envahissent la région tuant de nombreux hommes partis les combattre. La troupe amaigrie, les spectateurs moins nombreux et moins fortunés, les comédiens doivent alors se disperser.

Sur les traces de ce personnage poursuivant son rêve en exerçant divers métiers fort disparates, Jacques Pimpaneau nous convie à un véritable voyage initiatique au cours duquel le héros acquiert suffisamment de sagesse pour savoir se contenter d’un modeste un emploi de jardinier dans un monastère aux confins de la Chine et du Tibet. Une forme de réconciliation entre la terre nourricière et le ciel et les esprits qui le peuplent. Comme si de l’union de Chthonos et Ouranos pouvait naître la sagesse transmise par des générations de moines et de lamas.

« Je préférais la décadence et le désordre au silence imposé par l’ordre, et la loi de la nature à celle des institutions, dont la morale et si souvent cruelle ». En lisant cette réflexion mise par Pimpaneau dans la bouche d’un des sages qui peuple ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il nous lançait à travers ces mots une forme d’avertissement que nous n’avons toujours pas compris et qu’il faudra au moins une bonne révolte pour que nous le prenions en considération. Les derniers événements semblent bien lui donner raison…

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