Le champ de bataille de Jérôme Colin

Le champ de bataille de Jérôme Colin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 27 février 2018 (Inscrite le 22 novembre 2016, 53 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 907ème position).
Visites : 742 

Une pépite à découvrir !

Attention pépite, gros coup de coeur. A lire absolument. Soyez curieux.

C'est le deuxième roman de Jérôme Colin, un auteur qui se confirme. J'ai vraiment dévoré "Le champ de bataille". Ce roman est un magnifique cri d'amour familial.

Le narrateur est en plein questionnement, marié depuis vingt ans, père de deux enfants, Paul et Elise. Il ne va pas bien. Son fils Paul a quinze ans, du jour au lendemain, le monstre est passé; l'adolescence !

En commençant la lecture de ce roman, j'ai eu l'impression que Jérôme Colin était chez nous, à la maison. Maman d'un jeune ado de treize ans, réclamant sans cesse contre l'injustice, claquant les portes pour un oui, pour un non, râlant continuellement lorsque l'on aborde le sujet de l'école... , je me suis dit, ce n'est pas possible, il décrit ce que l'on vit. On s'identifie, on se pose les mêmes questions.

"Combien de temps reste-t-il pour s'aimer" Quelle est en effet la place du couple aux assauts de l'adolescence ?, est une autre question posée au début du récit. On s'aime, les enfants arrivent, ils grandissent, la fatigue s'accumule, la routine s'installe, les conflits naissent de plus en plus souvent à cause des enfants qui s'affirment. Comment faire pour sauvegarder l'amour et le couple ? Éviter la crise, entretenir la flamme ?

Le narrateur ne va pas bien du tout, il a du mal à trouver sa place dans son couple, dans sa famille en tant que père. Il cherche une façon de communiquer, d'aimer. Il se pose énormément de questions, il est maladroit dans sa façon d'aimer.

Depuis le départ, il a le sentiment de s'éloigner de sa femme qui imperturbable "construit" son puzzle. L'air de rien, elle construit l'unité familiale, colmatant les brèches par son calme, son bon sens. Elle a réponse à tout, est calme, constructive, réfléchie, prend du recul et est solide comme un roc. A mon sens, elle est le fil rouge essentiel du livre, elle veille à garder l'unité de cette famille.

La violence est un des sujets du livre à plus d'un titre, familiale avec les problèmes de communication de l'ado, scolaire mais aussi celle du monde dans lequel on vit. Comment préserver la famille, conserver l'amour face à la révolte provenant de nos ados ?


L'auteur nous amène habilement d'un champ de bataille à un autre, on parle aussi de l'école, de sa violence, de l'exclusion scolaire beaucoup trop pratiquée chez nous. Souvent par facilité, les écoles font passer leurs droits avant ceux des autres, les droits des adultes priment souvent sur les droits des enfants.

On parlera enfin de la violence présente dans le monde, être ado aujourd'hui est sans conteste plus compliqué que de l'avoir été par le passé. Les réseaux sociaux, les médias relaient continuellement l'agressivité, l'animosité quotidienne du monde, les jeunes sont continuellement connectés. Je ne vous en dévoile pas plus mais ce roman intègre intelligemment l'actualité de notre époque, l'insécurité.

J'ai vraiment adoré la plume, la sensibilité de l'auteur à la recherche de la manière d'être un bon père.
Ce père qui essaie de comprendre qu'être ado n'est pas comme il le pensait indolore pour ses proches. C'est difficile, il l'exprime très bien. C'est difficile aussi de dire qu'on dit jamais assez aux gens qu'on aime, qu'on les aime, qu'on est fier de ses enfants.

Je suis sous le charme vous l'avez compris, j'ai terminé cette pépite les larmes aux yeux touchée au plus profond de moi par l'émotion.

Merci Jérôme Colin pour ce magnifique témoignage d'amour.

Foncez, ça en vaut vraiment la peine. Un auteur belge à découvrir absolument. Je suis fière des auteurs de mon pays.

Ma note : un immense coup de ♥

Les jolies phrases

Combien de temps reste-t-il pour s'aimer dans cette vie là ?

Je ne suis jamais allé en Thaïlande parce qu'il y a toujours une bonne raison de ne pas voyager. C'est pour cela que nos vies sont si petites alors que le monde est grand.

Cet anniversaire, c'était notre Everest. Un sommet auquel nous avions souvent rêvé. Mais dont nous avions maintes fois été tentés d'abandonner l'ascension. Nous y étions enfin !

Dès que l'horizon est dégagé et que l'on va enfin pouvoir souffler, y a quelque chose qui vous tombe dessus. Le cancer ou les enfants. Y a toujours un truc pour venir vous emmerder. Résultat, on est condamnés à mourir sans jamais avoir vraiment respiré.

Comment notre corps peut-il aussi peu ressembler à ce que nous sommes réellement ?

Les enfants sous Rilatine, les ados sous cannabis, les parents sous antidépresseurs. Tout va bien !

Trente ans plus tard, l'école n'a pas changé. Elle juge toujours nos enfants sur leur capacité à accepter tête baissée son système hiérarchique. Elle continue de célébrer ceux qui acceptent ses règles et d'éconduire au fond de la classe ceux qui ne parviennent pas à s'y plier. Elle persiste dans l'idée que toute promotion sociale doit automatiquement passer par elle. Et disqualifie ce faisant toute autre forme d'univers formatif : le groupe, la famille, les loisirs, la culture. Il n'y a que ses notes qui comptent. et elles sont fondées sur l'obéissance à des règles primitives : gavage, régurgitation. Pour ce faire, elle prend nos enfants en otage à temps plein dès qu'ils ont trois ans, pour qu'ils ne puissent jamais se douter de la possibilité d'une vie au-dehors.

Puis un jour, ils ont décrété : "Il est inapte, il apprendra un métier." L'école a persuadé mes parents qu'ils avaient échoués.

La race a muté et l'école est restée dans les cavernes.

Avoir un adolescent, c'est accepter de savoir perdre son temps. Et avoir de fréquentes envies de meurtre sans jamais passer à l'acte.

C'est la vie ! Tu as raison ! Mais c'est nous qui te l'avons donnée.

On ne connaît jamais vraiment la personne avec laquelle on partage sa vie. Et c'est tant mieux !

Ce corps que nous cherchons à déserter, ces pensées que nous aimerions évacuer. On a beau mettre les voiles, invariablement, quel que soit l'endroit, nous sommes là.

J'ai toujours aimé la capacité des Belges à réagir à l'adversité. Nous le faisons avec une sorte de fatalité comique, qui semble dire que rien, jamais, ne nous mettra véritablement à terre.

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"Le champ de bataille" de Jérôme Colin : en direct du front parental

8 étoiles

Critique de Lettres it be (, Inscrit le 7 mai 2017, 24 ans) - 5 juillet 2018

Un enfant difficile à gérer, des parents au bord du précipice et qui s’accrochent encore et toujours à la moindre branche… Rien de bien exceptionnel allez-vous dire si l’on vous résume (très brièvement) le nouveau roman de Jérôme Colin, Le champ de bataille publié chez Allary Editions. Et pourtant, loin de n’être qu’un récit de l’adolescence qui s’endurcit, il semblerait que ce roman soit bien plus que cela… Lettres it be vous dit tout !

La bande-annonce :

Le problème avec les enfants, c’est qu’ils grandissent. Un jour, sans prévenir, ils claquent les portes, rapportent de mauvaises notes et ne s’expriment que par onomatopées. Surtout, ils cessent de vous considérer comme un dieu sur terre. Et ça, il faut l’encaisser.

La science explique qu’ils n’y sont pour rien. C’est leur cerveau en formation qui les rend feignants, impulsifs et incapables de ramasser leurs chaussettes. N’empêche. On n’a jamais rien créé de pire que les adolescents du virtuolithique. Voici l’histoire d’un couple sur le point de craquer face aux assauts répétés de leur fils de 15 ans. Qu’ont-ils mal fait ? Rien. Mais la guerre est déclarée. Et ils ne sont pas préparés. L’école les lâche, le père part en vrille, la mère essaie d’éteindre l’incendie.

C’est un roman sur l’amour familial où les sentiments sont à vif, comme sur un champ de bataille.

L’avis de Lettres it be :

« Nous avions résisté aux assauts de la petite enfance et à la fatigue physique. Nous étions désormais sur le point de craquer, englués dans la guerre de tranchées qu’est l’adolescence. » C’est en ces mots que se conclut le premier chapitre de ce roman. Tout est presque déjà dit : alors que les récits d’adolescence dont la narration se fait du côté de celui ou celle qui la vit directement pullulent en librairie, voilà que Jérôme Colin, journaliste et désormais auteur belge, relève le défi de raconter cette période charnière mais cette fois du côté des parents. Ennemis jurés mais indispensables, les parents sont toujours en première ligne des « crises » d’adolescence les plus acharnées. Et c’est à partir de ce vocabulaire guerrier que Jérôme Colin construit son roman, récit de guerre autant qu’histoire d’amour. Bienvenue sur Le champ de bataille.

C’est un pas de côté nécessaire, voire indispensable, qu’offre ici Jérôme Colin. Alors que l’éducation d’un enfant puis d’un adolescent n’a peut-être jamais paru aussi simple et où le moindre conflit peut se régler le temps d’une émission de Pascal le grand frère avec quelques briques brisées à la masse, alors que les magazines titrant « Etre un parent parfait en 10 leçons » ont pignon sur kiosque, alors que les ouvrages du genre se multiplient aussi vite que les théories éducatives s’invalident, Jérôme Colin souligne et met en lumière toute la difficulté pour un parent aujourd’hui d’élever son fils ou sa fille. Réseaux sociaux, actualités diverses et variées, culture de l’ego à outrance, rapport aux autres… C’est avec tout un lot de difficultés qu’il faut jongler aujourd’hui pour apprivoiser, connaître et entraîner dans la vie son « jeune ».

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