Une adoration de Nancy Huston

Une adoration de Nancy Huston

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 7 octobre 2003 (Liernu, Inscrite le 1 avril 2001, 51 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 082ème position).
Visites : 3 257  (depuis Novembre 2007)

Flop...

L'architecture imaginée par Nancy Huston pour ce roman a de quoi séduire : un meurtre a eu lieu et les différents protagonistes témoignent les uns après les autres devant un juge qui n’est autre que . le lecteur.
Waow, v'là qu'on nous donne du « Votre Honneur » maintenant !.
C'est ainsi qu’on découvre la vie de la victime, Cosmo, humoriste qui fait rire jaune, acteur de talent.
Il revient au village après quelques années d'absence, auréolé d’une célébrité qui ne lui est pas montée à la tête.
Alors qu'il fête ses trente ans dans un café, il tombe amoureux de la serveuse, Elke.
Elke ne résiste pas et lui restera fidèle des années durant, pendant que Cosmo passe sa vie sur scène, les tournées l'éloignant du village des mois entiers.
Les deux enfants d’Elke sont réticents à l’égard de Cosmo : Frank le hait, purement et simplement et Fiona, qui aurait plutôt tendance à l’apprécier, le rejette pourtant, par loyauté envers son frère.
Ces deux-là ont des jeux qui n’ont rien d'enfantin : ils aiment passionnément se torturer mutuellement.
Le but est de s’endurcir.
Aucun cri n'est émis, un simple hochement de tête met fin à ce supplice consenti.
C’est la première fois que je referme un roman, fâchée sur l'auteur.
Je m'explique.
L’idée de départ est bonne mais on sent trop la construction romanesque.
Les personnages interviennent, se coupant la parole de façon peu naturelle, ainsi que des objets, comme le couteau qui a tué Cosmo.
La romancière elle-même nous interpelle et y va de son petit commentaire.
Un exemple : « Si je ne sais rien de vous, comment vous convaincre de ce qui me tient à cœur ?
Comment vous confier ce que je possède de plus cher au monde : la vie de mes personnages ?
Serez-vous à même de les comprendre, de les immortaliser en les aimant ?
En êtes-vous seulement dignes ?
Votre silence, parfois, me terrifie. »
Ridicule et prétentieux !
Je ne vois que deux solutions : ou elle arrête d'écrire, ou elle fait passer un examen préliminaire à chaque lecteur potentiel !
Que Nancy Huston ait ce genre de doute, ok, mais les présenter de cette manière ?!… Un peu plus loin, le « chÏur des femmes » (séduites par Cosmo) veut témoigner de son amour pour l'artiste mais la romancière les interrompt : « Je vous comprends – ah ! que je vous comprends, mes amies.
(.) Mais vous écouter toutes, non, c’est malheureusement impossible, ce serait de la folie.
Une autre fois, peut-être, au cours d’une autre audition !
Déjà l'histoire centrale nous entraîne dans des digressions affolantes, on croit suivre simplement le cours d’un fleuve et l'on s’aperçoit qu’il se ramifie en mille rivières et ruisseaux.
Navrée, mais c’est ainsi : on ne peut prendre que les dépositions ayant un rapport direct avec le cours tragique des événements. »
Je trouve ça terriblement pompeux.
C'est tout de même elle, l’architecte !
Elle décide de faire intervenir des personnages puis leur interdit la parole !
Si le but est de nous faire vivre les affres de l’écrivain qui doit réfréner une inspiration qui le porte trop loin, c'est raté !
C'est plat, la mayonnaise ne prend pas. Autre incongruité : après l'aveu du crime par un des personnages (j'avais deviné qui depuis le début, j'espère que Nancy Huston ne pense pas se recycler dans le roman policier), la romancière s'étonne : « Je suis surprise.
Ah ! pour être surprise, je suis surprise. »
M'enfin !!!!!
Non, franchement non !!
Comment une si bonne idée (d’où mes étoiles) peut-elle si mal se concrétiser ?
J'ai vraiment l'impression d'avoir perdu mon temps...

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Adoration... tidale?

6 étoiles

Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 40 ans) - 7 août 2010

Qui va et vient avec le doute et pourtant...
Je ne serai pas aussi dure que SGDP, dont je comprends néanmoins les arguments. Mais j'ai pris, il me semble, ce roman moins "au pied de la lettre". Je n'ai pas chercher à "visualiser" une quelconque assemblée où il aurait été incohérent d'être confrontés à un tel discours. De tels discours.

En effet, l'idée de départ est très intéressante et, s'il n'est la fragilité de la construction, certaines personnalités et certaines digressions étaient justement bien menées. J'ai aimé les interventions non humaines, justement, celles de l'étang et du pont. Et ce "votre silence, parfois, me terrifie" de la romancière ne m'a pas choquée. J'imagine que ce silence terrifie plus d'un auteur...

J'avais juste aussi senti d'où venait le vent, la chute tombant à plat.

Mais voilà, j'ai lu ce roman dans un contexte "d'indulgence", et j'ai apprécié le style, certaines interventions, me débarrassant, pour l'occasion, de ma crispation envers l'abus de clichés (qui, il faut le reconnaître, ne manquent pas forcément ici).

Je mets donc mes étoiles pour le plaisir estival de lecture, mais il n'y avait pas forcément de transcendance là-dessous.

Construction originale et foisonnante

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 7 juillet 2009

Au début du roman, la narration à travers plusieurs personnages de l'histoire m'a rappelé un roman d'Alice Ferney (Les autres). Mais la comparaison s'est vite arrêtée.
Nous allons faire la connaissance d'un personnage central assassiné Cosmo, qui lui, n'interviendra jamais.
Nombreux sont ceux qui prendront la parole, (même les morts, même la passerelle, la glycine ou la baguette!), tellement nombreux que (comme le dit Yves, le petit frère d'Elke à un moment), il nous arrive de ne plus nous rappeler qui est qui.
Quant à l'intervention de la romancière qui semble surprise par le déroulement des témoignages, cela m'a rappelé une rencontre avec Claudie Gallay (Les déferlantes) qui nous avait confié qu'elle était fréquemment dépassée par ses personnages qui prenaient vie à partir du moment où elle les avait créés, et qu'elle n'avait plus qu'à écrire leurs aventures. Cela ne m'a donc pas étonnée.
Un roman donc foisonnant, plaisant avec quelques surprises finales.

Une adorable adoration

9 étoiles

Critique de Loras (, Inscrite le 13 juin 2007, 32 ans) - 19 janvier 2008

Une idée très originale et un style peu commun...
Le lecteur est un juge et doit découvrir qui a tué le célèbre comédien Cosmo... Pour cela nous assistons aux déclarations de multiples personnages et objets qui ont connu la victime, dont entre autres, le couteau qui a servi à l'assassiner, une biche et même Don Juan lui-même, las que l'on utilise son nom à tout va...
C'est à travers leurs récits que l'on découvre la vie d'un petit village et de ses habitants bien loin d'être comme tout le monde et que l'on essaye tant bien que mal de savoir qui a tué cet homme tant aimé.... (pour ma part je n'ai su le nom du coupable qu'à une centaines de pages de la fin...)

Beaucoup d'humour, d'intensité, d'amour, de haine, une intrigue bien menée, des personnages aux caractères bien trempés, tout est réuni pour un excellent bouquin que l'on dévore sans voir le temps passer !

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