Les Ăąmes grises de Philippe Claudel
Catégorie(s) : LittĂ©rature => Francophone
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Un village en clair-obscur
Ce roman se déroule durant la PremiÚre Guerre Mondiale dans une petite ville du Nord-est de la France. Un village épargné par les combats, la ligne de front se situant à quelques kilomÚtres de là , derriÚre la colline. On entend les canons tonner dans le lointain, on voit les cohortes de soldats se croiser dans la rue principale. Certains arrivent avec encore un peu d'espoir dans le fond des yeux. Ils pensent s'en sortir, survivre alors que la plupart d'entre eux sont condamnés. D'autres, moins chanceux, reviennent en morceaux,morts-vivants, gueules brisées de l'Histoire. Une guerre qu'on ne voit pas mais qu'on n'a jamais aussi bien sentie. Un bourgade épargnée par l'atrocité des combats mais qui connaßt cependant son lot de malheur. Le roman débute par la découverte du corps de la petite "Belle de jour", la fillette de Bourrache, le restaurateur local. A partir de ce moment, la petite ville s'épie se jauge, se suspecte. La rancoeur fait place aux petites lùchetés du quotidien. On soupçonne bien vite le procureur Destinat, un notable parmi les notables. Il est procureur, vit reclus et triste dans son chùteau depuis la mort de sa femme, Clélis. Un procureur qui avait ses habitudes au restaurant de Bourrache. Le suspect parfait.
Vingt ans se sont Ă©coulĂ©s depuis la boucherie des tranchĂ©es de la Grande Guerre et le meurtre de la petite "Belle de jour". Un narrateur anonyme, ancien policier du village, tente de demĂȘler l'Ă©cheveau de cette
"Affaire" qui semble le torturer. Il n'a plus envie de vivre depuis la mort affreuse de sa femme. Un homme sur le déclin. Trop d'horreurs, trop de drames. Chargé de l'"Affaire" à l'époque, il dévoile petit à petit sa version des faits. De digressions en digressions, il nous raconte des vies, nous raconte son village et nous cloue sur place dans les derniÚres pages en nous révelant son terrible secret. Le narrateur dira d'ailleurs au final: "Fouiller l'Affaire comme je l'ai fait, c'était sans doute une façon de ne pas me poser la vraie question, celle qu'on refuse tous de voir venir sur nos lÚvres, dans nos cerveaux, dans nos ùmes, qui ne sont, il est vrai, ni blanches ni noires, mais grises, joliment grises..."
Philippe Claudel réussit là un beau roman, plein d'humanité. Ces portraits des habitants sont justes, touchants, poignants. Pour illustrer le caractÚre de ses personnages, il recourt à de jolies jolies formules :"il coupe son poisson comme en le caressant" dira-t-il pour qualifier le procureur. Une image qui vaut mieux qu'un long discours. Un auteur qui sait nous toucher, notamment dans la description de cette jeune institutrice, dont l'amant est sur le front, et qui monte en haut du coteau pour observer au loin les combats incessants, pour partager un peu de ses souffrances. Il excelle dans la description de ces "ùmes grises". L'émotion est
palpable de bout en bout et grandit au gré des pages qui se tournent.
Les éditions
Les ùmes grises [Texte imprimé], roman Philippe Claudel
de Claudel, PhilippeISBN : 9782234056039 ; 19,10 ⏠; 20/08/2003 ; 284 p. Broché
Les ùmes grises [Texte imprimé], roman Philippe Claudel
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Les mystĂšres d'une terre en marges
Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 48 ans) - 21 mars 2026
L'idĂ©e est originale, comme le rĂ©cit d'un monde oĂč il ne faut pas faire de vague. Si rien ne se passe, rien ne doit Ă©merger de cette bourgade. Et c'est cette sorte de principe de vie qu'animent ces personnages, gris effectivement. Il se dĂ©gage de ce petit monde un ennui profond, presque trop bien dĂ©crit au point de devenir communicatif, qui ne brille ni par sa grandeur d'Ăąme ni par sa curiositĂ© et son ouverture sur le monde. Ce n'est pas le type d'horizons qui fasse rĂȘver, il fait tout de mĂȘme rĂ©flĂ©chir, il ressort de cette lecture une forme d'intrigue mĂȘlĂ©e de dĂ©goĂ»t, non sans intĂ©rĂȘt.
Les nuances du gris
Critique de Nomade (, Inscrite le 14 février 2005, 14 ans) - 28 avril 2019
Confessions
Critique de Elko (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 50 ans) - 9 septembre 2018
L'action se passe en province, non loin de la ligne de front. Si proche de l'horreur, la vie continue malgrĂ© tout et lorsque le corps d'une fillette est retrouvĂ©e une enquĂȘte est ouverte. Et c'est peu de dire que toutes les forces ne se dirigent pas vers un but commun, celui de rĂ©soudre cette sordide affaire. S'opposent les caractĂšres et les carriĂšres.
Une immersion dans cette France corsetĂ©e dans ses convenances, sa hiĂ©rarchie, ses secrets, ses cicatrices. Parce que les Ăąmes ne sont jamais complĂštement ni noires ni blanches, difficile de dĂ©mĂȘler l'Ă©cheveau de ces histoires qui s'imbriquent. C'est fort, rĂ©voltant, poignant, cruel, brutal.
Ennui mortel
Critique de Loic3544 (Liffré (35), Inscrit le 1 décembre 2007, 48 ans) - 1 octobre 2016
Quand je dis j'arrĂȘte, c'est ce que je devrais faire, vraiment. A quoi sert tout ce que j'Ă©cris, ces lignes serrĂ©es comme des oies en hiver et ces mots que je couds en n'y voyant rien ? Les jours passent, et je vais Ă ma table. Je ne peux pas dire que ça me plaise, je ne peux pas dire non plus que ça me dĂ©plaise."
Petite citation et je me suis dit la mĂȘme chose que lui. Mais, moi, j'arrĂȘte vraiment, toutes ces divagations entre 1895 et 1925 quasiment sans queues ni tĂȘtes m'ont fatiguĂ©.
Destructrice
Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 61 ans) - 21 mars 2014
Jâavais encore en mĂ©moire une histoire de meurtre sur fond de la guerre 14-18, mais celle-ci, folie destructrice des corps et des Ăąmes, nâest que le dĂ©cor, voire pour certains personnages, le prĂ©texte qui fonde leur caractĂšre.
Philippe Claudel, comme souvent, ne prend pas ou peu de risques historiques, non plus en dĂ©matĂ©rialisant complĂštement les rĂ©fĂ©rences comme dans « Le Rapport de Brodeck » mais ici en restant assez flou sur lâendroit prĂ©cis oĂč les faits se dĂ©roulent ; quelque part dans le Nord de la France, Ă quelques kilomĂštres derriĂšre la ligne de front.
Toute la valeur du roman est fondĂ©e sur lâambiance que lâauteur fait ressentir au lecteur et la description des personnages vivant tous des drames sâentremĂȘlant. En effet, comme le titre du roman lâindique, on ne rigole pas une seconde, mais on dĂ©guste jusquâĂ la fin cette Ă©criture brillante vecteur dâune histoire envoĂ»tante.
Pas tous des héros
Critique de Michel A (Montpellier, Inscrit le 28 août 2013, 72 ans) - 3 septembre 2013
On ne rigole pas des masses, mais j'ai beaucoup aimé
Du style, une histoire et puis rien...
Critique de Jof31 (, Inscrite le 8 août 2013, 64 ans) - 8 août 2013
J'ai tant vécu avec Claudel son deuil, si tendrement crié dans son dernier livre, Jean-Bark.
Et lĂ , rien ou si peu...
Oui, il y a un style, oui il y a des ùmes... Ce qui justifiie le 2 étoiles mais il y a un truc qui cloche dans ce roman... Comme du toc ou du plaqué...Dommage, il y a un talent derriÚre tout ça.
Dernier point qui me dĂ©range dans ce roman; la fin est une pirouette d'auteur qui finasse et qui vient finir la partie de triche sans grande Ă©lĂ©gance: les mortes sont des clones et le narrateur a aussi une Ăąme grise! Ăa alors!!!!
Splendide
Critique de HAL007 (, Inscrit le 12 novembre 2012, 68 ans) - 12 novembre 2012
Fort, ùpre, envoûtant...
Critique de Patman (Paris, Inscrit le 5 septembre 2001, 63 ans) - 21 août 2012
"tout avait la couleur uniforme du givre"
Critique de Robinson (, Inscrit le 7 novembre 2011, 84 ans) - 7 novembre 2011
Le roman a obtenu le prix Renaudot en 2003, le film a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© quelques annĂ©es plus tard et si jâai mis si longtemps Ă relire lâun et Ă re-visionner lâautre câest parce que je craignais de retrouver cette atmosphĂšre de vide sidĂ©ral.
La vie ou la mort, tout est pareil dans ce chef dâĆuvre de littĂ©rature. Tout est essentiel mais rien nâest important.
Et câest cela sans doute qui mâa tellement impressionnĂ©, au sens littĂ©ral du terme.
Or je viens de le relire et je suis encore sous le coup de cette relecture.
Pour le principal, lâhistoire se dĂ©roule lors de la premiĂšre guerre mondiale dans un village de lâest de la France, Ă quelques encablures du front et lâon entend le son du canon au quotidien.
Un matin glacial oĂč la neige gelĂ©e au sol et sur les arbres par le froid intense, rend le paysage uniforme, une fillette dâune dizaine dâannĂ©es est retrouvĂ©e morte, assassinĂ©e au bord dâun canal, prĂšs de la demeure du procureur Destinat, un notable local. Elle est la fille de lâunique restaurateur du village nommĂ© Bourrache et les clients de lâĂ©tablissement lâont surnommĂ©e « Belle » et parfois mĂȘme « Belle de jour ».
Celui qui nous conte lâhistoire est le policier chargĂ© de lâenquĂȘte et, Ă partir de ce crime odieux, il nous dĂ©crit la vie du village et en particulier de ses habitants.
A la fin du roman, le narrateur a vieilli, pratiquement tous les personnages quâil a mis en scĂšne, sont morts et il sâapprĂȘte Ă mourir lui-mĂȘme, en nous livrant un ultime secret, aprĂšs bien dâautres mais celui-ci est le sien et câest le plus terrible de tous.
On ne saura jamais quel est le meurtrier de Belle de jour mĂȘme si parmi deux suspects, le lecteur peut faire son choix mais au fond, quâimporte qui a tuĂ© ? Tous auraient pu le faire.
Dâailleurs, le canon qui tonne Ă quelques kilomĂštres, dĂ©vore tous les jours sa ration de victimes. Et elles sont nombreuses !
Les circonstances sont telles que la vie dâune fillette nâa de valeur que relative et encore, pour ses prochesâŠ. Et pour quelques autres peut-ĂȘtre, son meurtrier par exemple.
Le hĂ©ros est veuf, sa femme est morte en donnant la vie Ă son fils unique et lâabsence de la disparue est tellement prĂ©gnante que bien des annĂ©es aprĂšs, câest toujours Ă elle quâil pense et pour laquelle il Ă©crit ce livre, un peu comme un journal de bord ou plus prĂ©cisĂ©ment, comme un journal intime dont la lecture nous serait livrĂ©e alors quâelle devait rester secrĂšte.
Tous les personnages que lâon rencontre sont saisis dans un clair obscur. Aucun nâest blanc ou noir. Tous sont gris, comme leur Ăąme et comme cette nature figĂ©e dans un Ă©ternel hiver.
Ils sont plus ou moins attachants mais aucun nâest accessible.
Jâai aimĂ© cette institutrice venue dâailleurs pour se trouver proche du front oĂč son fiancĂ© se bat... et meurt. Elle monte sur la colline pour apercevoir les combats et souffrir un peu de la mĂȘme souffrance que celui quâelle aime. Peut ĂȘtre me faisait-elle penser Ă quelquâun dâautre.
Jâai aimĂ© ce procureur venu dâailleurs lui aussi, je veux dire dâune autre Ă©poque, dâun autre temps. Mais il a des grandeurs silencieuses comme des tombeaux.
Jâai aimĂ© cette fleur poussĂ©e incidemment dans ce pays sans fleurs et qui nâa vĂ©cu guĂšre plus longtemps que ne vivent les fleurs ordinaires. On lâappelait « Belle de jour » et câest peut ĂȘtre pour cela quâon lâa tuĂ©e, en fin de jour, a la nuit tombante.
Par contre, jâai dĂ©testĂ© ce juge Mierck, arrogant et cynique, le plus mĂ©prisable des personnages du roman, pour qui la vie humaine nâavait aucune importance. Sa mort dâailleurs, survenue incidemment, lui ressemble, elle est odieuse et affreuse⊠« Il faut bien que lâenfer serve Ă quelque chose sâil existe » conclut le procureur en guise dâĂ©loge funĂšbre.
Je passe sur les autres personnages, ils sont nombreux mais secondaires, sauf peut ĂȘtre ce soldat fusillĂ© qui nâa rien Ă faire dans cette histoire mais qui sây est Ă©garĂ© au point dây perdre la vie.
Pour la fin jâai gardĂ© le hĂ©ros, celui qui nous conte cette page dâhistoire, de son histoire, 20 ans aprĂšs.
Pour lui, mes sentiments sont plus complexes.
La balance entre les plus et les moins sâĂ©quilibre parfois, puis penche tantĂŽt dâun cĂŽtĂ©, tantĂŽt de lâautre, ça dĂ©pend des jours et de ma propension Ă comprendre ou Ă juger.
Tout cela, je le conçois nâest pas de nature Ă vous inciter Ă lire « Les Ăąmes grises » et pourtant je vous en conseille la lecture.
LâĂ©criture en est parfaite, le rĂ©alisme de cet auteur touche au sublime selon moi, peut ĂȘtre abuse-t-il un peu de la mĂ©taphore mais dans un pays oĂč tout est gris, lâimage est, somme toute, nĂ©cessaire.
Et puis il y a la fin du livre âŠ
Je nâen dis pas plus, lisez-le jusquâau bout.
TrĂšs bon...
Critique de Jonath.Qc (, Inscrit le 6 juillet 2011, 47 ans) - 3 novembre 2011
5 ans plus tard
Critique de Dpernez (, Inscrit le 27 avril 2011, 60 ans) - 27 avril 2011
C'est la derniĂšre apparition de Villeret dans un film, dans le rĂŽle du juge.
Le duo avec Marielle est grandiose. J'ai trouvé le film moins gris que le roman dans lequel la couleur n'arrivait pas jusqu'aux yeux.
J'ai redécouvert les personnages et leur complexité. Finalement le procureur reste au moins coupable de ses idées noires mais quelque part tellement lucides. Claudel nous garde toujours un coup de théùtre pour la fin. Mais ce coup-ci, ce dernier est dans le gris, ou l'ùme grise, qui fait l'objet du roman.
Avec le film cela fait donc deux chefs d'oeuvre.
Des Ăąmes pourries.
Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 55 ans) - 27 janvier 2011
Quelqu'un que l'on croise tous les jours au coin de la rue.
Allez savoir pourquoi certains patronymes évoquent de si troublantes pensées!
Donc, cet écrivain ne me disait rien. Je pouvais vaguement le rapprocher de par la sonorité de Camille Claudel, Paul Claudel c'est à dire de rien de précis.
Et puis ces Ames Grises, tiens donc, quel titre!
Cela me fait penser au titre de cet album de JJG " Entre gris clair et gris foncé".
La couverture de l'Ă©dition livre de poche attire mon regard, cette jeune fille fantomatique au milieu d'une forĂȘt en hiver a tout pour me plaire.
Je consulte la quatriÚme de couverture et découvre que ce livre a reçu le prix des lectrices du magazine Elle.
Aille, ouille est ce vraiment intéressant? N'est ce pas un de ces romans à la Marc Levy ?
J'ai soudain une répulsion, une envie de reposer le livre sur l'étal.
Je m'obstine, je lis que Marielle et Villeret ont interprété deux protagonistes dans une adaptation du livre .
Est ce possible que ces deux immenses acteurs aient bien voulu jouer dans un navet ?
Banco j'achĂšte.
Cela ne tient à rien parfois la lecture d'un livre, la découverte d'un auteur.
Laissant mes préjugés aux vestiaires de ma conscience, j'attaque la lecture.
Oui, j'attaque toujours une lecture, bien décidé à en découdre avec les mots, l'auteur, l'histoire et savoir si cet ensemble sera capable de me faire rendre les armes, de me faire signer l'armistice et de me faire trinquer à la concorde.
Donc, j'attaque la lecture.
Tout de suite je suis pris par le rythme, emballĂ© par ce qui semble ĂȘtre une sombre histoire d'ĂȘtres humains en dĂ©shĂ©rence.
Il n'y a pas que les ùmes qui soient grises, il y aussi la région enveloppée de nuages, cernée par les canonnades, meurtrie par la vision de ces gueules cassées.
Le village semble aussi terne que ceux traversés de nos jours par ces convois de camions qui grisent les murs des habitations. Ce village V. traverse bon an mal an ces années de guerres et vit dans ces murs une guerre intérieure, intestine.
Belle de jour, une jeune fille, est retrouvée morte.
Ce fait divers au milieu de la tourmente va alimenter le récit et permettre de mieux connaßtre les protagonistes de ce village.
Le procureur, le juge, le restaurateur, le maire, l'institutrice et le policier.
Cette société est dépeinte avec beaucoup de talent par Claudel. L'arrogance froide du juge, la déférence du procureur qui regarde les autres comme des fientes, l'ingénuité de l'institutrice et la pleutrerie du maire. Il n'y a que Belle de Jour qui incarne la pureté "Elle ressemble à une Sainte Vierge", elle n'aura pas sa place au milieu de ces notables déchus. Elle sera étouffée, comme on étouffe les secrets les plus lourds.
C'est dans une sociĂ©tĂ© engourdie, empĂȘtrĂ©e dans ses rapports de classe et de culture qu'Ă©volue le rĂ©cit
Chacun danse une valse morbide. Car ici chacun cherche et cache son mort. Ceux d'avant, ceux de maintenant et ceux de demain.
Chacun semble pris en otage par des fantĂŽmes.
Certaines scĂšnes sont dĂ©crites avec Ă©normĂ©ment de talent, comment ne pas relire celle oĂč figure ce soldat, entravĂ© au marronnier de la cour de la mairie, grelottant de froid, dĂ©vĂȘtu de sa ses habits et de sa dignitĂ© sous le fronton ornĂ© de la devise rĂ©publicaine et sous les regards cruels du juge et du colonel.
On étouffe beaucoup dans ce livre, on se pend, on meurt en silence.
Les scÚnes de repas sont pantagruéliques.
Et puis les noms, la riviÚre la Guerlante ( Guerre lente), Destinat le procureur, Lyse l'institutrice, la Barbe, le Grave.jusqu'au nom du village V. Comme celui de l'hypothétique victoire qui l'on croyait acquise dÚs le début sans effort et sans morts.
Une atmosphÚre tapisse ce livre, une humidité, une odeur d'humus, de froid qui pénÚtre jusqu'aux os.
A la lecture je me disais il aurait pu appeler son livre" les Ames Pourries", ce qui est moins joli que les "Ames Grises" j'en conviens. Car ces ùmes sont pourries me disais-je. Et au fil d'une page, Claudel évoque ces ùmes pourries qu'il décrit, ainsi nous nous sommes rejoint.
Ce fut une réel plaisir que de me plonger dans cet ouvrage qui m'a révélé un auteur inconnu. Je relirai sans doute d'autres livres de Claudel.
Je ne formulerai qu'un seul reproche, c'est une certaine forme de consensus dans l'écriture, comme si les formules étaient étudiées pour plaire au lectorat quoiqu'il en coûte.
Jamais je n'ai senti le fil du rasoir sur ma gorge, jamais je n'ai senti le précipice sous mes pieds.
J'ignore oĂč se situe ce livre dans la chronologie de l'auteur, certainement a-t-il conquis son lectorat et peut-il se permettre plus d'audace, plus de risques.
En tout cas, je ne fais qu'apporter mon humble avis au concert de louanges qui entoure les Ames Grises et confirme à mon goût qu'il s'agit d'un excellent moment de lecture et certainement un bon film.
Un titre parfait
Critique de Florian1981 (, Inscrit le 22 octobre 2010, 44 ans) - 22 octobre 2010
Philippe Claudel a une trÚs belle écriture et donne beaucoup d'humanité à ses personnages. C'est trÚs subtil. L'atmosphÚre de la guerre 14-18 est trÚs bien retranscrite.
Un roman Ă lire, il vaut vraiment le coup.
Dérangeant
Critique de Nb23 (Bruxelles, Inscrite le 26 août 2010, 58 ans) - 26 août 2010
Prenant
Critique de Rock30 (Nimes, Inscrit le 6 juillet 2008, 63 ans) - 15 août 2010
Un faux policier mais un vrai roman
Critique de Fabrice (, Inscrit le 22 novembre 2009, 40 ans) - 17 juillet 2010
L'intĂ©rĂȘt du roman rĂ©side dans la description sombre et romantique Ă la fois du village et des personnalitĂ©s de chaque personnage : des Ăąmes grises, oĂč nul n'est tout Ă fait noir, ni blanc.
Le récit prend son temps, le temps du deuil et de la souffrance des personnages.
A lire !
Agréablement surpris
Critique de Leliseur (, Inscrit le 10 septembre 2009, 69 ans) - 29 juin 2010
Mais j'ai adorĂ© ce roman qui se passe durant la premiĂšre guerre mondiale dans un village français oĂč les habitant entendent et voient tous les jours les combats et coups de canon, puis un jour ils dĂ©couvrent le cadavre d'une jeune fille de 9 ans Ă©tranglĂ©e et jetĂ©e dans la riviĂšre. Le policier qui mĂšne l'enquĂȘte nous dĂ©crit les personnages principaux de ce petit village.
Dans une Ă©criture simple l'auteur Philippe Claudel (le premier livre que je lis de cet auteur) a su me captiver, il est vrai que c'est un roman trĂšs noir et que l'Ă©poque s'y prĂȘte bien, des gens qui vivent dans la peur et l'angoisse, d'autres qui profitent de leur position Ă©levĂ©e dans la sociĂ©tĂ© dont le juge et le colonel qui croient que tout ceux qui ne sont pas Ă©gaux Ă eux ne sont rien dans ce monde. Ce qui fait que les Ăąmes deviennent grises, le narrateur ici sait nous donner le goĂ»t de savoir jusqu'Ă la fin l'histoire de ce monde aux Ăąmes grises. J'ai vu le film pour moi le livre est meilleur il dĂ©crit mieux chaque personnage, on sait ce qui leur arrive plus tard. Je vais certainement lire d'autres romans de cet auteur qui j'espĂšre seront aussi Ă©mouvants Ă lire.
Bonne lecture Ă vous tous et toutes
Troublant...mais intéressant
Critique de Farya (, Inscrite le 26 juin 2010, 34 ans) - 27 juin 2010
LĂ oĂč le titre prend tout son sens, c'est lorsque que le personnage de JosĂ©phine Maulpas dit : "Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs Ăąmes, c'est pareil... T'es une Ăąme grise, joliment grise, comme nous tous..."
En effet, il n'y a pas de rĂ©el "salaud" (mĂȘme si le juge Mierck n'est pas mal dans son genre, tout comme son acolyte, le colonel Matziev...) ni de personne toute blanche. Ils sont tous "gris". MĂȘme le narrateur, qui s'avĂšre ĂȘtre policier, ne peut pas dire qu'il n'a rien Ă se reprocher. Il Ă©crit d'ailleurs tout ce qu'il a ressenti lors de l'Affaire, pour Ă©voquer ses malheurs et ce qu'il a commis, et l'avouer, dans un dernier chapitre assez saisissant.
Le meurtre alors reste non élucidé. Destinat, le Procureur qu'on a un peu de mal à cerner, a-t-il tué la petite ? Ou alors est-ce Yann Le Floc, jeune déserteur ? On ne sait pas, et au bout du compte, ce qui est intéressant, c'est la description de tous les faits, de la psychologie des personnages, ambivalents, pas manichéens, mais humains, tout simplement.
Ni noires, ni blanches,
Critique de Tommyvercetti (Clermont-Ferrand, Inscrit le 18 décembre 2006, 37 ans) - 21 mai 2010
J'ai trouvé ce roman trÚs beau, comme les autres de Claudel que j'ai lu. J'ai lu le Rapport Brodeck aussi, et il semblerait que le titre puisse s'adapter aussi dans les deux cas. On dirait que tous les personnages de Claudel sont des ùmes grises. Et c'est ça qui leur donne leur humanité. Il ne sont ni totalement des salauds, ni des anges. Ils ont tous leur coeur de noirceur, et à la fois, ils sont humains, et vivent comme ils peuvent les choses qui se passent.
Je n'ai pas trouvĂ© que le rĂ©cit soit lent, ennuyant, tout ça... Je pense qu'il ne faut pas prendre ce roman comme un roman policier avec une intrigue, un suspense, tout ça. Ce n'est pas pourquoi il est fait je pense (c'est pourquoi j'ai aimĂ© la fin). Je n'Ă©tais pas pressĂ© de savoir qui Ă©tait le meurtrier, j'ai juste suivi le rĂ©cit de ce type qui racontait simplement - tout simplement - l'Affaire, et le monde qu'il avait appris Ă connaitre durant toutes ces annĂ©es. L'intĂ©rĂȘt n'est pas dans l'histoire, mais dans les personnages, dans la vie et l'humanitĂ© qui se dĂ©gage du roman. Les descriptions des personnages, les attitudes, caractĂšres, les rĂ©actions et comportements. La façon que chacun a de rĂ©agir Ă ce qui lui arrive, la façon dont l'humain se dĂ©couvre face Ă certaines rĂ©alitĂ©s, dont son Ăąme se met Ă nu pour qu'on voie finalement que derriĂšre le pire des salauds, il y a un humain, et que derriĂšre l'humanitĂ© dans toute sa beautĂ©, il y a des choses qu'on ne sait pas et qu'on ne saura jamais, le mal, la douleur, tout un monde. Que tous, finalement, nous portons nos propres Ăąmes grises.
Sans plus
Critique de Lalie2548 (, Inscrite le 7 avril 2010, 41 ans) - 9 mai 2010
Superbe roman !
Critique de Frunny (, Inscrit(e) le 28 décembre 2009, 0 ans) - 1 mai 2010
Ce roman est superbement écrit et l'intrigue captivante.
Je recommande.......
Une belle écriture
Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, 0 ans) - 15 novembre 2008
Magnifique
Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 57 ans) - 25 septembre 2008
Lors du salon du livre de Nancy, les lecteurs lâont Ă©lu meilleur livre français des trente derniĂšres annĂ©es ! Je ne sais pas ? Mais, parmi tous ceux que jâai lu, il se dĂ©marque. Le style austĂšre et la musique singuliĂšre de la prose de Claudel est devenue, en deuxiĂšme tentative, un pur rĂ©gal. Jâai goĂ»tĂ© chaque mot de lâĂ©criture somptueuse et marchĂ© dans cet univers de romantisme morbide comme on se ballade dans un jardin couvert de givre, triste et Ă©mu Ă la fois par toute la beautĂ© figĂ©e qui mâentoure.
(Prix Renaudot, Prix des Lectrices Elle, Prix Stanislas)
superbe
Critique de Velmoz (, Inscrite le 28 octobre 2006, 60 ans) - 23 juillet 2008
Incompréhensibilité
Critique de ChaĂŻmaa (, Inscrite le 14 mars 2008, 34 ans) - 14 mars 2008
J'ai ressenti beaucoup de tristesse dans la vie des personnages. le livre Ă©voque une guerre qui a empĂȘchĂ© le vie heureuse des amoureux. Je n'aime pas cette Ă©poque, qui prĂ©sente beaucoup de malheureux oĂč les personnages ont une mentalitĂ© diffĂ©rente d'aujourd'hui.
La plupart des personnages sont Ăąges.
j'ai visionné le film correspondant au roman et l'ai préféré. Je ne suis pas parvenu à imaginer les personnages du roman. c'était plus clair dans le film. je n'ai pas aimé regarder tous les épisodes.
J'ai éprouvé des difficultés pour la compréhension de l'histoire. tant d'injustice m'a révoltée plusieurs personnes mouraient et cela créait une ambiance de désespoir.
Les Ames grises, un livre noir
Critique de Crysis (, Inscrit le 14 mars 2008, 37 ans) - 14 mars 2008
J'ai préféré regarder le film car on rentre directement dans l'ambiance ténébreuse qui rÚgne dans l'histoire. Dans le film on développe moins le caractÚre des personnages alors que dans l'oeuvre littéraire, les détailes sont mieux décrits.
D'un autre cÎté, le roman expliquait de maniÚre précise quelques passages. Certaines différences entre le récit et le film m'ont interpellé. Dans l'ouvrage, les lettres de l'institutrice étaient lues à la fin. Alors que dans le film, elles sont lues au début de l'histoire. Selon moi, le livre "les ùmes grises" complÚte le film mais j'avoue que ce dernier est mieux si on n'aime pas beaucoup lire.
Coïncidences étranges
Critique de Mallaig (Montigny les Cormeilles, Inscrite le 17 janvier 2006, 49 ans) - 2 janvier 2007
J'ai été happée par ce roman pas trÚs gai. Autour d'un meurtre, on définit les personnages, leur histoire permettant de mieux les comprendre.
Philippe Claudel fait ici une belle peinture d'une société, d'une époque tout en nous faisant pénétrer la psychologie de ces personnages.
Ce roman est d'une autre époque, romantique et naturaliste à la fois.
Suceur de roue
Critique de Serguei (, Inscrit le 29 juin 2005, 51 ans) - 1 novembre 2006
Lourde ambiance
Critique de Soili (, Inscrit le 28 mars 2005, 53 ans) - 25 septembre 2006
Rapidement, je plante le dĂ©cor : tout se passe pendant la guerre de 14 dans une petite ville prĂšs du front, un crime sordide a lieu, une petite fille est retrouvĂ©e assassinĂ©e prĂšs d'un canal, or, prĂšs de ce canal se trouve le chĂąteau de l'ancien procureur, nouvellement retraitĂ©, le juge chargĂ© de l'enquĂȘte hait profondĂ©ment le procureur qui le lui rend bien.
Que s'est-il rĂ©ellement passĂ© ? Un livre qui montre Ă la fois une enquĂȘte policiĂšre et une galerie de personnages assez incroyables dans une ambiance pesante, grise voire noire .....
Je le recommande, c'est vraiment simple et agréable à lire , captivant jusqu'à la fin
Un air de Maupassant
Critique de Holden (, Inscrit le 17 septembre 2005, 56 ans) - 24 septembre 2006
Enfin une heureuse dĂ©couverte en matiĂšre de roman contemporain français pour moi qui suis plutĂŽt tournĂ© vers la littĂ©rature anglo-saxonne... A lire sans attendre en dehors d'une pĂ©riode de dĂ©prime car le narrateur que l'on dĂ©couvre au fil du roman par petites touches nous entraĂźne dans son profond mal ĂȘtre.
Avis mitigé
Critique de Tyty2410 (paris, Inscrite le 1 août 2005, 39 ans) - 24 août 2006
Ce livre est intéressant pour plusieurs raisons ; on voit la guerre : sa proximité, le front , l'hiver , l'attente . On est trÚs vite saisi par les portraits des personnages , leur réalisme . On a l'impression qu'ils vivent devant nous. L'auteur arrive à créer une vie , une ambiance un village des sentiments et des émotions ce qui n'est certainement pas le cas de tous les livres .
Cependant , j'ai été un peu perdue ; perdue parce que, avec la narration, on ne suit pas toujours le raisonnement de l'auteur , il quitte Belle de jour pour nous raconter sa propre vie , le chùteau , Destinat , a plusieurs reprises je me suis demandée : mais quand va-t-on savoir qui a tué la petite? cette narration devient quelquefois un peu pesante .
Mais je pense que ce qui m'a le plus gĂȘnĂ©e c'est l'absence totale de moralitĂ© dans ce livre , on a emprisonnĂ© un innocent , ou alors peut-ĂȘtre pas , on ne sait pas qui est le vĂ©ritable assassin , il n'y a pas de justice , et je ne parle mĂȘme pas de ce que fait le narrateur et surtout avec quelle froideur il le raconte .
Quant à savoir si ce roman mérite son prix , je pense . Parce que à l'heure actuelle la littérature est envahie de romans qui ne devraient pas porter ce nom tellement ils sont fades et insipides . Ce livre malgré les quelques critiques que j'ai énoncées reste un bon roman parce qu'on est plongé dans un autre univers , parce qu'il nous fait vivre la grande guerre , parce que les personnages sont saisissants, parce qu'on les connaßt grùce à des détails et non l'inverse .
Une de mes meilleures lectures
Critique de BONNEAU Brice (Paris, Inscrit le 21 mars 2006, 41 ans) - 10 août 2006
Je n'avais jamais lu Philippe Claudel. Le style est... fabuleux, vraiment. Ce souci du détail, cette façon de décrire les paysages, les décors, les ambiances, à la fois simple et suffisante, jamais une phrase de trop. L'histoire est belle, terrible, celle de cette petite fille retrouvée étranglée au bord d'une riviÚre, l'histoire de la noirceur de l'ùme des hommes, dans le Nord de la France, pendant la premiÚre guerre mondiale.
Une histoire belle et touchante, oĂč le lecteur est transportĂ© avec brio par le talent de l'auteur. On se prend d'affection pour tous, on a parfois les yeux embuĂ©s, le poil qui se hĂ©risse. Destinat, Mierck, la jeune institutrice, Belle de Jour, JosĂ©phine, ClĂ©mence, autant de destins tragiques qui se croisent, des Ăąmes grises sur fond noir.
Une chose reste certaine à propos de ce livre magnifique, il mériterait presque un "10 sur 10". Je vous le conseille avec beaucoup beaucoup d'insistance, et je vais me mettre à l'affut des autres romans de Philippe Claudel.
TrĂšs gris
Critique de Chrisk (, Inscrite le 4 juillet 2006, 71 ans) - 27 juillet 2006
La Grande guerre 14-18 sĂ©vit Ă quelques pas de ce petit village, oĂč des soldats blessĂ©s sont amenĂ©s chaque jour.
On entend au loin le bruit des canons et des troupes.
Cette guerre ne dérange cependant pas certains notables, bien nourris et fiers.
Rien ne se passe sauf, par un matin glacial, la découverte du corps sans vie de la petite Belle, prÚs de la riviÚre.
Qui est lâassassin ?
Un roman bien Ă©crit mais trop gris , gris sombre mĂȘme..
On s'ennuie un peu en le lisant...
easy reading
Critique de Prince jean (PARIS, Inscrit le 10 février 2006, 52 ans) - 29 juin 2006
à conseiller aux lecteurs occasionnels mais l'amateur de littérature ira voir ailleurs.
c'est un livre de bonne facture , avec une histoire qui se tient Ă peu prĂšs, mais y a rien derriĂšre.
ça m'a semblé trÚs formaté pour plaire. y a les salauds et les gentils, et l'auteur ne quitte pas ce schéma, un peu primaire mais tellement rassurant !!!
Les extrĂȘmes nâexistent pasâŠ
Critique de Saint-Germain-des-Prés (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 58 ans) - 19 juin 2006
Un livre magnifique !
Critique de Laurent63 (AMBERT, Inscrit le 15 avril 2005, 51 ans) - 1 mars 2006
L'histoire du roman est racontée sans détour, avec des mots simples, mais terriblement efficaces. On plonge dans les univers décrits et on se retrouve dans l'ambiance de l'époque.
Bref ce livre est un chef-d'oeuvre qui mérite des éloges, car on se retrouve à pleurer, à trembler devant les descriptions de l'auteur. Le lecteur ne peut que souhaiter une chose lorsqu'il commence ce roman c'est d'arriver à la fin pour connaitre le fin mot de cette histoire.
Je le conseille Ă tous, et je pense que je le relirai dans un an ou deux pour voir si j'ai encore les mĂȘmes sensations.
du noir, du gris, trĂšs peu de blanc
Critique de Printemps (, Inscrite le 30 avril 2005, 68 ans) - 26 février 2006
La dénouement cependant nous ramÚne au gris bien noir du vide de la vie en solitude et en société. Emotion et gris noir des ùmes humaines.
le Juge et le Procureur
Critique de Josephine B. (vichy, Inscrite le 2 octobre 2005, 94 ans) - 7 décembre 2005
Livre amer, ùpre, dur avec par moments une pointe de sensibilité, d'amour, de tendresse.
Le Procureur : l'homme est froid , il vit dans un autre monde ; mais on le sent écorché-vif, tendre parfois.
Le Juge : celui-lĂ est maniaque, sadique, cruel ; de sa vie d'homme, il nous cache quelque chose ; mais quoi ?
Le coeur de ce livre est rude mais l'enveloppe est d'une grande sensiblité, et la fin malgré tout, positive.
Souffrance & solitude
Critique de Gilou (Belgique, Inscrite le 1 juillet 2001, 78 ans) - 12 novembre 2005
La Grande guerre 14-18 sĂ©vit Ă quelques pas de ce petit village, oĂč des soldats blessĂ©s sont amenĂ©s chaque jour. On entend au loin le bruit des canons et des troupes.
Cette guerre ne dérange cependant pas certains notables, bien nourris et fiers. Comme si la mort ne rodait pas si prÚs.
Rien ne se passe sauf, par un matin glacial, la découverte du corps sans vie de la petite Belle, prÚs de la riviÚre.
Qui est lâassassin ? Câest la fameuse affaire qui poursuit le policier (ici le narrateur).
Lâauteur ne sâarrĂȘte pas lĂ , il Ă©largit son rĂ©cit en dĂ©crivant chaque personnage susceptible dâĂȘtre le meurtrier. Du simple soldat dĂ©serteur au Procureur, de lâinstituteur Ă âŠâŠ nâimporte qui fera lâaffaire, du moment quâon tient un suspect. Bref, tous les ingrĂ©dients de la petite vie Ă©triquĂ©e dâun village. JusquâĂ lâaveu final de ce policier ayant vĂ©cu son propre drame Ă cette pĂ©riode et nous la narrant par la plume de Ph. Claudel.
Un roman trĂšs sombre, une histoire dâune autre Ă©poque, glauque Ă souhaits mais un bon livre par la magie de la belle Ă©criture qui se lit comme une chronique, avec des arrĂȘts bien placĂ©s pour nous laisser en haleine.
Jâai retenu une phrase, intemporelle, qui Ă©voque trĂšs bien le silence et les non-dits entre les ĂȘtres : page 67.
« Je nâai jamais eu une autre occasion de parler avec Barbe. Pourtant, lâenvie mâen a dĂ©mangĂ© souvent, un peu comme une gale pas trĂšs saine, qui gratte et quâon aime tout Ă la fois, mais je me disais que jâavais le temps : ça, câest la grande connerie des hommes, on se dit toujours quâon a le temps, quâon pourra faire cela le lendemain, trois jours plus tard, lâan prochain, deux heures aprĂšs. Et puis tout meurt. On se retrouve Ă suivre des cercueils, ce qui nâest pas aisĂ© pour la conversation ».
Cette phrase résume a elle seule la solitude des personnages de ce livre.
Un peu Giono...
Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 47 ans) - 11 novembre 2005
Conté avec une légÚreté mélancolique, ce roman se passe, d'un souvenir à l'autre, d'une douleur, d'une mort à l'autre. Il maintient l'ambiance terne d'un aveuglement volontaire: celui qui éloigne du front, celui qui éloigne de ses propres taches, des morts et des peines. Du moins, qui tente de le faire.
J'ai aimé ce livre comme un compagnon de route, mais je n'ai pas été transportée comme d'autres face à une "puissance émotionnelle" qui, pour moi, n'a pas été transcendante.
C'est doux et sombre, c'est bien écrit, avec la simplicité d'un conteur qui cherche à colmater les fuites, qui garde une sincérité amÚre. Mais au-delà , je ne sais pas...
Sauf que ça sonne juste, oui, et c'est touchant.
troublant d'humanité...
Critique de Tartampion (, Inscrit le 16 juillet 2005, 36 ans) - 22 octobre 2005
Quelques phrases sont des bijoux à lire et à relire à haute voix pour en exalter la beauté.Des phrases qui sonnent aussi comme des couperets.
Vraiment sombre
Critique de Asgard (LiĂšge, Inscrit le 14 juillet 2005, 48 ans) - 20 octobre 2005
Mais je nâai pas retirĂ© grand chose de cette lecture. Si, un peu dâennui je lâavoue. Une Ă©criture que lâon pourrait certes qualifier de poĂ©tique, mais ça sâarrĂȘte lĂ . Finalement, la seule vĂ©ritable Ă©motion que jâai eu Ă©tait Ă la lecture de la scĂšne de torture des dĂ©serteurs. Cette scĂšne sera la seule qui me restera Ă lâesprit, le reste sâeffaçant peu Ă peu dans la grisaille de lâoubli.
Sombre
Critique de Jemangeleslivres (, Inscrite le 25 mai 2004, 52 ans) - 19 octobre 2005
Quel beau roman! Quelle écriture! mais quelle noirceur!
Le regard que Claudel porte sur ses "ùmes grises" n'est pas loin de la désespérance, et la lecture peut s'avérer délicate pour qui n'est pas préparé, sur le plan émotionnel!
En résumé: c'est magnifique, mais déprimant.
un chef d'oeuvre
Critique de ADE (MARSEILLE, Inscrite le 10 octobre 2005, 47 ans) - 12 octobre 2005
il est vrai que ce livre est un peu "noir", mais si vous le lisez comme moi, un jour de temps pluvieux (je l'ai lu d'une traite en une journée) vous rentrerez encore plus dans l'histoire...
je trouve du génie à l'auteur de revenir plusieurs fois dans le livre en arriÚre et de ne pas perdre le lecteur ni de le lasser !
l'histoire est bouleversante et je pense qu'il va m'ĂȘtre difficile de ne pas trouver un livre fade dĂ©sormais...
Je vais ce week end voir le film car j'imagine trĂšs bien les acteurs Villeret et Mariel dans les rĂŽles principaux.
plus noir que gris !
Critique de Laure256 (, Inscrite le 23 mai 2004, 53 ans) - 30 juin 2005
Extraordinaire
Critique de Gab (bruxelles, Inscrite le 31 décembre 2004, 51 ans) - 25 avril 2005
Les Ăąmes grises
Critique de JADE1334 (Martigues, Inscrite le 1 mars 2005, 84 ans) - 1 mars 2005
Philippe CLAUDEL arrive avec beaucoup de talent Ă dĂ©gager le fond de l'Ăąme de chaque personnage et l'Ă©motion reste vive et le style alerte. La vie est ce melting-pot de sentiments oĂč chacun reste l'image vivante de ce qu'il veut parfois cacher.....IL y a dans son livre comme une avancĂ©e d'un roman policier, cependant, la sobriĂ©tĂ© du vocabulaire et cet attachement Ă faire le tour des personnages, creuser un peu le cĂŽtĂ© psychologique - le classe dans un autre genre: le roman du dĂ©samour ou de l'indiffĂ©rence....l'ĂȘtre humain est si complexe devant les Ă©vĂšnements !
En tout cas pour moi le prix Renaudot est mĂ©ritĂ© (quoique puisse en penser M. LAMANUS....qui "théùtralement " parlant est peut-ĂȘtre dans l'attente trĂšs trĂšs lointaine...... de quelques applaudissements pour ses quelques lignes qui ont voulu ĂȘtre son morceau de bravoure.......??? Vraiment pas si sĂ»re du rĂ©sultat....! Sans rancune M. LAMANUS !
JADE1334
Investigation
Critique de THYSBE (, Inscrite le 10 avril 2004, 69 ans) - 28 février 2005
Au-delĂ de ce personnage, la vie dâun petit village quelconque sur fond de guerre avec son lot de vice, de mensonge, de duperie, de jalousie. Tout se qui fourmille dans lâĂąme humaine et qui est gonflĂ© par cet instinct de survit gĂ©nĂ©rĂ© par la peur.
Pour ma part, je lâai lue dans une pĂ©riode hivernale ou le gris se dĂ©cline du matin au soir.
Une rĂ©compense au Renaudot que Philippe Claudel nâa pas Ă rougir, car on ne serait plus dans les tons du livre.
Le Blaireau
Critique de Lamanus (Bergerac, Inscrit le 27 janvier 2005, 67 ans) - 9 février 2005
Bien entendu, on ne peut que saluer un prix littĂ©raire. On ne peut, comme le fait la presse spĂ©cialisĂ©e dans son ensemble, que louer les qualitĂ©s du livre de Philippe Claudel, Les Ăąmes grises, on ne peut⊠mais lĂ , câest un chouĂŻa too much. Dans les derniĂšres lignes de la postface de son livre Les morts ont tous la mĂȘme peau (que vous trouverez en Livre de Poche et, grand dieu, gratuit, câest spĂ©cifiĂ© en quatriĂšme de couverture : Ce livre vous est offert par votre libraire et ne peut ĂȘtre vendu, alors foncez, rĂ©clamez, suppliez, ça vaut son pesant de nougat), Boris Vian Ă©crit : â Critiques, vous ĂȘtes des veaux ! â. Ah ! le visionnaire que cet homme-lĂ . Et ne serait-ce que parce quâune Ă©trange unanimitĂ© sâest faite autour de ce roman, il faudrait en dire du mal. HĂ©las mes bons amis, il y a dâautres raisons de le brocarder a little bit.
*
Tartufferie :
Dorine : Ah ! mon Dieu Monsieur, Madame la littĂ©rature se porte mal, elle a une fiĂšvre de cheval depuis quâon lui a prescrit le Renaudot.
Orgon : Et Philippe Claudel ?
Dorine : Lui se porte Ă merveille, ses Ămes grises se vendent comme des petits pains, et pourtant, Monsieur, a-t-on jamais Ă©crit un livre plus consensuel, une Ćuvre plus pusillanime dans son ambition et ce depuis des lustres. Un bouquin quâon a, pour ĂȘtre Ă la mode et avoir lâassurance de se retrouver le nez en lâair du temps, situĂ© dans la pĂ©riode de la PremiĂšre Guerre Mondiale, derriĂšre le front, en 17, voilĂ posĂ©s les premiers Ă©perons dans le derriĂšre charnu de la Critique qui ne se trouve jamais aussi bien quâen pays connu.
Orgon : Le pauvre homme !
Dorine : Quant Ă la littĂ©rature elle a eu une poussĂ©e de furoncles sur sa joue droite qui la rend bien lâaide aujourdâhui.
Orgon : Et Philippe Claudel ?
Dorine : Eh bien Monsieur, il parcourt la France chevauchant son Ăąne comme sâil Ă©tait assis sur la croupe de PĂ©gase, câest bien normal que cette chose-lĂ , ne lui a-t-on pas rĂ©pĂ©tĂ© jusquâĂ la nausĂ©e quâil Ă©tait le PhĂ©nix de ces bois. Il est vrai, Monsieur, quâil Ă©crit comme on prie et quâentre les lignes lâĆil averti peut lire sans dommage son credo et sa foi : â Ă Seigneur des Ăcritures, faites-moi dĂ©crocher un prix ! â
Orgon : Le pauvre homme !
Dorine : Mais la littĂ©rature, elle, Monsieur, en a ras le jupon de se faire trousser comme une vulgaire catin quâil suffit de coucher sur lâherbe grasse de la facilitĂ©, elle en a par-dessus la tĂȘte de se faire accroire des choses quâelle ne comprends pas, comme par exemple quâun bon livre, tel Les Ăąmes grises, doit ĂȘtre Ă©crit Ă lâencre sympathique et que seul les regards du commun peuvent en goĂ»ter toute la mĂ©diocritĂ©.
Orgon : Et Philippe Claudel ?
Dorine : HolĂ Monsieur ! Il colporte la bonne parole, et certain sâentendent Ă dire quâil aurait insinuĂ©, ah le faux dĂ©vot, mais aussi mĂ©fions-nous des mauvaises langues, insinuĂ© donc : â Ce nâest pas moi qui avait besoin du Renaudot mais le Renaudot qui avait besoin de moi. â On voit par lĂ que lâhomme a de la cheville. Mais cessons Monsieur, jâentends venir la Critique Ă©logieuse et il faut faire bomme figure et Ăąme grise.
*
P. Claudel est un Ă©crivain camĂ©lĂ©on. Il adapte son style au moment et au degrĂ© de la pente Ă gravir. Il aurait assurĂ©ment fait un excellent marin, sachant prendre les alizĂ©s et les courants portants. Il est ce quâon a maintenant lâhabitude de dĂ©nommer un bon Ă©crivain. Et par cela on entend, me semble-t-il, un Ă©crivain passe-partout, une sorte dâhomme-orchestre qui sait jouer de tous les instruments mais dâaucun Ă la perfection. Il se situe aux confluents de la doxa et du mercantile, du bien-pensant et du capitalisme. Bref, P. Claudel est un enfant de ce dĂ©but de siĂšcle, et ce nâest pas un reproche mais plutĂŽt une constatation.
Ă contre pied, je conseillerai la lecture de ce livre. PremiĂšrement, pour se faire une idĂ©e nette de ce que la littĂ©rature a de plus consensuelle (je devrais Ă©crire conventuelle tellement ce livre sent le petit sĂ©minaire et tellement on sâenquiquine en lisant ce bouquin plein de bons sentiments et qui se voudrait, Ă la limite, ĂȘtre une Ă©tude psychologique des Ăąmes ; pour le plaisir et pour comprendre ce quâest une vĂ©ritable Ă©tude psychologique de caractĂšre mieux vaut lire le FouchĂ© de Zweig paru en novembre 2003 aux Cahiers rouges chez Grasset â dâailleurs notre Claudel nâa-t-il pas un quelque chose de Joseph FouchĂ© ?). DeuxiĂšmement, pour mettre en Ă©vidence les thĂ©ories conjuguĂ©es de la pesanteur, quand le livre vous tombe des mains, et du sommeil flash, quand vous sombrez dans un assoupissement irrĂ©pressible dĂšs la vingtiĂšme page.
Les Ăąmes grises est loin dâĂȘtre le plus mauvais roman que jâai lu, trĂšs loin mĂȘme, mais quand je le vois en tĂȘte du palmarĂšs des 20 meilleurs livres de lâannĂ©e 2003/2004 jâai des hallucinations, et pour me remettre, je vais rapidos mâavaler une mesure curative des RĂ©cits de la Kolyma de Varlam Chalamov (aux Ă©ditions Verdier 45 ⏠07/03).
Des Ăąmes noires, trĂšs noires !
Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 90 ans) - 19 janvier 2005
Je vois dans les critiques prĂ©cĂ©dentes qu'il est reprochĂ© au narrateur une surabondance de dĂ©tails et de personnages qui finissent par peser sur le rĂ©cit. Mais je crois que c'est le processus mĂȘme de toutes recherches dans les souvenirs du passĂ© : la mĂ©moire ressuscite un visage, ce visage Ă©voque un Ă©vĂ©nement, qui rĂ©veille d'autres souvenirs et d'autres visages ; et chaque visage retrouvĂ©, suggĂšre une description romancĂ©e d'un personnage. Cette introspection dans la mĂ©moire nous rappelle le procĂ©dĂ© que Proust a si bien exploitĂ©. (Mais la comparaison avec Proust s'arrĂȘte lĂ . Philippe Claudel a son style propre et bien particulier.)
On lui fait aussi le reproche d'avoir trop typĂ© ses personnages. C'est vrai qu'on n'est pas dans la psychologie des profondeurs et que Simenon n'est pas bien loin. Mais pour ma part, j'ai trouvĂ© les personnages suffisamment bien "croquĂ©s" pour ĂȘtre de vraies personnes dans un vrai rĂ©cit.
Il y a une constatation dans la critique de Jules, qui me paraßt plus juste : le narrateur a cloisonné la société entre les bons, enfin disons les moins mauvais, les ùmes grises, et les tout mauvais, les ùmes noires trÚs trÚs noires, que sont les nantis, les puissants de ce monde, qui sont au-dessus de toute justice et cause de tous les maux de la terre. Cette vision des choses est évidemment caricaturale mais elle correspond bien au statut et à la nature de celui qui raconte. Et puis je crois qu'à l'époque du récit, le cloisonnement des groupes sociaux et les privilÚges des nantis étaient plus prononcés qu'aujourd'hui.
Personnellement, je me borne Ă regretter quelques mĂ©chants coups de griffes qui me paraissent superflus. Il Ă©tait inutile, et faux du reste, d'affirmer que le Roi des Belges Albert 1er Ă©tait "une ombre grĂȘle de monarque d'opĂ©rette" ! De mĂȘme que tous les instituteurs de ce temps lĂ , n'avaient pas Ă l'esprit de "bourrer les crĂąnes et de fabriquer au kilo du jeune soldat prĂȘt au combat" ! Et les ingĂ©nieurs, nombreux sur ce site, seront sans doute Ă©tonnĂ©s d'apprendre avec moi, que "tous les ingĂ©nieurs s'ingĂ©nient Ă chercher comment faire gagner plus d'argent Ă leur patron" !
Ce sont lĂ quelques dĂ©tails, et finalement ils sont peut-ĂȘtre volontairement outranciers pour que le lecteur perçoive bien la personnalitĂ© du raconteur. En tous cas, ils ne diminuent en rien la qualitĂ© du livre qui, disons-le encore une fois, m'a parue excellente et mĂ©ritait bien son prix Renaudot 2003.
Bon style, histoire prenante !
Critique de Norway (Entre le Rhin, la Méditerranée et les Alpes !, Inscrite le 7 septembre 2004, 50 ans) - 29 octobre 2004
Un livre pour le moins noir...
Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 81 ans) - 28 août 2004
L'auteur nous fait entrer directement dans le sujet que je ne raconterai pas une fois de plus ici. DĂšs le dĂ©but j'ai un peu eu la sensation de lire un Simenon, tant il nous campe bien ses personnages, les rend vivants, et nous dĂ©crit Ă merveille l'ambiance dans laquelle ils Ă©voluent, mĂȘme s'il lui arrive de verser un peu dans la caricature.
Destinat nous apparaßt d'abord comme un homme rigide et inhumain. Par la suite ce personnage évolue et semble davantage prisonnier d'un destin et d'une terrible solitude. C'est également le cas du narrateur, mais celui-ci restera plus proche de la vie.
La population de cette petite ville est coupĂ©e en deux parties bien distinctes: le "petit peuple" et la bourgeoisie, le clan des gens "biens". Nous pourrions aussi dire que le livre coupe les combattants de ceux qui n'en sont pas et donne Ă ses derniers des sentiments loins d'ĂȘtre trĂšs jolis tellement ils s'en sentent coupables.
Le principal représentant des "gens biens" est le juge Mierck, homme odieux, ignoble, méprisable, véritable caricature. Mais il permettra à l'auteur d'écrire ses plus belles lignes lorsqu'il décrira Mierck à table avec le colonel Matziev, une autre fine crapule.
Une histoire policiĂšre ?... Si l'on veut, mais bien d'autres choses aussi ! Un roman sur fond de guerre, une Ă©tude de moeurs, la description d'une Ă©poque dont plusieurs aspects survivent toujours. Des personnages qui mĂ©ritent d'ĂȘtre dĂ©couverts...
L'auteur Ă©crit bien et mĂšne son rĂ©cit avec adresse et finesse, mĂȘme si les digressions sont nombreuses et parfois un peu longues. Elles font cependant partie de la description de l'ambiance gĂ©nĂ©rale qui entoure cette petite ville et sa population.
Un livre à lire parmi une production française globalement pléthorique et moins interessante.
Les Ăąmes grises d'un roman noir
Critique de Saule (Sydney, Inscrit le 13 avril 2001, 60 ans) - 12 août 2004
De plus je trouve que l'auteur carricature un peu trop ses personnages et finalement, à part le vieux procureur, ils sonnent faux. Je pense notamment à cette jeune institutrice qui débarque à l'improviste dans le récit, sans qu'on sache ou l'auteur veut en venir avec elle, et qui disparait de maniÚre assez peu crédible.
MĂȘme si le style est agrĂ©able et fluide, je ne conseille pas vraiment ce livre.
Touchant...
Critique de SOFIBI (, Inscrite le 1 mai 2004, 54 ans) - 11 mai 2004
Câest aussi lâhistoire dâun village au dĂ©but du 20Ăšme siĂšcle, de ses habitants qui se cĂŽtoient, des secrets quâils cachent et de leurs blessures.
Câest un trĂšs beau roman, policier, psychologique et humain.. Remarquablement Ă©crit et trĂšs Ă©mouvant.
La vie, la mort, la guerre
Critique de Sahkti (GenĂšve, Inscrite le 17 avril 2004, 52 ans) - 28 avril 2004
Lâessentiel nâest pourtant pas lĂ . Il nous saisira au dĂ©tour dâune rĂ©vĂ©lation, un faits divers monstrueux qui nous est racontĂ© : le meurtre dâune gamine surnommĂ©e Belle de Jour, dont le corps est retrouvĂ© au bord dâun canal. Un crime non Ă©lucidĂ© qui appelle rumeurs, vengeances et actes meurtriers. Des morts de personnages connus car dĂ©crits par lâauteur, qui peu Ă peu portent au second plan la mort de tous ces anonymes de la Grande Guerre. Non pas que leurs dĂ©cĂšs soient moins importants que celui de la fillette, mais cette histoire de village nous est familiĂšrement chĂšre, chacun de nous se retrouve un peu dans les protagonistes, par leurs dĂ©fauts, leurs qualitĂ©s, leurs envies et leurs frustrations. Pas dâeffet de manche, de sensationnel, juste la vie quotidienne Ă travers les regards de quelques personnes, suffisant pour nous donner le plaisir de lire un bon roman sous la plume de Philippe Claudel.
les Ăąmes grises de Philippe Claudel
Critique de Marcou (Ste eulalie, Inscrit le 4 avril 2004, 85 ans) - 4 avril 2004
J'ai retenu "on peut vivre dans les regrets comme dans un pays" et " Il est parti avec une lenteur fatiguée " ( non, on est dans le nord !!!).
Pour le reste , quelle tristesse que ce gris des ùmes grises.....Y a t il du blanc dans ce gris? ou bien les brûmes du Nord teintent elles le noir-noir de ces ùmes de blanc de rien?
Quelle désespérance! Quel gùchis? Aucune espérance? Aucune humanité? Quel refus de vivre !!! La vie n'est pas un long fleuve tranquille et "il faut tenter de vivre" !
Un roman Ă lire absolument !
Critique de Cedric (, Inscrit le 20 février 2004, 44 ans) - 20 février 2004
On se retrouve au coeur d'un petit village, au pied d'une colline derriĂšre laquelle tonnent les canons de la premiĂšre guerre mondiale, et oĂč l'on rencontre, Ă travers des portraits d'une qualitĂ© rare, des personnages uniques. L'auteur a rĂ©ussi Ă monter une histoire originale autour d'un sujet (la premiĂšre guerre mondiale) traitĂ© maintes et maintes fois.
De plus, j'ai eu la chance de participer à la lecture d'une partie du roman par son auteur, époustouflant...
Un roman donc, Ă lire absolument !
Un grand roman populaire
Critique de Tophiv (Reignier (Fr), Inscrit le 13 juillet 2001, 50 ans) - 15 janvier 2004
Donc premiĂšre chose, oublions ces comparaisons, oublions ce prix avant de donner un avis ! Que reste il alors ? Et bien, il me semble quâil reste un roman sincĂšre, sans esbroufe ni rĂ©volution littĂ©raire, un roman « vrai », un roman populaire misant sur lâĂ©motion, lâHistoire et la simplicitĂ© pour atteindre le lecteur.
Tout dâabord, le style est populaire puisquâil est celui du narrateur, un homme ordinaire du dĂ©but du vingtiĂšme siĂšcle, pas un homme de lettre, un homme qui parle avec son cĆur.
Ensuite, lâintrigue est « romanesque » Ă souhait. Lâamour, composante de tous les grands drames populaires, est omniprĂ©sent : celui, perdu, de Destinat ; celui, absent, de la belle institutrice, quasi homonyme du poĂšte belge, Verhaeren ; celui, heureux, de ClĂ©mence et du narrateur ; celui, dĂ©truit, du pĂšreâŠ
Le poids de lâHistoire amĂšne le relief du roman, la dramatique, lâatmosphĂšre. Les grand romans populaires se situent quasiment tous dans une Ă©poque traumatisĂ©e oĂč la folie et la mort contrarient lâamour et la vie des hommes.
Enfin, Claudel a construit son roman autour dâun discours simple et droit, autour dâune grande vĂ©ritĂ© de la vie : « nos Ăąmes, qui ne sont, il est vrai, ni blanches ni noires, mais grises, joliment grises... » .
Je me souviendrais longtemps de ce dernier chapitre terrible et si bien écrit !
Quand au prix Renaudot, si certains semblent lui reprocher de ne pas sâinscrire dans une littĂ©rature plus intellectuelle, il rĂ©compense Ă mon avis justement un grand roman « populaire » et tout comme le Renaudot 2002, Assam de GĂ©rard de Cortanze, jâai pris beaucoup de plaisir Ă le lire.
Prix Renaudot, et alors ?
Critique de Folfaerie (, Inscrite le 4 novembre 2002, 57 ans) - 1 janvier 2004
Et puis je tombe sur les critiques enthousiastes de Nothingam et Isaluna.
Bon, admettons que je n'ai pas apprĂ©ciĂ© ce roman Ă sa juste valeur. C'Ă©tait l'Ă©tĂ©, le temps Ă©tait superbe, les oiseaux chantaient et le sujet plutĂŽt tristounet a peut-ĂȘtre obscurci mon jugement. Et donc, il y a quelques jours, je le relis.
Et bien non, peine perdue. Pas l'ombre d'une Ă©motion Ă la lecture, voire mĂȘme un soupçon d'ennui. Toujours ce sentiment d'agacement qui domine et cette interrogation qui demeure : le prix Renaudot, pourquoi lui et pas un autre ?
Enfin, le principal c'est que d'autres lecteurs l'apprécient, et que chacun se fasse sa propre opinion, mais j'avais été amusée par le contraste flagrant entre les critiques ci-dessus et la mauvaise impression que j'avais gardée du roman.
Les mystĂšres de l'Ăąme...
Critique de Isaluna (Bruxelles, Inscrite le 18 avril 2002, 69 ans) - 20 octobre 2003
Dans cette petite ville, une partie des hommes sont épargnés par la boucherie, protégés par leur statut d'ouvriers à la fonderie de canons.
Et si l'on voit passer de la gare Ă l'hopital de longs convois de blessĂ©s et d'agonisants, la mort qui prĂ©occupe le plus les habitants n'est pas en cet instant celle de ces milliers de soldats, mais celle d'un petite fille, la fille de l'aubergiste, surnommĂ©e "Belle de jour", retrouvĂ©e Ă©tranglĂ©e le long du canal. Le narrateur raconte les faits bien des annĂ©es plus tard, et le lecteur entre peu Ă peu dans le secret de l'histoire, y compris dans celle, dramatique, du narrateur lui-mĂȘme. Au premier plan, une figure inoubliable, celle de Pierre-Ange Destinat, procureur au tribunal de la ville voisine, notable respectĂ©.
Au fil des pages, le mystĂšre se dĂ©voile, des personnages sortent de l'ombre, Ăąmes grises faites de bien et de mal, comme nous tous. Et c'est lĂ le principal talent de Philippe Claudel que de nous faire ressentir aussi bien toute l'humanitĂ© de chacun de ses personnages, mĂȘme les plus effacĂ©s. L'Ă©motion est omni-prĂ©sente, servie par une Ă©criture magnifique, tellement belle
que j'ai lu la moitié du livre au moins à haute voix, rien que pour la musique des mots!
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