Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld
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Catégorie(s) : LittĂ©rature => Moyen Orient

Critiqué par Veneziano, le 22 fĂ©vrier 2013 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 48 ans)
Critiqué par Veneziano, le 22 fĂ©vrier 2013 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 48 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 Ă©toiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 5 Ă©toiles (43 129ème position).
Visites : 8 392 

Une rééducation par la langue

Un jeune Juif d'Ukraine survit Ă  la guerre, notamment en tenant Ă  dormir le plus possible, pour mieux se rattacher aux souvenirs de ceux qu'il s'apprĂȘte Ă  perdre. Il est essentiellement par des adultes pendant ces annĂ©es, pendant lesquelles il Ă©tait enfant.
Au lendemain de ce terrible conflit, il transite Ă  Naples pour rejoindre l'Etat en construction d'IsraĂ«l. Il se met Ă  l'hĂ©breu, s'Ă©duque, se muscle, se prĂ©pare au combat, ... jusqu'au jour oĂč il y est blessĂ©, au point d'y perdre l'usage de ses jambes. Une longue lutte commence, par la rééducation, ... et par l'apprentissage de l'hĂ©breu. C'est ce double objectif qui constitue sa renaissance, son "miracle", comme il le spĂ©cifie parfois. Ces deux piliers du retour Ă  la vie, comme deux jambes, ne peuvent que donner Ă  rĂ©flĂ©chir aux amateurs des mots que nous sommes, ainsi que des langues, je l'espĂšre.
Le contexte géopolitique est particulier, et permet de reconstruire une seconde vie, au sens historique, au sens linguistique, au sens physique aussi.

C'est évidemment un roman dur, trÚs sombre, fort ùpre, qui donne à réfléchir, fait prendre du recul sur les raisons de l'existence et de l'espérance.

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Les éditions

Le garçon qui voulait dormir [Texte imprimé] Aharon Appelfeld traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
de Appelfeld, Aharon Zenatti, Valérie (Traducteur)
Points / Points (Paris)
ISBN : 9782757827987 ; 7,40 € ; 05/04/2012 ; 298 p. BrochĂ©
Le garçon qui voulait dormir [Texte imprimé] Aharon Appelfeld traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti
de Appelfeld, Aharon Zenatti, Valérie (Traducteur)
Editions de l'Olivier
ISBN : 9782879297552 ; 21,30 € ; 28/04/2011 ; 296 p. BrochĂ©
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Sommeil réparateur et résilience

8 étoiles

Critique de Deashelle (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 17 ans) - 9 mai 2014

Dans "Le Garçon qui voulait dormir" Erwin, le personnage principal, est un adolescent rescapĂ© des camps que tous appellent « le garçon du sommeil ». Depuis la fin de la guerre, il dort. Pour oublier les Ă©preuves, revivre son enfance et pour se recrĂ©er. « Dans mon sommeil j'Ă©tais reliĂ© Ă  mes parents, Ă  la maison dans laquelle j'avais grandi. » Ses compagnons d’infortune le nourrissent et le portent comme s’il reprĂ©sentait leur unique espoir. Au cours de cette douce torpeur Erwin traverse le temps et retrouve les voix aimĂ©es de ses parents ou de ses grands-parents disparus lors de la Shoah et il converse avec eux en rĂȘve. Il leur demande conseil pour tenter de renaĂźtre Ă  sa nouvelle rĂ©alitĂ© : le camp de rĂ©fugiĂ©s dans lequel il se trouve, dans la rĂ©gion de Naples. Il se demande : se peut-il que "nous portions en nous d'autres personnes que nous-mĂȘmes" ? L’écriture est une façon d’accĂ©der Ă  la mĂ©moire d'ĂȘtres et de situations dĂ©posĂ©s en nous comme des sĂ©diments fertiles. Le sommeil profond devient une source de recrĂ©ation.

L’histoire est autobiographique, dĂ©clare Aharon Appelfeld: " Comme lui, j'ai compris que je ne pourrais jamais plus communiquer avec mes ancĂȘtres dans ma langue maternelle devenue celle des assassins. C'est pourquoi je me suis lancĂ© dans l'hĂ©breu. Chaque jour, je recopiais un passage de la Bible. Ce fut non pas un apprentissage grammatical ou intellectuel, mais la lente construction d'un lien intime passant par la musique et la couleur des mots."
Dans le camp de rĂ©fugiĂ©s avant le grand dĂ©part pour IsraĂ«l, Erwin change de nom, de langue, et se mĂ©tamorphose physiquement sous la houlette d’un agent d’IsraĂ«l enthousiaste, EfraĂŻm qui a sĂ©lectionnĂ© les meilleurs espoirs du camp et leur impose une discipline rigoureuse. Les jeunes recrues sont peu Ă  peu isolĂ©es de leurs anciens compagnons et de leur langue premiĂšre.

AprĂšs une traversĂ©e en bateau trĂšs Ă©prouvante, les voilĂ  installĂ©s en IsraĂ«l occupĂ©s Ă  la construction de vergers en plein dĂ©sert, tout en subissant un entraĂźnement militaire intensif. Au cours de la guerre civile qui Ă©clate avant la crĂ©ation du nouvel Ă©tat, il perdra l’usage de ses jambes lors de la premiĂšre escarmouche. Le voilĂ  infirme, une longue rééducation qui dure plusieurs s’impose Ă  nouveau pour relier ses jambes invalides Ă  son corps. Ses compagnons lui rendent visite et racontent leur vie. Aharon renoue avec les vertus du sommeil et fait confiance Ă  la vie que peut ressusciter l’hĂ©breu, langue de silences et de priĂšres.

A l’instar de son pĂšre, dont l’espoir de devenir Ă©crivain avait Ă©tĂ© déçu, il veut devenir Ă©crivain. Il se reconstruit portĂ© cette fois par la vertu de la langue hĂ©braĂŻque qu’il fait sienne en recopiant inlassablement la bible. La guĂ©rison physique ira de pair avec l’acquisition de ses nouvelles racines linguistiques et mythiques. La langue est source d’espoir, berceau d’humanitĂ© et d’imaginaire. Lieu privilĂ©giĂ© de reconstruction quand le silence est devenu le seul moyen de dĂ©crire ce qu’ils ont tous nommĂ©, lui et les rescapĂ©s, La Catastrophe.

Dormir pour oublier ou pour renaĂźtre

8 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 58 ans) - 4 mai 2014

Aharon, Erwin du prĂ©nom que ses parents lui donnĂšrent, raconte son histoire Ă  partir de la libĂ©ration. Ce juif roumain de 16 ans a Ă©tĂ© emmenĂ© dans un long pĂ©riple vers IsraĂ«l sans se rendre compte au dĂ©but de ce qui lui arrivait car il dormait. Il dormait nuit et jour, comme pour se couper de la rĂ©alitĂ© et, comme il l’exprime, pour ne pas ĂȘtre « vulnĂ©rable ». Ce n’est qu’une fois arrivĂ© Ă  Naples qu’il a Ă©mergĂ© petit Ă  petit de son lourd sommeil, pour s’éveiller Ă  la conscience et Ă  la rĂ©alitĂ©. Il fait alors partie d’un petit groupe de jeunes entraĂźnĂ©s par un mentor qui tente de leur redonner la santĂ©, leur apprend l’hĂ©breu et veut les sĂ©parer des autres rĂ©fugiĂ©s pour en faire une sorte d’élite. Une fois en IsraĂ«l, ils construisent des terrasses, plantent des arbres fruitiers et s’entraĂźnent Ă  la guerre pour finir par y prendre part.
Tout ça pour ça : Ă  peine sortis d’une guerre, ils sont plongĂ©s dans une autre !!! Tous ces orphelins n’ont pas le temps de panser leurs blessures morales qu’ils sont blessĂ©s dans leur chair sur les champs de batailles israĂ©liens.
C’est ainsi qu’Aharon perd l’usage de ses jambes, brisĂ©es. Il subit huit opĂ©rations et reste infime pendant 2 ans et demi.
Pendant ces annĂ©es contĂ©es ici, les rĂȘves d’Aharon prennent une place prĂ©pondĂ©rante : il en relate le contenu et surtout les conversations qu’il a pour la plupart avec ses parents. Ces rĂȘves sont les liens qu’il entretient avec eux, qui lui permettent de tenir le coup. Il s’y accroche, ainsi qu’à son rĂȘve de devenir Ă©crivain, comme son pĂšre, malgrĂ© que ce dernier ait souffert de n’avoir jamais Ă©tĂ© reconnu comme tel. Cependant, il souffre de devoir se dĂ©tacher de sa langue maternelle, l’allemand, comme s’il dĂ©cevait par lĂ  ses parents. Aharon a l’impression que sa quĂȘte et son apprentissage sont liĂ©s Ă  sa guĂ©rison, que tout cela va de pair et qu’il rĂ©ussira Ă  Ă©crire lorsqu’il rĂ©ussira Ă  marcher.
Ce livre n’a pas de fin. Et pourtant, aucune suite n’est annoncĂ©e. C’est incomprĂ©hensible et trĂšs dĂ©sagrĂ©able. Le texte est comme coupĂ© et ne laisse pas mĂȘme trois pointillĂ©s ni aucune suggestion ou allusion qui pourrait guider le lecteur Ă  imaginer la suite. Je suppose donc qu'il l'a dĂ©jĂ  racontĂ© dans d'autres livres...
Pour le reste, ce livre est passionnant, mais on voudrait connaĂźtre la suite.

Le garçon qui voulait dormir... m’a endormi

3 étoiles

Critique de Monito (, Inscrit le 22 juin 2004, 54 ans) - 20 mars 2013

Pas de doute, l’écriture et la traduction sont belles. Pas de doute sur l’intensitĂ© de l’expĂ©rience vĂ©cue, personnelle et guĂšre «partageable », d’Erwin-Aharon, rescapĂ© des camps de la mort et qui exprime longtemps son choc post-traumatique par un besoin de sommeil profond qui entrecoupe son passage de Naples en IsraĂ«l.

Mais je me suis ennuyĂ©. GuĂšre Ă©mu, je n’ai accrochĂ© aux allers-retours passĂ©/prĂ©sent. La naissance conflictuelle du futur Etat d’IsraĂ«l, l’embrigadement et l’expression armĂ©e du sionisme n’ont pas non plus rĂ©ussi Ă  me faire aller au-delĂ  de la moitiĂ© de cette autobiographie. Un vrai regret qu’il conviendra peut-ĂȘtre de surmonter par un autre ouvrage.

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