Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent de Manu Larcenet
Catégorie(s) : Bande dessinĂ©e => Divers
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Le neuviĂšme art comme je l'aime
Voici le dernier tome qui apporte le dĂ©nouement de l'errance au propre comme au figurĂ© de Polza Mancini ainsi que de l'enquĂȘte policiĂšre qu'elle a dĂ©clenchĂ©e.
Manu Larcenet a pris un pari difficile tant sur le fond (le parcours d'un fugitif psychotique qui nous trimballe entre dégoût et compassion dans un monde désabusé et violent) que sur la forme (albums en noir et blanc et styles graphiques variés). Mais c'est trÚs réussi.
Mancini nous intrigue et nous dĂ©range, mĂȘme s'il s'avĂšre parfois un peu trop pĂ©remptoire pour moi. Il nous happe dans son voyage, dans sa quĂȘte. Les thĂšmes abordĂ©s, le retour Ă la nature, la maladie, la marginalisation, ..., densifient et rendent cohĂ©rent l'ensemble. Parlons aussi du rythme, lent, patient, qui nous connecte Ă l'aspect contemplatif de Mancini. Enfin l'Ă©pilogue est une vraie surprise et prolonge la rĂ©flexion et cet Ă©tat indĂ©finissable de se sentir encore un peu ailleurs lorsque l'on referme un livre.
Quant au dessin il est trÚs marqué, tout de suite identifiable à son auteur, pas trÚs grand public (ce qui n'est pas un défaut pour moi). Les planches sont trÚs belles (j'ai particuliÚrement apprécié les effets sur les ciels et les paysages crépusculaires/nocturnes). Le travail sur la couleur (lors du blast) et les découpages sont surprenants. La nature tant par son dessin que son atmosphÚre est finement restituée.
Il y a un univers, un propos et un dessin. J'ai vraiment eu l'impression d'avoir plongé dans de la grande BD comme on plongerait dans de la grande littérature.
Les éditions
Pourvu que les bouddhistes se trompent [Texte imprimé] Manu Larcenet
de Larcenet, ManuISBN : 9782205072730 ; 22,90 ⏠; 07/03/2014 ; 200 p. Relié
Les livres liés
- Blast, tome 1 : Grasse carcasse
- Blast, Tome 2 : L'Apocalypse selon saint Jacky
- Blast, Tome 3 : La tĂȘte la premiĂšre
- Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent
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Tout est dit
Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 67 ans) - 28 mai 2025
Surpris parfois sur le plaisir que prend à se raconter cet homme seul qui avait pourtant aimé.
Un personnage indiscernable entre manipulation et naïveté.
"il faut se méfier de ma chose écrite. Au-delà de sa noblesse ; elle ne reflÚte toujours que la vérité de celui qui tient le crayon".
Une série passionnante, dérangeante et trÚs réussie.
Blast de Manu Larcenet - critique sur les 4 tomes
Critique de Lucia-lilas (, Inscrite le 21 février 2016, 59 ans) - 17 juin 2016
Assis dans une cellule, Polza Mancini, 38 ans, 150 kilos, critique gastronomique, attend. Visiblement en garde Ă vue. Il tourne la tĂȘte et voit une figure moaĂŻ.
De lâautre cĂŽtĂ© de la porte, un inspecteur lâobserve. « Il nâa pas lâair coriace » sâĂ©tonne-t-il.
Et pourtant⊠internements frĂ©quents en hĂŽpital psychiatrique, automutilations en tous genres, altĂ©ration du jugement, comportement asocial, hallucinations, arrestations multiples et variĂ©es et puis, une femme, Carole Oudinot, Ă qui il a fait quelque chose, on ne sait pas quoi mais on craint le pire. Elle est dans le coma, pas sĂ»r quâelle sâen sorteâŠ
Les policiers lâinterrogent, il faut le faire avouer. Mais Polza peut se taire, se refermer comme une huĂźtre. De toute façon, ils sont prĂ©venus, il compte prendre son temps, leur raconter tout dans le dĂ©tail : « Si vous voulez comprendre, il faut que vous passiez par oĂč je suis passĂ©. »
Et il en a fait des tours et des détours.
Alors, on suit Polza qui, sur huit cents pages (quatre volumes), nous raconte, se raconte⊠Câest lui qui cause, il faut lâĂ©couter. Vrai, pas vrai, mensonges, vĂ©ritĂ© ? Un rĂ©cit subjectif en tout casâŠ
Dâabord, la mort de son pĂšre, lâhomme Ă tĂȘte dâoiseau, Ă peine humain, que lâon dĂ©couvre recroquevillĂ© sur son lit dâhĂŽpital. Et puis, le dĂ©part de Polza. Il quitte tout du jour au lendemain: sa maison, sa femme, son mĂ©tier pour devenir clochard, clochard volontaire, expĂ©rimenter la libertĂ©, sortir du cadre. Enfin ! AprĂšs la mort du pĂšre, il sâautoriseâŠ.
Il prend le train, descend au bout de la ligne et sâenfonce dans la nature⊠Retour Ă lâĂ©tat sauvage presque : contemplation des petites bestioles qui grouillent et des plus grosses qui traversent le paysage. On se laisse aller Ă rĂȘver sur des planches superbes, de vrais tableaux⊠On admire les lieux, limite si on nâest pas un peu jaloux de toute cette libertĂ© que sâest offerte le gars Polza, mĂȘme si lâon sent comme une menace.
Parfois, Ă lâaide dâalcool et de mĂ©dicaments, surgit le blast, espĂšce dâinstant en suspension, dâ « effet de souffle, dâonde de choc ». Il voit des tĂȘtes de moaĂŻ, les fameuses statues de lâĂźle de PĂąques. Câest lâextase quâil recherchera, toujours et encore, Ă©tat second oĂč il devient lĂ©ger physiquement et moralement. Moments rares, fugitifs et prĂ©cieuxâŠ
Puis les premiÚres rencontres, les paumés, les marginaux, les malades. Ceux avec qui il passe du temps, discute, semble échanger, un peu. Et les errements reprennent.
Il faut survivre, se dĂ©fendre, frapper, ĂȘtre frappĂ© et humiliĂ©. Câest le prix de la libertĂ©. Devenir presque un animal, retourner Ă lâĂ©tat sauvage. Souvent ivre mort, il faut se relever quand mĂȘme, traĂźner ses blessures, calmer ses plaies et sa souffrance.
Et Polza raconte, dĂ©taille, se souvient. De temps en temps, il avale des barres Funky chocolat, les policiers les lui fournissent. Ce sont ses barres prĂ©fĂ©rĂ©es. Alors, si ça peut lâaider Ă en dire un peu plusâŠ
Qui est Polza Mancini ? Est-il ce quâil dit ĂȘtre ? Est-on ce quâon croit ĂȘtre ?
« Parfois je mens. Je dis que je ne me souviens de rien⊠Mais il nâest rien qui ne sâefface, bien sĂ»r. Je bouillonne en dedans. Je suis en feu. Je suis gris, lourd, crasseux, mais je suis en feu. Je suis la limaille, le cambouis, les miasmes, les ordures. Je suis la souillure, la suie qui sâincruste sous les ongles, les paupiĂšres, qui se niche au fond des poumons. Le dĂ©sespoir, câest comme la prison, la mine ou lâusineâŠĂa vous lĂąche jamais. Mais je suis en feu. Alors je mens. Je dis que je ne me souviens de rien. Mais mon histoire est faite de cicatrices. Il me suffit dâinspecter ma peau⊠Et tout me revient. »
PersonnalitĂ© complexe, Ă©nigmatique, autour de laquelle le lecteur va tourner, sâinterroger⊠Cet individu repoussant, abject, nâest-il quâun pauvre homme vulnĂ©rable, seul car diffĂ©rent, dĂ©goĂ»tĂ© de lui-mĂȘme et des autres et dont on ne peut quâavoir pitiĂ© ? Est-il un individu prĂȘt Ă payer cher sa libertĂ©, refusant la normalitĂ© et la sociĂ©tĂ© de consommation ? Ou bien, est-ce un ĂȘtre chez qui « il nây a pas trace de morale, dâĂ©thique ou mĂȘme de justiceâŠ. » ? « LĂ oĂč vous vous rĂ©duisez Ă la loi, je ne me conforme quâĂ la nature⊠et la justice nâexiste pas dans la nature. » prĂ©cise-t-il aux deux policiersâŠ
Un roman graphique dâune noirceur insondable et fascinante, des planches anthracite oĂč le blast ultra-colorĂ© vient soudain, comme un immense feu dâartifice, briser la grisaille, le noir et blanc dans lequel on replonge illicoâŠ
Une Ćuvre Ă la fois belle et cruelle, poĂ©tique et sordide ! Terriblement impressionnante. Essentielle en tout cas.
Un karma qui pose problĂšmeâŠ
Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, 0 ans) - 2 septembre 2015
Câest vĂ©ritablement la mĂ©tamorphose dâun dessinateur Ă laquelle on assiste avec cette sĂ©rie, comme si Larcenet se dĂ©barrassait peu Ă peu de ses oripeaux dâado rĂ©gressif pour entrer de plein pied dans lâĂąge mĂ»r. Une mue qui avait commencĂ© avec « le Combat ordinaire », oĂč, si le dessin sâapparentait au Larcenet premiĂšre Ă©poque, le propos devenait peu Ă peu beaucoup plus grave malgrĂ© les quelques saillies humoristiques ça et lĂ .
Un questionnement toutefois : mĂȘme si la sĂ©rie reste captivante de bout en bout, on peut se demander si quatre tomes Ă©taient rĂ©ellement justifiĂ©s. Certes, le talent de lâauteur fait quâon ne sâennuie pas avec cette Ćuvre mi-polar mi-contemplative, trĂšs puissante et avec risques dâeffets secondaires⊠Sans doute avait-il besoin de ce format pour poser son intrigue. Mais le scĂ©nario en lui-mĂȘme ne me semble pas si complexe pour le dĂ©layer sur 800 pages. Bref, chacun pourra se faire son propre avis sur la question. Mais il ne fait aucun doute que « Blast » restera une des Ćuvres marquantes de cet auteur et une rĂ©fĂ©rence du 9Ăšme art
Forums: Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent
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