Dieu, le temps, les hommes et les anges de Olga Tokarczuk

Dieu, le temps, les hommes et les anges de Olga Tokarczuk
(Prawiek i inne czasy)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Bafie, le 31 mars 2014 (Inscrite le 19 juillet 2004, 58 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 698ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Où le temps et l'espace développent d'autres dimensions.

Le roman débute en 1914 et conte le quotidien de trois générations d'habitants d'Antan, quotidien marqué par deux temps de guerre.
Ce ne sont que petits détails qui nous permettent de fixer ce roman dans le temps, tant ce qu'il nous dit des hommes, des animaux, des lieux, des choses et du monde nous semble intemporel.
Les hommes sont attachants, cruels, sensibles marqués par leur environnement, torturés par le temps et parfois en relation avec l'Univers. Ils sont humains.
Les animaux les accompagnent, les nourrissent et semblent traverser le temps.
Les lieux sont un coin de terre polonaise aux confins de rivières et de bois peuplés d'humains, d'animaux... mais aussi marqués du sceau d'un mystère qui les englobe tous...
La guerre et l'histoire triturent les hommes et façonnent les paysages.
Le temps avance inexorablement révélant à chacun le meilleur, le pire ou l'essentiel de lui-même.
J'ai retrouvé dans ce roman une terre où le merveilleux, le divin et les croyances primitives se côtoient et s’enrichissent mutuellement, ce qui m'évoque l'écriture de Liliana Lazar dans "Terre des affranchis", le roman de Liliana Lazar se déroulait en Roumanie, celui-ci en Pologne. Olga Tokarczuk met en scène son roman dans un pays qu'elle aime et dont elle apprécie sans doute la nature, de même que le faisait Liliana Lazar en Roumanie.
Me viennent aussi en tête d'étranges images : les images de villages abandonnés, dévastés autour de Tchernobyl...
Le monde rural de l'Est se plaît à naître et à prendre vie sous la plume de ces écrivains pour alimenter notre imaginaire.
Un dernier mot cependant avant de clore cette "critique", le récit d'Olga Tokarczuk n'est pas linéaire, il est constitué de petits chapitres révélant chacun un temps de la vie d'un personnage... l'on avance cependant dans la lecture sans aucune difficulté, les pièces du puzzle se sont assemblées sans que je n'aie du fournir aucun effort.

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Les éditions

  • Dieu, le temps, les hommes et les anges [Texte imprimé] Olga Tokarczuk trad. du polonais par Christophe Glogowski
    de Tokarczuk, Olga Glogowski, Christophe (Traducteur)
    R. Laffont / Pavillons. Domaines de l'Est
    ISBN : 9782221086155 ; EUR 21,50 ; 12/09/1999 ; 341 p. ; Broché
  • Dieu, le temps, les hommes et les anges [Texte imprimé] Olga Tokarczuk traduit du polonais par Christophe Glogowski
    de Tokarczuk, Olga Glogowski, Christophe (Traducteur)
    R. Laffont / Bibliothèque Pavillons
    ISBN : 9782221240861 ; EUR 9,50 ; 21/03/2019 ; 416 p. ; Broché
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UNE SAGA HISTORIQUE ? OUI, MAIS... PAS QUE!

7 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 52 ans) - 9 mars 2020

«Dieu, le temps, les hommes et les anges », nous raconte l’histoire d’un petit hameau et de ses habitants, quelque part en Pologne, de la Première à la Deuxième Guerre Mondiale. La petite histoire dans la grande en quelque sorte, puisque c’est aussi une saga familiale.

Nous suivons en effet les grands moments de l’histoire de la Pologne, au travers de la vie quotidienne, difficile, des habitants d’une petit village, dans une campagne polonaise très hostile. Plusieurs générations de personnages se succèdent, et nous donnent à voir leurs bonheurs et leurs malheurs, leurs joies et leurs peines, leurs rêves et leurs déceptions, avec comme toile de fond le temps qui passe inexorablement…

La construction de ce livre est très originale avec des petits chapitres très courts qui se suivent. Cela permet la mise en place progressive des personnages et du cadre dans les premiers chapitres, et ensuite leur développement progressif au cours des chapitres suivants.
Cette technique consistant à faire des petits chapitres très courts nous présentant chaque fois le point de vue où l'histoire d'un personnage, n'est sans doute pas nouvelle, mais en tous les cas, très bien employée ici. Ce n'est pas sans me rappeler l’écrivain colombien Gabriel GARCIA MARQUEZ (quand il était au sommet de son art), et notamment pour ceux qui l'ont déjà lu, l'extraordinaire "Cent ans de solitude"!

On ne s’ennuie jamais. C’est très réaliste, parfois très cru et très cruel, - comme les passages sur la deuxième Guerre Mondiale -, mais jamais vulgaire et cela ne tombe jamais dans la banalité du voyeurisme.

Malheureusement, et c’est sans doute mon plus grand reproche à ce livre, vu la vitesse à laquelle les personnages et les chapitres défilent, on ne peut pas vraiment s’attacher aux personnages, et ils ne sont pas très développés ni psychologiquement, ni dans les descriptions d’ailleurs… Dommage, j’aurais bien voulu en savoir plus sur leur histoire et leur vie. Mais, ceci semble très secondaire dans le livre, qui privilégie, le point de vue global, le déroulement et le fond de l’histoire.

Je dois aussi dire qu’en règle générale, je n’aime pas trop les livres qui mixent passages romanesques et passages philosophiques, mais, ici la «fusion» des deux genres est très bien faite, tout en douceur et «capte» bien l’attention du lecteur.

Une fois terminé, que puis-je dire ? Sans doute que c'est vraiment excellent et très bien écrit! Il n’y a pas de doute là-dessus ! C’est construit de façon très originale avec cette succession de petits chapitres (dont le début du titre est le même), bien amené avec une imagination qui frise l’exceptionnel. C’est parfois un peu linéaire, mais bon, je suppose que c’est la meilleure façon de raconter l’histoire de plusieurs familles sur trois générations… Disons que, si ce livre était une BD, j’aurais sans doute dit que le scénario est très pauvre…
Par contre le style ne me paraît pas toujours irréprochable. La faute à la traduction peut-être ? Bon, d’après les critiques, glanées ici et là sur le net, ce n'est pas son meilleur livre, j’attends donc d’en lire encore un avant de me prononcer définitivement sur cette écrivaine!

Rappelons qu’Olga TOKARCZUK (*1962) a gagné à deux reprises le « Prix littéraire Nike » désignant le meilleur livre polonais de l’année en 2008 avec « Les Pérégrins » et en 2015 avec «Les Livres de Jacob ou Le Grand Voyage à travers sept frontières, cinq langues et trois grandes religions, sans compter les petites», et bien sûr elle a été lauréate du Prix Nobel de Littérature 2018.

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6 étoiles

Critique de Bluewitch (Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 41 ans) - 8 mars 2020

Découvert dans le cadre de la lecture commune, ce roman, ce conte, cet "assemblage narratif" m'a de prime abord beaucoup plu de par son univers aux allures de réalisme magique. Je pense à Garcia Marquez ou Boulgakov. L'auteur prend un contexte tragique (1ere et 2eme Guerres Mondiales) et lui colle une vision, une atmosphère rurale imprégnée d'onirisme et de fausse simplicité.
De chapitre en chapitre, les personnages sont présentés, vivent leurs expériences, prennent leur place dans la vie d'Antan. Même si cela n'apparait pas de façon claire, on sent a priori que chacun a son rôle à jouer dans l'homéostasie du système. Hommes, animaux, objets, sont tout autant d'explorations d'archétypes, s'exprimant par images, par un comportement qui leur est propre.

Tant de symbolisme, de mystère dans la façon de revisiter l'histoire tend à nous faire espérer une apogée à tout le moins métaphorique mais surtout philosophique, donnant du sens aux expériences ou aux égarements des personnages. Mais... pas vraiment. Tout nait, vit, meurt, sans que le lecteur sente qu'au final, le "voyage du héros" ne soit vraiment accompli. Tout ça pour ça?

Comme exprimé dans mon partage sur le forum, j'ai trouvé dans ce livre beaucoup de dispersion et, en quelque sorte, une forme de prise de pouvoir littéraire presque déifié de l'auteur sur ses personnages. Elle crée, élabore, trace la carte, se réapproprie l’Histoire pour, dans un univers un peu décalé, permettre des résonances, fait apparaître ou naître ses créatures humaines pour les entraîner vers la dislocation, la dissolution, l’effacement. Elle ose donner un goût de magie de connexion brute à une dimension animale, mystique, pour finalement effacer et laisser s’éteindre dans le dénuement, le désespoir et l’absurdité tous ceux à qui elle avait donné vie. A moins que cela soit une façon de représenter le sentiment d'impuissance et d'absence de sens qu'éprouve une large frange de la race humaine?

Qu’ai-je appris au final ? Pas grand-chose. J’ai pris des photos en chemin, me suis attachée à Isidor et la Glaneuse mais sans excès, et je les laisse à leur effacement avec un petit sentiment de frustration.

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  Lecture commune de janvier 2020 105 Koudoux 9 mars 2020 @ 16:42

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