Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent de Manu Larcenet

Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent de Manu Larcenet

Catégorie(s) : Bande dessinĂ©e => Divers

Critiqué par Elko, le 26 octobre 2014 (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 50 ans)
Critiqué par Elko, le 26 octobre 2014 (Niort, Inscrit le 23 mars 2010, 50 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 Ă©toiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 Ă©toiles (3 016ème position).
Visites : 6 757 

Le neuviĂšme art comme je l'aime

Voici le dernier tome qui apporte le dĂ©nouement de l'errance au propre comme au figurĂ© de Polza Mancini ainsi que de l'enquĂȘte policiĂšre qu'elle a dĂ©clenchĂ©e.
Manu Larcenet a pris un pari difficile tant sur le fond (le parcours d'un fugitif psychotique qui nous trimballe entre dégoût et compassion dans un monde désabusé et violent) que sur la forme (albums en noir et blanc et styles graphiques variés). Mais c'est trÚs réussi.

Mancini nous intrigue et nous dĂ©range, mĂȘme s'il s'avĂšre parfois un peu trop pĂ©remptoire pour moi. Il nous happe dans son voyage, dans sa quĂȘte. Les thĂšmes abordĂ©s, le retour Ă  la nature, la maladie, la marginalisation, ..., densifient et rendent cohĂ©rent l'ensemble. Parlons aussi du rythme, lent, patient, qui nous connecte Ă  l'aspect contemplatif de Mancini. Enfin l'Ă©pilogue est une vraie surprise et prolonge la rĂ©flexion et cet Ă©tat indĂ©finissable de se sentir encore un peu ailleurs lorsque l'on referme un livre.

Quant au dessin il est trÚs marqué, tout de suite identifiable à son auteur, pas trÚs grand public (ce qui n'est pas un défaut pour moi). Les planches sont trÚs belles (j'ai particuliÚrement apprécié les effets sur les ciels et les paysages crépusculaires/nocturnes). Le travail sur la couleur (lors du blast) et les découpages sont surprenants. La nature tant par son dessin que son atmosphÚre est finement restituée.

Il y a un univers, un propos et un dessin. J'ai vraiment eu l'impression d'avoir plongé dans de la grande BD comme on plongerait dans de la grande littérature.

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Les éditions

Pourvu que les bouddhistes se trompent [Texte imprimé] Manu Larcenet
de Larcenet, Manu
Dargaud
ISBN : 9782205072730 ; 22,90 € ; 07/03/2014 ; 200 p. ReliĂ©
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Tout est dit

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 67 ans) - 28 mai 2025

Fin de l’interrogatoire et l'on dĂ©couvre la vĂ©ritĂ© sur ses actes, sur ses crimes.
Surpris parfois sur le plaisir que prend à se raconter cet homme seul qui avait pourtant aimé.
Un personnage indiscernable entre manipulation et naïveté.
"il faut se méfier de ma chose écrite. Au-delà de sa noblesse ; elle ne reflÚte toujours que la vérité de celui qui tient le crayon".
Une série passionnante, dérangeante et trÚs réussie.

Blast de Manu Larcenet - critique sur les 4 tomes

10 étoiles

Critique de Lucia-lilas (, Inscrite le 21 février 2016, 59 ans) - 17 juin 2016

« Comment ne pas se haïr quand il est si naturel de se faire haïr ? »

Assis dans une cellule, Polza Mancini, 38 ans, 150 kilos, critique gastronomique, attend. Visiblement en garde Ă  vue. Il tourne la tĂȘte et voit une figure moaĂŻ.
De l’autre cĂŽtĂ© de la porte, un inspecteur l’observe. « Il n’a pas l’air coriace » s’étonne-t-il.
Et pourtant
 internements frĂ©quents en hĂŽpital psychiatrique, automutilations en tous genres, altĂ©ration du jugement, comportement asocial, hallucinations, arrestations multiples et variĂ©es et puis, une femme, Carole Oudinot, Ă  qui il a fait quelque chose, on ne sait pas quoi mais on craint le pire. Elle est dans le coma, pas sĂ»r qu’elle s’en sorte

Les policiers l’interrogent, il faut le faire avouer. Mais Polza peut se taire, se refermer comme une huĂźtre. De toute façon, ils sont prĂ©venus, il compte prendre son temps, leur raconter tout dans le dĂ©tail : « Si vous voulez comprendre, il faut que vous passiez par oĂč je suis passĂ©. »
Et il en a fait des tours et des détours.
Alors, on suit Polza qui, sur huit cents pages (quatre volumes), nous raconte, se raconte
 C’est lui qui cause, il faut l’écouter. Vrai, pas vrai, mensonges, vĂ©ritĂ© ? Un rĂ©cit subjectif en tout cas

D’abord, la mort de son pĂšre, l’homme Ă  tĂȘte d’oiseau, Ă  peine humain, que l’on dĂ©couvre recroquevillĂ© sur son lit d’hĂŽpital. Et puis, le dĂ©part de Polza. Il quitte tout du jour au lendemain: sa maison, sa femme, son mĂ©tier pour devenir clochard, clochard volontaire, expĂ©rimenter la libertĂ©, sortir du cadre. Enfin ! AprĂšs la mort du pĂšre, il s’autorise
.
Il prend le train, descend au bout de la ligne et s’enfonce dans la nature
 Retour Ă  l’état sauvage presque : contemplation des petites bestioles qui grouillent et des plus grosses qui traversent le paysage. On se laisse aller Ă  rĂȘver sur des planches superbes, de vrais tableaux
 On admire les lieux, limite si on n’est pas un peu jaloux de toute cette libertĂ© que s’est offerte le gars Polza, mĂȘme si l’on sent comme une menace.
Parfois, Ă  l’aide d’alcool et de mĂ©dicaments, surgit le blast, espĂšce d’instant en suspension, d’ « effet de souffle, d’onde de choc ». Il voit des tĂȘtes de moaĂŻ, les fameuses statues de l’üle de PĂąques. C’est l’extase qu’il recherchera, toujours et encore, Ă©tat second oĂč il devient lĂ©ger physiquement et moralement. Moments rares, fugitifs et prĂ©cieux

Puis les premiÚres rencontres, les paumés, les marginaux, les malades. Ceux avec qui il passe du temps, discute, semble échanger, un peu. Et les errements reprennent.
Il faut survivre, se dĂ©fendre, frapper, ĂȘtre frappĂ© et humiliĂ©. C’est le prix de la libertĂ©. Devenir presque un animal, retourner Ă  l’état sauvage. Souvent ivre mort, il faut se relever quand mĂȘme, traĂźner ses blessures, calmer ses plaies et sa souffrance.
Et Polza raconte, dĂ©taille, se souvient. De temps en temps, il avale des barres Funky chocolat, les policiers les lui fournissent. Ce sont ses barres prĂ©fĂ©rĂ©es. Alors, si ça peut l’aider Ă  en dire un peu plus

Qui est Polza Mancini ? Est-il ce qu’il dit ĂȘtre ? Est-on ce qu’on croit ĂȘtre ?
« Parfois je mens. Je dis que je ne me souviens de rien
 Mais il n’est rien qui ne s’efface, bien sĂ»r. Je bouillonne en dedans. Je suis en feu. Je suis gris, lourd, crasseux, mais je suis en feu. Je suis la limaille, le cambouis, les miasmes, les ordures. Je suis la souillure, la suie qui s’incruste sous les ongles, les paupiĂšres, qui se niche au fond des poumons. Le dĂ©sespoir, c’est comme la prison, la mine ou l’usine
Ça vous lĂąche jamais. Mais je suis en feu. Alors je mens. Je dis que je ne me souviens de rien. Mais mon histoire est faite de cicatrices. Il me suffit d’inspecter ma peau
 Et tout me revient. »
PersonnalitĂ© complexe, Ă©nigmatique, autour de laquelle le lecteur va tourner, s’interroger
 Cet individu repoussant, abject, n’est-il qu’un pauvre homme vulnĂ©rable, seul car diffĂ©rent, dĂ©goĂ»tĂ© de lui-mĂȘme et des autres et dont on ne peut qu’avoir pitiĂ© ? Est-il un individu prĂȘt Ă  payer cher sa libertĂ©, refusant la normalitĂ© et la sociĂ©tĂ© de consommation ? Ou bien, est-ce un ĂȘtre chez qui « il n’y a pas trace de morale, d’éthique ou mĂȘme de justice
. » ? « LĂ  oĂč vous vous rĂ©duisez Ă  la loi, je ne me conforme qu’à la nature
 et la justice n’existe pas dans la nature. » prĂ©cise-t-il aux deux policiers

Un roman graphique d’une noirceur insondable et fascinante, des planches anthracite oĂč le blast ultra-colorĂ© vient soudain, comme un immense feu d’artifice, briser la grisaille, le noir et blanc dans lequel on replonge illico

Une Ɠuvre Ă  la fois belle et cruelle, poĂ©tique et sordide ! Terriblement impressionnante. Essentielle en tout cas.

Un karma qui pose problùme


9 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, 0 ans) - 2 septembre 2015

Dans ce tome final, aucune rĂ©vĂ©lation ni rebondissement inattendus, Polza se rapproche inĂ©luctablement de son destin tragique, ce destin qui l’a conduit en garde Ă  vue en tant qu’assassin prĂ©sumĂ© alors qu’il ne voulait que protĂ©ger Carole, la jeune femme dont le pĂšre Ă©tait un salaud. La narration reste bien pensĂ©e, avec un soin particulier portĂ© aux textes et aux dialogues. Quant au dessin, il semble s’ĂȘtre bonifiĂ© depuis le premier tome, ce trait noir et blanc Ă  la fois gras et fin, ainsi que ses lavis empreints de mystĂšre, sont rĂ©ellement un plaisir des yeux. DĂ©cidĂ©ment, le noir va bien Ă  Larcenet, et apparemment il semble s’épanouir dans ce style graphique Ă  mille lieues de ses productions humoristiques. D’ailleurs, d’aucuns prĂ©tendent que « Le Rapport de Brodeck », son nouveau diptyque en forme de conte macabre, serait encore meilleur


C’est vĂ©ritablement la mĂ©tamorphose d’un dessinateur Ă  laquelle on assiste avec cette sĂ©rie, comme si Larcenet se dĂ©barrassait peu Ă  peu de ses oripeaux d’ado rĂ©gressif pour entrer de plein pied dans l’ñge mĂ»r. Une mue qui avait commencĂ© avec « le Combat ordinaire », oĂč, si le dessin s’apparentait au Larcenet premiĂšre Ă©poque, le propos devenait peu Ă  peu beaucoup plus grave malgrĂ© les quelques saillies humoristiques ça et lĂ .

Un questionnement toutefois : mĂȘme si la sĂ©rie reste captivante de bout en bout, on peut se demander si quatre tomes Ă©taient rĂ©ellement justifiĂ©s. Certes, le talent de l’auteur fait qu’on ne s’ennuie pas avec cette Ɠuvre mi-polar mi-contemplative, trĂšs puissante et avec risques d’effets secondaires
 Sans doute avait-il besoin de ce format pour poser son intrigue. Mais le scĂ©nario en lui-mĂȘme ne me semble pas si complexe pour le dĂ©layer sur 800 pages. Bref, chacun pourra se faire son propre avis sur la question. Mais il ne fait aucun doute que « Blast » restera une des Ɠuvres marquantes de cet auteur et une rĂ©fĂ©rence du 9Ăšme art

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