4 3 2 1 de Paul Auster

4 3 2 1 de Paul Auster
(4 3 2 1)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tanneguy, le 27 janvier 2018 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 78 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (18 684ème position).
Visites : 646 

Une quadruple saga...

Dans les premiers jours du XXème siècle un immigrant juif venant de Russie/Pologne débarque à Ellis Island ; un compagnon lui conseille d'oublier son patronyme peu compréhensible par les Américains et de déclarer s'appeler plutôt Rockefeller par exemple, ce qui pourrait lui porter chance. Mais arrivé devant le fonctionnaire qui lui demande son nom, c'est le blanc total et il s'exclame, en yiddish naturellement, "J'ai oublié" ce qui est interprété phonétiquement comme "Isaac Ferguson". Personne ne démentira ! Trois quarts de siècle plus tard, son petit-fils nommé Archibald Isaac Ferguson découvre l'anecdote qui fait partie de la tradition familiale et il réalise combien sa vie aurait pu être différente si... D'ailleurs des choix multiples se sont présentés ultérieurement qui ont fini par façonner sa propre histoire.

Ecrivain débutant en recherche d'un sujet de roman, il décide de s'attaquer à sa propre biographie, mais en y adjoignant celle de trois autres Fergusson tels qu'ils auraient pu exister avec des choix différents : ce sont 1,2,3,4. c'est un exercice de style original et intéressant avec quelques contraintes pratiques comme l'obligation de faire disparaître 3 des 4 personnages principaux avant la fin du récit pour en respecter la cohérence ! Le lecteur est soumis à une gymnastique intellectuelle récurrente, mais il l'acceptera volontiers en découvrant de multiples personnages, et en (re)découvrant l'histoire américaine de cette période particulièrement riche que Paul Auster dissèque brillamment (on lui pardonnera sa partialité...).

Il ne faut pas être effrayé par les 1000 pages du texte ; pour les étourdis, l'auteur ( Ferguson ou Paul Auster ? ) rappellera les règles du jeu de ce roman, ce fut utile pour ce qui me concerne

Bravo l'artiste !

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L'univers des possibles

8 étoiles

Critique de ARL (Montréal, Inscrit le 6 septembre 2014, 32 ans) - 7 mars 2018

J'ai mis un mois à lire le dernier Paul Auster, un pavé de 1015 pages en grand format, de loin le plus long de l'écrivain qui nous a habitué à des romans plutôt courts. J'ai tenu pour acquis que c'était probablement son œuvre maîtresse, un livre dans lequel il allait reprendre pour une dernière fois ses thèmes de prédilection, une somme, un roman-fleuve, bref mes attentes étaient grandes. Je termine ma lecture un peu épuisé, avec l'impression que dans un sens, c'était beaucoup de mots pour pas grand-chose.

Difficile de parler de "4321" sans vendre la mèche donc je me contenterai de suggérer à d'éventuels lecteurs de ne pas s'attendre à être renversés par le concept. Quatre fois le même personnage, quatre versions de la vie d'Archie Ferguson, présentées de manière intercalée (1.1, 1.2, 1.3, 1.4, 2.1, ainsi de suite). Il est possible de lire le roman de façon linéaire, en passant directement de 1.1 à 2.1 et en continuant ainsi, mais je pense que ça ne rendrait pas justice au projet de Paul Auster, qui tente essentiellement de fractionner une vie en quatre possibilités qui doivent être abordées sur le mode de la comparaison.

Auster utilise plus ou moins les mêmes personnages dans les quatre récits. Amy, par exemple, peut être la copine de Ferguson dans une version, alors qu'elle est en couple avec Luther dans une autre version. Ce qui veut dire qu'il faut démêler non seulement les Ferguson, mais l'ensemble de la galerie de personnages. J'ai abandonné après un certain temps en me contentant de laisser le roman m'emporter et je pense que l'intérêt se situe justement dans cette expérience de flou et de laisser-aller.

Je réalise que ça peut sembler compliqué pour rien, mais la plume d'Auster est fluide et sans prétention. La lecture est facile, sans grande lourdeur, les personnages sont pour la plupart attachants et il y a assez de rebondissements pour soutenir l'intérêt. Mais je suis obligé de dire qu'Auster s'est un peu écouté parler, ou je suppose qu'il s'est regardé écrire? Le troisième quart du livre est truffé d'interminables "compte-rendus" sur la politique étudiante des années 60 où l'auteur semble recracher sa recherche plutôt que de développer son histoire. Ceux et celles qui ne sont pas passionnés par le monde de l'édition et par les souffrances de la création d’œuvres littéraires vont peut-être aussi soupirer devant le nombre de pages qui y sont consacré.

Dans l'ensemble, "4321" est un roman plutôt solide, mais qui demande un peu plus d'investissement qu'il ne rapporte. Quand je disais plus haut qu'il ne fallait pas s'attendre à être renversé par le concept, c'est surtout par ce qu'Auster choisit d'en faire dans les dernières pages. Inutile d'en dire plus, mais disons simplement que les fruits de cette longue lecture sont loin d'être récoltés en fin de parcours. La destination, c'est le trajet.

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